Bad Feeling

Solo. A Star Wars Story.Résultat de recherche d'images pour "solo poster"

Aventure, Fantastique – USA

Réalisé par Ron Howard

Avec Alden Ehrenreich, Emilia Clarke,

Woody Harrelson, Donald Glover…

Sortie en salle le 23 Mai 2018

Distribué par Walt Disney Company

La jeunesse de Han Solo (Alden Ehrenreich), personnage emblématique de Star Wars, d’une époque où il s’appelait simplement Han jusqu’au fameux Raid de Kessel, qui fit de lui un pilote de légende.

Après le crépusculaire Rogue One, Disney et sa filiale Lucasfilm poursuivent leur réalisation de films dérivés de Star Wars. En attendant ceux sur Obi Wan, le maître Jedi en exil, ou Boba Fett, l’impitoyable chasseur de prime mandalorien, c’est Han Solo, qui ouvre le bal des films mettant en scène les personnages emblématiques de la saga. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le développement de ce film aura été au moins aussi chaotique que la vie de son héros. Originellement supporté par Phil Lord et Chris Miller, le projet était déjà sorti de ses rails quand ils furent renvoyés avec pertes et fracas, mais ce n’était là qu’un des nombreux soucis rencontrés. On passera également sur la communication calamiteuse de la maison-mère Disney, qui a elle-même renoncé à en attendre quoi que ce soit. Personne ne s’étonne donc du flop général auquel il fait finalement face maintenant qu’il est en salle. À force de tirer dessus à coups de turbolasers, même le meilleur des vaisseaux finit fatalement par tomber. Alors, en s’attaquant à Han Solo, n’a-t-on eu pas eu les yeux plus gros que le ventre ?

Il faut dire que la vie du contrebandier gentiment voyou est matière à histoires. Dans quelles circonstances a-t-il rencontré son compagnon de route velu Chewbacca ? Comment a-t-il mis la main sur le Faucon Millénium, la casserole la plus rapide de la galaxie ? Qu’est-ce que le Raid de Kessel, cette opération de contrebande qui l’a rendu célèbre ? Pourquoi est-il recherché par Jabba le hutt ? Plus tout ce qui reste encore à imaginer. Après tout, la piraterie et autres professions romanesques sont des réservoirs inépuisables d’aventures.

C’est peut-être là que se trouve la plus grosse faiblesse de Solo. À jouer les fourre-tout en intégrant sa première rencontre avec Chewbacca, sa relation chaotique avec Lando Calrissian, la grandeur et la déchéance de son premier amour, son Faucon Millénium, et le Raid de Kessel, Solo expédie ses sujets plus qu’il ne les traite, et ne réserve finalement que peu, voire pas de surprises. Les courses-poursuites en speeders sont un peu mollassonnes et le raid n’est finalement qu’un cambriolage qui dégénère en bataille rangée joyeusement foutraque. Restent le foisonnement pyrotechnique et la balade au travers du Maelstrom, où le Faucon Millénium est réellement mis en valeur. Les autres séquences restent anecdotiques et les bonnes idées sous-exploitées.

Revenons à présent sur un leak qui aura fait couler beaucoup d’encre, à savoir le coaching en acting délégué à Alden Ehrenreich, la rumeur prétendant que son jeu était trop horrible en l’état. Force est de constater qu’à l’écran, Ehrenreich fait le job et ses faiblesses jouent finalement le jeu d’un jeune Han Solo. Il saisit quelques mimiques avec un certain talent, et son manque d’assurance et de charisme colle plutôt bien à ce personnage finalement en pleine construction au moment de l’action. Certes, on était en droit d’attendre mieux, mais le personnage qu’il campe n’en demeure pas moins étrangement cohérent. Les autres s’en sortent mieux, même si, en tant que seconds rôles, ils éclipsent assez souvent le premier, Donald Glover particulièrement, mais là encore, c’est très cohérent tant le personnage de Lando Calrissian est finalement enclin à tirer la couverture à lui.

Surfant allègrement sur l’actualité, Solo mélange, de manière assez brouillonne, militantisme varié, entre la relation ambiguë entretenue par Lando et son droïde L3-37 et l’obsession de cette dernière pour l’émancipation des droïdes, emprise des grandes entreprises avides de s’approprier les ressources au détriment des individus et le rejet du totalitarisme, avec toujours l’Empire en arrière plan qui tire les ficelles et écrase les populations. Souci de taille, ces thèmes sont traités au mieux de manière superficielle, au pire de manière assez ridicule. Dommage, en élaguant un peu, l’ensemble avait le potentiel de rattraper l’optimisme larmoyant de Star Wars VIII. À trop vouloir faire coller les morceaux du nouvel univers étendu initié par le rachat de Lucasfilm, Disney s’empresse de bourrer ses projets de références. Certes, on ne peut pas lui retirer une certaine cohérence dans la licence, mais parfois en dépit de la cohérence même des projets, individuellement parlant. Les stratégies marketing servent rarement la création d’un scénario.

Accouché dans la douleur, Solo porte les stigmates de son développement chaotique. Mal fichu, pour reprendre une expression chère à la Princesse Leïa, ce film un peu foutoir l’est assurément, pourtant, on arrive facilement au bout de ses 2h d’action, en dépit de quelques longueurs. Sans déplaisir, mais sans panache non plus.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Together we’re strong !

La Planète des Singes : Suprématie (2017)Résultat de recherche d'images

Un film de Matt Reeves

Avec Andy Serkis, Woody Harrelson

Sortie le 2 Août 2017

Si pour beaucoup le nom de César évoque l’inarrêtable conquérant des Gaules, il a une toute autre signification pour les cinéphiles. Il est synonyme de leader et de rébellion. Il est le Spartacus des singes. Davantage qu’un personnage bien campé depuis 2 films par Andy Serkis, César est un symbole. Il traverse les deux premiers films de la nouvelle saga La Planète des Singes comme un messie simiesque. Le premier film voyait sa naissance, le second son avènement en tant que guide. Il était tout naturel que son voyage initiatique prenne fin dans un troisième film qui sort ce 2 Août 2017 sur les écrans français.

A la suite de son affrontement avec Koba, César s’est retranché dans les bois avec ses congénères. L’affrontement avec les humains est loin d’être terminé et l’assaut d’un Colonel (Woody Harrelson) se finit dans le sang. La femme et le fils aîné de César y laissent la vie. Il décide de prendre les armes pour se venger.

De ce postulat de départ lorgnant vers le western, le réalisateur Matt Reeves tire une aventure crépusculaire aux thèmes nombreux et denses. Soulignons d’abord que le titre en version française (comme originale) est trompeur. Il n’y a ni suprématie, ni guerre. Ou si elle a lieu, ce n’est pas entre les singes et les humains. Il y est surtout question des humains et de leur capacité à s’autodétruire. Comme dans les précédents volets, le film nous place du point de vue des singes qui sont témoins de la folie des Hommes. Les soldats ne sont jamais magnifiés et même le plus souvent présentés comme des bêtes assoiffées de sang. Le paroxysme est atteint avec une scène où les militaires se défoulent sur les singes au son de l’hymne américain. C’est pour le moins étonnant dans un blockbuster estival. On avait pas vu cela depuis Verheoven et son Starship Trooper. Le film file aussi la métaphore christique en faisant de César le nouveau messie. Les singes sont un peuple opprimé qu’il faut conduire en Terre promise. Il va devoir faire sacrifice de sa personne au profit des autres. Les images rappelant la passion du Christ sont nombreuses et évidentes. Elles ajoutent à la mythification du personnage.

Techniquement, le film est encore une fois sublime. La modélisation des visages donne une humanité aux singes qui nous les rend plus réels. La photographie du film est encore plus sombre que le précédent, accentuant le désespoir d’un monde qui meurt. Les décors sont de plus en plus dévastés voire désert. D’autre part, le scénario offre une gamme d’émotions variées bien dosées qui nous portent tout au loin des 2h20. C’est beau, drôle, agité, poétique.

La Planète des singes : Suprématie est la conclusion qu’on était en droit d’attendre d’une saga qui a toujours mêlé habilement action et réflexion. On ne peut qu’espérer avoir plus souvent le droit à des blockbusters intelligents qui questionnent notre monde et le met en perspective tout en divertissant.