Lara Croft begins

Tomb Raider (2018)Résultat de recherche d'images pour "tomb raider film"

Un film de Roar Uthaug

Avec Alicia Vikander, Dominic West, etc

Sortie le 14 Mars 2018

Distribué par Warner Bros France

Alors que son père a disparu depuis sept ans, la jeune Lara Croft rechigne à signer les papiers qui feront d’elle une riche héritière. Il est parti un jour et n’est jamais revenu, mais il ne peut pas être mort. Lara vivote de petits boulots et d’un goût prononcé pour l’adrénaline. Mais l’héritage de son père va la mener sur un terrain qu’elle n’imaginait pas, à la recherche de la tombe d’une étrange sorcière japonaise.

Lara Croft et le cinéma, c’est une longue histoire démarrée en 2001. Le succès du jeu vidéo de la première Playstation bat son plein et la Paramount se dit qu’il y a un filon à exploiter. Le public semble être en manque de films d’aventures et c’est l’occasion de proposer une héroïne dans ce genre purement masculin. Pour l’occasion, ils font sortir de l’ombre une jeune et belle actrice destinée à surprendre tout le monde : Angelina Jolie. Le film sera un succès suivi d’une suite deux ans plus tard, Le Berceau de la vie. Mais la médiocrité de l’ensemble a enterré la saga cinématographique en même temps que sombrait la version vidéo-ludique. Le boomerang du succès revient en 2013 lorsque Crystal Dynamics et Square Enix offrent un jeu davantage orienté sur l’action et le survival. Nous allions suivre les origines de Lara Croft, et elle allait prendre cher. Le retour en grâce de l’héroïne est confirmé par un deuxième jeu, Rise of the Tomb Raider. Il fallait donc que le cinéma reprenne cette vision pour offrir au spectateur un personnage féminin, bad-ass et qui sait souffrir.

Warner Bros s’est saisi de la licence et offre un divertissement honnête, malgré des bandes-annonces qui laissent présager une compilation des meilleures cinématiques du jeu. Le scénario ne brille ni par son originalité, ni sa capacité à offrir des personnages fouillés. Le tout est même plutôt caricatural. La palme va au grand méchant singé par Walton Goggins qu’on a connu plus inspiré chez Tarantino. Mais le traitement de Lara Croft, plus en nuances, s’avère assez intéressant. Il montre des failles chez un personnage qu’on a jusque là décrit comme un équivalent humain du Terminator. Alicia Vikander offre une fraîcheur bienvenue. La légèreté est aussi au programme dans un premier acte espiègle et qui nous aide à entrer davantage en connexion avec elle.

La réalisation fait le travail sans génie mais avec précision. La séquence du naufrage restera dans les mémoires comme réglée au millimètre et au rythme éprouvant. Roar Uthaug ne sera probablement jamais un grand cinéaste mais fait le travail qu’on lui demande assez efficacement. On notera le plaisir de retrouver Kristin Scott Thomas et Derek Jacobi au détour d’une séquence.

Tomb Raider n’est ni un bon ni un mauvais film. L’action est au rendez-vous et le spectateur ne s’ennuie pas une seule seconde. Il fera partie des films du dimanche soir qu’on prendra plaisir à regarder en déplorant de devoir retourner au travail le lendemain. Cependant, Warner Bros réussit là où Paramount avait échoué : faire un film convenable qui plaira aux fans comme aux néophytes. N’est-ce pas finalement l’essentiel ?

Un article de Florian Vallaud

Fini les clowneries

It. Horreur – USA (2017)

Réalisé par Andy Muschietti

Sortie en salles le 20 Septembre 2017

Derry (Maine), 1989. Depuis un an, les disparitions d’enfants se multiplient dans une indifférence quasi-générale, une situation initiée par la disparition du petit Georgie dans un égout un jour de tempête. Son frère, Bill, n’a jamais abandonné l’espoir de le retrouver. Avec ses amis, une bande de losers magnifiques, il entreprend une expédition dans les égouts de la ville et découvre l’affreuse vérité : Les entrailles putréfiées de Derry sont le royaume de Ça, prédateur métamorphe qui s’éveille tous les 27 ans et exploite la peur pour harceler et chasser ses proies de prédilection : les enfants.

Monument du genre horrifique qu’il a longtemps tenu à bout de bras sur son seul nom, Stephen King a maintes fois été adapté à l’écran. Son terrifiant Shining a même eu le droit aux honneurs à deux reprises, et il était étonnant que Ça, autre morceau de choix de sa bibliographie, n’ait pas eu droit au même traitement. Tout comme le cycle de terreur de Pennywise, il aura fallu 27 ans pour voir revenir le clown certainement le plus terrifiant jamais imaginé. Pour succéder à Tim Curry, déjà bien flippant sous le fard de l’inquiétant auguste, Bill Skarsgård, 27 ans (décidément), habitué des plateaux depuis l’âge de 10 ans. Et il est indéniable que la relève est assurée. Alors que Curry campait un clown éclatant, comme à peine sorti de sa roulotte et prêt à entrer en scène, le nouveau Pennywise revêt des atours plus crédibles, avec son maquillage grisâtre qui souligne son sourire goguenard et sa tenue crasseuse qui reflète sa nature plus souterraine. Saisissant toutes les facettes de son personnage, Skarsgård souffle le chaud et le froid avec un certain brio, d’abord malicieux, volontiers farceur, puis inquiétant et pervers la seconde d’après. L’essence de Pennywise est là. Son esprit plane sur Derry et sa présence est prégnante d’un bout à l’autre du film. Tout comme l’est celle du sous-texte de King (certes largement amputé), car il ne faut pas négliger que la Derry de l’écrivain est un trou à rats dont Ça n’est finalement que le plus gros monstre. Coincés entre un monde d’adultes sclérosés, abusifs et pervers, et les brutes qui les persécutent, les Losers menés par Bill ont déjà de bonnes raisons d’avoir peur, et Ça ne fait finalement qu’exploiter ces peurs, déjà omniprésentes dans leurs esprits juvéniles.

It n’usurpe pas son titre de film d’horreur le plus attendu de l’année, même si, il faut bien l’admettre, 2017 aura finalement été plutôt décevante pour l’horreur, après le très oubliable I wish et le retour inutile de la poupée démoniaque Annabelle, rien que pour cet été. Pourtant, Pennywise et ses farces macabres n’inventent rien. Il utilise même des procédés que la plupart des amateurs reconnaîtront, mais dont on ne pourra pas nier la maîtrise, ni l’impeccable mise en scène. On sursaute finalement peu, mais ce n’est pas là le but du film. Dès la première apparition de Pennywise, It instille l’angoisse, et la tension ne fera qu’aller crescendo durant 1h30, avec une régularité qui semble avoir été calibrée au laser. Une fois son maximum atteint, la pression n’est finalement relâchée qu’à la seconde où Ça retourne dans les profondeurs des égouts et qu’on regagne la surface, encore hébétés d’avoir échappé au pire. Chaque apparition du clown sadique ou de ses manipulations est un grand moment, entre ses postures statiques inquiétantes et ses fulgurances saccadées que n’auraient pas renié les Anges Pleureurs de Doctor Who, le malaise gagne même le moins coulrophobe des spectateurs.

It mérite amplement l’engouement qu’il a déclenché outre-Atlantique lors de sa première semaine d’exploitation (et il en sera certainement de même dans nos contrées européennes). Sorte de Goonies trash et déviant, il surfe allègrement sur la vague 80’s qui déferle ces derniers temps, mais il le fait avec un style insolent et suscite une admiration méritée. À moins de sentir l’impérieux besoin de quitter la ville à chaque fois que Pinder vient y planter son chapiteau, il serait dommage de ne pas descendre dans les bas-fonds en compagnie de Pennywise et de tous flotter avec lui…

Un article de GBP

 

Nolan chez les ch’tis

Dunkerque (2017)

Un film de Christopher Nolan

avec Kenneth Brannagh, Tom Hardy

Distribué par Warner Bros.

Sorti le 19 Juillet 2017

A peine dix ans après la fin de la seconde guerre mondiale, le cinéma (américain entre autre) s’est saisi du sujet pour le raconter sous tout ses aspects. Des films qui traitent de grandes batailles (Le Jour le plus long, Pearl Harbour) aux histoires de camps ( La Grande évasion, La vie est belle) en passant par des comédies (La Grande Vadrouille, Le dictateur), la période semblait avoir été essorée et on pensait la connaître par cœur. Mais au cinéma, probablement pour des besoins de happy end, on traite surtout de victoires militaires. Les défaites sont plus rares. Elles ont pourtant une intensité dramatique indéniable. Christopher Nolan l’a bien compris et s’attaque à une débâcle méconnue de l’armée anglaise à Dunkerque en 1940, déjà au cœur d’un film de Leslie Norman en 1958. Il se confronte pour la première fois à un événement historique qu’il doit, en bon artiste, traverser de ses thèmes de prédilection et son sens de la narration qui ont fait son succès.

Dunkerque est un film sensitif. Plutôt que de raconter une histoire avec des personnages développés aux buts définis, Nolan opte pour l’immersion du spectateur dans la bataille. Son dispositif entier tend à développer cette expérience. Le réalisateur déploie son histoire en trois fronts aux temporalités propres : la jetée (1 semaine), la mer (1 jour) et les airs (1 heure). On reconnaît là sa propension à jouer avec l’espace-temps au cinéma qu’il développe dès son premier film, Memento. Bien que la durée des événements racontés ne soient pas la même, il les mélange dans un puzzle savamment étudié pour offrir au film un rythme cohérent et uniforme.

Le spectateur a l’impression que tout est synchronisé parce que les personnages ne voient pas le temps passer. Leur désir de survie est tellement frénétique que leur notion du temps est altérée. De fait, le montage varie la coexistence des lignes temporelles : elles se longent, se croisent, parfois se devancent. Nolan crée régulièrement des analogies entre les images et les situations pour faire des transitions naturelles. Ainsi, quand un avion coule après avoir été abattu, il est mis en parallèle d’un bateau qui prend l’eau de toutes parts. Tout ceci participe à une tension palpable qui traverse l’intégralité du long métrage.

L’immersion du spectateur est renforcée par un procédé de réalisation assez classique mais qui a fait ses preuves : la caméra est toujours à hauteur d’homme. Steven Spielberg l’avait utilisé avec une steadycam (caméra à l’épaule) pour la séquence du débarquement dans Il Faut sauver le soldat Ryan. Mais ce n’était que 20 minutes (grandioses !) dans un film de plus de deux heures. Nolan l’applique en entier à son travail et le résultat est une vision gigantesque des choses. Chaque distance parcourue, chaque bateau, etc : tout est immense et l’Homme ne semble pas de taille face à de tels géants. Le souci du réalisateur à faire appel le moins souvent possible à des effets numériques rempli son office encore une fois : tout est démesuré mais tangible, à la différence du résultat obtenu par Michael Bay dans Transformers avec pourtant les mêmes ambitions.

Ne cherchez pas dans ce film un quelconque discours ou une représentation du monde tel que Nolan le voit. C’est une pure expérience cinématographique visuelle et sensitive qu’il nous offre à l’image de ce qu’était Gravity pour la science-fiction. Il nous rappelle que le cinéma est avant tout une œuvre et que faire un blockbuster estival n’est pas incompatible avec un geste artistique. Si nous étions restés hermétiques à Interstellar et son statut usurpé de classique instantané, force est de constater que Christopher Nolan est un vrai réalisateur avec une vision de son art qui transcende ici le film de guerre. Immanquable !

Toutes les filles sont des princesses

Wonder Woman (2017)

Un film de Patty Jenkins

Avec Gal Gadot, Chris Pine, etc

Distribué par Warner Bros

Ils l’ont fait ! Après de nombreux essais et des résultats plus ou moins convaincants, il l’ont fait ! L’univers DC au cinéma a enfin une première base solide. Si nous avions une tendresse pour Man of Steel et Batman Vs Superman qui offraient le divertissement escompté, leur nombre de défauts était trop élevé pour en faire de bons films. Suicide Squad, quant à lui, avait le mérite de montrer ce qu’il ne fallait pas faire. C’est donc avec une certaine fébrilité que nous avons abordé ce nouvel opus.

Nous découvrons Diana (Gal Gadot), jeune princesse des amazones, qui s’ennuie sur son île isolée du monde. Elle rêve d’aventures et d’affrontements guerriers avec Arès, dieu de la guerre sans qui le monde serait en paix. Le naufrage inopiné de l’espion Steve Taylor (Chris Pine), poursuivi par une horde de soldats allemands, va la plonger au cœur de la première guerre mondiale.

La stratégie de Warner Bros s’agissant de l’univers cinématographique DC est déconcertante. Plutôt que de suivre la méthode chronologique de leur concurrent direct Marvel (on raconte d’abord les origines des super-héros avant de les réunir), le studio semble avoir opté pour une approche plus personnelle. Wonder Woman est déjà apparue aux côtés de Batman et Superman dans le film précédent sans présentation préalable. Elle ne se fait que maintenant. Dans le même ordre d’idée, nous découvrirons en Novembre la Justice League avant même que certains de ses membres ne soient connus du grand public. C’est étrange. Mais avant d’améliorer la cohérence de la stratégie, il fallait d’abord faire de bons films.

Wonder Woman atteint ce but sans difficulté. Si il rappelle les meilleurs films Marvel dans sa narration (Iron Man, Captain America : first avenger), c’est qu’avant de se différencier, il faut savoir égaler le concurrent. On revient à un univers davantage coloré que les filtres gris de Zach Snyder. On prend le schéma classique de la naissance d’un héros. On saupoudre le tout de beaucoup d’humour. La recette est connue, ce n’est pas révolutionnaire ni surprenant, mais c’est rafraîchissant de la retrouver à son meilleur. C’est aussi malin d’avoir utilisé une époque peu évoquée dans les blockbusters pour y placer son histoire. Le spectateur n’est alors pas lassé d’y retrouver ce qu’il a déjà beaucoup vu. Le mélange entre les scènes d’action et celles qui font avancer l’intrigue est bien dosé et on ne s’ennuie pas une seconde.

En choisissant une réalisatrice, Patty Jenkins, le studio s’offre un regard que leur concurrent n’a jamais eu. L’accent est mis dans le même temps sur l’intime et l’épique, ce qui donne une vraie profondeur à l’ensemble. Jenkins ne révolutionne pas les plans de caméra, mais elle offre ce qu’il faut d’images iconiques pour imprégner la rétine de cette première super-héroïne à monter sur le ring des blockbusters. L’association entre Wonder Woman et une réalisatrice permet aussi de mettre en avant le féminisme du personnage. Son apparition en objet de fantasme dans Batman Vs Superman avait fait couler beaucoup d’encre. Patty Jenkins corrige le tir et en fait une femme forte qui sait se faire respecter dans un milieu machiste et un peu arriéré.

Mais il y a un point noir au film qui n’est pas négligeable : Gal Gadot n’est pas une comédienne. Si elle fait illusion avec le costume, c’est très différent quand il s’agit de jouer des intentions autres qu’une guerrière en colère. Elle a l’expressivité d’un poteau électrique et ne parvient pas à faire oublier la composition de Lynda Carter dans la série télévisée.

Wonder Woman reste tout de même un divertissement plus que recommandable pour ce début d’été. On se met à rêver que le studio continue sur sa lancée et nous offre un Justice League tout aussi enthousiasmant.