Une franchise indestructible

Les Indestructibles 2 (2018)Résultat de recherche d'images pour "les indestructibles 2"

Un film écrit et réalisé par Brad Bird

Doublé en France par Déborah Perret,

Gérard Lanvin, Louane, Amanda Lear…

Distribué par The Walt Disney Studios

En salle le 4 Juillet 2018

Alors que les super héros ne sont toujours pas reconnus d’utilité publique par le gouvernement, Mr indestructible, Elastigirl et leur famille peinent à redevenir les Parr. Bob s’ennuie et rêve de sa gloire passée. C’est alors que Evelyn et Winston Deavor, deux investisseurs passionnés par les « supers » vont proposer à Elastigirl de participer à un programme visant à réhabiliter l’image des héros en filmant chacun de leurs faits et gestes. Elle va se retrouver confrontée à un terrible méchant surnommé « L’hypnotiseur ».

Il aura fallu 14 ans à Brad Bird pour offrir une suite à son premier gros succès public (après le remarqué Géant de Fer) : Les Indestructibles. Entre temps, il a mis son grain de sel dans Ratatouille, donné un corps à Mission Impossible : Protocole Fantôme et est parti À la poursuite de Demain. Bien que ce dernier fût un relatif échec au box-office, il n’en était pas moins une œuvre artistiquement aboutie. C’est d’ailleurs la particularité de ce réalisateur : c’est un artiste avant d’être un faiseur comme Hollywood en a tant. Dans chacun de ses projets, il apporte ses thèmes, ses angoisses et ses réflexions. Il y a une patte Brad Bird comme il y a une patte Spielberg. S’il décide donc d’offrir une suite après 14 ans, c’est qu’il estime avoir quelque chose de neuf à raconter.

Et c’est le cas. Bien que le film démarre seulement quelques secondes après la fin du précédent, le réalisateur nous offre définitivement une histoire en lien avec son époque. S’il retrouve avec génie son talent d’écriture qui conjugue humour, émotion et action non-stop, ce nouvel opus offre à Elastigirl les honneurs du rôle de protagoniste. Il développe le personnage avec intelligence et amour. Mr Indestructible devient un homme au foyer qui tourne en rond tandis que sa femme mène l’aventure. L’époque est aux grands rôles féminins et Bird l’a bien compris. Ce n’est pas qu’un effet de mode mais on sent le vrai plaisir à jouer avec ce personnage. Dès lors, Hélène Parr irradie l’histoire de sa présence et éclipse sans mal son puissant mari. Le spectateur a l’impression de redécouvrir la famille.

L’autre héros du film n’est pas inattendu mais déploie sa force tout au long de l’histoire : Jack-Jack. Il est courant dans l’animation que les bébés soient un ressort comique et attirent la sympathie. On pense immédiatement à Maggie Simpson. Jack-Jack est de ceux-là mais, encore une fois, Brad Bird va utiliser sa subtilité d’écriture pour redéfinir totalement le personnage lors de cinq minutes hilarantes mettant en conflit le jeune Parr et… un raton-laveur. On est à la frontière du cartoon, de l’action et quasi pas de dialogues. Et pourtant, le personnage nous y est présenté sous toutes ses facettes sans qu’il soit besoin de les rappeler plus tard.  Un exemple de scenario.

Au-delà de cela, le film se pare de ce qu’il faut de tension, d’action et d’humour pour dérouler ses deux heures sans accroc. On en vient à se dire qu’il finit trop vite. C’est aussi grâce aux thèmes universels qu’ils traverse : notre rapport aux écrans qui isolent, la dangerosité de personnes qui auraient tout pouvoir, etc. Il faut aussi saluer la sublime partition de Michael Giacchino. Cela faisait longtemps qu’un film de super-héros ne nous avait pas offert une bande originale qui procure de l’émotion plutôt qu’elle ne la force.

C’est sur ce point précis que nous pourrions terminer notre article. Les Indestructibles 2 rappelle à tous ce que peut être un film héroïque fait avec plus de cœur et moins d’automatismes. Il nous remet en mémoire ce que c’est que de rêver sur grand écran avec des héros attachants et qui nous donne envie qu’ils existent. Bref, il rappelle ce qu’étaient les premiers films Marvel et ce que l’industrialisation en a fait. Le cinéma de divertissement a besoin d’auteurs tels que Brad Bird pour nous offrir des rêves de qualité.

Un article de Florian Vallaud

Une infinité de défauts

Avengers : Infinity War(2018) Résultat de recherche d'images pour "avengers infinity war"

Un film de Joe et Anthony Russo

Avec Robert Downey Jr, Chris Evans,

Chris Hemsworth, etc

Sortie le 25 avril 2018

Distribué par Walt Disney Studios

 Il était attendu depuis longtemps, très longtemps. Depuis la scène post-générique du premier opus des Avengers, les amateurs du Marvel Cinematic Universe attendaient avec fébrilité l’arrivée de Thanos. Cet alien obsédé par l’idée de pouvoir est une des pierres angulaires de l’éditeur américain. Il est le méchant ultime, celui face auquel tout le monde plie. Le film devait être à la hauteur de ce pouvoir infini. D’autre part, c’est à grand renfort d’annonces chocs que Kevin Feige, grand chef d’orchestre du studio, faisait monter la pression chez les fans. Mais le résultat est-il à la hauteur ?

La réponse est bien plus complexe qu’un simple « oui ou non ». Les diverses réactions des spectateurs pendant le film en sont le témoin incontestable. Afin de ne gâcher le plaisir de personne, nous ne reviendrons pas dans cet article sur les grands événements qui jalonnent le film. Mais il faudra en parler très bientôt tant ils révèlent les symptômes de notre époque et de notre rapport aux histoires qu’on voit sur grand écran.

 Le premier constat évident est que l’action espérée est au rendez-vous. Les combats sont épiques et ils s’enchaînent avec une régularité métronomique. On s’amuse de voir interagir des personnages qui ne s’étaient jamais rencontrés auparavant tels que Rocket Racoon et Thor, ou encore Stephen Strange et Tony Stark. Depuis leur premier film pour Marvel, Captain America 2 : le soldat de l’hiver, les frères Russo démontrent une maestria dans la réalisation de scènes de combat. C’est nerveux, tendu et l’adrénaline du spectateur atteint des pics impressionnants.

Une des autres forces de cet opus est d’offrir une caractérisation contrastée de Thanos, loin du manichéisme habituel de ces films. Il n’est pas un simple méchant. C’est un être habité de contradictions et de névroses. Ses motivations dépassent la simpliste soif de pouvoir.

Avec de tels ingrédients, pourquoi boudons-nous notre plaisir ? C’est que le film rencontre les problèmes inhérents à son concept. Avec une telle constellation de personnages, les scénaristes sont contraints de laisser de côté toute profondeur. Captain America, Iron Man et leurs amis ne sont réduits qu’à leur plus simple expression. Ce ne sont plus des personnages à plusieurs dimensions mais des fonctions dont on semble avoir retiré toute humanité. Cela a pour effet d’offrir des scènes bancales aux runnings gags d’abord amusants puis agaçants. Pour compenser cette perte, les réalisateurs ont opté pour une solution de facilité : toutes les actions importantes et les émotions sont soulignées et soulignées encore afin de s’assurer que le spectateur comprenne ce qu’il doit ressentir. En plus d’être insultant pour l’intelligence du public, cela ne fait que rendre les choses plus longues et lourdes.

En soi, Avengers : infinity warest un bon divertissement qui offre des moments de bravoure enthousiasmants. Mais il aurait gagné à être beaucoup plus fin dans son exécution. On voit aussi se confirmer les signes d’épuisement du concept qui, à force de sortir un film tous les 6 mois, peine à se renouveler.

Un article de Florian Vallaud

 

Coco

Coco (2017)

Un film de Lee Unkrich et Adrian Molina

Disney / Pixar

Distribué par Walt Disney Studios

Sortie le 28 Novembre 2017

Chaque sortie au cinéma d’un film Disney / Pixar est un événement. Après le succès cet été de Cars 3 qui clôturait merveilleusement la saga de Flash McQueen, ils reviennent avec un film au thème original pour eux : les traditions mexicaines autour du Jour des Morts. Les spectateurs ont déjà pu y être initiés il y a quelques années avec le film d’animation produit par Guillermo Del Toro, La Légende de Manolo. L’enjeu pour les studios était donc d’offrir une aventure différente de son prédécesseur avec le même matériau de départ. Pour ce faire, ils ont fait appel à l’équipe à l’origine de Toy Story 3. Ils s’en sortent haut la main en offrant encore une fois un film passionnant et profond s’adressant à toute la famille.

Miguel, jeune garçon, veut devenir musicien. Mais dans sa famille, la musique est interdite. Son arrière grand-père musicien a quitté la famille du jour au lendemain et est devenu le sujet à ne plus aborder. Le Jour des Morts où l’au-delà et le monde des vivants communiquent, Miguel va se retrouver de l’autre côté par un procédé magique. Il va partir à la rencontre de ses ancêtres et tenter de recevoir leur bénédiction pour suivre sa voie musicale.

La thématique de la famille est au cœur du récit. Quelle est notre part d’héritage dans la constitution de notre destin ? Doit-on payer les erreurs de nos aînés ou tracer notre propre chemin ? Peut-on avancer dans la vie sans prendre en compte le passé ? La force du scénario est de mêler ses réflexions à une histoire très fine. Rien n’est démonstratif. Les péripéties sont nombreuses et suffisamment bien amenées pour surprendre le spectateur le plus averti. La direction artistique flatte l’œil et nous transporte dans un univers onirique totalement crédible.

Une de ses autres forces est d’apporter un intérêt particulier à la constellation de personnages qui entourent Miguel. Aucun n’est laissé de côté. Ils sont tous caractérisés avec soin, apportant au film la sensation d’être pensé jusqu’au moindre détail.

Encore une fois, Disney / Pixar propose un film d’une grande rigueur artistique et une puissance émotionnelle dévastatrice. On rit, on pleure, on frémit. Coco n’est pas un plagiat de La Légende de Manolo, il prend un autre biais tout aussi enthousiasmant. Si le démarrage aux États-Unis est correct sans être délirant, le film emporte l’adhésion du public et des critiques. Il ne fait aucun doute qu’il fait parti des plus belles réussites du studio.

Un article de Florian Vallaud.