Les confessions du matricule 24601

ValjeanRésultat de recherche d'images pour "valjean christophe delessart"

D’après Victor Hugo

Adaptation et interprétation

de Christophe Delessart

Mise en scène de Elsa Saladin

Au Théâtre Essaïon (75)

Les jeudis, vendredis et samedis à 19h30

Depuis le 23 Août 2018

Pour ceux qui ont eu le bonheur d’aller jusqu’au bout des cinq tomes qui constituent la fresque flamboyante de Victor Hugo, Les Misérablesest un souvenir de lecture impérissable. Chacun de ses personnages restent dans un coin de la tête et du cœur, tous sous la figure tutélaire de l’ex-bagnard Jean Valjean. Il est la figure qui nous fait rencontrer les autres personnages. Nous le suivons de sa libération de Toulon à ses derniers instants. C’est le roman d’une rédemption qui démarre par la clémence d’un évêque et le vol d’une pièce à un enfant. La suite, tout le monde la connaît dans les grandes lignes par les multiples adaptations : la promesse à Fantine, Cosette chez les Thénardiers, etc. C’est par le prisme de Valjean que le comédien Christophe Delessart et sa metteur en scène Elsa Saladin abordent cette saga foisonnante. Le pari est réussi haut la main.

Dès l’entrée dans la salle, les premières intentions de mise en scène apparaissent au spectateur : un bureau et un paravent habitent l’espace, et rien d’autre. Elsa Saladin opte pour un plateau épuré afin de faire écho à la solitude du personnage qui, bien qu’accompagné de Cosette, reste pourtant face à lui-même. Un miroir trônant au mur du fond appuie cette idée mais renvoie également l’image de Valjean au spectateur. Cette âme en errance, en quête de rédemption, c’est aussi un peu nous. La metteur en scène nous place face à ce que Hugo raconte de notre humanité et des blessures qui nous habitent. De concert, le texte et la scénographie mettent en exergue les thèmes essentiels de l’œuvre en l’espace d’une heure et quart. On avait vu plusieurs personnes s’y casser les dents, ce n’est pas le cas ici.

Elsa Saladin se permet même d’ajouter une autre grille de lecture à celle déjà présente dans l’œuvre. En faisant adopter à son comédien un physique proche du génie de la Place des Vosges, elle rappelle que l’histoire de Hugo et Valjean ne font qu’une. En exil durant l’écriture des Misérables, l’auteur se projette dans son personnage. Ainsi, la notion d’exil et de relation père / fille apparaissent avec plus de clarté dans cette adaptation. À travers l’œuvre se profile le créateur.

Mais toutes ces bonnes intentions ne seraient rien sans un comédien solide pour les porter. Christophe Delassart est cet homme providentiel. Ce n’est jamais facile de tenir un public pendant plus d’une heure avec un monologue, et encore moins quand il s’agit d’un classique que tout le monde pense connaître. Il incarne Jean Valjean avec force mais aussi des faiblesses internes qui transparaissent sous la carapace. Il nous mène avec lui dans la psyché du personnage. Puis, sans qu’on s’y attende, il tombe le masque pour jouer un tout autre personnage avec une voix, un phrasé et un physique différent. L’ensemble est crédible à chaque instant. Christophe Delassart est à la fois narrateur et acteur de cette histoire. Il la porte avec une passion communicative et une réelle maîtrise de son art.

Valjean se démarque dans le lot des adaptations hugoliennes par des interprétations très justes du roman. Elsa Saladin et Christophe Delassart ne se contentent pas de nous faire un résumé d’une histoire déjà connue, ils la questionnent et mettent au jour ce qu’elle a encore à nous raconter. Le soir de la première, le comédien rappelait ô combien nous avions besoin de Hugo à notre époque et nous ne pouvons que souscrire à cette remarque. Ce qu’il ne disait pas, par humilité, c’est que son spectacle est un sublime vecteur au discours du Maître. À ne pas rater !

Un article de Florian Vallaud

 

 

Le jeu des mille francs

Mille Francs de récompenseRésultat de recherche d'images pour "mille francs de récompense theatre aquarium"

Une pièce de Victor Hugo

Mise en scène de Kheireddine Lardjam

Avec Maxime Atmani, Azeddine Benamara, etc

Du 22 Mars au 8 Avril 2018

Au Théâtre de l’Aquarium (75)

Glapieu, repris de justice en cavale, se réfugie dans une maison pour échapper aux agents de police. C’est ainsi qu’il assiste à un drame familial. Rousseline, financier sans scrupules, saigne aux quatre veines la famille de Cyprienne afin d’obtenir sa main. Un chantage financier de 25 000 francs monté de toutes pièces. Tel un Robin des Bois des temps modernes, Glapieu ne pourra pas laisser cette arnaque impunie.

Tenons-nous le pour dit : Victor Hugo a écrit des comédies ! Ce n’est pas une surprise pour les hugoliens les plus avisés que l’auteur des Misérables aimait à mêler dans son théâtre drame et comédie. C’est la base même du théâtre romantique qu’il a théorisé. Mais c’est déjà moins connu qu’il ait écrit une pure comédie dont le rythme, les rebondissements et les répliques cinglantes font penser à Feydeau et Labiche. C’est durant son exil à Guernesey qu’il écrit Mille Francs de Récompense, une charge féroce envers les milieux financiers qui gangrènent son époque et ruinent jusqu’aux petits bourgeois. Le metteur en scène Kheireddine Lardjam s’empare de ce texte pour en montrer la résonance évidente avec notre monde capitaliste d’aujourd’hui. Le résultat est inégal.

Comme il est de coutume chez Hugo, le texte est bon. La satire est efficace, les bons mots pleuvent et, bien que le rythme soit parfois handicapé par quelques discours politique trop longs, il ne fait encore aucun doute qu’il s’agit là d’une pièce d’un des monuments de la littérature française. Ce texte est servi par des comédiens impeccables dont on ressent le plaisir de distiller chaque réplique pour en tirer la saveur. Maxime Atmani (Glapieu) et Azeddine Benamara (Rousseline) sont les capitaines de cette belle équipe et amène la comédie à son meilleur.

Nous sommes toutefois plus réservés sur la mise en scène. Si l’idée de mettre cette histoire dans une époque contemporaine pour nous en faire comprendre la modernité est plutôt bien vue, certains choix laissent le spectateur dans une perplexité abyssale. Certains gags visuels sont connus pour leur efficacité en tout temps mais, en les déconnectant de toute logique interne au texte, Lardjam leur fait perdre leur potentiel comique. On en vient à se dire qu’on aurait aimé pouvoir en rire mais que ce n’était pas le bon moment. Plus gênant encore, certains choix qui caractérisent les personnages paraissent obscurs : pourquoi avoir fait de Rousseline un travesti nocturne ? Si c’est pour montrer la dualité du personnage, on l’a compris bien avant. Si c’est pour en montrer la perversité, le sous-texte est déjà plus gênant.

Reste que Mille Francs de récompense est une occasion de voir une pièce trop rarement montée malgré son propos fort et terriblement actuel. On aurait aimé plus de cohérence dans la mise en scène, ce qui aurait donné davantage de relief à la comédie. Cependant, il est toujours plaisant de voir de bons comédiens donner le meilleur d’eux-mêmes pour servir un texte aussi bien troussé que celui de Hugo.

Hugo délire

Hugo L’interview

Un spectacle de Yves-Pol Denielou

Mise en scène par Charlotte Herbeau

Au Théâtre Essaïon

Les lundi et mardi à 19h30

Victor Hugo est un monument national. À ce titre, les français pensent le connaître par cœur sans parfois même l’avoir visité une seule fois. Ses adaptations en films, en pièce et en comédie musicale ont donné l’impression de maîtriser son œuvre. Mais le Maître n’est pas réductible à Notre Dame de Paris ou aux Misérables, dont beaucoup ne connaissent même pas le texte. Son œuvre poétique, ses essais et même son théâtre sont méconnus du public. En bon hugolien depuis tout jeune, Yves-Pol Denielou redonne sa voix au créateur dans un spectacle aux multiples qualités.

Durant une heure, Victor Hugo est l’invité d’une émission de radio qui donne la parole aux esprits des légendes artistiques. Il évoquera sa vie, son œuvre, son idée de la liberté et du rapport à la religion et aux extrêmes.

Mis à part les questions de la journaliste, le texte n’est composé que de mots glanés parmi les multitudes de pages qui constitue l’œuvre du grand Victor. Yves-Paul Denielou ne rajoute pas un mot, pas une phrase. Il a effectué un travail de fourmi pour donner un ensemble cohérent et qui semble venir d’un même bloc. Et cela fonctionne. Il donne à entendre un texte délicieux qui habituellement se lit. On y entend toute la verve et le génie de Hugo : sa force d’évocation et de description, ses phrases d’une virtuosité étourdissante, sa poésie de chaque instant.

Pour porter un texte d’une telle puissance, il fallait un comédien qui tienne la longueur. Délivrer du Hugo pendant une heure sans lasser son public n’est pas donné à tout le monde. C’est le tour de force que réussit haut la main Yves-Paul Denielou. Avec humilité et passion, il n’incarne pas l’auteur, il est l’auteur. Le spectateur a l’impression de le voir comme il était, alors qu’il est peu probable qu’il reste encore des gens qui l’aient connu et puissent en témoigner. C’est la force d’un comédien pénétré par son sujet, toujours juste dans son jeu et qui n’en fait jamais trop. Il n’en est qu’au début de sa carrière, et pourtant on sent un bouillonnement et un vécu intense.

Hugo l’interview est une magnifique occasion de se confronter à qui était vraiment Victor Hugo et ce qui fait que son œuvre reste d’une éclatante modernité. L’heure de représentation passe à la vitesse de l’éclair et on aimerait encore se délecter un peu plus de cette langue simple et d’une richesse infinie. Allez à la rencontre de cet homme et vous aurez encore plus envie de vous plonger dans ses écrits.