I’ve been cheated by you, and i think you know when…

Mamma Mia – Here we go again ! (2018)Résultat de recherche d'images pour "mamma mia 2"

Comedie Musicale

Un film de Ol Parker

Avec Amanda Seyfried, Lily James, etc

Sortie le 25 Juillet 2018

Distribué par Universal France 

Il y a tout juste dix ans, un film naïf et frais débarquait sur nos écrans de cinéma. Cette adaptation d’un succès de la scène anglo-saxonne relevait de l’improbable. Qui aurait pu imaginer Pierce Brosnan, Colin Firth ou Meryl Streep chanter et danser sur les meilleurs tubes du groupe ABBA ? Et pourtant, la recette fonctionnait. Peut-être grâce au plaisir communicatif du casting ou à la fibre nostalgique qu’instaure immédiatement un titre du groupe suédois. Toujours est-il que le film est devenu culte et qu’il remplit encore les salles dix ans après pour des séances karaoké.

On croyait avoir échappé à une suite inutile. On pensait qu’Universal garderait sa pépite telle qu’elle était, mais non ! Il a fallu qu’ils mettent un deuxième film en chantier. Un deuxième film auquel personne ne croyait, Amanda Seyfried en tête comme elle l’a déclaré dans une interview. Les fans tremblaient et ils avaient raison.

Rien n’était fait pour nous rassurer : le retour de Meryl Streep trop longtemps incertain, les chansons qui seraient utilisées puisqu’ils avaient usé tous les grands tubes, l’histoire qui nous serait contée, etc… Dès lors, on ne peut pas dire que ce film soit une déception tant le désastre était annoncé. Au moins, il est cohérent avec ce qu’on en attendait : rien. Enfin, nous espérions tout de même d’avoir tort. Ô doux espoir !

L’histoire est tellement simple qu’en vous racontant le début du film, on vous en raconte aussi la fin. Sophie (Amanda Seyfried) organise la réouverture de l’hôtel de Donna (Meryl Streep) après son décès. En parallèle, nous suivons la jeunesse de Donna (Lily James) qui va rencontrer trois hommes à la suite. On en connaît la fin. Et c’est d’ailleurs le premier défaut scénaristique du film : il n’y a jamais d’enjeu. À ne jamais vouloir choisir entre le préquel ou le sequel, Ol Parker n’en traite aucun des deux.

Dans son intrigue du passé, il accumule les révélations qu’on connaît déjà. On nous raconte une histoire qu’on avait très bien saisie dans le premier. Rien de plus ! Rien de plus, mais tout de même des choses en moins. Ainsi, il charcute le travail de Catherine Johnson, scénariste du premier film et auteur de la comédie musicale. Il réduit les personnages à des caricatures. Donna, dont la jeunesse était dépeinte comme celle d’une femme forte, indépendante et à la sexualité libérée devient esclave de son cœur et prude. Elle semble s’excuser de coucher avec Bill, Sam ou Harry. C’est un contre-sens. Et il fait la même chose sur les autres personnages.

La distribution d’origine s’en rend d’ailleurs compte et tourne en mode automatique. Seule Julie Walters trouve une occasion de faire le clown. Mais ramer sur un paquebot ne sert à rien. Pour ce qui sont des autres, ils sont fantomatiques. Ils déroulent leurs textes et leurs chansons sans énergie. Ce sentiment culmine dans une reprise de Dancing Queen qui référence la même séquence dans le premier opus. Un plan sur le regard de Christine Baransky dévoile qu’elle se demande ce qu’elle fait là. Puis, elle repense aux zéros sur le chèque, et ça va mieux. Le sentiment du spectateur est le même, tout ceci a un goût de réchauffé dans un micro-onde qui marche mal.

Prenons aussi quelques instants pour vous parler de l’usage abusif de la publicité mensongère autour du film. En effet, cela ne vaut pas le coup de parler des jeunes comédiens qui assurent la partie préquel tant ils sont anecdotiques, transparents et choisis uniquement pour leurs beaux minois. Le public attend la grosse annonce, l’élément incontournable de cette suite : la participation de la déesse Cher. Tâchez d’en profiter, elle n’est là que dix minutes. C’en est d’ailleurs dommage tant elle éclaire l’écran et offre une interprétation inoubliable de Fernando avec un Andy Garcia transi. Ne parlons pas de Meryl Streep, au centre sur l’affiche qui ne dépasse pas les 5 minutes de présence à l’écran (sauf si on compte toutes les photos d’elle). À ce compte-là, Marvel devrait penser à mettre Stan Lee sur ses affiches.

Reste le plaisir intact d’entendre les titres d’ABBA qui apporte un vent frais bienvenu en cet été caniculaire. Ils sont particulièrement bien arrangés par Benny Anderson et Bjon Ulvaeus mais servis par une mise en scène à la ramasse. Ce qui n’est pas étonnant quand on sait que le réalisateur lui-même avoue ne pas s’y connaître en comédie-musicale et avoir demandé des conseils à sa fille de 22 ans. Il nous semble que ça résume bien le sérieux de l’entreprise.

Mamma Mia – Here we go again ! est une déception de chaque instant et n’est sauvé de la poubelle que par sa bande originale enthousiasmante qui vous fera bouger sur votre siège. Dommage qu’il soit réalisé comme un mauvais épisode de Glee et, visiblement, sans amour pour le film d’origine. On prend plaisir à retrouver les personnages qu’on a aimé mais on les voit fatigués et lassés. Comment pourrait-il en être autrement devant autant de vide ?

Le Piège de cristal infernal

Skyscraper.Résultat de recherche d'images pour "skyscraper"

Action – USA

Réalisé par Rawson Marshall Thurber

Avec Dwayne Johnson, Neve Campbell, Chin Han…

Sortie en salles le 11 Juillet 2018

Distribué par Universal 

À Hong Kong, l’homme d’affaire Zhao Long Zhi inaugure son chef-d’œuvre, The Pearl, le plus grand et le plus moderne des bâtiments jamais construits. Mais avant de pouvoir l’ouvrir au public, il confie à Will Sawyer (Dwayne Johnson) le soin de mener un audit de sécurité. Il n’a cependant pas le temps de mener sa mission à bien qu’une bande de gangsters attaque l’immeuble. Bien malgré lui, Sawyer se retrouve impliqué quand il apprend que sa famille est coincée dans le gratte-ciel à présent en flammes.

Aussi sûr que les feuilles tombent des arbres en automne, les blockbusters fleurissent en été. Après l’imposant Jurassic World – Fallen Kingdom, et en attendant le prometteur Mission Impossible – Fallout, c’est Skyscraper qui vient occuper le terrain de la grosse production dopée aux effets spéciaux, pour un résultat qu’on pourra qualifier de plutôt convaincant. Pour cette seconde collaboration entre le réalisateur Rawson Marshall Thurber et l’acteur Dwayne Johnson (la première ayant eu lieu sur Agents presque secrets), le réalisateur (à qui on doit entre autres Dodgeball et Les Miller) délaisse la comédie pour un film d’action pur et dur.

Ou du moins, un film d’action pur, car s’il lorgne allègrement du côté de La Tour infernale et surtout de Die Hard (et de son utilisation toute personnelle du chatterton), il n’en atteint pas les intensités dramatiques. Nous sommes loin de souffrir des péripéties de Will Sawyer autant que de celles de John McLane. La faute en partie aux circonstances sans doute. Quand McLane se retrouve fortuitement emprisonné au sein du Nakatomi Plaza, Sawyer cherche ouvertement à entrer dans The Pearl. Ensuite parce que Skyscraper assume son identité de blockbuster estival. Ici, point de suspense superflu. Point de suspense, en fait. Les scènes les plus dramatiques trouvent un dénouement idéal, pour ne pas dire attendu. D’autant plus dommage pour un film exploitant plutôt intelligemment l’aspect technologique de son décor, tout en insérant taupes et faux-semblants tout au long de son déroulement. On est rarement surpris, mais l’ensemble laisse la part belle à Dwayne Johnson et ses habituels tours de force.

Qu’il s’agisse de se castagner en dévastant un appartement ou de sauter de la flèche d’une grue jusque sur la façade éventrée d’un gratte-ciel, l’immense Dwayne Johnson défend sa réputation de figure du cinéma d’action sans forcer son talent, même si on notera que son registre dramatique est encore (très) perfectible. En campant cet ancien membre des forces spéciales (encore…) ayant raccroché les armes, père de famille et mutilé (Will Sawyer ayant été amputé lors de sa dernière mission), on aurait pu s’attendre à un peu plus de nuances. S’il feint plutôt bien le manque d’assurance de ce personnage encore affaibli, sa démarche claudicante n’est pas aussi convaincante, d’autant que ça ne semble pas le gêner outre mesure quand il s’agit d’escalader ou de sauter. Un détail du scénario qui reste à l’état de détail, pour un potentiel message positif qui reste donc à l’état d’anecdote.

Pour autant, on ne peut retirer à Skyscraper son statut de film d’action très décent. De sa mise en scène dynamique et maîtrisée, à ses effets spéciaux vraiment impressionnants, tout concourt à offrir au spectateur un divertissement sans temps mort et visuellement taillé pour la 3D, d’où certainement cette appétence pour les plans verticaux (mais si on ne joue pas avec les plans plongés dans un film littéralement intitulé « gratte-ciel », quand peut-on le faire finalement ?)

S’il ne se hisse pas à la hauteur des modèles dont il s’inspire, sans pour autant chercher à s’en cacher une seule seconde, Skyscraper a tous les arguments pour permettre aux amateurs d’action débridée de passer un très bon moment à l’abri des chaleurs estivales. Débranchez votre cerveau et savourez.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Le superficiel au firmament

Les Proies (2017)

Un film de Sofia Coppola

Avec Colin Farrell, Nicole Kidman, Kirsten Dunst

Distribué par Universal Pictures

Colin Farrell nous avait prévenus dans une interview donnée récemment à Allociné : « Parfois certains remakes sont plus originaux que certains films originaux ». Il ne nous a pas menti. Le dernier né de Sofia Coppola est un exemple dans son genre. Reste à déterminer de quel genre il s’agit. Adopter un point de vue critique sur l’œuvre de la fille du génial Francis Ford est presque aussi difficile que sur Xavier Dolan ou Game of Thrones. Leurs adorateurs les vénèrent et chaque film est accueilli comme le « nouveau nouveau testament ». Les avis contradictoires se prennent automatiquement des volées d’insultes et sont qualifiés « d’abrutis qui n’y connaissent rien ». Nous allons donc nous atteler à faire un article le plus positif possible.

En s’attaquant à l’adaptation du roman de Thomas P. Cullinan et du remake de Don Siegel (dont nous vous parlions il y a quelques jours https://culturotopia.wordpress.com/2017/08/22/588/), ses objectifs étaient multiples : adopter le point de vue des personnages féminins et, comme toujours chez elle, redonner de la modernité au sujet. Un petit rappel de l’histoire est nécessaire pour ceux qui auraient la flemme de lire l’article sur le film original :

Trouvé agonisant dans la forêt par l’une des pensionnaires de l’école de Mrs Farnsworth, le caporal nordiste John McBurney est « emprisonné » au milieu de ces jeunes filles le temps de sa convalescence. Il va, malgré lui, révéler les pulsions et secrets enfouis au fond de chacune, au péril de sa vie.

Si le film de Don Siegel adoptait un point de vue alternant entre l’omniscience et celui de John McBurney, Sofia Coppola prend le parti de ne proposer que celui des « filles » de la maison. Elle perpétue par là le cinéma féminin qui est sa marque de fabrique. L’esthétique du film reste dans la lignée de ce qu’elle fait d’habitude, jusqu’au titre adoptant une calligraphie rose bonbon qui frôle le hors-sujet. Mais peut-être veut-elle juste créer un contraste entre l’apparente superficialité de l’univers qu’elle présente et la rudesse de ce qu’il y a sous le vernis. Les images bucoliques du jardin entouré de bruits guerrier laissaient augurer du meilleur. C’était sans compter sur les choix audacieux de la réalisatrice d’un point de vue scénaristique.

Alors que l’histoire de départ est basée sur des non-dits et les tensions qu’ils provoquent, Sofia Coppola choisit de les ôter méticuleusement. Elle n’en oublie aucun, ce qui rend le tout plus aseptisé et puritain qu’un film Disney Channel. Disparu l’inceste entre Mrs Farnsworth et son frère qui expliquait la relation qu’elle établit avec McBurney. Disparu le personnage de la servante noire qui, outre le fait qu’elle ait été violée par le frère Farnsworth, questionnait son statut d’esclave.

Au delà du fait qu’elle met de côté les événements qui créaient le suspense et suscitaient l’attention du spectateur, c’est avec brio qu’elle rate ce qu’elle présente dans ses interviews comme son sujet principal : la frustration sexuelle qui règne dans cette maison. La représentation qu’elle en fait se cantonne à des jeunes filles qui gloussent autour d’une table. La superficialité des personnages n’est pas dommageable qu’au film, mais aussi à l’image qu’elle donne d’une vision féminine des choses. Non seulement les femmes sont présentées comme vide de personnalité, mais le caporal McBurney n’est qu’une pauvre victime qu’on finit par plaindre. Il n’y a plus de changement de rapport de force.

Les Proies n’est pas un mauvais film dans le sens où il est bien fait. Sofia Coppola montre qu’elle serait parfaite pour filmer du Barbara Cartland. D’une histoire sensuelle et perverse, elle fait ce qui apparaît comme un téléfilm d’après-midi de M6. C’est très sympa quoique totalement hors-sujet et inutile. Elle trouve surtout le moyen de faire le contraire de ce qu’elle veut. En ceci, elle force l’admiration et établit un nouveau genre cinématographique qui irait à l’encontre de son créateur. Impressionnant !

Un article de Florian Vallaud

Berlin, nid d’espions

Atomic Blonde

Espionnage, Action – USA (2017)

Réalisé par David Leitch

Sortie en salles le 16 août 2017

1989, quelques jours avant la chute du Mur. Lorraine Broughton, l’un des meilleurs éléments du MI6, est envoyée à Berlin à la recherche d’une mystérieuse liste d’agents dérobée à l’un de ses collègues éliminé. À peine débarquée, sa couverture est grillée, Lorraine doit alors se débattre dans cette ville sclérosée d’espions aux multiples visages et prête à exploser sous la pression populaire.

Indémodable. C’est certainement le qualificatif qui colle le mieux aux années 80, et elles n’ont certainement jamais eu autant la cote que depuis les années 2010. Le punk est peut-être mort, mais le rock 80’s est toujours bien vivace. Une sorte de nostalgie plane sur notre époque, et le cinéma n’a jamais été plus friand de remakes des classiques de cette décennie charnière. Atomic Blonde illustre à merveille cette nostalgie en reprenant à son compte toute une iconographie 80’s (Musique, voitures, esthétique) qu’il nous balance en pleine gueule après l’avoir recouvert d’un vernis typiquement 2010 (scènes d’action esthétisées, personnages ambigus sur tous les plans). Mais est-il pour autant le blockbuster annoncé ?

Autant le dire, Atomic Blonde laissera sans doute une part de son public en plan. Malgré un ton définitivement orienté action, son scénario réunissant espions anglais, US, russes et français met du temps à se mettre en place, d’où une première heure assez plan-plan, entre investigations et prises de contacts entrecoupés de scènes d’action un peu molles, mais réjouissantes et très bien réalisées. Le schéma est des plus simples : Lorraine se rend à un endroit. Lorraine casse la gueule d’espions russes/policiers allemands. Lorraine rentre à l’hôtel. On a connu construction plus inspirée, mais force est de reconnaître que l’ensemble tient mieux la route qu’une Trabant.

Au delà de son rythme, son scénario aussi partagera. Certains y verront son côté plutôt bien mené, avec ses espions bien personnfiés et à la loyauté ambivalente. Point de noir ni de blanc, juste du gris. D’autres ne s’en laisseront pas compter par le mystérieux « Satchel », le redoutable agent double (triple, quadruple ?) que tous cherchent à démasquer. Ils n’y verront sans doute qu’une histoire cousue de fil blanc, où les intérêts transparents des grosses huiles se télescopent avec les aspirations d’une population assoiffée de liberté et de paix. Chacun se fera son idée, mais difficile de remettre en cause une construction qui sait malgré tout ménager le suspense.

S’il est aussi clivant qu’a pu l’être le Mur de Berlin, il est notamment un point sur lequel Atomic Blonde saura mettre tout le monde d’accord : son ambiance berlinale 80’s indéniablement réussie. Entre tubes rock-pop emblématiques, punks à crêtes et communistes menaçants, l’agent Broughton et ses rivaux évoluent dans cette Berlin coupée en deux, cafés feutrés et boîtes de nuit clandestines sur une rive du Mur, grisaille et esthétique dépressive « made by Communism » de l’autre. Le soin esthétique apporté à ce film imparfait par Leitch et ses équipes participe indéniablement à son charme vintage.

Charme dont ne manque pas la fameuse « Atomic Blonde », et encore moins son interprète, Charlize Theron, qui irradie littéralement dans ce rôle d’espionne glaciale et badass. Le plus gros bémol qu’on puisse émettre, c’est sans doute l’interprétation un peu légère faite de l’expression « femme fatale », qui consiste apparemment, outre la distribution réglementaire de corrections aux gros bras, à surtout apparaître dans les toilettes les plus aguichantes et se retrouver dans les situations les plus sexy. Une attitude un peu facile, même si on ne peut pas lui retirer qu’elle reste cohérente.

Atomic Blonde ne manque pas de qualités, de son esthétique remarquable à son scénario solide, en passant par la coolitude de son héroïne. Des qualités qui font les grands blockbusters, c’est vrai, mais insuffisantes pour compenser complètement son ouverture un peu poussive. Plus film d’espionnage que pur film d’action, il n’en reste pas moins un excellent divertissement estival. Une très bonne excuse pour faire le mur.

Un article de GBP