Une course contre la mort

Mission Impossible Fallout (2018)Résultat de recherche d'images pour "mission impossible fallout"

Action – espionnage

Un film de Christopher McQuarrie

Avec Tom Cruise, Henry Cavill,

Simon Pegg, Rebecca Ferguson, etc

Sortie le 1eAoût 2018

Distribué par Paramount

Dire que le nouveau volet de la saga Mission Impossible était attendu n’est pas un euphémisme. Après le succès public et critique de Rogue Nation, le retour de l’agent Ethan Hunt était d’autant plus attendu que son tournage parisien avait fait grand bruit. Il marque aussi une nouveauté dans cette marque maintenant devenue incontournable : c’est la première fois qu’un réalisateur reprend son poste pour prolonger sa vision. Christopher McQuarrie nous offre un épisode crépusculaire où ses personnages vont être confrontés à un danger bien plus grand que jamais.

Après l’échec d’une de ses missions qui l’a vu perdre trois charges de plutonium, l’agent Ethan Hunt (Tom Cruise) et son équipe ne sont plus en odeur de sainteté auprès du gouvernement américain. La CIA leur adjoint un agent (Henry Cavill) pour veiller à la récupération des précieuses bombes et empêcher leur utilisation. Mais l’ombre d’un mystérieux Mr Lark plane sur toute cette affaire.

Soyons honnêtes, les révélations de ce film sont cousues de fil blanc. L’ensemble ne parvient pas à créer de suspense : les motivations et les identités des personnages sont assez évidentes. Mais cela ne gâche pas pour autant le plaisir car le réalisateur et le scénariste en prennent leur parti pour déplacer la tension ailleurs. Ainsi, chaque séquence d’action est un petit bijou de manipulation visuelle et de surprise.

Christopher McQuarrie joue sur les attentes des spectateurs et détourne l’attention tel un magicien par des associations d’idées visuelles. Il joue sur les couleurs, les perceptions et va contre elles pour cueillir le spectateur. Les scènes d’actions ne sont pas toujours crédibles, mais elles sont vives et enthousiasmantes. Dans un monde où Marvel est parvenu à aseptiser les morceaux de bravoure de ses films, Mission Impossiblese désigne comme un bon remède. On y retrouve la folie et la fougue des productions Bruckheimer des années 90 : peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse.

Le réalisateur filme Paris au plus proche de la réalité. Le débat autour de la crédibilité des déplacements d’Ethan Hunt dans la capitale n’a pas lieu d’être. Le cinéma n’est pas le lieu de la véracité mais celui des images. Après tout, c’est un problème parisiano-parisien de se dire qu’il est impossible que Montparnasse soit dans la continuité de la rue de Rivoli. De plus, Christopher McQuarrie nous fait grâce des clichés habituels et sublime des endroits inattendus comme le ministère des finances.

Mais ce qui domine ce nouveau long métrage de plus de deux heures, c’est son rapport avec la mort. Jamais Ethan Hunt n’est apparu aussi fragile, aussi proche de rater sa mission. On a beau savoir qu’il gagnera probablement à la fin, le désespoir est palpable comme si plus rien n’était sûr dans notre monde actuel. Le pré-générique se démarque ainsi de ses prédécesseurs par une absence de morceau de bravoure et un échec cuisant.

Mission Impossible Fallout est le blockbuster de l’été attendu. Ses scènes d’actions toutes plus improbables les unes que les autres sont réjouissantes et l’alchimie entre les comédiens fonctionne à plein régime. Il ne fait aucun doute qu’il terrassera sans soucis ses adversaires car l’ensemble sent la sincérité de la démarche et une certaine idée du film d’action qui résiste face à l’uniformisation.

 

I want my mummy !

La Momie, Film fantastique USA (2017)

Réalisé par Alex Kurtzman

Sortie en salle le 14 Juin 2017

Une princesse égyptienne, rayée de la succession par la descendance de son frère, passe un pacte avec Seth et massacre tous ceux qui la séparent de son accession au trône. Arrêtée avant d’avoir accompli son rituel, elle est momifiée vivante et enterrée au fin fond du désert. Plusieurs milliers d’années plus tard, son tombeau est découvert par hasard par deux chasseurs de trésors. En la déterrant, ils ne se doutent pas de l’horreur qu’ils vont déverser sur le monde.

Disney avec Marvel et Warner avec DC se livrent depuis plus de 6 ans une bataille acharnée à coups de super-héros tout de lycra et de cuir vêtus (avec un net avantage pour Disney, tant par la quantité que la qualité), se partageant un marché de plusieurs centaines de millions de dollars. Il n’en fallait certainement pas plus pour titiller l’imagination d’autres poids-lourds du secteur, à commencer par Universal. Impossible de les concurrencer sur les super-héros cependant. Marvel et DC sont les plus grosses écuries et aucune autre ne dispose d’un univers aussi touffu et populaire. Qu’à cela ne tienne, pourquoi ne pas puiser dans un bestiaire tout aussi populaire mais un peu oublié ? Car fut un temps (lointain maintenant) où Universal régnait en maître incontesté du film de monstres (d’horreur serait exagéré à présent). Dracula, immortalisé par l’inquiétant Bela Lugosi, c’était eux. Le loup-garou, interprété par Lon Chaney Jr, encore eux. Et la Momie, sous les bandelettes de laquelle se cachait l’immense Boris Karloff, toujours eux. Il était temps pour Universal que tout ce beau monde (et d’autres) revienne faire frémir les spectateurs, et sous l’égide du nouveau label Dark Universe, c’est à la Momie d’ouvrir le bal des Monstres (après le faux-départ Dracula Untold en 2014).

85 ans après Karl Freund et 18 ans après Stephen Sommers, c’est donc au tour d’Alex Kurtzman de faire prendre l’air à cette poussiéreuse et inquiétante créature née de l’imagination enflammée par le non moins incroyable engouement pour l’égyptologie qui a gagné l’Occident jusque dans les années 1930. Un engouement qui ne se dément toujours pas, même si les momies et la perspective qu’elles reprennent vie ont fini d’effrayer même les plus sensibles.

Si on ne peut pas en vouloir à Freund d’avoir joué cette carte en 1932 (avec succès, son film est sans conteste un monument du genre), Sommers avait compris qu’il pourrait difficilement obtenir le même résultat avec le public de 1999, d’où la généreuse dose d’humour et le rocambolesque des situations vécues par ses héros. Il apparaît dans cette nouvelle itération qu’Alex Kurtzman l’a aussi compris. Il suffit d’observer le cabotinage de l’inoxydable Tom Cruise pour s’en persuader. On peut en revanche douter de la clairvoyance des studios Universal. Tout à leur joie de mettre en route leur « Dark Universe », ils ont oublié que les bons vieux monstres n’effraient (hélas) plus. Quand Warner se savait pas trop quoi faire avec l’univers DC, Universal s’entête à vouloir rendre à nouveau effrayants ses monstres légendaires.

Avec La Momie, les studios accouchent d’un blockbuster inepte, qui massacre l’Égypte ancienne d’une main en passant à la moulinette le concept de la momie de l’autre. Si on saurait excuser à un film des années 30 de ne pas être exact d’un point de vue historique (Une période où, il faut bien l’admettre, le respect des cultures autres qu’occidentales n’allait pas de soi), ou fermer les yeux sur quelques inexactitudes qui feraient tiquer un égyptologue, ça devient problématique dés lors qu’un collégien saurait remettre en question certaines affirmations portées par le film (Seth, Dieu de la Mort ? Sérieusement ?). On passera également sur le lieu où est enterrée la momie, en plein Irak (très loin des frontières de l’ancien empire égyptien), afin de pouvoir surfer sur l’actualité et mettre en scène une bande de soldats yankees devenant soudainement des mécènes adeptes du sauvetage de trésors archéologiques.

Quant à la momie… Eh bien, une fois le prologue passé, on oublie assez rapidement qu’on a affaire à une momie. Plutôt une sorte de sorcière qui, quand elle n’apparaît pas en contre-jour à moitié nue, passe son temps à brailler et à tenter de séduire Nick Morton (Tom Cruise). Il faut bien admettre que les bandelettes et la démarche raide n’ont rien de sexy. La faute n’est pas à mettre au compte de Sofia Boutella. Au contraire, elle assume son rôle avec toute la sensualité demandée (et on ne lui demande que bien peu de choses en plus). Le personnage d’Ahmanet est juste une belle potiche bien creuse, et on ne cessera de s’interroger de l’intérêt qu’elle avait à faire appel à des forces supérieures pour se faire refiler un couteau et faire le boulot elle-même.

Les autres personnages ne rattrapent pas vraiment le coup, tant ils souffrent d’une présence ténue. Le camarade fantôme de Morton, que lui seul peut voir après qu’il ait subi la malédiction de la momie (Coucou, Le Loup-Garou de Londres !) aurait pu être un moteur, soit d’humour, en apparaissant au pire moment, soit de peur, avec sa mine de déterré. Il n’est finalement qu’un prétexte à quelques scènes inutiles et transparentes. Reste le Dr Jekyll, dont la présence dans ce foutoir relève plus de l’incongruité que de l’intérêt scénaristique. Au mieux doit-on admettre qu’il est beaucoup moins ridicule que son pendant de La Ligue des Gentlemen extraordinaires. Admettons aussi qu’il partait de loin.

La Momie enchaîne tant d’incohérences et de facilités qu’on en oublie le but premier d’un blockbuster de ce genre : nous divertir. Ses effets spéciaux et ses cascades impeccables, et son récit, certes haletant, mais sans relief, ne nous feront pas oublier ses personnages ternes et son manque d’idée. On s’ennuie ferme. En oscillant entre terreur et décontraction, sans parvenir à atteindre l’un ou l’autre, La Momie pose le Dark Universe sur des bases au combien bancales. Charge à L’Homme invisible de rattraper le coup…

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux