Avignon Off 2018 : Un Garçon d’Italie au Théâtre Transversal

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De Philippe Besson

Par le Collectif Rêve Concret

Avec Mathieu Touzé, Hey Yuming,

Estelle N’Sende

Du 6 au 29 juillet 18

À 10h35

Au Théâtre Transversal (Avignon) 

Disons-le d’emblée, et ne nous embarrassons pas de faux semblants : ce roman de Philippe Besson est un chef d’œuvre. Publié en 2003, l’auteur confirmait par ce quatrième livre son talent pour composer des personnages attachants et profonds, empreints de contradictions.

Luca Salieri est mort noyé. Des circonstances qui ont mené à ce drame, personne n’en sait grand-chose. Mais il est mort laissant derrière lui Anna Morante, sa femme, et Leo Bertina, son amant. On pourrait avoir les germes d’un boulevard mais c’est un drame qui va se jouer. Chacun va chercher à comprendre tandis que Luca les observe d’en-haut.

Le Collectif Rêve Concret a fait un choix osé, mais gagnant, de garder le plateau nu. Pas d’effets de mise en scène marqué. Juste le Comédien et le texte à trois voix de Philippe Besson. Les trois corps prennent l’espace et la lumière sans aide supplémentaire. Les rares instants où ils font appels à de la musique ou des projections sonnent alors comme des moments de respiration, de liberté.

Quand on s’en remet uniquement au texte, il faut avoir des comédiens qui tiennent la route et qui savent captiver par la variété de leur jeu. On est totalement charmés par ce talentueux trio qui n’ennuie jamais. Mathieu Touzé offre un Luca espiègle, apaisé et attirant. On comprend qu’Anna et Leo aient pu craquer. Hey Yuming marque par sa sensibilité et sa voix fragile. Il offre au personnage une épaisseur inattendue : entre le prostitué cynique et l’homme qui en souffre. Enfin, Estelle N’Sende est une tornade. Dès son entrée sur scène, elle dévaste tout telle une vraie veuve italienne.

Un Garçon d’Italie, nous l’avions vu passer sur les réseaux sociaux. Nous en attendions beaucoup, et nous avons été servis. L’ensemble est bouleversant et le thème du deuil qui le traverse donne à nouveau goût à la vie. De plus, le Collectif Rêve Concret s’autorise des moments de pure beauté comme une danse stroboscopique sur « Sara Perche Ti Amo ». A ne pas rater durant le festival !

Un article de Florian Vallaud

Réservations : https://www.billetreduc.com/215422/evtcrit.htm

 

Molière 2018 : Les nominations

Et voilà, nous y sommes ! Pour les omnivores culturels que nous sommes, le temps des cérémonies rythme l’année. Nous attendons avec voracité les nominations pour voir si les œuvres que nous avons soutenu seront distinguées par la profession. Après les Césars et les Oscars, il est venu le temps des Molière 2018. La liste des heureux élus a été dévoilée hier en conférence de presse et nous ne pouvions pas ne pas vous en parler. Commentaires et pronostics ( en gras dans chaque catégorie), c’est maintenant ! Quand il n’y a rien, c’est que nous n’avons pas vu les spectacles sélectionnés et que nous nous gardons bien d’avoir un avis basé sur rien.  Il est toutefois surprenant de noter que certains spectacles nommés datent d’il y a plusieurs années, et amusant de souligner que l’académie semble avoir entendu la « polémique » de l’année dernière autour de l’absence d’Ariane Mnouchkine. Résultat, on la retrouve dans toutes les catégories possibles.

Molière du Théâtre privé :

– Adieu Monsieur Haffmann, de Jean-Philippe Daguerre, mise en scène Jean-Philippe Daguerre, Petit Montparnasse.

– Cendrillon, de Joël Pommerat, mise en scène Joël Pommerat, Théâtre de la Porte Saint-Martin.

– Le Fils, de Florian Zeller, mise en scène Ladislas Chollat, Comédie des Champs-Élysées.

– Le Jeu de l’amour et du hasard, de Marivaux, mise en scène Catherine Hiegel, Théâtre de la Porte Saint-Martin.

On ne va pas se mentir, Catherine Hiegel a toutes ses chances cette année. Alexis Michalik n’est pas là pour lui ravir les récompenses et son Marivaux fait grand bruit auprès de la presse et du public. Notre cœur serait volontiers allé du côté de Joël Pommerat mais ce spectacle date de 2011 et vient du théâtre public : alors, il ne faut tout de même pas plaisanter !

Molière du Théâtre public :

– Adieu Ferdinand !, de Philippe Caubère, mise en scène Philippe Caubère, La Comédie Nouvelle.

– Les Fourberies de Scapin, de Molière, mise en scène Denis Podalydès, Comédie-Française, Salle Richelieu.

– Saigon, de Caroline Guiela Nguyen, mise en scène Caroline Guiela Nguyen, Les Hommes approximatifs.

– Une Chambre en Inde, création collective du Théâtre du Soleil, mise en scène Ariane Mnouchkine, Théâtre du Soleil.

Entre les deux, nos cœurs balancent. Le Scapin de Podalydès est sans conteste une œuvre fringante et pleine de jeunesse. Mais nous gardons un vrai amour pour le Théâtre du Soleil et ses superproductions émotionnelles et artistiques.

Molière de la Comédie :

– C’est encore mieux l’après-midi, de Ray Cooney, mise en scène José Paul, Théâtre des Nouveautés.

– Deux mensonges et une vérité, de Sébastien Blanc et Nicolas Poiret, mise en scène Jean-Luc Moreau, Théâtre Rive Gauche.

– Le Gros Diamant du Prince Ludwig, de Henry Lewis, Jonathan Sayer et Henry Shields, adaptation Gwen Aduh et Miren Pradier, mise en scène Gwen Aduh, Théâtre du Gymnase.

– Ramses II, de Sébastien Thiéry, mise en scène Stéphane Hillel, Théâtre des Bouffes Parisiens.

Molière de la Création visuelle :

– Cendrillon, de Joël Pommerat, mise en scène Joël Pommerat, Théâtre de la Porte Saint-Martin.

Scénographie : Éric Soyer, costumes : Isabelle Deffin, lumière : Éric Soyer, vidéo : Renaud Rubiano.

– Saigon, de Caroline Guiela Nguyen, mise en scène Caroline Guiela Nguyen, Les Hommes approximatifs.

Scénographie : Alice Duchange, costumes : Benjamin Moreau, lumière : Jérémie Papin.

– Le Tartuffe, de Molière, mise en scène Michel Fau, Théâtre de la Porte Saint-Martin.

Décors : Emmanuel Charles, costumes : Christian Lacroix, lumière : Joël Fabing.

– Une Chambre en Inde, création collective du Théâtre du Soleil, mise en scène Ariane Mnouchkine, Théâtre du Soleil.

Décors : Ariane Mnouchkine, Benjamin Bottinelli-Hahn, David Buizard, Kaveh Kishipour, Elena Antsiferova et Anne-Lise Galavielle, costumes : Marie-Hélène Bouvet, Nathalie Thomas et Annie Tran,  lumière : Virginie Le Coënt, Lila Meynard, Elsa Revol et Geoffroy Adragna.

Mnouchkine : encore, toujours, à jamais !

Molière du Spectacle musical :

– La Dame de chez Maxim, de Georges Feydeau, adaptation Johanna Boyé et Paméla Ravassard, mise en scène Johanna Boyé, Atelier Théâtre Actuel.

– Grease, de Jim Jacobs et Warren Casey, adaptation Nicolas Engel, mise en scène Martin Michel et Véronique Bandelier, Théâtre Mogador
– Histoire du soldat, de Ramuz et Stravinsky, mise en scène Stéphan Druet, Théâtre de Poche-Montparnasse.
– Priscilla – Folle du désert, de Stephan Elliott et Alan Scott, adaptation Philippe Hersen, mise en scène Philippe Hersen, Casino de Paris.

Nous avions évoqué sur ce site tout l’amour que nous portions à Priscilla – folle du désert, mais nous avions encore plus été transcendé par la force poétique de Histoire du soldat avec le beau et talentueux Julien Alluguette. Il faut soutenir ce genre de spectacles qui misent sur l’émotion pure.

Molière de l’Humour :

– Jérôme Commandeur, dans Tout en douceur, de Jérôme Commandeur, mise en scène Jérôme Commandeur et Xavier Maingon.

– Jamel Debbouze, dans Maintenant ou Jamel, de Jamel Debbouze, mise en scène Mohamed Hamidi.

– Fabrice Éboué, dans Plus rien à perdre, de Fabrice Éboué, mise en scène Thomas Gaudin.

– Blanche Gardin, dans Je parle toute seule, de Blanche Gardin, mise en scène Maïa Sandoz.

– Manu Payet, dans Emmanuel avec Manu Payet, de Manu Payet, mise en scène Benjamin Guède

Molière du Jeune public :

– Le Livre de la Jungle, de Ely Grimaldi et Igor de Chaillé, mise en scène Ned Grujic, Théâtre des Variétés.

– Le Malade imaginaire, de Molière, adaptation Jean-Philippe Daguerre, mise en scène Jean-Philippe Daguerre, Théâtre Saint-Georges.

– Le Petit Chaperon rouge, de Joël Pommerat, mise en scène Joël Pommerat, Cie Louis Brouillard.

– Les Petites Reines, d’après Clémentine Beauvais, adaptation Justine Heynemann et Rachel Arditi, mise en scène Justine Heynemann, Production Soy Création.

Molière du Seul/e en scène :

– Françoise par Sagan, avec Caroline Loeb, d’après Françoise Sagan, adaptation Caroline Loeb, mise en scène Alex Lutz, Petit Montparnasse.

– Je parle à un homme qui ne tient pas en place, avec Jacques Gamblin, de Jacques Gamblin et Thomas Coville, mise en scène Jacques Gamblin, Les Productions du Dehors.

– Le Livre de ma mère, avec Patrick Timsit, d’Albert Cohen, mise en scène Dominique Pitoiset, Théâtre de l’Atelier.

– Vous n’aurez pas ma haine, avec Raphaël Personnaz, d’après Antoine Leiris, mise en scène Benjamin Guillard, 984 Productions – Arnaud Bertrand

Le gagnant de cette catégorie semble tout indiqué tant son texte a une triste résonance dans la France d’aujourd’hui.

Molière du Comédien dans un spectacle de Théâtre privé :

– Yvan Attal, dans Le Fils, de Florian Zeller, mise en scène Ladislas Chollat.

– Grégori Baquet, dans Adieu Monsieur Haffmann, de Jean-Philippe Daguerre, mise en scène Jean-Philippe Daguerre.

– Jean-Pierre Darroussin, dans Art, de Yasmina Reza, mise en scène Patrice Kerbrat.

– Vincent Dedienne, dans Le Jeu de l’amour et du hasard, de Marivaux, mise en scène Catherine Hiegel.

Molière du Comédien dans un spectacle de Théâtre public :

– Philippe Caubère, dans Adieu Ferdinand !, de Philippe Caubère, mise en scène Philippe Caubère.

– Jacques Gamblin, dans 1 heure 23’14 ’’ et 7 centièmes, de Jacques Gamblin et Bastien Lefèvre, mise en scène Jacques Gamblin.-

Benjamin Lavernhe, dans Les Fourberies de Scapin, de Molière, mise en scène Denis Podalydès.

– Philippe Torreton, dans Bluebird, de Simon Stephens, mise en scène Claire Devers.

Philippe Caubère a beau être un immense comédien qui ne nous déçoit jamais, il a déjà été récompensé il y a peu et Benjamin Lavernhe semble être la nouvelle coqueluche du Théâtre Français tant il rivalise de talent dans le rôle de Scapin.

Molière de la Comédienne dans un spectacle de Théâtre privé :

– Laure Calamy, dans Le Jeu de l’amour et du hasard, de Marivaux, mise en scène Catherine Hiegel.

– Isabelle Carré, dans Baby, de Jane Anderson, adaptation Camille Japy, mise en scène Hélène Vincent. 

– Anne Charrier, dans En attendant Bojangles, d’Olivier Bourdeaut, adaptation Victoire Berger-Perrin, mise en scène Victoire Berger-Perrin.

– Mélanie Doutey, dans Douce Amère, de Jean Poiret, mise en scène Michel Fau.

Parce qu’il faut récompenser ce spectacle poignant qui pose de vraie question d’actualité sur l’adoption.

Molière de la Comédienne dans un spectacle de Théâtre public :

– Christiane Cohendy, dans Tableau d’une exécution, de Howard Barker, mise en scène Claudia Stavisky.

– Marina Hands, dans Actrice, de Pascal Rambert, mise en scène Pascal Rambert.

– Catherine Hiegel, dans La Nostalgie des blattes, de Pierre Notte, mise en scène Pierre Notte.

– Anne Kessler, dans L’Hôtel du libre-échange, de Georges Feydeau et Maurice Desvallières, mise en scène Isabelle Nanty.

Molière du Comédien dans un second rôle :

– Jean-Paul Comart, dans Michel Ange et les Fesses de Dieu, de Jean-Philippe Noël, mise en scène Jean-Paul Bordes.

– Vincent Deniard, dans Baby, de Jane Anderson, adaptation Camille Japy, mise en scène Hélène Vincent.

– Franck Desmedt, dans Adieu Monsieur Haffmann, de Jean-Philippe Daguerre, mise en scène Jean-Philippe Daguerre.

– Didier Sandre, dans Les Fourberies de Scapin, de Molière, mise en scène Denis Podalydès.

– François Siener, dans Michel Ange et les Fesses de Dieu, de Jean-Philippe Noël, mise en scène Jean-Paul Bordes.

– Bruno Solo, dans Baby, de Jane Anderson, adaptation Camille Japy, mise en scène Hélène Vincent.

Molière de la Comédienne dans un second rôle :

– Audrey Bonnet, dans Actrice, de Pascal Rambert, mise en scène Pascal Rambert.

– Isabelle de Botton, dans Clérambard, de Marcel Aymé, mise en scène Jean-Philippe Daguerre.

– Françoise Lépine, dans Le Lauréat, d’après Charles Webb, adaptation Christopher Thompson, mise en scène Stéphane Cottin.

– Christine Murillo, dans Le Tartuffe, de Molière, mise en scène Michel Fau.

– Élodie Navarre, dans Le Fils, de Florian Zeller, mise en scène Ladislas Chollat.

– Paméla Ravassard, dans La Dame de chez Maxim, de Georges Feydeau, adaptation Johanna Boyé et Paméla Ravassard, mise en scène Johanna Boyé.

Molière de la Révélation masculine :

– Arnaud Denis, dans Jean Moulin, évangile, de Jean-Marie Besset, mise en scène Régis de Martrin-Donos.

– Arthur Fenwick, dans Le Lauréat, d’après Charles Webb, adaptation Christopher Thompson, mise en scène Stéphane Cottin.

– Antoine Guiraud, dans Clérambard, de Marcel Aymé, mise en scène Jean-Philippe Daguerre.

– Rod Paradot, dans Le Fils, de Florian Zeller, mise en scène Ladislas Chollat.

Sans conteste le jeune Arthur Fenwick porte Le Lauréat à bout de bras. Nous vous invitons à relire notre critique à ce sujet : nous ne voulons pas en remettre une couche.

Molière de la Révélation féminine :

– Aïda Asgharzadeh, dans La Main de Leila, de Aïda Asgharzadeh et Kamel Isker, mise en scène Régis Vallée.

– Vanessa Cailhol, dans La Dame de chez Maxim, de Georges Feydeau, adaptation Johanna Boyé et Paméla Ravassard, mise en scène Johanna Boyé.

– Julie Cavanna, dans Adieu Monsieur Haffmann, de Jean-Philippe Daguerre, mise en scène Jean-Philippe Daguerre.

– Flore Vannier-Moreau, dans Clérambard, de Marcel Aymé, mise en scène Jean-Philippe Daguerre.

Molière de l’Auteur francophone vivant :

– Aïda Asgharzadeh, pour La Main de Leila (avec Kamel Isker) et Les Vibrants.

– Jean-Philippe Daguerre, pour Adieu Monsieur Haffmann.

– Caroline Guiela Nguyen, pour Saigon.

– Jean-Philippe Noël, pour Michel Ange et les Fesses de Dieu.

– Pierre Notte, pour La Nostalgie des blattes.

– Florian Zeller, pour Le Fils. 

Molière du Metteur en scène d’un spectacle de Théâtre privé :

– Ladislas Chollat, pour Le Fils, de Florian Zeller, et Les Inséparables, de Stéphan Archinard et François Prévôt-Leygonie.

– Jean-Philippe Daguerre, pour Adieu Monsieur Haffmann, de Jean-Philippe Daguerre.

– Catherine Hiegel, pour Le Jeu de l’amour et du hasard, de Marivaux.

– Joël Pommerat, pour Cendrillon, de Joël Pommerat.

Elle ronchonnait l’année dernière dans le public devant le succès incommensurable de Michalik, cette année c’est forcément pour elle.

Molière du Metteur en scène d’un spectacle de Théâtre public : 

– Ariane Mnouchkine, pour Une Chambre en Inde, création collective du Théâtre du Soleil.

– Isabelle Nanty, pour L’Hôtel du libre-échange, de Georges Feydeau et Maurice Desvallières.

– Denis Podalydès, pour Les Fourberies de Scapin, de Molière.

– Cyril Teste, pour Festen, de Thomas Vinterberg et Mogens Rukov.

Un spectacle finement sculpté

Claudel (2018)Résultat de recherche d'images pour "claudel athénée"

Un spectacle écrit et mis-en-scène

par Wendy Beckett

Chorégraphie : Meryl Tankard

avec Célia Catalifo, Marie-France Alvarez,

Marie Brugière, Swan Demarsan,

Sébastien Dumont, Audrey Evalaum,

Clovis Fouin, Christine Gagnepain,

Mathilde Rance

Jusqu’au 24 Mars au Théâtre de l’Athénée

Camille Claudel fait parti de ces personnages historiques que tout le monde pense connaître, mais dont le nom est suivi d’un grand silence quand on demande plus d’explications sur son existence ou son art. Elle fait parti de la mémoire collective. On retient vaguement une idée d’internement psychiatrique sans en savoir les raisons. Certains l’identifient même à une résistante qu’elle n’a jamais été. Bref, beaucoup d’idées reçues que le film avec Isabelle Adjani n’ont visiblement pas réussi à balayer. Le spectacle de Wendy Beckett se pose comme une bonne occasion de nous dresser un portrait de l’artiste. Un portait bouillonnant, poétique et abouti.

Inscrite aux Beaux-Arts, la jeune Camille Claudel veut devenir une grande sculptrice malgré les réticences de sa mère. Elle y fait la connaissance du célèbre Auguste Rodin dont elle devient l’assistante et amante. Sa vie va alors basculer.

Le plateau est paré de draps aux couleurs d’argile, rappelant en quelques touches un atelier d’artistes en plein travail. Le reste de la mise-en-scène est au diapason. Les tenues tachées des artistes contrastent avec les toilettes impeccables de la mère et du frère, Paul, comme un symbole de l’opposition entre l’art et la bourgeoisie qui rejette notre protagoniste. Le geste esthétique est poussé à son paroxysme, maquillant les danseurs.

Wendy Beckett semble avoir une préoccupation principale : la compréhension immédiate de ce qu’elle raconte. Elle livre alors un spectacle fluide au rythme constant. Les scènes s’enchaînent et il n’y a jamais de sensation de remplissage. À l’instar d’un scénario cinématographique, tout est utile et sert à la narration. Les personnages sont d’emblée identifiables et attirent l’empathie. Le jeu précis et puissant des comédiens, Célia Catalifo en tête, servent à merveille un texte aussi didactique que divertissant.

Mais ce qui emporte l’adhésion plus que tout, c’est la force poétique de la pièce. Les sublimes chorégraphies de Meryl Tankard mettent en mouvement les œuvres de Claudel, faisant alors éclater leur sens et leur beauté. Deux danseuses et un danseur effectuent des mouvements d’une précision et d’une beauté qui terrassent le spectateur, le laissant ébloui sur son fauteuil.

Claudel de Wendy Beckett est une lettre d’amour à l’artiste et à son œuvre. Elle retrace le parcours d’une femme géniale brisée par son entourage. Le traitement de la folie de Camille restera comme un morceau de bravoure scénique et de jeu de Célia Catalifo. Vous avez jusqu’au 24 Mars pour voir ce beau spectacle dans le magnifique écrin de la petite salle du Théâtre de l’Athénée. À ne surtout pas rater.

Un article de Florian Vallaud

Quand les moulin-légumes se font broyer…

Un Cœur Moulinex de Simon GrangeatL’image contient peut-être : texte

Mise en scène par Claude Viala

Compagnie Aberratio Mentalis

Jusqu’au 26 Novembre 2017

Au Théâtre de l’Opprimé (Paris 12)

De tout temps, le théâtre a eu pour objectif de porter le monde au regard du spectateur. Il questionne le réel pour en faire ressortir les mécanismes profonds, ceux que le rythme effréné de la vie nous empêche de voir. Cet art est infiniment politique et a encore maintenant un rôle essentiel d’éclaircissement auprès du citoyen. Un Cœur Moulinex de Simon Grangeat s’inscrit dans cette lignée.

Nous connaissons tous l’histoire de cette entreprise française qui a eu comme maître mot de « libérer la femme ». Créé en 1932 par Jean Mantelet, le « moulin-légumes » deviendra le symbole de la réussite industrielle française au cours du XXème siècle pour finir par la liquidation et la revente à son principal concurrent en 2001. Quels sont les rouages qui ont conduit à un tel drame après avoir été la référence dans son domaine ? C’est la question que nous propose d’explorer le spectacle.

Le texte de Simon Grangeat traverse ainsi la période de l’entreprise qui va de sa création à son rachat par Seb en 2001. En découpant le tout en grandes périodes, il apporte une lisibilité à ce qui pourrait paraître obscur pour les non-initiés en économie. Ici, le public doit comprendre les mouvements de l’entreprise et les enjeux qui ont mené à la fin qu’on connaît. Ce ne sont ni l’immersion ni l’identification aux personnages qui comptent : c’est la compréhension.

Nous sommes dans du théâtre didactique et Simon Grangeat s’inscrit dans la lignée de Brecht. Il y a aussi du Michel Vinaver dans sa manière de traiter les personnages comme les voix de quelque chose de plus grand. Les personnages d’ouvrières ont des prénoms mais elles représentent à elles-seules toutes les autres. Seuls les dirigeants ont des identités et des caractères définis puisqu’ils sont réels. Cependant, Simon Grangeat n’oublie pas qu’un message passe mieux avec un peu de « divertissement ». Le texte n’est ni lourd, ni trop sérieux. Il est souvent drôle et ironique. Il apporte même une dose de nostalgie aux spectateurs qui ont grandi entourés de cet électro-ménager qui a conquis toutes les cuisines.

La mise en scène de Claude Viala et la justesse des comédiens portent magnifiquement le propos. En faisant appel à des effets réduits à leur plus simple expression, Claude Viala offre une scénographie claire et au service du texte. Elle ne cherche pas à créer l’illusion mais laisse tout à vue du spectateur qui devient alors témoin des événements. On ne l’ignore pas, on le sollicite. On le tient en éveil constant. Les comédiens n’incarnent pas des personnages mais les présentent au public. D’ailleurs, ils en jouent plusieurs pendant le spectacle et les changements se font à vue. Ce qui compte ce n’est pas de croire mais de comprendre.

Un Cœur Moulinex est une très bonne chronique d’une entreprise dont le créateur a refusé pendant longtemps de suivre l’évolution économique mondiale, et qui a donc creusé la tombe de ce qu’il a mis au monde. Le spectacle ne souffre d’aucun temps mort et les comédiens sont parfaits. Ce serait dommage de rater un spectacle intelligent, drôle et éclairant.

Un article de Florian Vallaud