Avignon OFF 2018 : « Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty ? » au Théâtre du Roi René

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Un spectacle musical D’Éric Bu et Élodie Menant

Mis en scène par Johanna Boye

Avec Élodie Menant, Cédric Revollon, Céline Esperin

Et Marc Pistolesi

Du 6 au 29 juillet 18

À 13h

Au Théâtre du Roi René (Avignon)

On pense tout savoir de cette « gueule d’atmosphère ». De Hôtel du Nord aux Enfants du Paradisen passant par Les Visiteurs du soir, sa gouaille parigote continue à enchanter et fasciner les cinéphiles. Elle a fait l’objet de nombreuses biographies écrites ou filmées, de téléfilms évoquant son comportement face à l’occupant pendant la guerre. « Mon cœur est français mais mon cul est international » déclamait-elle. Mais connaît-on vraiment Léonie Bathiat, la femme qui se cache derrière Arletty ?

C’est à ce voyage intérieur que nous convie l’équipe de ce spectacle musical rafraîchissant. Arletty nous raconte sa vie par un spectacle de cabaret qu’elle maîtrise de bout en bout, du moins c’est ce qu’elle pense. Car certains aspects de sa vie ne peuvent être passés sous silence. Incarnée par une Élodie Menant plus vraie que nature, elle nous mène de Léonie Bathiat à Arletty, de sa naissance à sa mort.

On y croise les plus grands artistes de l’époque : Carné, Prévert, Michel Simon, Cocteau, etc. On y rencontre surtout une femme qui, agressée par la vie et la fatalité, refuse de s’y soumettre. Une femme libre de ses choix qui modèle sa vie comme elle veut malgré ce qu’on pourrait en penser. Les auteurs évitent l’hagiographie pour offrir un portrait complet de ce personnage complexe. Ainsi, ses rapports avec les collaborateurs et l’occupant pendant la seconde guerre sont mis en lumière dans une scène à la tension palpable. Arletty qui se vante de toujours fuir ne peut pas fuir cette confrontation. Mais finalement, la gaieté et la gouaille du personnage l’emportent toujours dans un éclat de rire sonore ou un numéro musical de grande qualité.

Le spectacle est évidemment porté par Élodie Menant, parfaite dans tous les registres. Elle donne à son personnage une vérité éclatante et une profondeur qui perce à travers les barrières qu’elle s’est forgées. Le reste de la distribution étincelle par sa capacité à endosser les autres rôles. Marc Pistolesi incarne Prévert et Simon sans jamais verser dans la mauvaise imitation. Il évoque et cela fonctionne. Céline Esperin propose une Colette qui ne fait que passer dans le spectacle mais dont on se souvient. Sa présence seule suffit à lui donner corps. Cédric Revollon, quant à lui, un Marcel Carné tout en nervosité. Un artiste que rien ne séduit d’autre que ses propres idées.

Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty ?est de ces grands spectacles musicaux qui rendent hommage à notre patrimoine en offrant un divertissement à tous les niveaux. On rit, on est ému, on est tendus. Le succès est tel que, enchaînement des spectacles avignonnais oblige, le public a continué à applaudir en sortant du théâtre. Un immanquable du festival !

Un Article de Florian Vallaud

AVIGNON OFF 18 : La Nuit d’Elliot Fall au Théâtre du Roi René

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Une pièce musicale de Vincent Daenen

Mise en Scène par Nicolas Desnoues

Avec Jules Baron, Justine Boulard,

Nicolas Desnoues, Geoffrey Lopez,

Maxime Moniot et Alix Salingue

Du 6 au 29 juillet 18

À 22H10

Au Théâtre du Roi René (Avignon)

Il est des spectacles dont on a beau savoir qu’ils seront surprenants, on ne s’imagine pas à quel point. Qui pouvait prédire ce qui allait se passer en ce Samedi soir avignonnais, alors que les spectateurs prenaient place dans la salle du Théâtre du Roi René pour assister à La Nuit d’Elliot Fall ? La Compagnie des rêves oubliés en est à son premier spectacle, l’affiche rappelle les films gothiques et le spectacle est musical. Ces indices évoquant un spectacle sombre sont confortés par un cercueil trônant au milieu de la scène avec, de chaque côté, des voilages en piteux états. Enfin, le spectacle démarre.

La « petite » Mimi va mourir. Des fleurs lui poussent un peu partout. Elle n’a plus qu’une nuit à vivre. Seul un baiser peut la sauver…peut-être…Ce n’est pas sûr…Enfin, rien ne coûte d’essayer. Sa bonne fée Preciosa part à la recherche du sauveur potentiel : un certain Elliot Fall. Mais le maléfique comte Lovejoy rôde.

La Nuit d’Elliot Fall est un spectacle clivant en ce sens qu’il a un univers tellement dingue qu’on adore ou qu’on déteste. Il n’y a pas de juste milieu. L’univers est gothique, drôle et transgressif. On pense au Rocky Horror Show évidemment, mais aussi à John Waters et toute cette culture underground des comédies outrancières américaines. Tout est excessif, décalé et parfois grossier (mais jamais vulgaire !). On est à la frontière du cartoon. Les personnages des contes de fée connus sont détournés, pervertis pour notre grand plaisir : Cendrillon est une nymphomane des escarpins, le loup est un prostitué travesti, etc. Les personnages sont dessinés avec de gros traits mais c’est fait pour. Et les comédiens semblent s’en donner à cœur joie.

Menée avec une belle énergie par le metteur en scène Nicolas Desnoues, hilarant dans son rôle de fée aux pouvoirs incertains, la troupe joue avec son public pour le faire rire aux éclats. Le quatrième mur est rompu, certains personnages ont conscience de la présence des spectateurs. Geoffrey Lopez incarne un méchant plus que méchant au rire maléfique et tonitruant. Personne ne se prend au sérieux tout en gardant une précision nécessaire à l’humour.

La Nuit d’Elliot Fall est un spectacle fou et libérateur. Il réveille en nous notre âme d’enfant avec un conte intéressant à suivre mais dont les personnages auraient tous déviés vers la perversion. La programmation tardive de ce spectacle est cohérente avec ce qu’il raconte mais peut néanmoins le desservir auprès des moins noctambules qui auront du mal à tenir 1h40 à cette heure. Mais cela vaut définitivement le coup !

Un Article de Florian Vallaud

Réservations : https://www.billetreduc.com/210895/evt.htm