Changez de voie

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Une pièce de Thierry Rocher

Avec Laure Dehorter, Thaïs Herbreteau

Et Thierry Rocher

Mise en scène de Thaïs Herbreteau

Le 25 Septembre à 19h

Dans le cadre du festival 7.8.9.

Au Théâtre de Nesle (75)

De Thierry Rocher, nous connaissions les sketchs d’expert en tout (et surtout en n’importe quoi) qu’il produit toutes les deux semaines dans La Revue de Presse sur Paris Première. Nous savions qu’il était également dramaturge mais nous n’avions jamais eu l’occasion de voir une de ses pièces. Séduits par son humour qui tombe souvent « volontairement » à plat, nous nous sommes précipités pour assister à la représentation de Changer de vie. Et c’est, hélas, une déception à la hauteur des attentes.

Albéric dirige l’agence « Changer de vie » qui aide ses clients dans leur reconversion professionnelle. Un jour, sa secrétaire Virginie lui présente sa cousine, Loana Bismuth, dont les envies de reconversions sont pour le moins atypiques.

On ne doit évidemment pas chercher dans une telle comédie une profondeur thématique énorme. Le but déclaré est de faire rire et c’est tout. Seulement, Changer de vie n’y parvient que de façon sporadique. Les saillies sont nombreuses mais souvent redondantes ou mal amenées. Disons-le clairement, le texte est faible. Thierry Rocher est capable de bien mieux alors que cette pièce nous donne l’impression d’un gâteau mal cuit : ç’aurait pu être bon, mais c’est mou. On ne peut pas se raccrocher à l’histoire car celle-ci ne démarre que 20 minutes avant la fin pour être réglée en une scène à la facilité déconcertante. La première partie apparaît alors comme du remplissage, où les clientes s’enchaînent pour servir le jeu plus qu’approximatif de Thaïs Herbreteau.

Puisqu’on parle d’elle, évoquons son travail de mise en scène qui ressemble beaucoup à un emploi fictif. L’ensemble manque de rythme, les musiques entre les actes sont interminables et l’éclairage basique est le même durant toute la pièce. On ne notera même pas de direction des comédiens homogène. Quant aux moments drôles empreints de lourdeurs, il aurait fallu quelque chose de plus aérien pour alléger l’ensemble et le rendre vraiment amusant. Elle va dans le sens inverse.

Changer de vie est un ensemble de déceptions tant la pièce pourrait être un divertissement léger et sans prétention qui se consommerait avec plaisir. À la place, on nous sert un produit indigeste avec quelques moments savoureux. La pièce mériterait d’être retravaillée pour atteindre sa vraie qualité intrinsèque. Si vous la trouvez sur votre chemin, changez de voie.

Un article de Florian Vallaud

 

 

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Docteur Dory Episode 3 : Cyril contre-attaque

Les Troisièmes lundis du Dr Dory

Thérapie chantée en 6 séances

Un spectacle de et avec Cyril Dory

Le troisième lundi de chaque mois à 21h

Jusqu’en Mai 2018

Au Théâtre de Nesle (75)

C’est un cas très rare, voire inédit, que Culturotopia fasse deux articles sur le même artiste pour le même spectacle. Mais à cas exceptionnel, mesures exceptionnelles. Nous avons assisté ce lundi hier soir à la troisième séance des Troisièmes lundis du Docteur Dory au Théâtre de Nesle, dont nous vous vantions les mérites le mois dernier : https://culturotopia.com/2018/01/16/une-consultation-qui-fait-du-bien/ . Nous n’allons pas vous refaire la description de ses talents, nous en avons déjà assez parlé. Mais comme le spectacle est totalement différent chaque mois, l’expérience est différente. Et ce fut le cas pour la séance de Février. Cyril Dory nous a fait la démonstration de sa liberté de création.

Si le spectacle semblait démarrer comme le mois dernier, l’artiste n’a pas tarder à nous montrer qu’il choisissait la route qu’il voulait nous faire prendre. Il a mis en suspens la réflexion amorcée au mois de Janvier sur le rapport de l’Amour au réel pour la faire imploser. Il met la Saint-Valentin, Mardi gras et la Chandeleur dans un mixeur et voit ce qui en ressort. Si le propos a pu paraître confus pour les nouveaux arrivants, les « patients réguliers » jubilent. Ils voient un artiste qui nourrit son art au gré de ses inspirations et ses états d’âmes du moment. La mélancolie se mêlait à un vrai sentiment de liberté.

Cyril Dory a fait exploser les règles qu’il avait lui-même établi pour offrir un spectacle plein de surprises. Il atteint un moment de pure intensité poétique durant un Blue Valentines de Tom Waits, laissant son piano à Emmanuel Birnbaum, fondateur de L’École Française de Piano. Dès lors, le public sait qu’avec le Docteur Dory, il faut maintenant s’attendre à tout. Peut être vient-il d’imposer une forme de spectacle infiniment punk où rien n’est plus prévisible et tout peut arriver. Nous le saurons dès la prochaine séance prévue pour le 19 Mars.

Un article de Florian Vallaud

Une consultation qui fait du bien

Les Troisièmes lundis du Dr Dory

Thérapie chantée en 6 séances

Un spectacle de et avec Cyril Dory

Le troisième lundi de chaque mois à 21h

Jusqu’en Mai 2018

Au Théâtre de Nesle (75)

De deux choses l’une : soit Cyril Dory est fou, soit c’est un génie. Chez Culturotopia, on opte pour un mélange des deux. Le temps était à la pluie en ce froid lundi de Janvier, et rien n’invitait les spectateurs à sortir de chez eux. Ils étaient pourtant nombreux hier soir au Théâtre de Nesle pour assister à une des « séances » du Docteur Dory. Aux vues des applaudissements chaleureux qui ont salué cette heure et demie de spectacle, il semblerait que la thérapie fonctionne. Mais de quoi est-il vraiment question ?

Durant 6 séances, Cyril Dory propose de développer un questionnement philosophique et psychanalytique sur notre rapport à la vie en général. Chaque représentation est différente : elle complète et prolonge le propos en n’abandonnant pas ceux qui ne seraient pas venus le mois précédent. Ses outils ? Tout ce que la musique peut offrir comme moyen pour illustrer son propos : pop anglaise, variété française, générique télé, etc. Plus l’exemple est improbable, meilleur il est. Qui aurait pu croire qu’on pouvait tirer une analyse pertinente du générique de la série Santa Barbara ? Cyril Dory y parvient avec un humour dévastateur. En effet, si le spectacle ouvre des pistes de réflexions philosophiques intéressantes, il est avant tout ludique et très drôle. Le propos n’est jamais hermétique ni ennuyeux. Tout semble couler de source et le public est invité à réfléchir en même temps que l’artiste. Pour faire passer ce mélange inattendu, il fallait quelqu’un à la hauteur du défi.

Cyril Dory ne démérite jamais. Avec son air enfantin, il nous entraîne dans son univers qui invite à s’émerveiller de tout. Il semble avoir tous les talents. En plus d’être un comédien pédagogue, il gère à merveille la comédie. Son sens de la rythmique, probablement hérité de sa formation musicale, est mis au service d’effets comiques qui surprennent sans cesse. On a qu’une seule envie, tendre l’oreille et suivre son raisonnement qui porte un regard éclairant sur les mécanismes qui régissent nos vies. Hier, il était question des ivresses qu’on peut chercher pour mieux vivre, l’amour en tête, pour arriver à la conclusion que le moyen de ne pas souffrir est de se satisfaire du réel comme le font les enfants. De surcroît, il chante merveilleusement bien et chacun des morceaux qu’il joue au piano est un régal.

Les Troisièmes lundi du Dr Dory est un vrai coup de cœur. Érudit, musicalement envoûtant et hilarant. Il peut même être apaisant et thérapeutique si on accepte de profiter pleinement de l’expérience. Cyril Dory fait partie des artistes atypiques à suivre avec attention, et c’est peu dire qu’on attend avec impatience la prochaine séance prévue le 19 Février 2018. On y sera. Et vous ?

Un Article de Florian Vallaud

L’amour becketien

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Un texte de Samuel Beckett

Avec Pascal Humbert

Mise en scène : Mo Varenne

Jusqu’au 23 Février 2018

Le vendredi à 19h

Au Théâtre de Nesle (75)

En 1946, Samuel Beckett est encore inconnu du grand public. Il n’a pas encore écrit les pièces qui feront scandales puis le rendront célèbre. Il compose une nouvelle qui ne sera publiée qu’en 1970 : Premier Amour. Ce texte écrit à la première personne suit les pérégrinations d’un vagabond solitaire, et qui aspire à le rester, jusqu’à ce que son quotidien soit bousculé par la rencontre d’une femme sur un banc, Lulu. Il nous raconte ses premiers émois, sa relation avec cette personne qu’il a du mal à définir. L’écriture simple et limpide entre en opposition avec l’esprit désordonné du protagoniste. Il enchaîne les imprécisions, les hésitations, les digressions. Dans ce premier ouvrage, Beckett met les thèmes qui constitueront l’essentiel de son œuvre : la mort, la solitude, le vagabondage, etc.

Ce soliloque a motivé de nombreux comédiens à le jouer sur scène bien que ce ne soit pas sa destination première. L’absence totale d’indication de lieu et de temps est un défi difficile à relever. Mo Varenne et Pascal Humbert s’y sont attelé avec un résultat satisfaisant qui mérite qu’on s’y attarde.

Mo Varenne invite le spectateur à entrer dans la tête du personnage. Elle pose un banc comme simple décor qui figura plusieurs lieux. Au-dessus, une constellation de feuilles représentent ses souvenirs qu’il va consulter quand quelque chose lui échappe. C’est un espace mental où toutes les imprécisions et hésitations prendront sens. Pascal Humbert fait le reste, délivrant le texte avec délectation. Les nombreux traits d’humour de l’auteur passent sans difficulté et provoquent une réaction quasi immédiate du public. La mise en scène et la direction d’acteur sont de grande qualité mais se heurtent à un problème qui n’est pas de leur ressort : le rythme imposé par le texte.

C’est un fait, on n’écrit pas une pièce comme on écrit une nouvelle. Et bien que le texte soit à la première personne, Beckett use de la liberté que lui donne la forme narrative. Ainsi, son histoire est décousue et chaque « événement » est l’occasion d’une digression plus ou moins longue. Il n’y a, dans sa nouvelle, aucune montée dramatique qui permettrait une variation des ambiances. Le tout est assez linéaire et donne parfois l’impression d’entendre une petite musique qui serait toujours la même. C’est subtil, bien écrit et très bien interprété par Pascal Humbert, mais le fait est qu’on a parfois l’impression que la pièce ne démarre jamais vraiment. La dernière partie sort du lot avec une série de péripéties très drôles et qui font sens.

L’aPremier Amour pourrait être un très beau moment de théâtre si il n’était limité par un texte qui s’adapte mal au rythme d’une représentation. Le texte de Beckett est magnifique mais n’est pas écrit pour la scène et cela se ressent. Cependant, nous ne pouvons que saluer le travail de Mo Varenne et Pascal Humbert qui ne déméritent pas. L’ensemble est agréable, léger, drôle et magnifiquement interprété. Les amateurs de l’auteur y trouveront une belle occasion de découvrir ou redécouvrir ce texte si peu mis en avant.