Un spectacle sur le fil

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Concert caritatif au profit de SOS Homophobie

Jusqu’au 17 Juin 2018 à 20 heures

A L’Alhambra (Paris 10)

 

Revenons cinq ans en arrière : une association aux idées moyenâgeuses battait le pavé pour empêcher les personnes de même sexe d’avoir les mêmes droits qu’eux. Leur amour était semblait-il plus pur, plus normal. Il s’est dit beaucoup d’horreurs donnant de l’homosexualité une image fausse, bourrée de clichés et réveillant une haine qu’on croyait disparue alors qu’elle n’était qu’endormie. C’est alors qu’est venue l’idée des « Funambules », comme une réponse à la haine par l’amour.

Initié par Stéphane Corbin, ce collectif de près de 500 artistes bénévoles se mit en branle pour concevoir une œuvre où l’homosexualité apparaîtrait dans sa vérité, à la fois légère et grave. 42 chansons en sortirent et devinrent un double album où se côtoient Amanda Lear, Dave, Pierre Richard, Camille Cottin, Annie Cordy, Virginie Lemoine, etc.  La suite logique était de porter ce projet sur scène et c’est régulièrement que « Les Funambules » se produisent au profit d’associations telles que Le Refuge ou SOS Homophobie.

Ils sont jusqu’à Dimanche à l’Alhambra et ce concert fait partie des incontournables. Nous étions hier à la première et, bien que nous connaissions de mieux en mieux le travail de Stéphane Corbin à travers les spectacles musicaux 31et Berlin Kabarett, rien ne nous préparait à la décharge émotionnelle qui allait avoir lieu.

Chaque soir de la semaine, un nouveau parrain assurera la première partie. Hier, c’était Blond and Blond and Blond qui emporta immédiatement l’adhésion du public avec son univers décalé et parodique. Ce soir ce sera Shirley Souagnon, demain Anne Roumanoff puis Michel Jonasz, Oldelaf, Sheila et enfin L.E.J. .

Ce serait fastidieux de vous citer ceux qui participent au concert et cela nous paraîtrait même un contresens tant l’idée de collectif l’emporte sur l’individuel. Les vraies vedettes de ce spectacle sont les chansons et leurs histoires tantôt drôles, touchantes, tragiques. Les mots et la musique de Stéphane Corbin véhiculent sans peine toutes les émotions et touchent directement au cœur. Les harmonies sont terrassantes de beauté et nous entraînent dans un monde à part. La mise en scène très intimiste renforce cette sensation, même dans cet immense music-hall qu’est l’Alhambra.

De fait, durant les deux heures que dure le spectacle, on a l’impression d’être dans un cocon dans lequel le monde extérieur haineux et violent ne peut nous atteindre. On ne le nie pas, certaines chansons sont là pour nous rappeler la complexité d’y vivre quand on est homosexuel. Mais même les textes les plus sérieux sont empreints d’espoir. On en ressort le cœur léger et avec le désir que les choses changent, et que bientôt ces associations et concerts caritatifs deviennent obsolètes.

D’ici là, on ne boudera pas le bien-être que procure ce spectacle et on y retournera sans hésitation. On ne peut que vous convier à faire de même : rejoignez les « Funambules » !

Un article de Florian Vallaud

Berlin Kabarett

Berlin KabarettRésultat de recherche d'images pour "berlin kabarett theatre"

De Stéphan Druet

Avec Marisa Berenson, Stéphane Corbin ou Simon Legendre

Sebastiàn Galeota, Jacques Verzier ou Olivier Breitman,

Loïc Olivier, Victor Rosi

Du Mardi au Samedi à 21h

Le dimanche à 17h30

Jusqu’au 15 Juillet 2018

Au Théâtre de Poche Montparnasse (75)

Descendez l’escalier qui mène à la petite salle du Théâtre de Poche-Montparnasse, et le voyage dans le temps est assuré. Vous voilà transporté à Berlin à la fin de la république de Weimar alors qu’un petit moustachu nerveux prend les rênes du pays avec son parti nationaliste. Des tables autour desquels est installé le public, un serveur torse nu en short et bretelles zigzague entre les tables pour servir les consommations des spectateurs. Nous sommes dans le Cabaret de Kirsten (Marisa Berenson).

Il semble d’emblée évident que Stéphan Druet a décidé de casser le traditionnel quatrième mur qui sépare l’action théâtrale du spectateur. De mémoire de spectateur, cet auteur et metteur en scène n’en est pas à son coup d’essai quand il s’agit de bousculer le public dans ses attentes. On se souviendra longtemps de sa version du Docteur Oxd’Offenbach en 2003 qui a marqué par sa modernité et sa rupture des codes. Beaucoup plus récemment, il nous avait mis une claque esthétique avec L’histoire du soldatdans ce même théâtre. Il a d’ailleurs été couronné Lundi du Molière du meilleur spectacle musical.

Mais c’est une fois que le spectacle démarre qu’on cerne les réelles intentions de Stéphan Druet. Une musique jazz entraînante est parasitée par le discours haineux de Nuremberg. Le personnage de Marisa Berenson a beau nous prévenir que son cabaret est un refuge isolé du monde extérieur, celui-ci s’infiltre dès qu’il peut. Il est menaçant et se rappelle à chaque instant à ces employés dont deux sont juifs et un homosexuel travesti. Si le cabaret apparaît comme un lieu de liberté totale où toutes les folies et les chansons satiriques sont possibles, Kirsten est la personnification de ce qui ne va pas dans cette république qui se dirige sûrement vers le IIIème Reich. C’est un personnage monstrueux qui l’assume et le revendique haut et fort. Sa haine envers son fils homosexuel, Victor (Sebastiàn Galeota), est traitée sans détour.

Cependant, le spectacle est baigné dans un humour et une joie de vivre constante. Les airs entraînants se succèdent. Les compositions de Stéphane Corbin portent en elle la gaieté et la gravité de la situation. On reconnaît ici parfaitement son style qu’on a pu appréhender dans la comédie musicale 31et pour le collectif Les Funambules. C’est la marque des grands artistes. De plus, ses chansons se fondent merveilleusement avec d’autres musiques d’époque comme des airs de Kurt Weill. Ce n’est pas rien.

L’ensemble de la distribution est au diapason de ce spectacle où tout est à sa place. Marisa Berenson irradie le public de sa présence incontestable. Elle attire les regards à chaque instant et fascine par sa capacité à jouer un personnage pourri jusqu’à la moelle avec un glamour constant. Un monstre charmant. Mais la vraie révélation du spectacle reste la muse de Stéphan Druet, Sebastiàn Galeota. Il campe une drag-queen élégante, fragile et d’une beauté terrassante. Son habileté au chant, à la danse et aux acrobaties fait de chacun de ses numéros une découverte. Il hypnotise le public et le captive. Il est la représentation même de la liberté et de la transgression de l’époque qui vont être bientôt étouffé par un gouvernement répressif.

Il semblerait que chaque visite que nous faisons au Théâtre de Poche-Montparnasse révèle à chaque fois des petits bijoux. Berlin Kabarett fait indéniablement parti de cette catégorie. Par une narration pratiquement composée que de chansons, Stéphan Druet parvient à nous dépeindre une époque et des personnages. Et il ne faut pas s’arrêter au fait que l’argument de la pièce puisse faire penser à la comédie musicale américaine Cabaret. Si les points communs sont nombreux, Stéphan Druet est parvenu à faire une œuvre singulière qui lui appartient. Immanquable !

Un article de Florian Vallaud