A l’ombre de la canopée

Jumanji – Bienvenue dans la jungle.

Aventure, fantastique – USA

Réalisé par Jake Kasdan

Avec Dwayne Johnson, Karen Gillan, Kevin Hart, Jack Black

Sortie en salle le 20 Décembre 2017

Spencer, Martha, Fridge et Bethany, 4 ados que tout semble opposer, se retrouvent en colle. Forcés de nettoyer les sous-sols de leur lycée, ils tombent sur une vieille console de jeu fichée d’une cartouche de jeu mystérieuse. À peine l’allument-ils qu’ils sont transportés dans le jungle hostile de Jumanji, avec pour mission de la sauver. Le jeu peut commencer.

Lors de sa sortie en 1996, Jumanji premier du nom comptait parmi les films qu’il fallait avoir vu. Plus de 20 ans après, qu’en reste-t-il ? Entre ses effets spéciaux à la pointe, ayant donné vie à des séquences d’anthologie (on se souvient encore de la charge saisissante des rhinocéros dans la bibliothèque), son histoire aux notes cruelles, où chaque nouvelle rime distillée par le jeu faisait peser un risque mortel à ses participants, et la prestation du regretté Robin Williams, à la fois hilarant et touchant dans le rôle d’Alan Parish, jeune garçon oublié dans la jungle de Jumanji pendant plus de 20 ans, Jumanji est toujours aujourd’hui une grande comédie d’aventure.

Poursuivant sur la lancée du revival à tout va, après le retour tonitruant de Star Wars et celui non moins rugissant de Jurassic Park, il n’est pas étonnant qu’un film comme Jumanji ait éveillé l’intérêt des producteurs avides de suites et de reboots. Avec Jumanji – Bienvenue dans la jungle, c’est désormais chose faite, et même si la suite n’égale aucunement l’original, le résultat n’est pas déshonorant.

Prenant place à la toute fin du premier film, Jumanji s’est modernisé. À la place du jeu de plateau délaissé, il se mue en cartouche de jeu (nous sommes en 1996). Pourquoi pas ? Cela ne fait qu’accentuer le côté particulièrement pervers d’un jeu prêt à tout pour attirer dans sa toile les adolescents imprudents. Jouant sur les codes régissant le jeu-vidéo (enfin, une certaine époque du jeu-vidéo), Jake Kasdan organise son film en niveaux, chaque fois plus impressionnant, en prenant hélas le risque de tomber dans une certaine monotonie. Le film checke son cahier des charges en intégrant dans son histoire tous les poncifs d’une aventure dans la jungle et les éléments emblématiques de Jumanji (hippopotames, rhinocéros, fauves, auxquels viennent s’ajouter mercenaires patibulaires à motos et coursives piégées). Rien ne manque, mis à part l’originalité. Quand on était surpris par un lion soudainement apparu sur un lit king-size ou une bande de singes turbulents dans une cuisine, on s’étonne beaucoup moins d’une charge de rhinocéros furieux dans un canyon loin d’être aussi saisissante que son modèle.

Un peu plus à l’aise sur le plan de l’humour, cette nouvelle mouture de Jumanji nous offre un petit festival de vannes faciles, certes, mais bien distribuées par son casting. De Dwayne Johnson, qui sursaute à la moindre menace, à Jack Black, qui cabotine dans son rôle d’adolescente superficielle, tous semblent beaucoup s’amuser dans ces rôles à contre-emploi, qui exploitent autant les stéréotypes (adolescents ou héroïques) que le jeu-vidéo lui-même. Entre personnages non-joueurs répétant inlassablement les mêmes phrases (une mécanique un peu trop utilisée), morts et réapparitions loufoques, et avatars aux forces et faiblesses tout aussi étranges, le film ne manque pas d’une bonne dose d’humour qui gagne sans mal le spectateur. On regrette beaucoup plus la quasi-disparition des énigmes en rimes (devenues des plus pauvres), piment de l’humour pince-sans-rire et parfois cruel qui caractérisait le film original.

Dire qu’on attendait la suite de Jumanji serait un peu mentir, ou alors, comme la plupart des suites tardives, on l’attendait au tournant avec un sourire goguenard, prêts à tendre le pied pour la tacler. Petite comédie d’aventure qui restera dans l’ombre de son modèle, Jumanji – Bienvenue dans la jungle est à elle-seule portée par un casting qui donne tout pour rattraper un scénario plutôt faible. Une sympathique excursion tropicale en somme, mais guère plus.

Un article de GBP

Connaissez-vous Peter par coeur ?

Spider-Man : Homecoming (2017)

Un film de Jon Watts

Avec Tom Holland, Michael Keaton,

Robert Downey Jr.

Dire que le retour de l’homme-araignée dans l’écurie Marvel était attendu relèverait de l’euphémisme. Depuis 15 ans, époque où l’éditeur phare n’avait pas encore abordé le cinéma, les droits du personnage étaient cédés à Sony et sa filiale Columbia Pictures qui nous ont servi le meilleur comme le pire. Ils avaient une régularité métronomique quand il s’agissait de pondre une aventure pour éviter que leurs droits n’expirent. En effet, si le studio n’utilisait pas le personnage pendant un certain nombre d’années, l’accord devenait caduc et Marvel récupérait la possibilité de l’exploiter sur grand écran. Or, entre temps, le Marvel Cinematic Universe s’était mis en place et constituait un rival sérieux pour Sony. C’est ainsi que nous arrivions à Amazing Spider-Man 2, écrit en dépit du bon sens et de toute notion scénaristique. Mais à l’occasion de Captain America : Civil War, les deux parties sont parvenues à un arrangement (probablement financier) afin que la mère récupère son enfant en garde alternée. Il a maintenant le droit à son propre film et les enjeux étaient nombreux avec un résultat pas toujours à la hauteur.

Des mois sont passés depuis son implication dans Civil War et Peter Parker (Tom Holland) attend en vain que Tony Stark (Robert Downey Jr) daigne le rappeler. Il se voyait déjà intégrer les Avengers mais sa vie est toujours partagée entre le lycée et aider les vieilles dames à traverser la rue. A 15 ans, il espère encore être le héros qu’il pense être appelé à devenir. Un groupe de voleurs d’armes extraterrestres mené par Adrian Toomes (Michael Keaton) va être l’occasion de faire la démonstration de ses talents de super-héros.

Le premier fait notable est qu’on nous fait grâce d’une nouvelle « origin story ». On a déjà vu par deux fois Peter Parker se faire piquer par une araignée radioactive, c’est amplement suffisant. Ceci dit, si nous ne voyons pas comment il obtient ses pouvoirs, la structure narrative est en tout point celle d’un récit qui voit la naissance de Spider-Man en tant que Héros. D’autres part, ce procédé permet à Marvel de modifier par petites touches les points caractéristiques de son personnage. Ici, il n’est jamais question de l’oncle Ben et c’est à Tony Stark que revient le rôle du père de substitution qui guide. Il en résulte que Peter Parker est assez plat et n’a pas de questionnement moral profond. Son mantra bien connu, « De grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités », est relégué au statut de référence qu’on ne finit même pas. C’est dommage de ne pas donner d’épaisseur et de caractère au personnage qui se trouve réduit à son simple symbole.

La réalisation de Jon Watts est fluide et offre le divertissement espéré. Les scènes d’action sont spectaculaires et sublimées par une belle partition de Michal Giacchino. Celui-ci offre même dès le début une version enthousiasmante du thème de la série des années 60. Nous pouvons regretter cependant que l’esthétique légère et pop que promettait les affiches avec leur style « old school » ait été abandonné au profit d’une uniformisation avec le reste de l’univers Marvel. On a l’impression de voir toujours la même chose et la lassitude commence à pointer le bout de son nez.

Malgré tout, Spider-Man Homecoming est un bon divertissement pour l’été. A l’inverse des blockbusters dont nous avons parlé précédemment, celui-ci est cohérent, palpitant et le scénario réserve de belles surprises. L’association Marvel-Sony rehausse indéniablement la licence et revient au niveau des films de Sam Raimi. Reste à savoir si ils tiendront sur la longueur, deux suites sont déjà annoncées.