Le Retour du vent barcelonais

Le Labyrinthe des esprits (2018)Résultat de recherche d'images pour "le labyrinthe des esprits"

Un roman de Carlos Ruiz Zafón

Paru chez Actes Sud 

Alors que Franco règne sur l’Espagne, un de ses ministres ne donne plus de signe de vie. Sa disparition semble liée à un certain Victor Mataix, auteur maudit torturé dans les prisons du régime. La jeune Alicia Gris est lancée sur ses traces. Elle va découvrir que cette histoire est jalonnée de mystères et de meurtres.

Été 2004, un ami me met un roman entre les mains. Un livre qu’il a énormément aimé. Un bijou, me dit-il. Sceptique, je scrute la couverture et le titre : L’Ombre du vent. L’auteur est espagnol et inconnu en France. Pourtant je m’installe sur le lit et ouvre la première page. Tel le jeune héros de L’Histoire sans fin, je suis aspiré par ces pages qui me font visiter une Barcelone crépusculaire et fantomatique où règnent les livres et les auteurs maudits. On m’avait rarement aussi bien fait ressentir l’ambiance d’une ville et parlé de la force de la littérature. Le tout mâtiné d’un peu de fantastique. À l’issue des 530 pages, je connaissais très bien son protagoniste Daniel Sempere, fils de libraire qui découvre un lieu caché où sont conservés les livres oubliés. Je n’avais qu’une envie : le retrouver.

5 ans plus tard, l’auteur change d’éditeur français pour passer de Grasset à Robert Laffont mais la patte est toujours là dans Le Jeu de l’Ange. Le protagoniste et l’époque sont différents mais l’univers est le même : Barcelone, le Cimetière des livres oubliés, même la famille Sempere. Carlos Ruiz Zafon compose une histoire tentaculaire. Sa volonté se confirme trois ans plus tard dans Le Prisonnier du Ciel. C’était en 2012. On pensait qu’il ne s’agissait que d’une trilogie et qu’on en avait fini avec les Sempere. Mais les plus curieux virent apparaître un nouveau tome en Espagne en 2016. Cependant, aucune nouvelle pendant deux ans du côté de Robert Laffont. Alors vous imaginez mon agréable surprise quand il apparut début 2018 dans le line-up des belles éditions Acte Sud. 14 ans après les premières sensations, j’allais enfin pouvoir avoir la fin de cette saga formidable.

Le premier constat incontestable est que la magie des mots de Zafón fonctionne encore. Il a la force de camper un décor en quelques mots et d’y instaurer un mystère. Le paradoxe du roman vient d’ailleurs de là : c’est un vrai page-turner qu’on a envie de prendre le temps de savourer. Ainsi, avec quasi 900 pages au compteur, c’est un livre qui s’inscrit dans la durée créant par là-même une forte empathie avec le lecteur. Mais c’est aussi un témoignage éloquent de ce qu’a pu être l’Espagne franquiste où personne n’était digne de confiance.

Le Labyrinthe des esprits sera votre compagnon idéal pour l’été avec ce qu’il faut d’aventure, de mystère et d’amour pour vous donner envie d’y revenir. Et, si c’est un plus d’avoir lu les précédents pour une totale compréhension, l’auteur a conçu sa quadrilogie pour que les tomes soient lus dans n’importe quel sens. Vous n’avez donc pas de raison de passer à côté.

Un article de Florian Vallaud

La disparition de Josef Mengele

La disparition de Josef Mengele (2017)

Un roman de Olivier Guez

paru le 16 Août 2017

aux éditions Grasset

La mi-août signe chaque année l’arrivée de la première salve de la rentrée littéraire. Ce sont 581 publications qui sont annoncées cette année, un nombre qui fait déjà perler la sueur au front des chroniqueurs, lesquels ne vous proposeront souvent qu’une sélection tant il est utopique de prétendre les traiter toutes. Nous allons également tracer pour vous un petit parcours des œuvres qui nous ont semblé intéressantes, soit pour leur auteur, soit pour leur sujet.

C’est avec un immanquable que nous allons démarrer ce long parcours : La Disparition de Josef Mengele d’Olivier Guez, paru le 16 Août 2017 aux éditions Grasset. Pour ceux qui ne connaîtraient pas la personne au cœur de ce livre, quelques petits rappels historiques s’imposent. Il s’agissait d’un des plus sinistres « bouchers » ayant sévi dans les camps d’exterminations nazis. « Médecin » en poste à Auschwitz, Mengele se souciait davantage de mener ses expériences sur les déportés que de les soigner. C’était même le cadet de ses soucis. Lorsque l’Allemagne nazie capitule en 1945, il fuit le plus rapidement possible en Amérique du Sud, comme la plupart des dignitaires nazis, afin d’échapper à un jugement qui ne manquerait pas de tomber. Entre ce moment et sa mort mystérieuse sur une plage en 1979, il ne cesse d’apparaître et de disparaître sans que le grand public ne sache ce qu’il est advenu de lui. Olivier Guez nous convie à découvrir cette période riche en tension et en enseignements.

Ne nous y trompons pas, c’est bien d’un roman dont il s’agit et non d’un livre historique, bien qu’il en revête certains atours. La longue bibliographie à la fin du livre nous montre qu’il est basé sur un travail de recherche minutieux. Mais certaines choses échappent au travail d’historien, c’est ici que le romancier prend place. Olivier Guez l’écrit lui même : « Certaines zones d’ombre ne seront sans doute jamais éclaircies. Seule la forme romanesque me permettait d’approcher au plus près la trajectoire macabre du médecin nazi ». Au delà de sa trajectoire, l’auteur nous fait entrer dans la tête de Mengele. Par un style dépouillé, il touche au plus juste de la psychologie du personnage. Que ce soit son insouciance dans une première partie où il se croit à l’abri de tout danger, ou sa paranoïa de bête traquée lorsqu’il se sait recherché par le Mossad.

À aucun moment, Olivier Guez ne cherche à nous le rendre sympathique. Il le montre dans l’humanité qui est celle d’un collectionneur d’yeux bleus et qui croyait à la politique eugéniste hitlérienne. C’est aussi un homme de plus en plus dépassé par le monde qu’il voit naître. Toutes les grandes révolutions sociétales y passent.

Mais l’auteur traite aussi de ce qui l’entoure. Il livre des pages éclairantes sur l’Argentine des Peron, dictature basée sur le culte de la personne qui a tendu les deux mains à ceux qui avaient commis les pires atrocités en Europe. On rencontre aussi d’autres figures célèbres du nazisme qui sont croquées rapidement mais avec autant d’efficacité que Josef Mengele lui-même.

La Disparition de Josef Mengele est un livre incontournable de cette rentrée littéraire. Il contient en 200 pages, sans ventre mou, l’intensité et la précision qu’il fallait pour un tel roman. L’empathie habituelle pour les personnages qui nous transporte au fil des pages est ici merveilleusement remplacée par une fascination du mal. On méprise le personnage mais, pour autant, on veut savoir jusqu’où il osera aller bien qu’on connaisse la fin. C’est la force des grands auteurs.

Un article de Florian Vallaud