Légion, l’art de la schizophrénie

Légion (2017)

Une série tv de Noah Hawley

Avec Dan Stevens, Rachel Keller

Diffusé sur FX ( US) et OCS (FR)

Après avoir déferlé sur le grand écran, il est maintenant indéniable que la télévision est le nouveau terrain des adaptations de comics. The Walking Dead, The Flash, Arrow, Supergirl, Outcast, Preacher : la liste s’allonge d’année en année. Ce n’est pas si surprenant. Quand on y réfléchit, le format épisodique et feuilletonnant de ces publications s’accorde à merveille avec l’univers des séries. Spiderman, Superman et Hulk ont abordé ce média dès les années 60. La vraie révolution vient encore une fois des Studios Marvel. Après avoir établi leur Marvel Cinematic Universe, ils décident de l’élargir sur le petit écran. Cela leur permet de traiter des personnages secondaires tout en entretenant le lien avec le public entre chaque sortie cinéma.

C’était étonnant que, jusque-là, nous n’ayons rien vu venir du côté des X-Men. Le « bestiaire » de mutants est tellement vaste qu’il est tout à fait possible d’y raconter d’autres histoires que celles des films. C’est la chaîne américaine FX qui s’y colle avec Légion, diffusé en France depuis le 24/03 sur OCS. On suit les aventures de David Haller, diagnostiqué schizophrène sévère, qui voit apparaître chez lui des signes de pouvoirs étranges.

Si le personnage est bien connu des amateurs de comics, le pilote écrit et réalisé par Noah Hawley a la double charge de présenter le personnage et les enjeux de l’histoire. La principale qualité de cet épisode est d’avoir opté pour une direction artistique osée qui place la série parmi les plus ambitieuses du moment. Puisque le personnage est schizophrène, on va partager sa confusion pendant une heure. Les séquences s’enchaînent, se chevauchent et parfois se contredisent. Certaines semblent juste sorties d’un esprit malade. On ne sait plus ce qui tient de la réalité ou du fantasme. C’est à la fois génial et déroutant. Hawley redéfini la manière de traiter des super-héros en misant davantage sur l’aspect cérébral à l’image d’un Westworld.

Le tout est tenu par un Dan Stevens méconnaissable. On est très loin de Matthew Crawley ou de la Bête. Il communique par son regard la folie, la malice et le désespoir.

Si il pose davantage de questions qu’il ne présente réellement la série, ce pilote a le mérite d’intriguer et de laisser le spectateur hébété devant son écran. On en vient à se dire que seule la saison entière pourra nous éclairer et savoir si le show est véritablement excellent ou juste de la poudre aux yeux.

 

GAME OF THRONES SAISON 5 : LE BILAN

Voici venu le temps de faire le bilan ! ( air d’un générique d’émission pour enfants). Après 10 semaines de diffusion, la série phare de HBO, Game of Thrones, vient de clore sa cinquième saison avec un épisode suivis par près de 8,11 millions de téléspectateurs, battant ainsi le record d’audience de la série depuis son démarrage. Comme tous les ans, cette saison a été jalonnée de divers incidents ( la fuite des 4 premiers épisodes ainsi que d’éléments du final), polémiques et émois. Dans une histoire où rien n’est jamais certain et où tout le monde est menacé de mort, nous n’en attendions pas moins.

Les promesses et les effets d’annonce en amont ont été légion : bandes annonces épiques, affiches annonçant une rencontre entre Tyrion et Daenerys, Nikolaj Coster-Waldau ( interprète de Jaime Lannister) dévoilant sur le plateau de Jimmy Fallon que toute l’intrigue le concernant n’était pas issue de l’œuvre originale… La plus grosse information qu’il fallait retenir dans toute cette communication était que la série prendrait fin avec la saison 7, soit avant que Georges R.R. Martin ait lui même fini d’écrire ses livres. Pour atteindre ce but, il s’est résolu à dévoiler la fin de son histoire aux scénaristes afin que ceux-ci sachent dans quel sens aller. Nous verrons que cet ultimatum qui fixe la fin de l’histoire dans seulement 20 épisodes pose un problème non négligeable quant aux 10 que nous venons de voir.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il me semble essentiel de rappeler que nous ne parlerons ici que de la série. Non pas pour nier l’existence des romans ni leur importance, mais parce qu’une adaptation se juge en tant qu’œuvre à part et non pa r rapport à son matériau de départ. Le spectateur est sensé pouvoir comprendre et appréhender l’univers qui lui est présenté sans avoir à lire des milliers de pages au préalable. En revanche je ne saurais trop vous conseiller de vous pencher sur les livres tant nous avons affaire à un objet littéraire d’une rare qualité. Il est maintenant temps de dresser un bilan rapide de cette saison et de voir dans quelle mesure elle répond à tout ce que nous venons d’évoquer.

Une saison dominée par la religion et l’extrémisme

Si les saisons précédentes étaient orientées sur les intrigues politiques et meurtrières des nombreuses familles qui convoitent le trône de fer, cette saison voit l’émergence de deux principales formes d’extrémisme qui prennent leurs sources dans une société en perte de repères.

D’un côté, nous avons le Grand Moineau à King’s Landing, justement interprété par Jonathan Pryce, qui voit son nombre de fidèles s’agrandir de jour en jour dans les masses populaires de la ville. Il compte bien faire justice et rétablir la morale dans une ville où ne règnent que la luxure, l’inceste, le meurtre et la sodomie ( pour ne citer que les loisirs les plus sympas). Alors que le jeune roi Tommen Baratheon ne voit rien de cette tendance tant il est occupé à besogner sa nouvelle femme, Margaery Tyrell, ainsi qu’à gérer la guerre froide entre elle et Cersei. Cette dernière y voyant d’ailleurs une occasion en or de se débarrasser des Tyrrel qui commencent gentiment à la gonfler. Après tout, Loras est reconnu comme sodomite depuis bien longtemps et il court des rumeurs pas très jolies sur Margeary, alors pourquoi ne pas lâcher les chiens de la religion à leurs fesses et attendre tranquillement qu’il se fassent mordre ? Et c’est ce qui arrive, puisque les deux se font enfermer en attente d’un jugement. Cette intrigue est étrangement actuelle tant elle fait écho à la résurgence dans notre monde de la puissance des leaders religieux et de leurs idées d’un autre temps. Alors que Ser Loras, dans une scène du premier épisode, pense être tout à fait accepté et pouvoir vivre son homosexualité sans qu’on ne le blâme, il est vite rattrapé par la réalité d’un monde qui le considère encore à mots couverts comme déviant.

Le groupuscule des Fils de la Harpie forme l’autre extrémisme prenant de l’importance à Meereen. Même s’il semble descendre d’un ordre beaucoup plus ancien, il réapparaît en réaction à la décision de Daenerys d’abolir d’esclavage dans la cité. Dès lors, ses membres n’auront de cesse que de tuer à visage couvert et d’attenter à la vie de la Mère des dragons. Nous leur devons d’ailleurs l’une des plus belles scènes de la saison dans les arènes de Meereen à l’épisode 9 qui conclut la déchéance sociale de Daenerys.

Dans les deux cas, les conséquences des mouvements perpétuels et des crises politiques introduits dans les saisons précédentes se voient concrétisées dans ces deux formes extrêmes, l’une sociale et l’autre religieuse. Mais n’est-ce pas finalement un miroir du monde réel ? Au cours de l’histoire, n’avons nous jamais vu en période de crise le peuple se replier sur des valeurs religieuses et archaïques ? En ce sens, cette saison est assez réussie dans l’image qu’elle donne de notre réalité. Cependant, on ne peut pas crier à la réussite pour ce qui est de l’évolution des personnages et des intrigues.

Une saison de transition…encore !

On ne va pas se mentir, Game Of Thrones a toujours été une série qui prenait son temps pour faire évoluer ses intrigues, préférant l’ambiance feutrée et la subtilité des intrigues de couloirs aux gros effets qu’elle reléguait en guise de feux d’artifices finaux. Mais là, nous avons atteint des sommets d’immobilisme sur le développement des personnages comme rarement auparavant. Seuls deux personnages suivent une vraie évolution durant la saison, les autres sont en roues libres. Et ceci sans compter sur les personnages qui disparaissent totalement tel Brann que nous avions laissé volant tel un oiseau ( espérons qu’il ne se soit pas pris une montagne). Un des showrunners a expliqué cette absence par le fait qu’ils avaient atteint avec lui le bout de l’histoire qui était racontée dans les livres et qu’ils ne voulaient donc pas qu’il ait trop d’avance sur les autres.

Était-ce aussi le cas de Jaime Lannister, qui s’est vu affublé d’une intrigue dans laquelle les scénaristes semblaient peu investis ? Si le fait d’aller tirer sa fille des griffes des dorniens avant qu’ils ne vengent sur elle la mort de leur cher Oberyn pouvait être une bonne occasion de traiter la fibre paternelle de Jaime, il n’en est rien. Et le tout semble être une petite ballade de santé pour le personnage qui va prendre le soleil à Dorne pour en revenir avec sa fille et son nouveau beau-fils sous le bras aussi facilement qu’il y est entré. Seul le retournement final de cette intrigue justifie cette histoire car il augure d’une future vengeance des Lannister envers Dorne (du moins, si il sont un peu susceptibles). Mais 10 heures d’épisodes pour en arriver là, c’est tout de même beaucoup.

Même constat pour Cersei, Arya et Tyrion qui sont les trois déceptions de la saison. Cersei reste cantonnée dans son rôle de méchante intrigante et sa rencontre avec le Grand Moineau n’est qu’un moyen de plus pour arriver à ses fins. On aurait pu espérer une confrontation entre ses valeurs à elles et celles de la religion. Mais quand son plan machiavélique contre les Tyrell se retourne finalement contre elle (et oui, elle n’est pas toute blanche la colombe !), on peut aisément imaginer que la saison prochaine le personnage n’en sera qu’encore plus énervé et vindicatif. Bref, rien de nouveau sous le soleil. Quant à Arya, comme prévu elle arrive à Braavos pour y suivre son entraînement auprès des « sans-visage », espérant utiliser leurs techniques afin de réduire sa Hit List. Durant dix épisodes, elle lave le sol, fait les tâches ménagères et vends des huîtres, sans comprendre que devenir personne pour pouvoir être tout le monde exige de laisser de côté son identité. Cette intrigue n’avance pas, Arya en est au même point du début à la fin de la saison. Tyrion n’est cependant pas mieux servi. Il lui faut toute la saison pour accomplir le voyage jusqu’à Daenerys et se faire admettre dans son entourage. Plus de la moitié de l’histoire est consacrée à son périple qui ne rencontre aucun obstacle, ou plutôt chacun des obstacles s’avère ne pas en être un, se contentant de le rapprocher un peu plus de son but. C’est une saison croisière pour Peter Dinklage.

Les cas de Stannis et Sansa sont en revanche assez intéressants car ce sont sur leurs intrigues que ce sont cristallisées les deux polémiques de la saison. Autour de Sansa tout d’abord qui se trouve refilée par Littlefinger à Ramsay Bolton comme une vulgaire prostituée afin d’asseoir son autorité sur l’ancien fief des Stark. Lors de leur nuit de noces, Ramsay « viole » Sansa. Cette scène a fait hurler les téléspectateurs. Mais pourquoi ? Hormis le fait que ce soit à la gentille Sansa que cela arrive (et reconnaissons-le, elle a une vie pourrie), ce n’est pas le premier viol auquel on assiste dans la série. D’autre part, Ramsay est défini dès le départ comme un personnage tordu et volontiers violent quand il n’a pas ce qu’il veut. Les scénaristes n’auraient pas été logiques en nous épargnant cette scène qui semble couler de source. Et même si parfois ce monde rappelle le nôtre, il ne faut pas perdre à l’esprit que c’est un monde beaucoup plus sombre et médiéval dans ses codes de valeur. Il faut juger l’action dans la cohérence du monde dans lequel elle se situe et non dans lequel nous sommes. C’est sain que les gens soient choqués par un viol mais il ne faut pas lyncher les scénaristes parce qu’ils ont écrit cette scène. Ce qui aurait été beaucoup plus choquant, c’est que Ramsay soit un amant modèle. Et le problème est le même pour la polémique autour de Stannis. Il s’apprête à fondre sur Winterfell avec son armée pour reprendre le Nord mais l’hiver (qui a mis 5 ans à arriver) le freine. Quand il fait froid et qu’on a rien de mieux à faire, quoi de mieux qu’un barbecue propose Mélisandre ? Et tant qu’à faire un barbecue humain où on brûle la fille de Stannis comme offrande aux dieux pour qu’ils libèrent la voie. Ici ce qui a choqué c’est qu’on brûle une petite fille mais le problème est le même que pour Sansa. En revanche la scène est gênante pour une raison d’utilité. Comme la fille de Stannis ne nous a été présentée que peu de temps auparavant, il n’y a aucun facteur d’attachement. Donc on brûle juste une petite fille, pour l’image choquante que cela véhicule et là c’est plus gênant.

Les deux vrais points forts de cette saison sont Jon Snow et Daenerys dont les intrigues jouent aux montagnes russes jusqu’au dernier épisode qui les clôture de façon magistrale. De son côté, Jon Snow est toujours au Mur et milite pour que les « sauvages » soient rapatriés de l’autre côté afin qu’ils ne soient pas décimés par des Marcheurs Blancs de plus en plus présents. Si son idée ne fait pas l’unanimité auprès de ses camarades, sa nomination au titre de Lord Commandeur de la Garde de Nuit lui permet d’imposer son avis. Passé de l’autre côté du Mur, il affronte pour la première fois les Marcheurs et en ressort victorieux. Sa mission réussie, il rentre tout content au Mur où l’attend une très mauvaise surprise qui le laissera sans le souffle. De son côté Daenerys commence la saison sous de meilleurs auspices puisqu’elle est reine de Meereen, mais l’arrivée des Fils de la Harpie vont faire s’effriter tout son petit monde. De plus, deux de ses trois dragons qu’elle avait enfermé dans la saison précédente sont un peu rancuniers et en veulent à leur mère. Quant au troisième, il a tout simplement disparu dans la nature. Et elle va en subir des épreuves au cours de cette saison jusqu’à cette scène fabuleuse dans l’arène de Meereen où elle se retrouve encerclée par ses adversaires prêts à la tuer. Elle ne doit son salut qu’à un bon vieux Deus Ex Machina. Mais c’est sans royaume et au milieu de nulle part qu’elle se retrouve en fin de saison. Depuis la saison 1, elle n’avait fait que monter socialement et s’approcher un peu plus du but qu’elle s’était fixée : reconquérir le trône familial. En une saison tout s’est effondré et elle se retrouve au même stade qu’au démarrage de l’histoire, la naïveté en moins. Les deux personnages ont pensé se hisser, non sans mal, en haut de la chaîne alimentaire pour finalement se retrouver en bas par de mauvais choix et surtout des forces plus puissantes qu’eux. Et c’est ce qui en fait les personnages intéressants de la saison. Les autres ne sont à aucun moment mis en danger dans leurs positions ( à part Cersei mais l’épisode final s’empresse de renverser la vapeur). Jon Sow et Daenerys prennent tous les événements comme une bourrasque qui les met à terre.

En résumé, cette saison n’était pas si passionnante que cela. On pourrait me rétorquer que c’est une saison de transition mais c’était le même argument sur les précédentes. C’est assez paradoxal parce que les épisodes en eux-mêmes sont plutôt bien rythmés et sont loin d’être ennuyeux. Mais c’est l’arc global de la saison qui pèche. En ne proposant pas à leurs personnages de grosses avancées, de gros choix, les scénaristes perdent en puissance. Ce qui est inquiétant pour la suite c’est qu’il ne leur reste que 20 heures pour régler toutes les intrigues en suspens ET la menace des Marcheurs blancs. Ce n’est rien ! C’est l’équivalent d’une saison d’une série classique. Il ne va plus falloir perdre de temps et chaque épisode des deux prochaines saisons devra être une avancée vers le final de la série. Le seul risque, c’est qu’il faille utiliser de grosses ficelles et perdre en finesse, ce que les scénaristes ont déjà amorcé cette saison. Cependant, ne boudons pas notre plaisir, nous attendons avec grande impatience 2016 pour retrouver un show qui reste en haut du panier des séries de qualité.

Article Rédigé par FV

De la pertinence du téléchargement illégal ?

A l’heure où j’écris ces lignes, qui inaugureront, je l’espère avec panache, ce site voué à couvrir la variété que peuvent nous offrir chaque jour l’art et la culture, une série occupe l’esprit de très nombreux spectateurs du monde entier : Game of Thrones. Si vous ne faites pas partie des millions de personnes qui se soucient des intrigues politico-meurtrières de Westeros, il est en revanche fort peu probable que vous n’en ayez jamais entendu parler. Avec son statut de série la plus regardée et la plus téléchargée illégalement, la saison 5 de la fiction phare du tout-puissant network américain HBO est plus que jamais sous le feu des projecteurs. Si j’en parle ici, ce n’est pas tant pour la série en elle-même (la saison est toujours en cours et j’aurais largement le temps d’en reparler) mais pour les questions qu’elle soulève quant à l’évolution de notre relation aux œuvres de fictions, et aux séries plus particulièrement. Nous nous pencherons aujourd’hui plus précisément sur la question sensible du téléchargement illégal. Si cette question est commune à toutes les séries ayant une large base de fans à travers la planète, elle s’est cristallisée après un événement qui a touché Game of Thrones à quelques jours du démarrage de cette saison.

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Alors que la tension était à son comble et que HBO faisait monter la pression à grand renfort d’affiches et de bandes annonces tonitruantes, les 4 premiers épisodes ont fuités sur le net et ont immédiatement été téléchargés par des millions d’internautes. Mon but n’est pas de porter un jugement envers le téléchargement en tant que tel (j’ai moi-même été un fervent partisan de la licence globale afin que les artistes récupèrent un peu du fruit de leur labeur). Je me pose plutôt la question de sa pertinence à l’heure actuelle. En effet, l’argument majoritaire qui a été avancé pendant des années est le décalage de la diffusion française. Il fallait attendre parfois plus d’un an pour pouvoir avoir la suite des aventures de ses héros préférés. Et si on espérait avoir le choix de la langue, c’était raté. C’était VF et rien d’autre ! Ce n’était pas forcément un choix des programmateurs mais plus une contrainte technique étant donné que seule l’émergence de la télévision numérique a permis la diffusion des versions multilingues. Il fallait alors attendre longtemps pour espérer entendre la voix de ses acteurs favoris sur support dvd.

Mais plusieurs révolutions sont passées par là : l’apparition de la Version Multilingue et surtout l’émergence de chaînes à péage comme OCS ou Canal +. C’est d’ailleurs cette dernière qui a ouvert la voie en réduisant le délai entre la diffusion américaine et la diffusion française. En effet, la dernière saison de Desperate Housewives a été mise à l’antenne seulement 6 mois après son démarrage aux Etats-Unis. Puis ce fut la mise en place du US+24 sur de nombreuses plateformes qui proposèrent les épisodes en VOSTFR le lendemain de leur diffusion US. Ce genre de pratique n’est pas l’apanage que des services payants, même s’ils disposent d’une plus grosse force de frappe servie par des budgets conséquents. En 2013, France 4 crée l’événement en diffusant en simultané avec la BBC l’épisode spécial du 50ème anniversaire de Doctor Who. OCS enfonce le clou en diffusant chaque semaine en direct l’épisode de Game Of Thrones et en replay à tout moment, pour un peu moins de 13 euros par mois. Même si on le sait moins, les chaînes historiques ne sont pas en reste et une grande majorité des séries sont disponibles en US+24 : Arrow, The Flash, Grey’s anatomy, Gotham (TF1VOD dont les tarifs sont plus élevés à 1,99€ l’épisode), Castle (Itunes qui fait des packs pour la saison au prix d’un coffret dvd habituel) et bien d’autres encore.

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Où est-ce que je veux vous emmener me direz vous ? Tout simplement à la conclusion qu’on peut comprendre la colère de HBO face à ce piratage massif de leur série phare. Alors que tous les moyens sont mis en œuvre pour permettre la diffusion des séries au plus grand nombre, certains se targuent d’avoir pu les voir en priorité et de plus gratuitement. C’est comme si un voleur déclarait ses larcins à qui voulait l’entendre. Ne soyons pas naïfs, HBO voit surtout de l’argent qui ne tombera pas dans sa poche. Mais je ne peux pas m’empêcher d’y voir un manque de respect manifeste des créateurs et de la chaîne artistique qui produit cette belle histoire. D’une part financièrement, car même si ce n’est pas l’argent qu’on donne à OCS qui est reversée directement aux producteurs et scénaristes, c’est en revanche celui des droits que paye OCS pour diffuser la série qui le permet. Si le diffuseur achète les droits d’une série à perte parce que personne ne la regarde sur sa chaîne mais en téléchargement illégal, quel intérêt trouverait-il à investir dedans ? Ce seront alors tous les maillons qui casseront uns à uns pour aboutir à l’annulation du show.

D’autre part, c’est le principe même de l’écriture sérielle qui est remise en question. Les scénaristes conçoivent une série faite pour se dévoiler sur plusieurs semaines et vous tenir en haleine. Dès lors qu’on se jette sur les épisodes à la suite, la saveur n’est pas moins bonne mais l’effet et le plaisir en sont moins durables. Cela se mue en plaisir d’avoir l’impression de savoir avant les autres ce qu’il va se produire : un sentiment de supériorité. De là naît un fléau des temps modernes : LE SPOILER. Mais ce sera l’objet d’un prochain édito.

article rédigé par FV