« Les chevaliers ne meurent jamais »

Dans la peau de Don QuichotteRésultat de recherche d'images pour "dans la peau de don quichotte la cordonnerie"

Un spectacle de La Cordonnerie

Dans le cadre de « L’âge des possibles »

Jusqu’au 10 Février

Au Nouveau Théâtre de Montreuil (93)

Après Buzz par le collectif RamDam, le Nouveau Théâtre de Montreuil nous offre une nouvelle expérience théâtrale comme nous n’en avions jamais vécue durant notre longue vie de spectateur. Dans la peau de Don Quichotte est une décharge émotionnelle qui foudroie son public, un ciné-théâtre qui cumulera les qualités des deux arts.

Après la création de leur dernier spectacle, La Cordonnerie est à la recherche d’un nouveau sujet à aborder. Ils ont fait Blanche-Neige, c’est le hasard qui leur apportera Don Quichotte. Dans un vide grenier, ils tombent sur le scénario d’un film jamais tourné adapté de l’œuvre de Cervantès. Il narre les aventures de Michel Alonzo, bibliothécaire, qui va devenir fou suite à la menace du bug de l’an 2000 jusqu’à se prendre pour « le chevalier à la triste figure ». La Cordonnerie se charge de nous présenter le film en exécutant la bande son en direct : bruitages, dialogues, musique.

L’histoire autour du spectacle est belle, le concept de ciné-théâtre est peu courant. Mais rien ne peut vous préparer à ce que La Cordonnerie offre comme horizon artistique. Le spectacle démarre avec un simple écran pour diffuser le film, et des micros pour faire les bruitages avec des objets improbables. Tout est petit, étriqué et représente à merveille le monde limité de Michel Alonzo.

Puis, arrive la folie. La scène s’agrandit, l’écran passe au cinémascope. Ce qui se passe sur l’écran évoque les westerns et les grandes épopées chevaleresques du cinéma. Sur scène, les outils et les instruments se sont multipliés. Le spectacle prend une autre ampleur. La Cordonnerie ne cesse de surprendre son public et maintient son attention durant 1h30, d’idées visuelles en idées visuelles, d’images poétiques en images poétiques. Le spectacle est à peine descriptible tant il fait appel à des effets sensoriels. Le son est au cœur du processus, jouant avec les enceintes disposées tout autour de la salle.

Il faut bien le dire, tout les éléments du spectacle sont d’une qualité rare. Le film est un petit bijou de profondeur psychologique et d’émotion comme on aimerait en voir davantage au cinéma. Avec peu de dialogues mais un scénario minutieusement construit, il créé une empathie immédiate pour le personnage de Michel Alonzo. La variation sur le thème de Don Quichotte est maline. De plus, la musique de Thimothée Jolly et Mathieu Ogier sert à merveille l’histoire et, parfois même, la transcende. Il faut parfois se forcer à sortir du film pour se rappeler qu’il se passe des choses tout aussi intéressantes sur scène.

Dans la peau de Don Quichotte est un spectacle à voir de toute urgence tant il rappelle les chocs esthétiques que peuvent provoquer le théâtre et le cinéma. En les confrontant l’un à l’autre, La Cordonnerie prouve que, loin de s’annuler, ils peuvent se compléter à merveille pour offrir quelque chose d’encore plus fort. Un vrai coup de cœur !

Un article de Florian Vallaud

Le Spectacle qui fait du bruit

Buzz

Un spectacle du Collectif RAMDAM

Du 16 au 24 Janvier 2018

Dans le cadre de « L’âge des possibles »

Au Nouveau Théâtre de Montreuil (93)

A l’heure où le numérique semble dominer tous les domaines culturels, mené d’une « main experte » par cette génération qu’on nomme les « Millenials », la question du rôle que le théâtre peut encore jouer dans notre société est appelée à ressurgir. Certains chantres de ce qu’ils appellent « le nouveau monde » pourraient arguer que le théâtre doit suivre le mouvement ou mourir. C’est de cette logique que le collectif belge RAMDAM tire une satire féroce de la modernité à tout prix. Plus précisément, ils visent la culture du buzz qui a fleuri sur internet depuis plusieurs années, et qui permet un succès aussi fulgurant qu’éphémère. Chacun tente alors de faire plus grand, plus haut et plus fort jusqu’au dérapage.

Le quatrième mur est rompu dès les premières minutes, après une parodie hilarante des mises-en-scène contemporaines qui intellectualisent tellement leur propos qu’elles touchent au ridicule. Le spectacle devient alors une conférence questionnant le théâtre actuel et proposant d’utiliser le buzz pour le redynamiser. Le public va être appelé à collaborer pour lancer cette révolution. Cela va être la porte ouverte à toutes les folies jusqu’aux dérives inévitables et dangereuses.

Le spectacle est aussi hilarant qu’intelligent. Derrière une façade parodique constante, qui étire ses gags et ses idées jusqu’au bout, se cache une réflexion pertinente sur ce qu’est réellement le phénomène de buzz. La recherche du succès pousse l’être humain dans des recherches de plus en plus ridicules et dangereuses. Le spectateur est confronté à ce ridicule en l’expérimentant lui-même. Il rit de ce que le collectif l’amène à faire mais comprend les limites de telles actions. La pièce est très bien écrite et monte en puissance pour offrir un final glaçant. La satire dévoile son propos et souligne une réflexion cruelle et pertinente.

Buzz est un spectacle qui soigne à la fois le fond et la forme. Il fait partie des expériences théâtrales dont on sort enthousiasmé et bousculé. Il est difficile d’entrer dans le détail sans gâcher les nombreuses surprises qu’on peut y trouver. Reste qu’il s’inscrit dans les spectacles les plus fous et ambitieux auxquels nous avons pu assister.

Un article de Florian Vallaud