Hairspray aux Folies Bergères

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Un musical de Marc Shaiman

et Scott Wittman

Mise en scène de Ned Grujic

Jusqu’au 15 Avril 2018

Aux Folies Bergères ( 75)

Aujourd’hui, nous allons vous parler d’un spectacle qui procure de la bonne humeur. Le genre dont on sort avec l’envie de chanter et de danser jusqu’au bout de la nuit. Mais ce spectacle délivre aussi des messages forts que l’on aimerait dépasser mais qui, malheureusement, sont encore trop souvent d’actualité.

« Hairspray » est à l’origine un film datant de 1988 écrit et réalisé par le cinéaste John Waters. A cette époque, le réalisateur est surtout connu pour ses films trash et punk interdit aux moins de 18ans aux Etats-Unis. « Hairspray » est alors un tournant dans sa carrière car plus édulcoré et accessible que les précédents. Certes moins trash, mais toujours Punk. S’il n’y pas plus de fellations à l’écran ou d’ingurgitation d’excréments de chien (oui oui, vous avez bien lu), ce film est avant tout un film politique. Une adaptation en comédie musicale sera créée sur scène en 2002 ainsi que dans un second film avec John Travolta, Zac Effron et Michelle Pfeiffer en 2007.

Pour l’histoire : Baltimore, années 60. Tracy Turnblad est une jeune fille ronde rêvant de participer à son émission de télévision préférée : « The Corny Collins Show », un programme de danse regroupant les jeunes adultes blancs (et une fois par mois les jeunes noirs) les plus populaires du moment. Mais une fois son objectif atteint, elle va comprendre qu’il est difficile de s’intégrer si l’on ne correspond pas à la « norme ». Elle va donc se servir de sa notoriété pour affirmer ses formes et lutter contre la ségrégation.

Actuellement aux Folies Bergères, nous ne parlerons pas dans cet article de la comédie musicale elle-même. Nous sommes fans des musiques et l’histoire n’ayant pas été modifiée nous ne reviendrons pas dessus. Nous nous attarderons davantage sur la prestation de la troupe française.

La force de ce spectacle est qu’il est porté par un ensemble de chanteurs/comédiens/danseurs véritablement impliqué et qui transmet son dynamisme et sa bonne humeur à un public conquis.

Margaux Maillet, qui interprète le rôle de Tracy, est pleine de fraîcheur et propose un personnage haut en couleur et déterminé. Passer après Lola Cès n’était pas chose facile mais elle réussit le pari et incarne véritablement son rôle. Guillaume Bouchède, qui incarne quant à lui le rôle d’Edna Turnblad, nous montre ici l’étendue de son talent d’interprétation. Il a également à son actif sans doute la scène plus étonnante et à la fois poétique du spectacle. Tiffanie Jamesse et Virginie Perrier font des Amber et Valma Von Tussle que l’on prend plaisir à détester.

Julie Costanza, dont nous vous avions déjà parlé dans l’article sur « Jack l’éventreur » et que nous avons pu voir également dans « Les Secrets de Barbe Bleue », montre ici encore une fois son talent humoristique. Son jeu et ses mimiques font à chaque fois mouche sur le public. Il serait intéressant maintenant de la découvrir dans des rôles plus sombres. Incontestablement une artiste à suivre.

Laura Nanou est Miss Shakespeare, la présentatrice du jour des noirs du « Corny Collins Show ». Son interprétation vibrante et pleine de douleur de « I Know Where I Been » a subjugué le public le soir où nous y étions. Une vraie vague d’émotion. Bastien Jacquemart (Link), Karim Camara (Seaweed) et Matthieu Brugot (Corny) complètent le spectacle. Mention particulière à Cerise Calixte que l’on a plaisir à voir sur scène après son expérience Disney et qui démontre ainsi que ça n’est pas parce que les coachs de « The Voice » ne se retournent pas qu’il est impossible de faire carrière.

Mais la vraie et unique question est : « Est-ce que la version française est réussie ? ». Car oui, le spectacle a été traduit en français. Et notre verdict est sans appel… Ça passe crème ! Stéphane Laporte a réalisé un excellent travail et les chansons ne perdent rien à leur qualité. Finalement, c’est comme si nous avions toujours entendu ces paroles.

« Hairspray » est une boule de bonne humeur. Un spectacle feel good mais avec de vraies valeurs qui, ces temps-ci, peuvent réellement manquer : tolérance, acceptation, solidarité. Une vraie pépite à ne pas rater.

Un article de Quentin Gabet

Un marchand écrémé

Le Marchand de VeniseRésultat de recherche d'images pour "marchand de venise ned grujic"

De William Shakespeare

Mis en scène par Ned Grujic

Avec Thomas Marceul, Julia Picquet,

Rémy Rutovic et Antoine Théry

Du 24 Janvier au 1er Avril 2018

Au Lucernaire (75)

Le Marchand de Venise semble être pour moi la pièce des premières rencontres avec le barde britannique. C’est la première pièce de lui que j’ai vu sur scène alors que j’entrais en seconde option théâtre. C’est aussi la première fois que je me suis questionné sur ce que pouvait être le sous-texte d’une pièce et comment continuer à la représenter alors qu’elle représente une pensée jugée archaïque, mais correspondant à son époque. C’est aujourd’hui sa première œuvre à figurer sur Culturotopia. C’est peu de dire que les attentes étaient fortes, et elles n’ont pas été entièrement comblées.

Dans la belle Venise, Bassanio (Antoine Théry) coule des jours heureux. Il est amoureux de la belle Portia (Julia Picquet) mais n’a pas les trois milles ducats nécessaires pour lui faire la cour. Il va alors demander l’aide de son meilleur ami, Antonio ( Thomas Marceul) qui va s’endetter pour lui auprès de l’usurier juif Shylock (Rémy Rutovic). Si Antonio ne le rembourse pas dans les trois mois, il devra lui céder une livre de chair prélevée à l’endroit que Shylock jugera opportun. C’est alors que, par un coup du sort, Antonio se trouve ruiné du jour au lendemain.

Nous avons ici un cas intéressant. Bien que classée dès sa première parution comme une « comédie », Le Marchand de Venise est un cas compliqué dans l’œuvre de Shakespeare. L’histoire d’amour de Bassanio et Portia relève purement de la comédie, le reste est terrible et pourrait être une tragédie. Difficile, en effet, de trouver que la menace qui pèse sur Antonio soit particulièrement légère, ou que le personnage de Shylock puisse être comparable au Harpagon de Molière. Les metteurs en scène ont donc la possibilité de varier les tons, mais doivent le faire avec beaucoup d’attention pour ne pas risquer que le public trouve drôle une situation dramatique et vice-versa.

L’autre souci de la pièce réside dans son fond polémique qui fait encore débat. Au premier abord, la pièce est un reflet de son temps. L’époque est à l’antisémitisme exacerbé et Shakespeare ne fait pas exception. Shylock est vénal et machiavélique, les habitants de Venise le traitent comme un chien qui ne vaut pas mieux que les quolibets et autres crachats. Pourtant, l’auteur intègre une tirade connue comme « le monologue du juif ». Il y rappelle que les pratiquants de cette religion sont des hommes comme les autres : ils pleurent et saignent comme tout le monde.

Pour sa version à 4 acteurs, Ned Grujic a opté pour une réduction drastique du texte amenant le spectacle à 1h15. Ce n’est pas dans la chair qu’il tranche, mais dans le texte. Pour cela, il a supprimé une intrigue secondaire et plusieurs scènes. Cela a l’avantage de pouvoir attirer ceux que deux heures de représentation peuvent effrayer, mais cela donne également l’impression d’une intrigue malade qui fonce à la vitesse d’un TGV tout en claudiquant quelque peu. Il va à l’essentiel mais c’est déroutant. L’effet inattendu est que la comédie déborde parfois sur les scènes dramatiques provoquant des éclats de rire à des moments incongrus.

Cependant, Ned Grujic offre une scénographie épurée du plus bel effet. Tout tourne autour de la figure de l’eau, centrale dans le texte : l’eau de Venise, l’eau qui provoque la ruine d’Antonio, etc.  Les différents espaces sont figurés grâce à des praticables amovibles. Sa distribution est aussi de haute volée, interprétant leurs rôles avec justesse.

Le Marchand de Venise au Lucernaire offre une porte d’entrée intéressante aux shakespeariens en devenir. Cependant, il décevra légèrement les habitués du texte par des coupes trop franches qui enlèvent une certaine saveur au texte original sans en ajouter. Ils devront se tourner vers la mis en scène astucieuse de Ned Grujic et l’énergie de ses comédiens pour pouvoir se satisfaire de ce spectacle auquel il manque, hélas, un peu de chair.