Le jeu vidéo meilleur que le cinéma ?

Marvel Spider-Man (2018)Résultat de recherche d'images pour "spider man ps4"

Un jeu de Insomiac Games

Sorti le 7 Septembre 2018

Disponible sur Playstation 4

Dire que ce nouveau jeu autour de l’univers Marvel était attendu est un euphémisme. Jusqu’à maintenant, aucun ne nous avait fait vibrer ces vingt dernières années et on avait l’impression d’être revenu à la douce époque où les licences étaient massacrées par Infogrames. Seul Rocksteady Studios était parvenu à nous faire croire à de bons jeux super-héroïques avec sa trilogie Batman Arkham. Mais les bandes annonces et quelques vidéos de gameplay ont instillé le doute dans l’esprit du joueur qui s’est mis à attendre fébrilement ce nouvel opus de Spiderman. Il y en avait eu quelques-uns de valables sur Megadrive et Playstation : mais rien de marquant. Les deux derniers en date, Amazing Spider-Man, étaient sympathiques, sans plus. Il y avait donc quelque chose à faire !

Insomniac Games est un développeur bien connu des joueurs des années 2000. Ils sont à l’origine de Spyro le dragon et la saga Ratchet et Clank. Mais depuis, ils n’avaient pas marqué les esprits. Et pourtant, ils nous offrent une des meilleures adaptations de l’homme-araignée.

Alors que Peter Parker vient de mettre le Caïd sous les verrous, de nouveaux hommes au masque de démons tentent de prendre le pouvoir à New-York. Il est temps d’identifier cette menace et d’y mettre un terme.

Si le scénario ne brille pas par son originalité (et le mystère sera bien vite résolu par les amateurs des comics), il est bien mené et son écriture est dense. Un soin tout particulier semble avoir été apporté au respect de ce qui fait le sel des aventures du héros : l’action, l’humour et les galères quotidiennes de Peter Parker. Ces éléments sont mêlés à chaque instant pour nourrir à la fois les cinématiques mais aussi les phases de jeux. Ainsi, il n’est pas rare qu’en plein combat surchargé en intensité, on reçoive un coup de téléphone du logeur qui réclame son loyer. Les dialogues sont drôles, vifs et servis par le talent de Donald Reignoux pour la version française. Il s’amuse et nous aussi. On s’étonne d’ailleurs à trouver cette histoire plus divertissante que le tiède opus cinématographique de l’an dernier.

Pour ce qui est du gameplay, Insomniac fait un travail honorable quoique très inspiré de celui de Rocksteady sur Batman. Les séquences de combats sont rythmées de la même façon, entre furtivité et coups de poings dans les gencives. Vous cumulez ainsi des points d’expériences qui vous permettront d’acheter des capacités. Hormis l’histoire principale, New-York regorge de missions secondaires qui vous permettent de faire évoluer votre équipement ou d’acheter des tenues différentes. Leurs capacités diffèrent ( résistance aux balles, infiltration, etc) et chacune s’avère utile à différentes étapes. L’évolution entre les bâtiments au moyen de la toile est fluide et étrangement libératrice. On prend plaisir à se balancer pendant des heures. Rien de nouveau sous le soleil, et pourtant cela fait du bien.

Pour ce qui est de la durée de vie, 3 DLC sont déjà prévus d’ici la fin de l’année. Il s’agira en réalité d’une nouvelle campagne baptisée « City that never sleeps » découpée en trois épisodes qui sortiront chaque mois à partir de fin Octobre.

Spider-Man est une belle surprise et la réussite qu’on n’attendait plus. S’il ne révolutionne rien du point de vue scénaristique ou mécanique de jeux, c’est enthousiasmant d’avoir enfin un jeu qui rend honneur à son matériau de départ. Ce qui pourrait être répétitif, comme la collection de sac à dos dans la ville, s’avère noyé dans suffisamment de plaisir pour occuper pendant des heures. Insomniac Games nous offre le premier succès de la salve de jeux de la rentrée. Indispensable.

Un article de Florian Vallaud 

 

Une infinité de défauts

Avengers : Infinity War(2018) Résultat de recherche d'images pour "avengers infinity war"

Un film de Joe et Anthony Russo

Avec Robert Downey Jr, Chris Evans,

Chris Hemsworth, etc

Sortie le 25 avril 2018

Distribué par Walt Disney Studios

 Il était attendu depuis longtemps, très longtemps. Depuis la scène post-générique du premier opus des Avengers, les amateurs du Marvel Cinematic Universe attendaient avec fébrilité l’arrivée de Thanos. Cet alien obsédé par l’idée de pouvoir est une des pierres angulaires de l’éditeur américain. Il est le méchant ultime, celui face auquel tout le monde plie. Le film devait être à la hauteur de ce pouvoir infini. D’autre part, c’est à grand renfort d’annonces chocs que Kevin Feige, grand chef d’orchestre du studio, faisait monter la pression chez les fans. Mais le résultat est-il à la hauteur ?

La réponse est bien plus complexe qu’un simple « oui ou non ». Les diverses réactions des spectateurs pendant le film en sont le témoin incontestable. Afin de ne gâcher le plaisir de personne, nous ne reviendrons pas dans cet article sur les grands événements qui jalonnent le film. Mais il faudra en parler très bientôt tant ils révèlent les symptômes de notre époque et de notre rapport aux histoires qu’on voit sur grand écran.

 Le premier constat évident est que l’action espérée est au rendez-vous. Les combats sont épiques et ils s’enchaînent avec une régularité métronomique. On s’amuse de voir interagir des personnages qui ne s’étaient jamais rencontrés auparavant tels que Rocket Racoon et Thor, ou encore Stephen Strange et Tony Stark. Depuis leur premier film pour Marvel, Captain America 2 : le soldat de l’hiver, les frères Russo démontrent une maestria dans la réalisation de scènes de combat. C’est nerveux, tendu et l’adrénaline du spectateur atteint des pics impressionnants.

Une des autres forces de cet opus est d’offrir une caractérisation contrastée de Thanos, loin du manichéisme habituel de ces films. Il n’est pas un simple méchant. C’est un être habité de contradictions et de névroses. Ses motivations dépassent la simpliste soif de pouvoir.

Avec de tels ingrédients, pourquoi boudons-nous notre plaisir ? C’est que le film rencontre les problèmes inhérents à son concept. Avec une telle constellation de personnages, les scénaristes sont contraints de laisser de côté toute profondeur. Captain America, Iron Man et leurs amis ne sont réduits qu’à leur plus simple expression. Ce ne sont plus des personnages à plusieurs dimensions mais des fonctions dont on semble avoir retiré toute humanité. Cela a pour effet d’offrir des scènes bancales aux runnings gags d’abord amusants puis agaçants. Pour compenser cette perte, les réalisateurs ont opté pour une solution de facilité : toutes les actions importantes et les émotions sont soulignées et soulignées encore afin de s’assurer que le spectateur comprenne ce qu’il doit ressentir. En plus d’être insultant pour l’intelligence du public, cela ne fait que rendre les choses plus longues et lourdes.

En soi, Avengers : infinity warest un bon divertissement qui offre des moments de bravoure enthousiasmants. Mais il aurait gagné à être beaucoup plus fin dans son exécution. On voit aussi se confirmer les signes d’épuisement du concept qui, à force de sortir un film tous les 6 mois, peine à se renouveler.

Un article de Florian Vallaud

 

Connaissez-vous Peter par coeur ?

Spider-Man : Homecoming (2017)

Un film de Jon Watts

Avec Tom Holland, Michael Keaton,

Robert Downey Jr.

Dire que le retour de l’homme-araignée dans l’écurie Marvel était attendu relèverait de l’euphémisme. Depuis 15 ans, époque où l’éditeur phare n’avait pas encore abordé le cinéma, les droits du personnage étaient cédés à Sony et sa filiale Columbia Pictures qui nous ont servi le meilleur comme le pire. Ils avaient une régularité métronomique quand il s’agissait de pondre une aventure pour éviter que leurs droits n’expirent. En effet, si le studio n’utilisait pas le personnage pendant un certain nombre d’années, l’accord devenait caduc et Marvel récupérait la possibilité de l’exploiter sur grand écran. Or, entre temps, le Marvel Cinematic Universe s’était mis en place et constituait un rival sérieux pour Sony. C’est ainsi que nous arrivions à Amazing Spider-Man 2, écrit en dépit du bon sens et de toute notion scénaristique. Mais à l’occasion de Captain America : Civil War, les deux parties sont parvenues à un arrangement (probablement financier) afin que la mère récupère son enfant en garde alternée. Il a maintenant le droit à son propre film et les enjeux étaient nombreux avec un résultat pas toujours à la hauteur.

Des mois sont passés depuis son implication dans Civil War et Peter Parker (Tom Holland) attend en vain que Tony Stark (Robert Downey Jr) daigne le rappeler. Il se voyait déjà intégrer les Avengers mais sa vie est toujours partagée entre le lycée et aider les vieilles dames à traverser la rue. A 15 ans, il espère encore être le héros qu’il pense être appelé à devenir. Un groupe de voleurs d’armes extraterrestres mené par Adrian Toomes (Michael Keaton) va être l’occasion de faire la démonstration de ses talents de super-héros.

Le premier fait notable est qu’on nous fait grâce d’une nouvelle « origin story ». On a déjà vu par deux fois Peter Parker se faire piquer par une araignée radioactive, c’est amplement suffisant. Ceci dit, si nous ne voyons pas comment il obtient ses pouvoirs, la structure narrative est en tout point celle d’un récit qui voit la naissance de Spider-Man en tant que Héros. D’autres part, ce procédé permet à Marvel de modifier par petites touches les points caractéristiques de son personnage. Ici, il n’est jamais question de l’oncle Ben et c’est à Tony Stark que revient le rôle du père de substitution qui guide. Il en résulte que Peter Parker est assez plat et n’a pas de questionnement moral profond. Son mantra bien connu, « De grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités », est relégué au statut de référence qu’on ne finit même pas. C’est dommage de ne pas donner d’épaisseur et de caractère au personnage qui se trouve réduit à son simple symbole.

La réalisation de Jon Watts est fluide et offre le divertissement espéré. Les scènes d’action sont spectaculaires et sublimées par une belle partition de Michal Giacchino. Celui-ci offre même dès le début une version enthousiasmante du thème de la série des années 60. Nous pouvons regretter cependant que l’esthétique légère et pop que promettait les affiches avec leur style « old school » ait été abandonné au profit d’une uniformisation avec le reste de l’univers Marvel. On a l’impression de voir toujours la même chose et la lassitude commence à pointer le bout de son nez.

Malgré tout, Spider-Man Homecoming est un bon divertissement pour l’été. A l’inverse des blockbusters dont nous avons parlé précédemment, celui-ci est cohérent, palpitant et le scénario réserve de belles surprises. L’association Marvel-Sony rehausse indéniablement la licence et revient au niveau des films de Sam Raimi. Reste à savoir si ils tiendront sur la longueur, deux suites sont déjà annoncées.

Les Gardiens de la Galaxie 2 : une famille dans l’espace

Les Gardiens de la Galaxie Vol.2 (2017)

Un Film de James Gunn

Avec Chris Pratt, Zoe Saldana…

Alors que l’engouement pour les films de super-héros semble être revenu à des dimensions raisonnables, le studio Marvel continue son petit bonhomme de chemin sur grand écran. La sortie de chaque volet de cette grande saga reste un rendez-vous attendu mais sensiblement moins événementiel qu’avant. C’était le risque en annualisant la production. Mais l’industrialisation de la franchise est-elle pour autant synonyme d’une qualité à la baisse ?

On a pu le craindre durant la phase 2 qui montrait des signes d’essoufflements, mais les atouts indéniables de Doctor Strange ont rassuré même les plus réticents. C’est donc avec de bonnes ondes que sort aujourd’hui en salle Les Gardiens de la Galaxie Vol.2. La première aventure de cette équipe improbable aux confins de l’espace avait créé la surprise par son ton pop et décalé. Star-Lord, Gamorra, Drax, Rocket Racoon et Groot sont immédiatement sortis du cercle fermé des fans de comics au grand jour. Si leur succès était dû en grande partie à la surprise de voir un film « transgressif » dans l’univers polissé de Marvel, rien ne garantissait de pouvoir réitérer l’exploit.

C’est un carton plein pour James Gunn qui semble avoir appris de ses quelques erreurs. L’écriture et la réalisation sont maîtrisées pour offrir un voyage digne des meilleurs roller-coasters. En axant l’intrigue sur la découverte du géniteur de Peter Quill, Gunn traite la thématique de la filiation et de l’héritage avec finesse. Le film dépasse alors son statut de blockbuster pour devenir un grand film de divertissement comme savaient nous en servir les années 80. Il se paie même le luxe d’offrir la séquence d’émotion la plus intense de l’univers Marvel comme bouquet final.

Si le casting reste inchangé et toujours de haut niveau, l’arrivée de « petits nouveaux » apporte un vent de fraîcheur nostalgique. Ainsi, le plaisir est total de revoir Kurt Russel et Sylvester Stallone sur nos écrans. Ils visitent avec délice des rôles qu’ils auraient pu tenir dans leur jeunesse.

A l’image du premier opus, le voyage est également musical. Le soin apporté au choix des morceaux nous berce tout au long de l’histoire et souligne, rythme ou allège les scènes d’action vertigineuses.

Les Gardiens de la galaxie Vol.2 se pose donc comme une continuation et une version améliorée de son prédécesseur. James Gunn maîtrise dorénavant pleinement ses personnages et l’univers pop dans lequel ils évoluent. Il nous offre un film mieux rythmé, plus intense et plus épique. L’intrigue ne souffre d’aucun temps morts et la réalisation subjugue souvent par la beauté de ses plans. Une belle réussite.

Doctor Strange

Doctor Strange (2016)

Un film de Scott Derrickson 

Avec Benedict Cumberbatch, Tilda Swinton

Sortie le 26 Octobre 2016

Le nouvel épisode de la série Marvel est arrivé ! Notre choix de termes n’est pas anodin car, plus qu’aucun autre, le studio Marvel s’est emparé des codes des séries télévisées pour son univers cinématographique. Depuis Iron Man de Jon Favreau, il rythme le calendrier cinéma avec un nouvel opus tous les six mois en moyenne, narrant les aventures en solo de chaque héros pour les réunir enfin dans un feu d’artifice final soigneusement préparé. La télévision appelle ceci des « saisons », Marvel les nomme des « phases ». Nous sommes en plein dans la phase 3, entamée joyeusement par Captain America : Civil War, et il semblerait que les erreurs de la phase 2 soient digérées. Il leur a été reproché de tirer sur la corde, d’utiliser toujours les mêmes personnages et les mêmes ressort super héroïques ? Qu’à cela ne tienne ! Leur catalogue de personnages est grand, ils ont de la ressource et il faut mettre en place le diptyque Infinity War qui clôturera cette phase. Et, il faut bien l’admettre, la Distinguée Concurrence est dans les choux après les débâcles critiques de Batman Vs Superman et Suicide Squad. C’est ainsi que Marvel dégaine un personnage clé de son univers, moins connu du grand public, avec un film qui a tous les atouts pour séduire en masse.

Le Docteur Stephen Strange est neurochirurgien. Comme beaucoup, il est convaincu d’être Dieu en personne. Il est volontiers méprisant avec ses collègues, connaît tout sur tout et choisit ses cas en fonction du challenge qu’il y trouve. Mais un grave accident de voiture va rendre ses mains inutilisables et le condamner à arrêter son métier. A contre-cœur, il va aller jusqu’au Népal pour trouver la solution à son problème et va y découvrir une étrange communauté aux pouvoirs mystérieux. C’est donc du côté de la magie et des pouvoirs mystiques que va lorgner cette nouvelle aventure. Rassurez-vous, on est très loin de Harry Potter. Davantage que les sortilèges, c’est l’illusion qui est mise en avant dans sa capacité à jouer avec les perceptions et les dimensions. Dans ce monde de sorciers, l’espace et le temps sont malléables et offrent donc de nouvelles perspectives de réalisation. De même que Matrix ou Inception avant lui, le réalisateur joue avec les perspectives et change régulièrement l’évolution de ses personnages dans l’espace. Les immeubles se replient, le bas devient le haut et inversement, les personnages peuvent passer à travers un portail de Shanghaï à Londres. Le spectateur ne sait jamais ce qui va se produire, à l’image des personnages qui improvisent au cours des combats. Cela donne une dynamique nouvelle à l’univers Marvel et l’esthétique du film s’en retrouve sublimée. Certains plans frôlent les peintures surréalistes avec des univers sens dessus-dessous.

En revanche, la trame scénaristique et les thèmes abordés restent très classiques. Les enjeux qui poussent les personnages à agir ont été maintes fois traités. Strange, qui passe de l’être imbu de sa personne à celui qui se repent pour devenir le héros qu’il doit être, rappelle immédiatement Tony Stark. Mais le schéma de l’anti-héros est construit comme cela et il est difficile d’en déroger. Le plus gênant n’est pas tant que les scénaristes réutilisent ce schéma mais qu’il correspond déjà à un personnage dans le même univers. C’est par l’humour que se démarque le film. Le studio semble avoir saisi que ce n’est pas parce que leur public est familial qu’il ne faut viser que les enfants. Ils profitent alors de l’attitude british de Benedict Cumberbatch pour apporter un décalage et une modération dans les gags qui est bienvenue et rafraîchissante.

Dans l’ensemble, Doctor Strange est un film divertissant qui change de ce à quoi nous avait habitué Marvel. Comme Thor 2 ou Les Gardiens de la Galaxie, il souffle un vent de fraîcheur sur ce qui devenait routinier. Si on peut avoir peur que Cumberbatch nous serve à nouveau sa « recette Sherlock » dans la première partie, il change assez rapidement et on a hâte de le voir face aux Avengers. 

CHERIE, J’AI RETRECI MARVEL !

Ant-Man, un film de Peyton Reed

Avec Paul Rudd, Evangeline Lilly, Michael Douglas

Sortie le 14 Juillet 2015

Scott Lang, cambrioleur malin mais malchanceux, sort de prison. Fauché mais souhaitant se réinsérer et gagner le droit de voir sa fille vivant avec son ex-femme, il tente en vain de trouver un travail. Mais il se heurte rapidement à la dure réalité, le monde extérieur n’est pas tendre avec les ex-taulards. C’est alors que son colocataire, et ex-compagnon d’activités criminelles, lui propose un coup en apparence sans risque : cambrioler la demeure vide d’un vieux riche abritant un coffre très prometteur. Mais plutôt que des billets et des bijoux, Scott Lang n’y trouvera qu’une étrange combinaison aux pouvoirs inattendus.

Tout est mini dans notre vie

Après un Avengers 2 qui aura déçu beaucoup de monde (nous aurons l’occasion d’y revenir lors de sa sortie en dvd), Marvel clôt sa phase deux en intégrant un nouveau personnage dans son univers cinématographique : Ant-Man. C’est d’ailleurs un choix assez étrange de leur part de clôturer une phase par l’introduction d’un nouveau héros plutôt que par un film chorale. Ceci pourrait en partie expliquer la sensation des spectateurs d’Avengers 2 de s’être retrouvé devant une transition et non une conclusion. D’autant que, même si Ant-Man fait référence à son prédécesseur par plusieurs allusions, il ne constitue pas une conclusion satisfaisante à cette phase deux. L’explication peut se trouver dans le parcours chaotique qu’a connu le développement du film.

Bien avant que Kevin Feige (président de Marvel) ne décide de créer cette saga cinématographique que nous connaissons, Edgar Wright avait dans l’esprit de réaliser un film Ant-man. Certaines sources affirment qu’encore avant ça, Stan Lee aurait également voulu en faire un dans les années 80 mais que la ressemblance avec Chéri j’ai rétréci les gosses avait enterré le projet. Toujours est-il que Wright, connu pour sa trilogie du Cornetto avec Simon Pegg, avait prévu de s’atteler à ce projet après avoir fini de tourner Scott Pilgrim. Mais le projet prend du temps et finit par s’inscrire dans l’univers Marvel, ce qui a obligé Wright à réécrire de nombreuses fois le scénario pour coller au reste de l’histoire contée par les autres films. En 2013, soit 7 ans après la proposition du projet, il est prévu que le film clôture la deuxième phase de l’anthologie cinématographique. Mais des différends artistiques entre la production et Wright provoquent le départ de ce dernier. Le projet est alors confié à d’autres scénaristes. En plus des nombreuses réécritures de Wright, il aura donc fallu trois autres personnes pour retoucher le scénario. Et cela se sent terriblement. C’est là que réside l’un des principaux problèmes du film.

En effet, Ant-Man pâtit d’un mauvais dosage du scénario. Pendant quasiment une heure de film, il se passe peu de choses à l’écran. S’il s’agissait de développer le caractère du personnage et nous le présenter comme quelqu’un de complexe et mû par des combats intérieurs profonds, cela aurait pu se justifier. Après tout, Batman begins était conçu sur ce modèle et nous n’entrions vraiment dans l’histoire qu’après une heure de film. Mais Scott Lang n’est pas Bruce Wayne. Scott Lang n’est que l’archétype du repenti déçu en quête d’argent pour s’occuper de sa fille perdue dans un divorce : ni plus, ni moins. Il y a certes d’autres personnages à présenter comme Hank Pym, le vieux scientifique à l’origine du costume qui fait rétrécir, et sa fille. Mais là encore nous sommes dans des cadres connus et assez classiques de relation père/fille compliquée. De plus, ce n’est pas la bande de cambrioleurs qui accompagne Lang qui va sortir des clichés. Et je ne parle pas du méchant de l’histoire aux motivations lambda et au charisme absent.

Mais qu’est ce qui justifie d’aller voir ce film me direz-vous ? C’est que la deuxième heure est sacrément bien rythmée et divertissante. Avec une gestion très habile de la rupture de rythme dans l’action pour créer le rire, Peyton Reed nous offre un combat final très fun souvent mieux géré que dans Les Gardiens de la galaxie. En règle générale, le film est assez drôle avec des gags parfois absurdes et des personnages délicieusement crétins sûrement hérités du scénario original de Wright. Passé la longue introduction, on ne s’ennuie pas tant les événements s’enchaînent et les bonnes idées déferlent à l’écran. Notons aussi que les acteurs sont convaincants avec en tête un Paul Rudd au mieux de sa forme. Celui dont le grand public retient surtout la prestation en guise de mari de Phoebe dans Friends, démontre une vraie capacité à alterner entre l’épique et le comique avec une facilité désarmante. Le fait qu’il ait lui-même co-écrit le scénario n’est peut être pas étranger à l’osmose qui existe entre lui et son personnage. Michael Douglas, quant à lui, n’offre pas une prestation ébouriffante mais son personnage n’en exige pas tellement plus.

Si nous devions résumer, Ant-man est plutôt un bon film d’été, divertissant et changeant des poulains habituels de l’écurie Marvel. Il apporte une fraîcheur bienvenue après l’univers assez sombre d’Avengers 2. Il y a fort à parier que si Wright avait réalisé le film et que Marvel lui avait donné une certaine liberté, nous aurions eu affaire à un exemple du genre, mais Peyton Reed ne s’est finalement pas mal débrouillé avec ce qu’on lui a laissé entre les mains. Il ne faut pas vous attendre à être transcendé par Ant-Man mais juste à passer un bon moment devant un film sympathique, et en fin de compte, ce n’est déjà pas si mal.