« La vie réelle n’est pas assez musicale »

Vous avez dit Broadway ? Résultat de recherche d'images pour "vous avez dit broadway"

Un spectacle de Antoine Guillaume

Mise en scène de Michel Kacenelenbogen

Avec Antoine Guillaume et Julie Delbart au piano

Du 22 Août au 28 Octobre 2018 

Du Mardi au Samedi à 21h et le Dimanche à 18h

Au Lucernaire ( 75)

« La vie réelle n’est pas assez musicale », et ça nous l’avons toujours dit. Qui n’a jamais rêvé de voir les gens chanter et danser comme une célébration ? Qui ne s’est jamais cru dans un clip en écoutant ses musiques préférées tout en marchant dans la rue ? Personne ? Oh non, ça je n’y crois pas. La musique nous entoure, comble nos vies et nous transmet tout un panel d’émotions, de souvenirs et de rêves. Et c’est d’ailleurs avec cette déclaration pleine de bon sens que débute Vous avez dit Broadway ? actuellement au théâtre du Lucernaire du Mardi au Dimanche à 21h.

Le principe du spectacle ? Un employé de théâtre va nous raconter des coulisses, alors qu’une représentation de « Cabaret » se joue au même moment sur scène, l’histoire grand large des Comédie Musicales ainsi que son histoire avec les comédies musicales. L’histoire, Antoine GUILLAUME nous la chuchote. Ce qui peut sembler déroutant au départ finit par créer une atmosphère chaleureuse, d’écoute et surtout de partage. Le partage de secrets. Le partage d’une relation intime et fusionnelle.

Accompagnée par sa talentueuse pianiste Julie DELBART, Antoine GUILLAUME est passionné, ce qui le rend passionnant. Au fil de ces 90 minutes, il vous fera partager l’histoire des comédies musicales au travers de différentes anecdotes et histoires souvent méconnues. Tout ceci entremêlé par des chansons de différents spectacles, connus ou oubliés.

Difficile d’en dire véritablement plus car c’est avant tout un ressenti. Mais ce que nous pouvons vous dire, c’est que nous avons passé un moment plein d’émotions. Antoine GUILLAUME arrive à communiquer pleinement avec son public. Si bien que souvent, ces souvenirs, ses émotions nous renvoient aux nôtres.

Ce spectacle est fait pour tout le monde. Aux connaisseurs et amateurs du genre qui, comme nous, reverrons leurs plus beaux moments dans les siens, et aux personnes moins connues du fait qui trouverons, nous l’espérons, la curiosité de s’intéresser à cet art souvent décrié et méconnu en France. Cependant, nous devons l’admettre, cette tendance vient à changer ces dernières années et c’est une bonne chose.

Vous avez dit Broadway ? est définitivement un spectacle à ne pas manquer. Un spectacle de partage, d’émotions et d’intimité. Un spectacle passionnant servi par un passionné. Et surtout, un spectacle plein de musiques qui font chaud au cœur et donnent envie de retourner à Londres, ou mieux encore, de découvrir Broadway pour encore plus de souvenirs. Car comme le dit si bien Antoine GUILLAUME : « La vie réelle n’est pas assez musicale ».

Un article de Quentin Gabet

« Et si on se mentait plus ? » au Lucernaire

Et si on ne se mentait plus ?Unknown

Une pièce de Emmanuel Gaury et Mathieu Rannou

Mise en scène par Raphaelle Cambray

Avec Maxence Gaillard, Emmanuel Gaury,

Guillaume D’Harcourt, Nicolas Poli, Mathieu Rannou

A partir du 29 Août 2018

À 18H30

Au Lucernaire ( Paris) 

( Vu au Festival d’Avignon 2018)

Le Festival Off d’Avignon, c’est aussi ça. Un enchaînement de hasards, une petite étincelle de chance, un spectacle qui a vingt minutes de retard qui vous fait rencontrer un auteur. Il porte un canotier et une marinière. Il vous parle de son spectacle avec tant de passion et d’amour qu’il vous donne envie d’aller y jeter un œil. Et vous tombez sur un bijou, un spectacle ciselé comme un diamant : une perle.

Chaque jeudi, cinq amis se retrouvent chez l’un d’entre eux pour déjeuner. Mais ce ne sont pas n’importe quels hommes. L’hôte ? Lucien Guitry, le père de Sacha. Les convives ? Jules Renard, Alphonse Allais, Tristan Bernard et Alfred Capus. Leur routine hebdomadaire est réglée comme du papier à musique. Mais en cette année 1901, de petits mensonges vont s’infiltrer dans cette amitié. Est-elle aussi indéfectible qu’ils le croient ?

Le thème principal de la pièce surgit comme une évidence dans ce résumé : l’amitié dans ce qu’elle a de cimentant mais aussi de fragile. L’amitié fonctionne-t-elle sur une vérité frontale ou sur de petits mensonges de convenance ? Mais si ce n’était que le seul attrait de la pièce, on l’a déjà vu ailleurs. Emmanuel Gaury et Mathieu Rannou sont bien plus malins et subtils. En nous racontant l’amitié réelle des esprits parisiens les plus brillants de leur époque, c’est le début du vingtième siècle qu’ils nous peignent en filigrane : une période d’insouciance où les deux guerres mondiales à venir ne sont pas dans les esprits, où l’absinthe n’est qu’un alcool un peu trop enivrant mais qu’on n’imagine pas dangereux. Une période également où les arts de la scène sont en pleine effervescence et dominés par des acteurs comme Lucien Guitry.

Le texte est drôle (parfois même hilarant), fin et utilise un éventail assez large d’émotions. On se surprend à verser des larmes à la fin. Les saillies des personnages sont fidèles à leur légende : spirituelles et visant juste. Ils nous font (re)découvrir des noms bien souvent oubliés ou méconnus de notre patrimoine littéraire. Dès la sortie de la salle, nous n’avons qu’une envie : se ruer sur leurs œuvres pour prolonger un peu de temps avec ces amis qu’on ne veut plus quitter.

Amis à la ville, les cinq comédiens brillent par leur complicité évidente qui donne une épaisseur supplémentaire à l’ensemble. Maxence Gaillard est un Jules Renard frustré de ne pas être encore reconnu. Il porte un regard plein d’envie sur ses camarades déjà au sommet. Emmanuel Gaury incarne un Lucien Guitry plein d’esprit avec une espièglerie communicative. Toujours un sourire en coin, il glisse comme une anguille dans cette amitié : il ne se fait jamais attraper mais est pourtant là. Le Tristan Bernard de Guillaume D’Harcourt est plein de bonhomie, volontiers arnaqueur, souvent une bouteille en main mais jamais méchant. Nicolas Poli, quant à lui, campe un Alfred Capus dont la raideur physique évoque une certaine raideur morale. Il incarne la droiture. Mathieu Rannou s’offre, avec le rôle d’Alphonse Allais, une escapade burlesque réussie. Toujours à contretemps, il évolue comme un personnage de Jacques Tati. Il est lunaire.

Et si on ne se mentait plus ? est, sans conteste, premier dans notre cœur de festivalier. Il cumule un texte subtil et drôle, une distribution impeccable et une mise en scène au diapason de tout ceci. On en ressort charmé. Il est prudent de réserver. Gageons que le succès ne s’arrêtera pas là et nous prédisons un grand avenir pour cette pièce.   

Un Article de Florian Vallaud

Lou y es-tu ?

Mon Lou (2018Résultat de recherche d'images pour "Mon lou lucernaire"

D’après Guillaume Apollinaire

Mise en scène : Christian Pageault

Avec Moana Ferré

Du Mardi au Samedi à 19H

Jusqu’au 23 Juin 2018

Au Lucernaire (75)

 

« Qu’en avez-vous pensé » me demande un couple de septuagénaires chancelants alors qu’on descendait les marches du Lucernaire. D’abord surpris par la question, et un peu sorti de ma bulle par leur surprenante façon de m’aborder, je fus d’emblée tenté de répondre : « vos parents ne vous ont pas dit de ne pas parler aux inconnus ? ». Puis, je vis immédiatement une occasion de sonder le public, le vrai. Celui qui vient au spectacle sans avoir à analyser. « C’était tout de même très inégal » ajouta alors la femme sans attendre ma réponse. Elle venait de mettre des mots sur ce qui m’a taraudé durant une heure de représentation. Il faudrait que je pense à lui proposer de rejoindre notre équipe.

Tout au long des soixante-dix minutes de spectacle, mon esprit ne cessait de divaguer malgré mes nombreuses tentatives de me reconnecter à ce qui se jouait. Mais pourquoi ? Les lettres d’amour de Guillaume Apollinaire à son amante et muse, Lou, sont pourtant une source formidable de poésie. Les mots sont savoureux et gagnent à être lus à haute voix. Le spectateur se retrouve dans une position délectable de voyeur tant certains mots, certaines images, étaient écrits pour n’être caressés des yeux que par leur destinataire. Moana Ferré donne sa belle voix à ces phrases impudiques. Elle transmet sans mal son plaisir évident de la langue d’Apollinaire.

Alors d’où vient le problème ? Pourquoi cette spectatrice a trouvé le tout inégal ? C’est que la pièce ne dépasse jamais le stade d’une simple lecture de lettres. La mise en scène est quasi inexistante. Et quand il y a des idées, elles sont simplistes.  Des feuilles de papier figurant le caractère épistolaire du texte, des coulures de peinture noire qui rappellent l’encre qui coule en même temps que le sang (Apollinaire écrit ses lettres alors qu’il est sur le front de la première guerre). Ce ne sont que des images littérales, jamais symboliques. Alors que le texte aurait fait une bonne lecture, Christian Pageault semble avoir peiné à trouver des idées pour le mettre en scène. Seulement, l’énergie et le talent de sa comédienne ne suffisent pas à empêcher l’ennui de gagner les spectateurs par un manque de renouvellement dans les images qu’il propose.

Mon Lou est une bonne idée théâtrale qui pèche par une mise en scène fainéante. On aurait aimé plus de folie, plus de passion. Reste la belle prestation de sa comédienne qui transmet son plaisir des mots et nous donne envie de nous plonger dans ces textes le plus vite possible.

Un article de Florian Vallaud

Un marchand écrémé

Le Marchand de VeniseRésultat de recherche d'images pour "marchand de venise ned grujic"

De William Shakespeare

Mis en scène par Ned Grujic

Avec Thomas Marceul, Julia Picquet,

Rémy Rutovic et Antoine Théry

Du 24 Janvier au 1er Avril 2018

Au Lucernaire (75)

Le Marchand de Venise semble être pour moi la pièce des premières rencontres avec le barde britannique. C’est la première pièce de lui que j’ai vu sur scène alors que j’entrais en seconde option théâtre. C’est aussi la première fois que je me suis questionné sur ce que pouvait être le sous-texte d’une pièce et comment continuer à la représenter alors qu’elle représente une pensée jugée archaïque, mais correspondant à son époque. C’est aujourd’hui sa première œuvre à figurer sur Culturotopia. C’est peu de dire que les attentes étaient fortes, et elles n’ont pas été entièrement comblées.

Dans la belle Venise, Bassanio (Antoine Théry) coule des jours heureux. Il est amoureux de la belle Portia (Julia Picquet) mais n’a pas les trois milles ducats nécessaires pour lui faire la cour. Il va alors demander l’aide de son meilleur ami, Antonio ( Thomas Marceul) qui va s’endetter pour lui auprès de l’usurier juif Shylock (Rémy Rutovic). Si Antonio ne le rembourse pas dans les trois mois, il devra lui céder une livre de chair prélevée à l’endroit que Shylock jugera opportun. C’est alors que, par un coup du sort, Antonio se trouve ruiné du jour au lendemain.

Nous avons ici un cas intéressant. Bien que classée dès sa première parution comme une « comédie », Le Marchand de Venise est un cas compliqué dans l’œuvre de Shakespeare. L’histoire d’amour de Bassanio et Portia relève purement de la comédie, le reste est terrible et pourrait être une tragédie. Difficile, en effet, de trouver que la menace qui pèse sur Antonio soit particulièrement légère, ou que le personnage de Shylock puisse être comparable au Harpagon de Molière. Les metteurs en scène ont donc la possibilité de varier les tons, mais doivent le faire avec beaucoup d’attention pour ne pas risquer que le public trouve drôle une situation dramatique et vice-versa.

L’autre souci de la pièce réside dans son fond polémique qui fait encore débat. Au premier abord, la pièce est un reflet de son temps. L’époque est à l’antisémitisme exacerbé et Shakespeare ne fait pas exception. Shylock est vénal et machiavélique, les habitants de Venise le traitent comme un chien qui ne vaut pas mieux que les quolibets et autres crachats. Pourtant, l’auteur intègre une tirade connue comme « le monologue du juif ». Il y rappelle que les pratiquants de cette religion sont des hommes comme les autres : ils pleurent et saignent comme tout le monde.

Pour sa version à 4 acteurs, Ned Grujic a opté pour une réduction drastique du texte amenant le spectacle à 1h15. Ce n’est pas dans la chair qu’il tranche, mais dans le texte. Pour cela, il a supprimé une intrigue secondaire et plusieurs scènes. Cela a l’avantage de pouvoir attirer ceux que deux heures de représentation peuvent effrayer, mais cela donne également l’impression d’une intrigue malade qui fonce à la vitesse d’un TGV tout en claudiquant quelque peu. Il va à l’essentiel mais c’est déroutant. L’effet inattendu est que la comédie déborde parfois sur les scènes dramatiques provoquant des éclats de rire à des moments incongrus.

Cependant, Ned Grujic offre une scénographie épurée du plus bel effet. Tout tourne autour de la figure de l’eau, centrale dans le texte : l’eau de Venise, l’eau qui provoque la ruine d’Antonio, etc.  Les différents espaces sont figurés grâce à des praticables amovibles. Sa distribution est aussi de haute volée, interprétant leurs rôles avec justesse.

Le Marchand de Venise au Lucernaire offre une porte d’entrée intéressante aux shakespeariens en devenir. Cependant, il décevra légèrement les habitués du texte par des coupes trop franches qui enlèvent une certaine saveur au texte original sans en ajouter. Ils devront se tourner vers la mis en scène astucieuse de Ned Grujic et l’énergie de ses comédiens pour pouvoir se satisfaire de ce spectacle auquel il manque, hélas, un peu de chair.

La Télé Commande

Projection privée

Une pièce de Rémi De Vos

par la Compagnie Hercub’

Mise en scène Michel Burstin

Avec Bruno Rochette, Sylvie Rolland, Elsa Tauveron

Au Théâtre Le Lucernaire ( Paris 14)

jusqu’au 9 Décembre du mardi au samedi à 21h

Rémi de Vos fait partie des plus grands auteurs contemporains. Son univers subtilement absurde, cruel et d’une parfaite acuité sur notre monde séduit les compagnies théâtrales et le public. La Compagnie Hercub’ s’est saisie avec délectation et gourmandise de Projection privée, représentée jusqu’au 9 Décembre au Lucernaire.

Une femme mariée (Elsa Tauveront) est en tête à tête avec sa télévision. Son époux (Bruno Rochette) rentre. Il est accompagné d’une jeune femme (Sylvie Rolland). L’époux ne reconnaît pas sa femme. Celle-ci est focalisée sur son écran. Son feuilleton va débuter. La troisième s’installe.

Le dispositif scénique est épuré. Quatre pans de murs, un canapé. Un projecteur figure la lumière émanant de la télévision omniprésente. C’est un quatrième personnage dont la présence est constante. L’environnement sonore est soutenu tout au long du spectacle par des extraits d’émissions ou de publicité. Même si les personnages discutent, le son est en arrière plan. Inconsciemment, notre attention s’y attache comme c’est le cas pour la femme mariée. Elle est conditionnée par l’écran et ne vit que pour lui. C’est son vrai partenaire dans le couple.

Ce que diffuse la télévision est aussi porteur de sens sur la vie des personnages. Après la première scène entre le couple désuni, Michel Burstin propose une image d’une beauté fascinante. Sur le canapé, uniquement éclairée par l’écran, la femme mariée regarde un film. Le public reconnaît la musique et les dialogues. C’est Le Mépris de Godard. Tout est dit. Les artistes font confiance à la culture et l’intelligence du spectateur pour dénouer l’apparente absurdité des situations.

Rémi de Vos déguise ses thèmes sous les atours du vaudeville. La pièce est hilarante et les comédiens s’en donnent à cœur joie. Aucun ne démérite et l’humour de la pièce marche à plein régime. L’osmose entre les comédiens est palpable et donne une fluidité réjouissante au tout. Elsa Tauveron a un pouvoir magnétique sur le spectateur. Elle joue un personnage qui n’existe pas aux yeux de son mari mais dont le public ne peut se détacher. Elle est le lien avec eux. Son interprétation juste est tour à tour bouleversante et délirante. Elsa Tauveron assure, quant à elle, une partition burlesque d’une folie rafraîchissante. Un gag de danse sur des patins est étiré dans la durée et fascine le spectateur.

Projection privée est une ravissante découverte qui ne connaît quasiment pas de défauts. De la mise en scène au jeu des comédiens, tout est au diapason d’un texte sans temps mort. Si la pièce a été écrite en 1998, elle reste d’une incroyable modernité. Elle aurait pu tout aussi bien intégrer les smartphones. Il reste une semaine pour profiter de ce petit bijou d’humour absurde et noir qui vous amènera à réfléchir au couple et à notre rapport aux écrans. Le spectacle marche bien et nous vous conseillons de vous jeter sur vos sites de réservations habituels.