Le Courage dans la fuite

Chasseuse de géantsRésultat de recherche d'images pour "chasseuse de géants"

Fantastique, Drame – USA

Réalisé par Anders Walter

Avec Madison Wolfe, Zoe Saldana, Imogen Poots, Sydney Wade

Sortie en dvd et Blu Ray le 6 Juin 2018

Chez M6 Interactions

Solitaire et en conflit permanent, Barbara est une collégienne sans peur pas comme les autres. Comment pourrait-elle avoir peur de toute manière ? Armée de sa gouaille et d’un puissant marteau de guerre, elle débusque, traque et tue les géants sur son temps libre. Du moins, c’est ce qu’elle raconte à qui veut l’entendre. Selon elle, les géants, dont la présence échappe aux humains, sont des pourvoyeurs de souffrance et de désolation dont elle se doit de préserver les autres. Et si la vérité était finalement encore plus tragique ?

Chasseuse de géants (I kill giants en VO) est l’adaptation de la bande-dessinée éponyme éditée voilà plus de dix ans maintenant. S’il a eu droit à une édition française en 2009, il sera également réédité en avril 2018 (Nous ne manquerons pas de le chroniquer) à l’occasion de la sortie du film. Née des esprits conjoints de Ken Niimura (Prix international du manga pour I kill Giants justement) et Joe Kelly (Auteur de nombreuses séries pour Marvel et DC), cette histoire de collégienne à la langue bien pendue écrasant les géants à coups de masse gigantesque emprunte aussi bien aux super-héros qu’aux récits plus intimistes, et ça marche, plutôt génialement même.

Mais est-ce vraiment étonnant, finalement ? Le script est signé par Joe Kelly, et on peut difficilement trouver mieux placé que l’auteur lui-même pour saisir l’essence de son travail. Trouvant son inspiration dans des œuvres telles que Le Labyrinthe de Pan ou Alice au pays des merveillesChasseuse de géants se montre plus ambigu encore en déroulant son action dans notre réalité concrète. Et il faut bien l’admettre, le flou règne d’un bout à l’autre du film, avec ses géants en arrière plan et ses créatures fantasmatiques qui s’adressent à une héroïne qui semble la seule à les voir. On est libre d’y croire ou non, et même si on suppose que cette traque du géant n’est qu’une chimère inventée par Barbara, le doute subsiste jusqu’à la toute fin du film. Chasseuse de géants nous plonge dans les méandres de l’imagination et de la peur, et des désastres qu’elles peuvent engendrer quand la seconde prend le pas sur la première.

Barbara, campée par l’excellente Madison Wolfe, est d’ailleurs très convaincante quand il s’agit de conforter le bien-fondé de sa démarche héroïque. Tellement que Sophia (Sydney Wade), sa seule amie, marche dans son jeu quelques temps, et même la psychologue, Mme Mollé (Zoe Saldana), a bien quelques doutes. Car la morgue de Barbara s’attaque à tout le monde, ses persécuteurs en tête bien sûr, mais aussi à celles qui se rendent compte que quelque chose cloche chez cette fille qui dissimule sa peur glaçante derrière sa maturité et son intellect. Barbara préfère rejeter celles qui veulent l’aider et poursuivre sa quête illusoire. Tout plutôt que de laisser s’effondrer son monde… quitte à laisser de côté la réalité. Car sous ses dehors de jeune fille courageuse qui se dresse face à des créatures terrifiantes, Barbara fuit l’une des plus grandes peur qu’un enfant puisse affronter. Et on ne peux que la comprendre.

Au croisement de Trollhunter et des Goonies, Chasseuse de géants est un récit où se mêlent intime et fantastique, où la quête de Barbara trouve racine au sein d’une famille qui se délite. Et de par les épreuves qu’elle traverse, son dénouement émouvant et puissant parlera à tous. Et vous, fuirez-vous devant votre peur ou lui ferez-vous face ?

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

De la puissance du récit

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Bande dessinée

Joe Kelly (Scénario) et Ken Niimura (Dessin)

Édité par HiComics

Sortie le 23 mai 2018

Barbara Thorson n’est pas une jeune fille comme les autres. Elle vit dans un monde magique que ses autres camarades ne voient pas, peuplé de lutins, et surtout de géants, qu’elle se prépare à tuer pour protéger le monde du mal qu’ils répandent. Mais la sinistre réalité est parfois bien plus dure à affronter.

Il aura fallu attendre quelques années pour voir enfin débarquer I kill giantsen France en VF. Dommage que les moins anglicistes d’entre nous aient été privés de cet étonnant récit pendant tout ce temps, mais mieux vaut tard que jamais, d’autant que l’édition concoctée par HiComics est on ne peut plus conséquente, avec une préface de Anders Walter (réalisateur de Chasseuse de géants, l’adaptation de la BD, que nous chroniquerons à partir du 6 juin), une postface de Chris Colombus (producteur du film), une interview pertinente des auteurs, une galerie et des artworks faisant la part belle au travail de Ken Niimura, ainsi que quelques planches traitant avec humour de la relation de travail entre lui et Joe Kelly. Une édition riche donc, qui permettra au lecteur d’appréhender au mieux l’œuvre qu’il tient entre les mains.

Non que I kill giants soit une œuvre difficile à comprendre. Au contraire, l’écriture de Joe Kelly est fluide, claire et plaisante. L’histoire est forte mais loin d’être impénétrable, que ce soit pour les adultes, qui découvriront un récit vif, émouvant, et en même temps empreint de drôlerie, ou pour les plus jeunes qui découvriront en Barbara un personnage d’une incroyable consistance, pas forcément agréable, parfois gênant, mais crédible en diable, et suscitant instantanément l’empathie. Un petit après-midi suffira à parcourir cette aventure fantastique ancrée dans une réalité difficile, mais à n’en pas douter, on en appréciera le texte autant que le trait longtemps après l’avoir refermé. Le style de Ken Niimura répond admirablement au dynamisme du récit par sa capacité à exprimer toute une palette d’émotions à l’aide de quelques traits ou à poser un décor tout en dégradé de gris. L’ensemble est minimaliste, et pourtant, l’action est percutante, les émotions palpables et le petit monde imaginaire de Barbara tout en transparence. Un style qu’on ne pourra pas qualifier de délicat, mais indéniablement efficace. 

I kill giants fait partie de ces récits qui vous emportent, depuis son ouverture jusqu’à son final déchirant, et pourtant scintillant d’espoir. Une œuvre forte qui touche tout le monde et qui mérite d’être partagée avec le plus grand nombre. Un excellent titre, à savourer en même temps que le retour des beaux jours.

Un Article de Guillaume Boulanger-Pourceaux