Dupontel au firmament

Au Revoir là-haut (2017)Résultat de recherche d'images pour "au revoir la haut"

Un film de Albert Dupontel

tiré du roman de Pierre Lemaître

Avec Nahuel Perez Biscayart, Albert Dupontel,

Laurent Lafitte, Niels Arestrup

Distribué par Gaumont

Sortie le 25 Octobre 2017

On connaissait Albert Dupontel le réalisateur sale gosse. De Bernie à Le Vilain, il apportait un vent d’insolence au cinéma français, ne rentrait dans aucune case. Il était punk à sa manière. Neuf mois fermes opérait déjà une légère modification dans son œuvre. L’acidité était toujours là mais elle semblait plus cadrée. C’est avec son nouveau film qu’il opère officiellement sa mue. Au Revoir là-haut est le film de l’évolution davantage que du changement. On ne va pas sombrer dans la facilité de parler de «film de la maturité », expression qui ne veut rien dire, mais il marque décidément un tournant dans le travail de Dupontel notamment par son statut d’adaptation.

Novembre 1919. Edouard Péricourt (Nahuel Perez Biscayart) sort mutilé de la grande guerre. Il a perdu sa mâchoire au combat et ne peut plus s’exprimer. Vivant reclus, car considéré comme mort, il doit sa survie à son camarade de combat Albert Maillard (Albert Dupontel). Les deux vont monter une arnaque aux monuments aux morts pour se renflouer dans cette période de grande confusion.

On comprend aisément ce qui a pu attirer le réalisateur dans ce grand roman. Ses thèmes habituels sont là : la veulerie des uns, l’opportunisme des autres, les petits qui se rebellent face aux puissants, etc. Péricourt et Maillard ne font que profiter de l’occasion que leur apporte le capharnaüm d’après-guerre pour récupérer ce qu’ils ont perdu après les combats. La vraie figure antagoniste du film est celle du Lieutenant Pradelle, un fieffé salopard, campé par un Laurent Lafitte bondissant. Cet homme était déjà un pourri pendant la guerre, il devient un profiteur après.

La réalisation de Dupontel et ses procédés de narration portent le film sur des territoires poétiques qu’on lui connaissait mais qu’il n’avait jamais abordé à ce point. Pour s’exprimer, Péricourt a deux biais : différents masques qui révèlent son état d’esprit et une petite fille qui fait office de porte voix. Par ceci, les dialogues du personnage sont réduits à leur strict nécessaire et ramènent parfois le film à une forme de cinéma muet qui dope sa poésie intrinsèque. Les masques sont autant d’œuvres d’art qu’on prend plaisir à admirer et qui parlent mieux que des mots.

Mais la vraie qualité du film réside dans sa distribution où aucun acteur ne démérite. Cependant, pour la seconde fois cette année, Nahuel Perez Biscayart se détache du lot. Après la gamme d’émotions qu’il véhiculait dans 120 battements par minutes, on se disait qu’il avait fait une démonstration quasiment exhaustive de ses capacités. C’est totalement faux. Privé de mots, il développe une autre palette de jeu dans ce film passant principalement par le regard. C’est fou, c’est beau, c’est bouleversant. L’attachement à son personnage est immédiat et il gagne une aura mystique digne du fantôme de l’opéra.

Au Revoir là-haut est un renouvellement de l’œuvre de Dupontel. Il nous montre tour à tour qu’il sait nous faire rire, rêver, pleurer, frémir dans un même film. Si il y a ici et là quelques longueurs, il aurait été compliqué de les supprimer sans mettre à mal la narration globale. C’est cependant un incontournable de cette fin d’année.

Un article de Florian Vallaud

A corps et à Bacri

Le Sens de la fête (2017)

Un film de Olivier Nakache et Eric Toledano

Avec Jean-Pierre Bacri, Vincent Macaigne, etc

genre : comédie

Nationalité : France

Distribué par Gaumont

Depuis le succès incommensurable de Intouchables en 2011, Olivier Nakache et Eric Toledano semblent devenus les nouveaux chouchous de la comédie française. Chacun de leurs films est annoncé, par le distributeur et les exploitants, comme un événement. Le rouleau-compresseur promotionnel est mis en branle à grand renfort d’avant-premières, ou de pré-ventes de séances présentées par les réalisateurs le jour de la sortie. Tout est ourdi pour assurer un succès . Malgré ses nombreuses qualités, Samba n’avait pas réussi à égaler les entrées de Intouchables. Le public, sûrement trop enthousiaste, s’attendait à retrouver les mêmes recettes que le film avec Omar Sy et François Cluzet. C’est toujours une chose délicate que de passer après un tel plébiscite. Le soufflé étant enfin retombé, c’est avec un plaisir intact que nous voyons les deux réalisateurs revenir aux sources de ce qui faisait leur cinéma.

Max (Jean-Pierre Bacri) est un organisateur de mariages blasé. L’incompétence de son équipe et les requêtes absurdes de ses clients le font douter de son avenir. Il a envie d’arrêter. Nous le suivons au cours de ce qui pourrait être son dernier mariage. Mais rien ne va se dérouler comme prévu entre une assistante nerveuse, un chanteur ringard, un photographe démotivé et un serveur inexpérimenté.

Le résumé sonne comme une comédie de boulevard, et ce n’est pas un hasard. Le film utilise ce principe très utilisé au théâtre : le personnage principal va vivre une nuit d’enfer où les catastrophes vont s’accumuler et, ainsi, redéfinir sa vie. Comme toute bonne comédie, le film est un bon drame dont on a détourné les codes pour provoquer le rire. Les personnages y sont soit largués soit dépressifs. Leurs réactions décalées face à l’adversité nous font rire. Toledano et Nakache ne développent pas de personnages mais nous présentent des types de personnages, des caricatures. Ce n’est pas faute de savoir en créer mais, à l’instar de Nos Jours heureux, ils semblent vouloir nous faire suivre une situation et une ambiance. Ce ne sont pas les personnages qui sont importants : ils sont tous plus énervants les uns que les autres. Mais c’est la rencontre de ces êtres et ses répercussions que le film met en lumière. Il capte aussi une époque où le paraître remplace trop souvent les choses simples et finalement plus pures.

La réalisation est soignée et offre parfois de beaux moments de poésie qui côtoient merveilleusement le burlesque. La technique ne parasite pas le jeu d’acteur, elle le complète. On touche là la vraie force du film : ses comédiens. Tous mettent leur talent au service de dialogues finement ciselés. Jean-Pierre Bacri est au mieux de sa forme même si il est, encore une fois, dans son rôle d’homme blasé, cynique et navré par ses contemporains. Il est entouré des géniaux Vincent Macaigne, Gilles Lellouche, Jean-Paul Rouve, Eye Haïdara, Benjamin Lavernhe (de la Comédie-Française) et Alban Ivanov. Tous parviennent à rendre attachant des personnages agaçants au premier abord. Leur finesse de jeu leur permet de faire passer tous les effets comiques. Saluons également la présence de la fabuleuse Hélène Vincent dans le rôle de la mère du marié. Les comédies ont besoin de sa folie légère.

Le Sens de la fête est une comédie très drôle aux dialogues savoureux. Elle nous rappelle que Nakache et Toledano savent très bien tirer l’essence même de certains événements (la colonie de vacances ou une organisation de mariage) pour nous la restituer. Durant deux heures, ils captent notre époque et la poussent à son paroxysme pour nous en montrer les limites. C’est de la comédie populaire et intelligente à côté de laquelle il serait dommage de passer.

Un article de Florian Vallaud

Toute première fois (2015)

Un film de Noémie Saglio et Maxime Govare

avec Pio Marmaï, Lannick Gautry, Franck Gastambide

Un matin, Jérémie, 34 ans, se réveille dans un appartement aux côtés d’une sublime suédoise. Ce pourrait être le début d’une belle histoire si Jérémie ne devait pas se marier dans quelques semaines avec… Antoine.

Le décor est planté et le postulat de comédie également. Il n’est pas rare dans le cinéma français que l’homosexualité soit au centre d’un film comique : de La Cage aux folles en 1980 à Poltergay en 2006. En revanche, vous noterez une similitude flagrante entre ces deux films. L’homosexuel qui fait rire est la folle, ou en tout cas un tant soit peu extravagant. S’il est cantonné aux second rôles, c’est souvent un ersatz de la bonne copine qui prodigue ses conseils sur les mecs à sa meilleure amie. Bref c’est souvent très limité et assez léger. Vous trouverez des films gays où le personnage est davantage un « monsieur tout le monde », mais il s’agira souvent de drames car entre le coming out, et l’obligation de vivre caché, la vie d’homosexuel c’est quand même un chemin de croix ! Et oui c’est cliché mais c’est malheureusement comme cela dans l’esprit de nombre de réalisateurs et de scénaristes, et donc du spectateur lambda. Il y a tout de même quelques exceptions mais qui traitent plus souvent de l’homosexualité féminine comme Pourquoi pas moi ?, Coquillages et crustacés ou le génial Gazon Maudit. Ou alors il s’agit de films édités directement en dvd, ou exploités dans une salle dans le 4ème arrondissement de Paris. Sinon il faut aller dans les autres pays pour se fournir en films tout publics parlant d’homosexuels.

Alors pour une fois que le personnage principal est un homosexuel des plus banals, dans un film produit par Gaumont, et dont les affiches étaient partout, vous pensez bien que beaucoup y ont vu une démonstration de l’évolution des mœurs. Surtout quelques mois après le débat houleux autour du « Mariage pour Tous ». Et ils ont très vite déchanté. Car ce n’est pas tant l’histoire d’un homme qui par erreur découvre pour la première fois la sexualité avec une femme. C’est l’histoire d’un homme qui découvre que l’amour n’a pas de sexe.

Jérémie est depuis dix ans avec son compagnon. Ils vivent ensemble et ont un avenir tout tracé. Les parents de Jérémie aiment cette relation en bons anarchistes qu’ils sont. Tant que le mode de vie de leur fils bouscule les concepts bourgeois que leur impose leur fille enceinte, ils sont contents. L’entreprise de sondage qu’il a monté avec son meilleur ami, Charles, fonctionne très bien. Sa vie est en mode automatique. Cette femme va bouleverser son petit monde et y injecter du danger, de la vie tout simplement.

Ce film tend à montrer que la vie n’est pas binaire. Les réalisateurs se sont amusés à inverser le scénario cliché de l’hétéro qui se découvre homo. On le voit très bien dans une scène au début du film où Jérémie cherche sur internet des témoignages d’expériences similaires. Sur un site, une phrase sors du lot : « La bisexualité n’existe pas, ce ne sont que des homosexuels qui ne s’assument pas ». Cette saillie est un grand classique des discussions entre garçons à propos d’autres qui se clament bi. Et cette inversion des clichés fonctionne jusqu’à une scène très drôle de coming in.

Cependant le propos du film n’est absolument pas de dire que tous les homosexuels le sont jusqu’à ce qu’ils aient trouvé la femme qui les rendra heureux. Jérémie était très heureux avant le début du film. Il aurait pu tout aussi bien rencontrer un autre homme que son copain. Il se trouve qu’ici c’est une femme qui le fait revivre et qui déclenche la comédie. C’est tout aussi crédible que le parcours du personnage de Louis Garrel dans Les Chanson d’amour ( un film de Christophe Honoré) qui pour se guérir d’un deuil va trouver du réconfort dans les bras d’un homme, bien qu’il aime les femmes.

Au delà de son sous-texte intéressant dont je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, Toute première fois est surtout une comédie très réussie. Les dialogues sont ciselés et les vannes cognent à chaque fois. Il doit aussi beaucoup à son casting très investi, Franck Gastambide et Camille Cottin en tête qui échange les saillies comme autant de coups de fleurets qui feraient mouche à chaque fois. C’est un film rafraîchissant qui parvient à divertir sans tomber dans la lourdeur. Il se paye même le luxe d’avoir un scénario aux rebondissements inattendus qui lui offre un peu d’originalité même si la forme est très classique. On peut par exemple déplorer l’usage de la voix off s’élevant quand il s’agit de décrire quelque chose autour du personnage de Jérémie que les scénaristes n’ont pas réussi à traiter autrement ( sa présentation au début du film, etc). Mais après tout, le genre de la comédie romantique est encore balbutiant en France et ne demande qu’à s’étoffer grâce à des propositions qui sortent de l’ordinaire comme celle-ci.

Disponible en dvd et blu-ray chez Gaumont depuis début Juin 2015