Le Quai Branly hanté par les fantômes d’Asie

Enfers et fantômes d’AsieRésultat de recherche d'images pour "enfers et fantômes d'asie"

Exposition

Jusqu’au 15 Juillet 2018

Au Musée du Quai Branly – Jacques Chirac (75)

 

 

Malgré la large diffusion de la culture asiatique en occident depuis presque trente ans, elle reste une curiosité qui ne cesse de nous habiter. Dès lors, quand il est question d’une exposition qui aborde un thème nouveau de ces traditions ancestrales, nous ne pouvons que nous y précipiter. Et c’est le conseil que nous vous donnons sans réserve ! Il faut se ruer au Musée du Quai Branly pour visiter sa nouvelle exposition autour des enfers, des démons qui l’habitent et des fantômes qui en sortent.

Décomposée en de nombreux espaces habilement mis en scène pour vous offrir une bonne heure et demi de visite instructive, l’exposition mise sur la force des images plutôt que sur les longues explications. Vous trouverez à chaque entrée de salle un paragraphe succinct et précis pour décrypter les œuvres que vous allez voir. Le reste est assez éloquent. En ceci, vous n’avez pas le temps de vous ennuyer une seconde et chaque nouvel espace est un nouveau délice effrayant et fascinant.

Toutefois, il faut bien garder à l’esprit que certaines images (entre autres cinématographiques) peuvent effrayer les plus jeunes et certaines âmes sensibles. Après tout, le thème n’invite pas à une détente façon Disneyland. Il y a des choses impressionnantes et l’espace dédié aux films d’horreur tels que Ring ouJu-on apportent une tension inattendue.

Loin de ne miser que sur des effets qui pourraient vite transformer une exposition en parc d’attraction, le Musée du Quai Branly a le souci de montrer au public des pièces aussi rares que variées. Entre des masques, des costumes de théâtre Nô, des estampes, des extraits de films : la majorité des arts sont convoqués pour donner une image précise des différentes représentations de l’Au-delà asiatique. Le visiteur s’amusera ainsi à découvrir que notre Jugement Dernier chrétien prend dans leur religion la forme d’un procès très administratif où seront listées les bonnes et mauvaises actions du trépassé.

Enfers et Fantômes d’Asie est une exposition à ne rater sous aucun prétexte pour comprendre davantage une culture qui ne cesse de nous surprendre et nous intéresser. Vous en ressortirez avec des histoires de fantômes et des images horrifiques plein la tête, mais avec la sensation d’avoir appris beaucoup sans ennui. Que demander de plus ?

Un article de Florian Vallaud

Exposition Oscar Wilde au Petit Palais (2016)

Oscar Wilde, l’impertinent absolu

Au Petit Palais à Paris (75)

Jusqu’au 25 Janvier 2017

Oscar Wilde est un de ces artistes dont la popularité a varié au gré des époques et des mentalités. De son vivant, il est passé de l’anonymat à la gloire avant de finir conspué et abandonné de tous. Irlandais de naissance, puis anglais d’adoption, il s’éteignit sans patrie dans un minable appartement parisien. Il y aura laissé jusqu’à son nom pour devenir d’abord le matricule C33, duquel il signa la bouleversante Ballade de la geôle de Reading, puis sous le pseudonyme Sébastien Melmoth avec lequel il finit ses jours. Un destin flamboyant qui le consuma entièrement. La postérité ne lui rendit justice que quelques années plus tard, mais son accusation pour homosexualité ne fut levée qu’il y a quelque mois par le gouvernement britannique, en même temps qu’Alan Turing. Principalement connu pour ses aphorismes, il était grand temps qu’une exposition rappelle le génie de ce représentant du XIXe siècle victorien. Les équipes du Petit Palais à Paris se sont attelés à cette tâche, et la réussite n’est pas forcément au rendez-vous.

L’exposition présente quelques 200 pièces au public, qui vont des objets personnels de l’auteur ( lettres, manuscrits, etc) à des œuvres d’art qu’il a chroniqué dans ses essais ou représentant ses essais. Les intérêts artistiques et historiques sont donc bien présents. On peut rester plusieurs minutes à contempler la perfection du Saint Sebastien de Guido Reni, ou le charme envoûtant de La Nuit et le sommeil de Evelyn Pickering. Le tout est éclairé par les commentaires de l’audioguide disponibles sur une application gratuite. L’émotion nous gagne également lorsque nous nous trouvons face à une petite enveloppe dans laquelle Wilde conservait une mèche de cheveux de sa sœur disparue. A cet égard, les deux premières salles augurent d’une visite riche et passionnante.

Seulement voilà ! L’enthousiasme est de courte durée à l’instar du temps de visite. Car cette exposition aurait mérité plus de place afin de prendre son temps et nous montrer davantage d’œuvres exprimant la complexité du personnage. Le titre met l’accent sur son impertinence mais rien ne vient la souligner. Il est surtout question de l’esthète. Son œuvre n’est représentée que par les manuscrits. On aurait aimé des affiches d’époque ou des programmes de théâtre. Sa tendre relation avec sa femme est tout juste évoquée mais, pire encore, les raisons de son incarcération sont survolées. Sa relation avec Lord Alfred Douglas est réduite à quelques photos alors qu’elle constitue l’essentiel de l’impertinence et de la chute du géant. Peut-être aurait-il mieux valu ajouter une salle expliquant la situation des homosexuels à cette époque, ce qui est la clé de compréhension essentielle à tout ce qui suit.

Si elle est de bonne facture, cette exposition manque d’aspect didactique. Wilde est à la fois le produit et le représentant de son époque. Il se pose en réaction à cette société corsetée et son impertinence en découle. Les commissaires d’exposition semblent avoir considéré que le public visé venait en connaissant le sujet. Le visiteur y perd alors en profondeur tandis que les objets perdent leur relief. Ce qui aurait pu être une exposition importante devient alors secondaire et on se met à en rêver d’une plus complète.

Walt Disney, le mouvement par Nature

Au Musée des Arts ludiques (Paris 13)

du 14/10/2016 au 05/03/2016

Ouvert depuis bientôt trois ans, le musée des Arts Ludiques offre chaque année des expositions de grande qualité tant dans le fond que dans la forme. Après le studio Pixar, l’univers Marvel et plus récemment le studio Blue Sky, c’est logiquement au tour des animateurs du géant américain Disney d’être présentés aux amateurs de tous horizons. Et encore une fois, intérêts artistique et pédagogique sont au menu d’un parcours enthousiasmant.

Regroupées autour du thème du mouvement, les quelques 400 œuvres, présentées dans l’ordre chronologique, nous en apprennent beaucoup sur ce qui fait la particularité du petit studio producteur de cartoons devenu mastodonte de l’animation. Le mouvement est en permanence au cœur de son travail. On y voit notamment la constance avec laquelle ses animateurs cherchent à reproduire au mieux la gestuelle et la façon dont bougent la nature et les animaux. Il est impressionnant de noter comme de simples dessins de travail ou quelques storyboards figés parviennent à retranscrire fidèlement des séquences animées qui nous sont familières. Il n’est presque jamais essentiel de voir la scène finalisée pour en saisir la mécanique du mouvement. Nous ne saurions trop attirer votre attention sur quelques exemples éloquents, notamment le storyboard des 101 dalmatiens déroulant l’intégralité de la course-poursuite finale ou celui de la transformation finale de la bête dans La Belle et la bête.

Cette exposition est aussi l’occasion de retracer l’histoire d’un studio qui a su évoluer au fil des années. Les différents styles graphiques et les recherches artistiques sont mis en avant par des textes clairs et concis. Des « peintures animées » de Blanche Neige aux modélisations numériques de Zootopie, en passant par le fusain des années 70, les différentes ères traversées par le studio et leur résonance avec les tendances picturales caractéristiques de l’époque nous sont révélées. Il est par ailleurs amusant de noter que certains dessins préparatoires de personnages jugés inadaptés pour un film peuvent ressurgir pour un autre quelques années plus tard.

On peut passer plusieurs minutes à scruter tous les détails d’un crayonné ou d’une aquarelle, et la fibre nostalgique y vibre de la plus belle des manières. « Walt Disney, le mouvement par nature » est une belle exposition qui nous rappelle l’irremplaçable contribution d’un studio dans l’évolution technique et esthétique de l’animation au cinéma. Une fois encore, le musée des Arts Ludiques est un passage incontournable de l’année culturelle pour tout amateur d’art.