Petites chansons entre frères

Coexister (2017)

Un film de Fabrice Eboué

Avec Audrey Lamy, Guillaume de Tonquédec,

Ramzy Bédia et Jonathan Cohen

Distribué par Europa Corp.

Sortie le 11 Octobre 2017

Après le succès de ses deux co-réalisations avec Thomas N’Gigol, Case Départ et Le Crocodile du Botswanga, Fabrice Éboué revient seul derrière la caméra pour nous offrir un film hilarant et irrévérencieux. Il prend à bras le corps le repli religieux et communautariste pour nous offrir une solution positive mais, on le regrette, utopiste.

Nicolas (Fabrice Éboué) va mal. Il est sur le point de perdre sa femme (Amelle Chahbi) et le label musical pour lequel il travaille est en chute libre. La présidente de l’entreprise va le sommer de redresser la barre en six mois ou il sera licencié. C’est alors qu’il trouve l’idée de génie. En cette période de recrudescence du communautarisme, il va prôner le « vivre ensemble » par la création d’un groupe réunissant un curé, un rabbin et un (faux) imam.

On s’en aperçoit à longueur de temps, rire de tout devient de plus en plus compliqué. Entre ceux qui confondent humour et discours politique, et les ayatollahs du politiquement correct : il faut maintenant peser chaque blague avant de la faire. Heureusement, il nous reste des auteurs comme Fabrice Éboué qui tirent à boulets rouges sur tout le monde, sans discernement de couleur, d’origine ou de religion. C’est exactement ce qu’il fait dans ce film. En mettant dos à dos les trois grandes religions monothéistes, il les traite à égalité et avec la même férocité comique qu’on lui connaît. Tous les préjugés qu’on connaît répondent présents et sont assénés à coups de vannes assassines qui terrassent de rire le spectateur. Le rythme de la comédie est classique mais maîtrisé à la perfection. Le temps file à une vitesse folle.

Le casting est formidable et chacun tire son épingle du jeu. Guillaume de Tonquédec excelle dans le rôle du prêtre qui découvre petit à petit la vie extérieure. Jonathan Cohen campe un rabbin dépressif suite à une erreur de taille lors d’une circoncision. Mais celui dont on prend plaisir à redécouvrir les talents d’acteur, c’est Ramzy Bédia. Il joue un homme qui réunit tous les vices humains (alcool, tabac, sexe) mais doit se faire passer pour un imam. Il compose un personnage pour lequel le costume de religieux est trop grand et qui doit faire avec. Il est le témoin et le juge des errances de ses camarades. A cet égard, beaucoup de vannes fracassantes lui sont attribuées et c’est avec finesse qu’il les envoie.

Mais si le réalisateur s’amuse des religions sans se moquer de leurs croyances, c’est qu’il fait un constat bien plus profond. La comédie est le prétexte à une réflexion sur ce que sont les hommes au delà de leur foi. Chaque personnage possède une faille qui le démet de son statut d’homme de Dieu pour voir transparaître l’humain. C’est sur cette faiblesse inhérente à tous que Fabrice Éboué crée le lien entre eux. Ils ont beau être de confessions différentes, ils sont semblables et peuvent se réunir derrière le point commun de chacune de leur croyance : l’amour. C’est parce que l’époque est à la scission qu’il faut se réunir autour du « vivre ensemble » et « coexister ». Cela peut paraître utopiste mais c’est un message positif que seul les arts peuvent nous offrir sans qu’on les accuse d’être naïfs.

UN ARTICLE DE FLORIAN VALLAUD

Valérian ne valait rien !

Valérian et la cité des 1000 planètes (2017)

Un film de Luc Besson

Avec Cara Delevingne, Dane DeHaan

Sorti le 26 Juillet 2007

Les adaptations de bandes-dessinées dans le cinéma français, c’est une histoire compliquée. Entre celles qui passent totalement à côté de leur matériau d’origine (Les Daltons, Philippe Haïm, 2003), celles qu’on a oublié (Les Bidochons, Serge Kober, 1996), celles qui n’ont pas eu les droits (Fais gaffe à la gaffe, Paul Boujenah,1981) et celles dont le résultat est mitigé (Astérix et Obélix : au service de sa majesté, Laurent Tirard, 2012) : les spectateurs ont toujours un tic nerveux lorsqu’une d’entre elles est annoncée. Seuls quelques élus ont réussi à passer haut la main l’épreuve de l’adaptation. Nous pensons surtout à Alain Chabat (Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, 2002) ou encore Pierre-François Martin Laval (Les Profs, 2013). La difficulté réside, entre autre dans la difficulté de s’approprier le travail d’un autre, le remodeler à sa façon et le servir à un public qui a déjà sa version en tête. Pour n’importe quel réalisateur, l’écartèlement est déjà ardu à supporter. Quand on s’appelle Luc Besson et qu’on ne cesse de déchaîner les passions (de haine ou d’amour) à chaque chose qu’on fait, autant dire que c’est s’attacher soi-même à la roue. Il faut être sûr de sa capacité à vaincre. Cela fait donc 7 ans qu’il prépare l’adaptation sur grand écran des aventures des héros de son enfance qui ont inspiré toute la science-Fiction depuis les années 60 : Valérian et Laureline.

Ce petit bijou du 9ème art nous propulse en 2720, une époque où l’humanité a trouvé le moyen de ne plus travailler, et passe son temps branché à des machines à rêves. Seuls subsistent des technocrates chargés de s’occuper des machines et des agents spatio-temporels qui maintiennent l’ordre. Les français Pierre Christin et Jean-Claude Mézières utilisent alors ce propos pour offrir un discours tantôt écologiste, tolérant ou féministe. Ils offrent aussi des dessins d’une poésie rare. Quand on connaît le cinéma de Besson, on y voit ce qui l’a nourri. Mais les admirateurs ne font pas les meilleurs adaptateurs. Et même si c’est un film de science-fiction, on assiste bel et bien à une catastrophe.

Le premier quart d’heure, celui qui introduit traditionnellement les enjeux du film et fait office de note d’intention, est pourtant à tomber de son siège. Il narre sans dialogues l’histoire de l’humanité depuis notre époque et comment s’est construit « la ville aux milles planètes » qui donne son titre au film. C’est virtuose et on voit que Luc Besson n’a rien perdu de ses talents de narrateur par l’image. Il rappelle, s’il était besoin, qu’il est un cinéaste et qu’il maîtrise son outil avec ingéniosité et un sens esthétique aiguisé. On lui excuse même d’avoir cédé au cliché d’illustrer ces images avec Space Oddity de David Bowie. Tout le monde l’a fait 50.000 fois mais c’est bien exécuté. L’intégration des personnages principaux est aussi maline et pose en quelques scènes les dynamiques qui font le duo. De plus, contrairement à ce qu’on avait pu craindre en amont, les comédiens sont impliqués et campent leur rôle avec naturel. En quelques minutes, ils sont l’incarnation, un peu plus jeune, de leurs personnages.

Mais c’est ici que s’arrêtent les promesses d’un film qu’on ne nous donnera pas à voir. Il fut un temps où Besson écrivaient énormément de scénarii. Il refilait les plus idiots à ses élèves, les produisait, et utilisait l’argent pour produire son œuvre « plus exigeante ». Mais il faut croire qu’à trop écrire volontairement des navets, cela finit par contaminer toute l’œuvre. Hélas, le scénario de Valérian n’est pas seulement réduit à son strict minimum, mais il cumule les défauts avec une régularité qui force l’admiration. Tout d’abord, cela nous peine de le dire, il est ringard (ce que n’est pas la bande dessinée alors qu’elle date d’une période plus fantasque dans la science-fiction). Les concepts qu’utilisaient Mézières et Christin pouvaient être naïfs mais ils correspondaient à une époque, et étaient au service d’un propos encore actuel. Besson semble avoir opté pour un film qui serait le croisement du 5e élément et de Flash Gordon. Si c’était fait avec second degré, on l’accepterait. Ici, il le fait avec toute la naïveté de l’enfant qu’il n’est pas. Un caractère enfantin encore renforcé par des gags qu’on a vu mille fois, et souvent mieux fait.

Le scénario n’est pas seulement léger, voire inexistant, il est de surcroît extrêmement confus. En adaptant plusieurs albums à la fois, Besson s’emmêle dans ses fils narratifs et ne sait plus ce qu’il nous raconte. Lors de la présentation du film qu’il a fait au public de l’UGC les Halles, il affirme à juste titre qu’un réalisateur se doit de relire tous les jours son scénario jusqu’à l’endroit qu’il est sensé filmer le jour même. C’est essentiel pour garder une cohérence à l’ensemble. Alors pourquoi avons nous l’impression de regarder un mauvais résumé d’une saga qui serait monté n’importe comment ? Les scènes d’actions sont souvent belles et époustouflantes. Faut-il pour autant que le scénario soit juste un prétexte pour sauter de l’une à l’autre sans même se soucier que le public suive l’histoire ?

Valérian et la cité des 1000 planètes est un bel emballage désespérément vide. Durant 2h20, le réalisateur nous propose une série de jolies cartes postales qui seraient envoyés par des gens qu’on ne connaît pas et qu’on a pas l’intention de côtoyer. C’est dommage tant la promesse était belle. Mais, après Malavita et Lucy, on désespère de retrouver un jour l’artiste qui nous faisait rêver dans les années 80-90. Son destin est assez proche de celui de Tim Burton et Valérian est son Dark Shadows.

Un article de Florian Vallaud