Un film pratiquement parfait en tout point

Le Retour de Mary Poppins (2018)Résultat de recherche d'images pour "le retour de mary poppins"

Mary Poppins returns

Un film de Rob Marshall

Avec Emily Blunt, Lin-Manuel Miranda, etc

Sortie le 19 Décembre 2018

Distribué par Walt Disney France

Dans le Londres de la Grande Dépression, Jane et Michael Banks ont bien grandis depuis leur rencontre avec Mary Poppins. Jane a pris le relais de sa mère et lutte pour les droits des ouvriers. Michael, quant à lui, vit toujours au 17 Allée des Cerisiers avec ses trois enfants dont la mère est décédée. Il est devenu artiste peintre mais travaille en parallèle dans la banque de son père pour entretenir son foyer. Mais l’argent vient quand même à manquer. Michael a contracté un gros prêt qu’il doit rembourser d’ici la fin de la semaine au risque de perdre sa maison. C’est alors que Mary Poppins décide de pointer le bout de son parapluie.

Il est beaucoup reproché à Disney, ces dernières années, de ne plus offrir des films live originaux. De fait, le studio a lancé une grande campagne de réinterprétation de ses grands succès animés en films « de chair et d’os » pour des résultats très variable. Et ce n’est pas près de s’arrêter. On voit Aladdin, Dumb oet Le Roi Lion approcher dangereusement de nos côtes tandis que Lilo et Stitch apparaît à l’horizon. Quand ils prennent le risque d’offrir une histoire originale, le long métrage ne trouve pas son public : A la poursuite de demain, Un Raccourci dans le temps ou le récent Casse-Noisette et les quatre royaumes.

Mais comment faire lorsqu’on veut reprendre un immense succès du studio qui est déjà un film live ? On ne va pas en faire un film d’animation. Le problème est d’autant plus épineux quand il date de 1964 et que les créateurs d’origine sont quasi tous morts. Il reste la possibilité de faire un reboot. C’est une solution de facilité pour actualiser les films et conquérir un nouveau public. Sinon, on peut faire un sequel qui, bien souvent, est juste une occasion de bourrer le film de clins d’œil. Dans les deux cas, c’est s’exposer à la vindicte des fans du premier film. Ce qu’on pourrait maintenant appeler « un effet Star Wars episode VII ». C’est peu dire qu’on attendait Le Retour de Mary Poppins avec une mitrailleuse.

On ne va pas faire durer le suspense plus longtemps : le film est une réussite malgré des facilités scénaristiques évidentes. Le scénariste, David Magee, reprend la structure du film original de façon quasi identique. L’enchaînement des événements est le même : on retrouve une séquence animée au même endroit, une autre avec les allumeurs de réverbère qui fait écho à celle des ramoneurs, etc. On en vient parfois à penser que certaines pages de scénario ont été réutilisées. Pourtant, l’ensemble est frais et regorge de variations intéressantes. C’est finalement une méthode efficace pour satisfaire le public amateur du film de Robert Stevenson.

Magee a modernisé l’écriture en ajoutant des éléments qui n’étaient pas présent dans le film original : un antagoniste fort et les enfants de Michael qui sont les vrais moteurs de l’intrigue. Mary Poppins est également beaucoup plus active. Elle intervient physiquement pour régler les problèmes alors qu’elle ne faisait que les influencer dans le premier. Ce n’est pas un problème, ni une trahison. C’est une évolution naturelle des choses.

L’autre aspect qui était en droit de nous inquiéter aurait pu faire plonger le film dans l’oubli immédiat : Disney a confié la réalisation au tâcheron Rob Marshall. Pour le studio, il avait déjà assassiné Pirates des Caraïbes IV : La Fontaine de jouvenceet Into the woods. Il nous avait aussi infligé Nine. On en venait à se demander si Chicagon’était pas un fruit du hasard. Dans Le Retour de Mary Poppins, le studio semble l’avoir muselé et cela rend l’ensemble agréable à regarder. La mise en scène n’a rien d’originale ou marquante mais elle est fonctionnelle. La beauté des décors et l’énergie des numéros musicaux prennent le relais et font du film un bonheur de chaque instant. On aurait cependant aimé que la caméra accompagne la folie de ce qu’elle filme. Mais ce n’est que pinaillage.

La partition de Marc Shaiman (compositeur, entre autres, de Hairspray) est enthousiasmante et reste en tête facilement. Il a le bon goût de s’inscrire dans le même registre musical que la musique des Frères Sherman en 1964. C’est gai, pétillant et donne envie d’applaudir à la fin de certains numéros.

Le dernier défi était le casting. Emily Blunt reprend le rôle avec finesse et respect pour le travail de Julie Andrews. Elle y apporte une raideur et une malice rafraîchissante. Elle arrive à convaincre dès sa première apparition à l’écran. Elle trouve dans Lin-Manuel Miranda un sidekickmasculin parfait. Son chant et son jeu sont pleins de reliefs. On espère le revoir bien vite sur les écrans.

Le Retour de Mary Poppins est le film idéal pour les fêtes de fin d’année. Il ne trahit jamais son matériau d’origine et lui offre une suite de grande qualité. Il s’offre le luxe de fourmiller de clins d’œil et de caméos réjouissants et émouvants. En revanche, ne vous attendez pas à trouver Julie Andrews. Elle a refusé l’invitation pour éviter qu’on se focalise sur son cameo plutôt que sur Emily Blunt dont la tâche était déjà compliquée.

Un article de Florian Vallaud

Agression sensorielle

Sans un bruit (2018)Résultat de recherche d'images pour "sans un bruit"

Thriller, horreur – USA

Réalisé par John Krasinski

Avec Emily Blunt, John Krasinsky

Sortie en salle le 20 Juin 2018

Distribué par Paramount Pictures France

Dans un monde où l’humanité est proche de l’extinction et le silence un gage de survie, les membres d’une famille vivent dans la crainte perpétuelle de prédateurs aussi voraces qu’aveugles. Dans leur ferme à la fois isolée et cernée, ils essaient tant bien que mal d’assurer le quotidien malgré une menace souvent trop palpable.

Tout commençait pourtant bien. Dès ses premières minutes, Sans un bruitposait son ambiance avec une certaine efficacité. Une famille, pieds-nus, fourrageant dans un magasin à la recherche de médicaments, le tout dans le plus grand silence. Dans la salle, tout le monde retient son souffle. En refermant sa première séquence sur une tragédie, il amène son postulat de manière maline et choquante. On est alors scotché à son siège par cet environnement sonore maîtrisé et la fulgurance de ses créatures insectoïdes empruntant largement aux raptors de Spielberg leurs attitudes et leurs cris. Tous les ingrédients étaient là pour nous offrir un monstrueux thriller post-apocalyptique d’une originalité folle.

Car la proposition de Sans un bruit nous emporte dès ses premières secondes… avant de finalement se déliter progressivement, assez rapidement d’ailleurs. La faute à un basculement marqué vers le jump-scare en seconde partie, pour se conclure allègrement sur une tonalité très orientée action. De toute évidence, John Krasinsky ne maîtrise pas encore ni la suggestion, ni le hors-champ, des compétences pourtant indispensables pour mener à bien un tel projet. D’une manière générale, le film perd de sa subtilité à mesure que ses créatures se dévoilent. Et dès qu’on finit par nous en faire voir les crocs de baudroie, le charme, déjà bien émoussé, est définitivement rompu et la peur a déjà foutu le camp par la fenêtre depuis quelques temps. L’intéressante idée du début s’est très vite effacée.

Plus gênant, le film est littéralement parcouru de bonnes idées mal exploitées ou oubliées sur le bord de la route. La jeune Regan est sourde (Millicent Simmonds, elle-même sourde), et durant les premières minutes, quasiment tout le monde s’exprime par le langage des signes. Un détail ouvrant tout de même d’intéressantes perspectives… s’il n’avait pas été rapidement abandonné (les personnages finissent par chuchoter en permanence), pour ne finalement revenir qu’à quelques minutes de la fin, pour servir un sentimentalisme familial particulièrement facile. De même, ne vouloir partager avec le spectateur que ce que les personnages peuvent entendre tient pour ainsi dire de l’idée de génie ; particulièrement lors d’une scène impliquant Regan et une créature, où la surdité imposée au spectateur et la perspective de bruits involontaires qui pourraient la trahir fait retenir son souffle au spectateur. Là où le bât blesse, c’est que l’ambiance sonore est un tel tintamarre que l’atmosphère en est continuellement cassée pour devenir un hymne à jump-scare permanent. Sans un bruit bascule malheurseusement dans les travers dont il espérait visiblement s’affranchir.

Belle proposition sur le papier (la première version du scénario ne comportait paraît-il qu’une seule ligne de dialogue), Sans un bruit débute en nous promettant de suggérer la peur, et s’égare finalement en chemin. Pas désagréable pour autant, il nous réserve même quelques séquences de tension bien senties. Mais il reste très loin de tenir sa promesse de renouveau.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux