Et je danse…

Entrez dans la danse… (2018)Résultat de recherche d'images pour "entrez dans la danse jean teulé"

Un roman de Jean Teulé

Paru le 1er Février 2018

Aux éditions Juillard

« Chante ! Chante ! Danse et mets tes baskets ! Chouette, c’est sympa, tu verras ! » disait William Shakespeare. A moins que ce ne soit Bébert des Forbans, je ne sais plus. Dans tous les cas, le nouveau livre de Jean Teulé nous montre que danser ce n’est pas toujours la fête. A l’instar de On achève bien les chevaux, cela peut même devenir une vraie torture.

Strasbourg, 1518 : alors que le peuple meurt de faim et en vient à manger ce qui lui passe sous la main, jusqu’à ses propres enfants, une étrange épidémie de danse contamine peu à peu la population. Les autorités de la ville et religieuses se trouvent à devoir gérer la crise en tachant d’en trouver l’origine.

Dans la lignée de ses livres précédents, Jean Teulé revisite un fait historique réel. Il se pose pas comme un historien mais comme un passionné d’histoire. Il transmet avec truculence sa passion de découvrir et d’en chercher les clés de compréhension. Ici, il créé une association d’idée entre le début de la crise dansante et une situation émotionnellement éprouvante pour les personnages. Ils sont les victimes de leur époque. C’est une piste de réflexion intéressante pour un événement dont nous n’aurons jamais l’explication réelle.

Les romans de Jean Teulé, c’est aussi une langue. Comme François Cavanna ou Frédéric Dard en leur temps, il mêle des constructions de phrases très littéraires à des mots volontiers familiers. Chaque phrase est une surprise. La lecture est alors très ludique et ne devient jamais monotone. Il dresse en quelques mots un portrait évocateur d’une époque de misère où règnent la famine et le cannibalisme sans tomber dans le glauque. La brièveté du roman lui fait gagner en intensité .

Encore une fois, Jean Teulé nous offre un livre délicieux qui nous transporte en quelques mots dans un événement passionnant. Il gère avec beaucoup de talent un rythme palpitant. Sa description des crises qui envahissent les personnages est la fois gracieuse, poétique et dangereuse. Il a la force des grands page-turner et il serait dommage de le lâcher avant la fin tant l’intensité va crescendo. Alors, Entrez dans la danse !

Un article de Florian Vallaud

Rentrée littéraire épisode 3 : Une enquête bien affûtée

La Serpe (2017)

Un livre de Philippe Jaenada

Publié le 17 Août 2017

Aux éditions Juillard

Nous continuons notre exploration de cette rentrée littéraire de l’automne 2017 avec ce qu’il convient d’appeler un pavé. Avec 648 pages au compteur, Philippe Jaenada nous délivre un roman au long cours qui promet des heures de lecture acharnée. Après s’être intéressé aux cas de Pauline Dubuisson dans La Petite Femelle et de Sulak dans le livre éponyme, il continue sur sa lancée et ressort une affaire judiciaire vieille de 76 ans mais toujours bien ancrée dans les mémoires.

Un matin d’Octobre 1941, au château d’Escoire près de Périgueux, trois individus sont retrouvés assassinés à coup de serpe. On y trouve le maître de maison, sa sœur et la bonne. Le seul survivant est le fils du propriétaire, Henri Girard. Il n’a visiblement rien vu ni entendu de la nuit. Mais tous les indices le désignent comme le coupable. Au terme d’un procès qui semble couler de source, il est acquitté à la surprise générale. L’affaire est alors laissée à l’abandon par la justice et Henri Girard va disparaître quelques années en Amérique du sud pour revenir en tant qu’écrivain sous le pseudonyme de Georges Arnaurd. Il écrira un succès de librairie devenu un grand film de Clouzot, Le Salaire de la peur, et sera l’ami des grands de son temps.

Cette affaire a été traitée et retraitée dans tous les sens avec toujours la même conclusion : Henri Girard avait décidément un grand avocat. Sa culpabilité ne fait aucun doute. Alors pourquoi Philippe Jaenada décide-t-il de rouvrir le dossier ? Que peut-il y apporter de plus ? Si le destin picaresque de ce fils de bonne famille paraît le sujet tout indiqué pour un roman, comment ce livre se distingue-t-il des autres ? Tout semble partir d’un doute de l’auteur. Cette histoire semble tellement couler de source qu’elle paraît presque montée de toutes pièces. Il mène alors son enquête et nous en livre le résultat édifiant. En partageant avec le lecteur les minutes de procès et les différentes pièces du dossier qu’il ressort des archives, Jaenada nous fait partager sa réflexion et mène le tout comme un roman policier. Il fournit un travail de fourmi en recoupant et en confrontant les témoignages et les indices. C’est alors que le lecteur se rallie à son avis : quelque chose cloche, Et si Henri Girard n’était pas si coupable qu’on veut bien le faire croire ? Mais alors qui et pourquoi ?

Le style est fluide, volontiers sarcastique et emmène le lecteur dans un cas aux ramifications multiples. Cependant, l’auteur ne perd jamais le lecteur et chaque « tunnel », comme il les appelle, est essentiel à la compréhension globale des faits. On est emporté par cette recherche de la vérité et ouvrir le livre est un plaisir sans cesse renouvelé. Au delà de l’affaire proprement dite, c’est surtout la chronique d’un échec judiciaire. Les personnes chargées de l’enquête sont tellement enfermées dans leurs préjugés qu’ils accordent la vérité à leur version des faits.

La Serpe est une enquête d’autant plus haletante que l’auteur prend le lecteur comme compagnon. A l’instar d’un Hercule Poirot avec Hastings, il fait travailler nos petites cellules grises pour nous convaincre de ses conclusions et réhabiliter un homme considéré coupable par l’opinion depuis 1941. Un roman intelligent, souvent drôle et qu’on ne lâche pas.

Un article de Florian Vallaud