Le Piège de cristal infernal

Skyscraper.Résultat de recherche d'images pour "skyscraper"

Action – USA

Réalisé par Rawson Marshall Thurber

Avec Dwayne Johnson, Neve Campbell, Chin Han…

Sortie en salles le 11 Juillet 2018

Distribué par Universal 

À Hong Kong, l’homme d’affaire Zhao Long Zhi inaugure son chef-d’œuvre, The Pearl, le plus grand et le plus moderne des bâtiments jamais construits. Mais avant de pouvoir l’ouvrir au public, il confie à Will Sawyer (Dwayne Johnson) le soin de mener un audit de sécurité. Il n’a cependant pas le temps de mener sa mission à bien qu’une bande de gangsters attaque l’immeuble. Bien malgré lui, Sawyer se retrouve impliqué quand il apprend que sa famille est coincée dans le gratte-ciel à présent en flammes.

Aussi sûr que les feuilles tombent des arbres en automne, les blockbusters fleurissent en été. Après l’imposant Jurassic World – Fallen Kingdom, et en attendant le prometteur Mission Impossible – Fallout, c’est Skyscraper qui vient occuper le terrain de la grosse production dopée aux effets spéciaux, pour un résultat qu’on pourra qualifier de plutôt convaincant. Pour cette seconde collaboration entre le réalisateur Rawson Marshall Thurber et l’acteur Dwayne Johnson (la première ayant eu lieu sur Agents presque secrets), le réalisateur (à qui on doit entre autres Dodgeball et Les Miller) délaisse la comédie pour un film d’action pur et dur.

Ou du moins, un film d’action pur, car s’il lorgne allègrement du côté de La Tour infernale et surtout de Die Hard (et de son utilisation toute personnelle du chatterton), il n’en atteint pas les intensités dramatiques. Nous sommes loin de souffrir des péripéties de Will Sawyer autant que de celles de John McLane. La faute en partie aux circonstances sans doute. Quand McLane se retrouve fortuitement emprisonné au sein du Nakatomi Plaza, Sawyer cherche ouvertement à entrer dans The Pearl. Ensuite parce que Skyscraper assume son identité de blockbuster estival. Ici, point de suspense superflu. Point de suspense, en fait. Les scènes les plus dramatiques trouvent un dénouement idéal, pour ne pas dire attendu. D’autant plus dommage pour un film exploitant plutôt intelligemment l’aspect technologique de son décor, tout en insérant taupes et faux-semblants tout au long de son déroulement. On est rarement surpris, mais l’ensemble laisse la part belle à Dwayne Johnson et ses habituels tours de force.

Qu’il s’agisse de se castagner en dévastant un appartement ou de sauter de la flèche d’une grue jusque sur la façade éventrée d’un gratte-ciel, l’immense Dwayne Johnson défend sa réputation de figure du cinéma d’action sans forcer son talent, même si on notera que son registre dramatique est encore (très) perfectible. En campant cet ancien membre des forces spéciales (encore…) ayant raccroché les armes, père de famille et mutilé (Will Sawyer ayant été amputé lors de sa dernière mission), on aurait pu s’attendre à un peu plus de nuances. S’il feint plutôt bien le manque d’assurance de ce personnage encore affaibli, sa démarche claudicante n’est pas aussi convaincante, d’autant que ça ne semble pas le gêner outre mesure quand il s’agit d’escalader ou de sauter. Un détail du scénario qui reste à l’état de détail, pour un potentiel message positif qui reste donc à l’état d’anecdote.

Pour autant, on ne peut retirer à Skyscraper son statut de film d’action très décent. De sa mise en scène dynamique et maîtrisée, à ses effets spéciaux vraiment impressionnants, tout concourt à offrir au spectateur un divertissement sans temps mort et visuellement taillé pour la 3D, d’où certainement cette appétence pour les plans verticaux (mais si on ne joue pas avec les plans plongés dans un film littéralement intitulé « gratte-ciel », quand peut-on le faire finalement ?)

S’il ne se hisse pas à la hauteur des modèles dont il s’inspire, sans pour autant chercher à s’en cacher une seule seconde, Skyscraper a tous les arguments pour permettre aux amateurs d’action débridée de passer un très bon moment à l’abri des chaleurs estivales. Débranchez votre cerveau et savourez.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Grosse baudruche

Rampage – Hors de contrôle (2018) Résultat de recherche d'images pour "rampage"

Catastrophe, SF, action – (USA)

Réalisé par Brad Peyton

Avec Dwayne Johnson, Naomie Harris,

Jeffrey Dean Morgan…

Sortie en salle le 2 Mai 2018

Davis Okoye (Dwayne Johnson) est primatologue au sein de la réserve de San Diego, où il a noué un lien particulier avec George, un gorille albinos avec qui il communique par le langage des signes. Une nuit, des conteneurs remplis d’agents mutagènes tombés d’une station spatiale s’écrasent aux quatre coins des États-Unis. Les animaux qui y sont exposés grossissent inexorablement et manifestent une agressivité exacerbée. Il s’agit maintenant d’arrêter ces spécimens avant qu’ils ne réduisent Chicago en poussière.

Les adaptations de jeux-vidéo se succèdent. Après la très populaire licence Tomb Raider, qui a accouché d’un très recommandable reboot, c’est au tour du très vénérable Rampagede trouver le chemin des écrans, pour un résultat qu’on qualifiera pudiquement de beaucoup moins convaincant. Les plus chagrins utiliseront même des adjectifs autrement plus désobligeants, et franchement, on ne pourrait pas le leur reprocher.

Pour le petit rappel (nous ne sommes pas en présence d’un jalon essentiel de l’histoire du jeu-vidéo, il faut bien l’avouer), Rampage est un titre comme quasiment seule l’arcade des années 80 pouvait en engendrer. Dans la peau d’un monstre géant de type Godzilla (plusieurs avatars sont disponibles), le joueur est largué dans une ville avec pour mission de la détruire tout en esquivant les obus de l’armée venue en renfort. Et le seul but de tout cela, en dehors du plaisir jouissif de tout casser, n’est finalement que de faire exploser les compteurs de score. Toute une époque.

Quand il s’agit d’un film de ce type, on pourrait débattre longtemps quant à savoir s’il s’agit d’un bon film ou d’une bonne adaptation, si l’un engendre forcément l’autre, et inversement. Dans le cas de Rampage – Hors de contrôle, le débat ne ferait pas long feu tant il échoue en beauté sur les deux tableaux. Si les principaux protagonistes jurassiques répondent présents au casting, l’anthropomorphisme, tel un rocher dévalant une colline, file à fond de train, incontrôlable, provoquant par la même des situations où rechercher la moindre cohérence, même dans la forme, est une vaine mission. George est finalement moins un gorille qu’un pote sourd-muet de Davis, et leur duo n’a rien d’inoubliable. Tout comme le reste du film aussi, cela dit. Il faut bien avouer que l’ensemble manque du dynamisme et de cette (relative) impression de puissance qu’offrait le jeu. Quant aux effets spéciaux, loin d’être les plus aboutis à ce jour, ils peinent à relever des scènes d’action déjà vues et revues. On s’ennuie beaucoup, il faut bien l’admettre.

On s’interrogera également sur l’apparente fascination qu’exercent sur le réalisateur les amygdales de Dwayne Johnson, plus vociférant que jamais, et incarnant pour une énième fois un rôle de militaire reconverti. Quant à espérer en faire un personnage d’une haute intensité dramatique, c’est encore raté, ses monologues n’étant guère plus touchants que ceux de Jim Carrey dans Ace Ventura. Il n’est cependant pas le plus ridicule du lot, cette palme revenant (d’une courte tête hélas) au duo Wyden (Malin Akerman et Jake Lacy), caricature d’une fratrie de « méchants très méchants », accumulant à eux deux tous les vices qui font les méchants (Froideur, domination, absence totale de scrupules, lâcheté, vénalité, et j’en passe) sans qu’on leur donne la moindre chance d’apporter un peu de nuance à cette ridicule concentration de mal absolu. On peine franchement à s’attacher à ces personnages (ainsi qu’aux autres), voire même à simplement suivre leurs objectifs.

Trop approximatif pour être réellement sérieux, justement trop sérieux pour que ses tentatives d’autodérision ne tombent pas à plat, et vraiment trop poussif pour être vraiment divertissant, Rampage – Hors de contrôle accumule les tares. Et s’il arrive que le rire prenne le spectateur par surprise, c’est hélas un rire de mauvaise qualité qui l’agite, moqueur et gêné.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

A l’ombre de la canopée

Jumanji – Bienvenue dans la jungle.

Aventure, fantastique – USA

Réalisé par Jake Kasdan

Avec Dwayne Johnson, Karen Gillan, Kevin Hart, Jack Black

Sortie en salle le 20 Décembre 2017

Spencer, Martha, Fridge et Bethany, 4 ados que tout semble opposer, se retrouvent en colle. Forcés de nettoyer les sous-sols de leur lycée, ils tombent sur une vieille console de jeu fichée d’une cartouche de jeu mystérieuse. À peine l’allument-ils qu’ils sont transportés dans le jungle hostile de Jumanji, avec pour mission de la sauver. Le jeu peut commencer.

Lors de sa sortie en 1996, Jumanji premier du nom comptait parmi les films qu’il fallait avoir vu. Plus de 20 ans après, qu’en reste-t-il ? Entre ses effets spéciaux à la pointe, ayant donné vie à des séquences d’anthologie (on se souvient encore de la charge saisissante des rhinocéros dans la bibliothèque), son histoire aux notes cruelles, où chaque nouvelle rime distillée par le jeu faisait peser un risque mortel à ses participants, et la prestation du regretté Robin Williams, à la fois hilarant et touchant dans le rôle d’Alan Parish, jeune garçon oublié dans la jungle de Jumanji pendant plus de 20 ans, Jumanji est toujours aujourd’hui une grande comédie d’aventure.

Poursuivant sur la lancée du revival à tout va, après le retour tonitruant de Star Wars et celui non moins rugissant de Jurassic Park, il n’est pas étonnant qu’un film comme Jumanji ait éveillé l’intérêt des producteurs avides de suites et de reboots. Avec Jumanji – Bienvenue dans la jungle, c’est désormais chose faite, et même si la suite n’égale aucunement l’original, le résultat n’est pas déshonorant.

Prenant place à la toute fin du premier film, Jumanji s’est modernisé. À la place du jeu de plateau délaissé, il se mue en cartouche de jeu (nous sommes en 1996). Pourquoi pas ? Cela ne fait qu’accentuer le côté particulièrement pervers d’un jeu prêt à tout pour attirer dans sa toile les adolescents imprudents. Jouant sur les codes régissant le jeu-vidéo (enfin, une certaine époque du jeu-vidéo), Jake Kasdan organise son film en niveaux, chaque fois plus impressionnant, en prenant hélas le risque de tomber dans une certaine monotonie. Le film checke son cahier des charges en intégrant dans son histoire tous les poncifs d’une aventure dans la jungle et les éléments emblématiques de Jumanji (hippopotames, rhinocéros, fauves, auxquels viennent s’ajouter mercenaires patibulaires à motos et coursives piégées). Rien ne manque, mis à part l’originalité. Quand on était surpris par un lion soudainement apparu sur un lit king-size ou une bande de singes turbulents dans une cuisine, on s’étonne beaucoup moins d’une charge de rhinocéros furieux dans un canyon loin d’être aussi saisissante que son modèle.

Un peu plus à l’aise sur le plan de l’humour, cette nouvelle mouture de Jumanji nous offre un petit festival de vannes faciles, certes, mais bien distribuées par son casting. De Dwayne Johnson, qui sursaute à la moindre menace, à Jack Black, qui cabotine dans son rôle d’adolescente superficielle, tous semblent beaucoup s’amuser dans ces rôles à contre-emploi, qui exploitent autant les stéréotypes (adolescents ou héroïques) que le jeu-vidéo lui-même. Entre personnages non-joueurs répétant inlassablement les mêmes phrases (une mécanique un peu trop utilisée), morts et réapparitions loufoques, et avatars aux forces et faiblesses tout aussi étranges, le film ne manque pas d’une bonne dose d’humour qui gagne sans mal le spectateur. On regrette beaucoup plus la quasi-disparition des énigmes en rimes (devenues des plus pauvres), piment de l’humour pince-sans-rire et parfois cruel qui caractérisait le film original.

Dire qu’on attendait la suite de Jumanji serait un peu mentir, ou alors, comme la plupart des suites tardives, on l’attendait au tournant avec un sourire goguenard, prêts à tendre le pied pour la tacler. Petite comédie d’aventure qui restera dans l’ombre de son modèle, Jumanji – Bienvenue dans la jungle est à elle-seule portée par un casting qui donne tout pour rattraper un scénario plutôt faible. Une sympathique excursion tropicale en somme, mais guère plus.

Un article de GBP

Alerte au mauvais goût !

Baywatch : Alerte à Malibu (2017)

Un film de Seth Gordon

Avec Dwayne Johnson, Zach Efron, etc

Genre : Comédie ?

Sortie le 21 Juin 2017

Adapter une série télévisée au cinéma est une opération aussi potentiellement lucrative que risquée. On capitalise sur un succès du petit écran, en espérant que son aura traînera les spectateurs dans les salles. Encore faut-il pouvoir leur donner ce qu’ils viennent chercher. La chaîne de production artistique (scénaristes, producteurs, réalisateur) doit veiller à donner les éléments constitutifs de la série, ce qui fait son identité, et les rendre plus grands. Les expériences dans ce domaine sont nombreuses et on navigue du meilleur (La Famille Addams) au pire (Chapeau melon et bottes de cuir). Baywatch : Alerte à Malibu est dans cette deuxième catégorie. Nous oserons même affirmer qu’elle en repousse les limites d’une manière qui force l’admiration.

Mitch Buchannon (Dwayne Johnson) dirige une équipe d’élite de sauveteurs en mer à Emerald Bay, Californie. Afin de redorer le blason du groupe, et d’apporter un peu de sang neuf, Buchannon recrute 3 nouveaux éléments dont Matt Brody, ancien champion de natation connu pour avoir vomi dans la piscine lors d’une épreuve. C’est alors qu’un trafic de drogue va faire son apparition aux abords de la plage, poussant Mitch à enquêter.

Si le scénario vous semble particulièrement idiot, c’est qu’il l’est. Le scénariste de 4 ans de Monster Cars continue vraisemblablement sa carrière. En ceci, l’adaptation est très fidèle à son matériau d’origine qui abusait de grosses ficelles pour justifier le fait de filmer des femmes en maillot de bain. La série n’a jamais eu d’autres prétentions. L’intrigue policière n’était qu’un prétexte. Il aurait été de bon ton d’adopter un style parodique pour cette version cinématographique. Tout aurait dû être traité au second degré, à l’instar du génial 21 Jump Street qui rendait hommage à la série tout en s’en moquant gentiment. Ici, le scénario est définitivement pris au premier degré et sa bêtise n’en devient que plus navrante. Ce ne sont pas les tentatives d’humour qui vont alléger le tout. Le film réussit même l’exploit de redéfinir ce qu’est la gêne du spectateur face à une comédie sans humour. Le vulgaire règne en maître et les acteurs gesticulent pour tenter de nous convaincre que ce qu’ils font est drôle. Le réalisateur semble tellement peu concerné par ce qu’il fait que la bande-son n’est même pas cohérente avec ce qu’il se passe à l’écran. Il a probablement bazardé au montage une de ses playlist d’Ipod, se disant que la musique des années 80 est revenue à la mode au cinéma.

« L’interprétation » des comédiens ne fait qu’accélérer un naufrage déjà bien entamé. Tels les pirates dans Astérix, ils sabordent le navire avec une énergie étonnante. Dwayne Johnson et Zach Efron n’ont jamais aussi mal joué. Par moments, on a l’impression qu’ils ne sont pas dans le même film. Le reste du casting est tout simplement transparent. Les filles brillent par leur plastique et c’est à peu près tout. Les cameos attendus sont présents mais très mal vendus. Ils sont expédiés comme des figures obligatoires dont personne n’aurait envie.

Il n’y a rien à sauver dans ce film d’été qui n’arrive même pas à être divertissant. Personne ne l’attendait et personne ne le retiendra. Les seuls regrets seront d’avoir perdu deux heures de son temps devant un film qui ne démarre réellement qu’au bout d’une heure vingt. Baywatch n’est pas rafraîchissant, c’est une douche froide !

Un article de Florian Vallaud