Capitaine Superslip

Capitaine Superslip (2017)

Animation – USA

Réalisé par David Soren

Sortie en salles le 4 Octobre 2017

Georges Glousse et Harold Golade sont deux inséparables copains de primaire ayant pour point commun un insatiable besoin de rire. Pourvoyeurs de blagues en tout genre et agitateurs scolaires, ils sont aussi les créateurs de l’inénarrable Capitaine Superslip, ridicule super-héros revêtant slip et cape pour seul uniforme. Alors que le directeur Chonchon menace de les changer de classe pour les séparer, ils l’hypnotisent et le persuadent qu’il est le fameux Capitaine Superslip.

Improbable. C’est certainement le mot qui vient en premier à l’esprit au visionnage d’une bande-annonce de Capitaine Superslip. Un mot qui reviendra également tout le long du film, tant l’objet en question semble sorti de nulle part. Pourtant, le Capitaine Superslip n’est pas apparu par hasard dans la liste des productions Dreamworks. Il est avant tout le produit de l’imagination de Dav Pilkey, auteur venu des États-Unis, qui a donné vie à ce super-héros barré destiné aux 6-8 ans et fracasseur de monstres morveux.

Il n’est donc pas étonnant de retrouver Dav Pilkey en tant que producteur auprès de David Soren, lequel nous avait déjà habitué aux projets « étranges » après Turbo et son escargot dopé à la nitro rêvant de courses automobiles. Et si on pouvait reprocher à ce dernier de ne pas avoir la fantaisie qui se serait prêté à son thème on ne peut plus original, Capitaine Superslip se lâche, littéralement, en tirant un parti maximum de l’œuvre délirante de Pilkey. En contrepartie, il se révèle aussi beaucoup moins accessible. Si les enfants, le cœur de cible assumé, s’amuseront sans doute de cette accumulation de gags à base de prouts et de toilettes folles, le « charme » du film n’irradiera sans doute pas au delà. Les parents au mieux souriront des facéties des deux amis.

Avec Capitaine Superslip, Dreamworks poursuit la lignée sans cesse plus féconde des films d’animation adaptation de livres. Au même titre que Snoopy et les peanuts, ou plus récemment Les Schtroumpfs et le village perdu, il ne brille pas par une technique éblouissante (quoique irréprochable au demeurant). Là où Les Trolls l’an dernier jouaient la carte des paillettes et du clinquant, c’est en collant au mieux au style de Pilkey et en le polissant en 3D qu’il tire son épingle du jeu. L’ensemble est chatoyant et, il faut bien l’admettre, plutôt saturé en fluo. Le plus gros reproche qu’on pourra faire au film serait une construction audacieuse, mêlant des séquences de marionnettes-chaussettes, folioscopes (ou Flip’o’rama, technique utilisée par Pilkey dans ses albums) ou franchissement allègre du 4ème mur, hélas un peu trop audacieuse par moment, en causant des ruptures de rythme qui, ajoutées à des gags un peu faibles, peuvent mettre à mal l’attention du spectateur même le plus réceptif.

Alors que penser de Capitaine Superslip si ce n’est qu’il illustre une fois encore les difficultés grandissantes que Dreamworks rencontre à rivaliser avec son grand concurrent Pixar qui, s’il n’est pas exempt d’accidents de parcours, a toujours su s’adresser aux enfants comme aux parents. La puérilité du divertissement en rebutera sûrement certains, et il y a peu de chances de trouver des adultes dans les salles projetant le film, à moins qu’ils ne soient accompagnés d’au moins un mineur de moins de 10 ans.

Quoiqu’on en pense, Capitaine Superslip et son univers délirant représenteront certainement le plus gros morceau de la Toussaint 2017, terrain habituel d’une concurrence qui s’annonce féroce (et dont nous ne manquerons pas de vous parler). Reste pour lui à palier l’obstacle que représente une licence, apparemment populaire outre-Atlantique, mais fort peu connue dans nos contrées.

Un article de GBP

Baby Boss, rivalité interne

Baby Boss, Film d’animation USA (2017)

Réalisé par Tom McGrath

Sortie en salle le 29 Mars 2017

Pour Tim, 7 ans, la vie est belle. Il est le centre de l’univers de ses parents qui lui dispensent tout leur amour à profusion. Enfin, ça, c’était avant. Un matin, fraîchement débarqué d’un taxi, un bébé arborant costume-cravate et attaché-case et présenté comme son nouveau petit-frère s’immisce dans cet univers parfait, bien décidé à supplanter son aîné. Mais s’approprier l’amour des parents n’est que la première étape d’un plan bien plus ambitieux.

Il est parfois étonnant de constater comme le marketing est capable de gâcher certains films, par une campagne trop appuyée ou, dans le cas de Baby Boss, par des bandes-annonce qui en déballent beaucoup trop. Était-il réellement nécessaire de révéler le cœur de l’intrigue avant même que le spectateur ne s’asseye dans la salle, au lieu de laisser planer le (petit) suspense. À plus forte raison quand le film lui-même joue sa première partie sur l’ambiguïté de la présence de ce bébé peu commun sous le toit de Tim.

En effet, le film commence en nous contant le joyeux dynamitage de cette vie de famille parfaite par ce bébé retors qui prend littéralement le contrôle de la maisonnée par ces incessants caprices, le titre du film et l’allure dudit bébé devenant une savoureuse, quoique convenue, allégorie de la parentalité. Ajouter à cela une touche de rivalité fraternelle quand Tim tente d’ouvrir les yeux de sa famille sur le côté incongru du nouvel arrivant, et on obtenait tous les ingrédients nécessaires pour poser les bases d’un film facile, et de sa bande-annonce.

Pourquoi fallait-il bazarder la petite subtilité de scénario de Baby Boss ? En effet, comme on peut le voir partout, le Baby Boss n’a pas choisi sa famille d’accueil par hasard. Son but ultime est de torpiller le concurrent de son entreprise (la Baby Corp, ça ne s’invente pas) sur le marché de l’amour, la ToutouCo et ses chiens (donc) de plus en plus mignons. Évidemment, l’allégorie se prend soudain un coup dans l’aile. Si Baby Boss se balade avec costume et attaché-case, ce n’est plus pour figurer son emprise sur la vie de famille, mais plus prosaïquement parce qu’il n’est que l’employé d’une firme en mission d’espionnage industriel.

Dommage que la transition entre ces deux parties aient été gâchée par un marketing qui n’a apparemment pas compris la portée de ses actes, car même si Baby Boss ne manque pas d’arguments à faire valoir pour les grands (quelques bonnes tranches d’humour d’entreprise) et pour les petits (la distorsion de réalité entre la vision des parents des jeux d’enfants et les séquences épiques que les têtes blondes fantasment), l’ensemble un peu mou et le doublage français sans relief auraient sans doute gagné à être rehaussé par une pointe de suspense. Et s’il pousse le curseur de l’humour corporate plus loin encore qu’un Cigogne et Cie, les gags peinent à en atteindre la drôlerie. Il semble presque que le film ne tienne vraiment que par son concept de bébé costumé, et que les gags ne soient guère plus que des accessoires, au même titre que sa montre dorée, son costume ou son attaché-case. Ne reste alors qu’un film certes plaisant, mais un peu poussif.

Un article de GBP

Les Trolls

Les Trolls (2016), Film d’animation américain

Réalisé par Mike Mitchel et Walt Dorhn

Sortie en salles le 19 octobre 2016

Les Trolls sont un peuple de minuscules êtres multicolores qui ont érigé le bonheur comme principe de vie. À ce titre, leurs journées sont rythmées par des chansons joyeuses, des danses endiablées et des câlins horaires. Une vie idyllique perturbée par les Bergen, un peuple pour qui le bonheur est inconnu, excepté une fois par an, lorsqu’ils peuvent déguster les Trolls. Une tradition mise à mal par l’évasion de ces derniers. Des années plus tard, la menace n’est toujours pas éliminée. Lorsque les Bergen entreprennent de relancer la tradition du « Trollstice », c’est à la Princesse Poppy, exubérante héritière du trône, et à Branche, sinistre spécialiste des Bergen, qu’échoit la mission de retrouver les disparus.

Quand Shrek rencontre les Schtroumpfs

On ne va pas se mentir. Dreamworks est en petite forme en cette fin d’année 2016. Son dernier-né ne brille pas par son scénario (si on excepte le but final, Trolls et Schtroumpfs sont promis à des destins similairement funestes par les Bergen et Gargamel). Ajoutons à cela deux personnalités que tout oppose devant faire front commun face à un ennemi supérieurement puissant, on tient certainement là l’un des plus anciens prototypes de scénario. Le genre à avoir été glissé dans les boîtes en même temps que les premières caméras cinématographiques expédiées à l’ouverture des studios Universal ou Paramount.

S’intéresser à l’histoire de ces petits êtres chevelus est d’autant plus difficile que l’humour dont il use n’est qu’une accumulations de resucées de leurs travaux précédents. L’ombre de Shrek flotte jusque dans la manière par laquelle Branche est contraint d’accompagner Poppy dans sa mission : Jeté de son bunker fortifié par l’invasion des trolls rescapés de la razzia. Certes, les blagues tournant autour des pets et autres manquements à l’hygiène de l’ogre vert ont été expurgées (encore que, les séquences à peine risibles et répétées du troll à paillettes apparemment adepte de les projeter par ses fesses), même si le design général des Bergen, méchants en diable (et rappelant étrangement les trolls du Lutin Magique de Don Bluth), ne semble pas les prédisposer à la prise de bain. Globalement, on sourit souvent, mais on y rit finalement peu, la faute à des gags attendus et des situations mal exploitées.

Tout ça pour dire que les scénaristes Jonathan Aibel et Glenn Berger, ainsi que leurs équipes, peinent à nous brosser une galerie de portraits nombreux, certes, mais guère originaux (un gros simplet trimbalant partout une bestiole rigolote, un grand pétochard (que je sois pendu s’il ne s’agit pas d’un plagiat de Shaggy de Scooby-Doo), un professeur de yoga pour faire actuel…), voire totalement transparents. Lorsqu’on accumule les personnages secondaires sans relief, mieux vaut que vos personnages principaux soient solides, mais ce n’est même pas le cas.

Tout pour la musique

On se rend compte assez vite cependant que scénario et personnages n’étaient pas la priorité des créateurs qui leur ont préféré un design acidulé, une musique entraînante et une bonne humeur un peu ridicule qui peine cependant à atteindre le spectateur. Étrangement, cet habillage fonctionne et offre une vraie cohérence au film, même s’il s’agit d’une réponse simplette au message simplet des trolls à propos du bonheur.

D’un point de vue technique, Les Trolls n’innove guère. Décors et personnages sont propres et bien animés, mais restons circonspects, on n’en attendait pas moins de la part d’un studio aguerri comme Dreamworks. Reste la surcharge de textures fluo, qui ne sert finalement pas grand-chose, si ce n’est l’impression tenace de baigner dans un tonneau de fraises Tagada.

Seul indiscutable atout du film, sa bande originale signée Christophe Beck pour la musique et Justin Timberlake aux chansons, savant mélange de reprises et d’adaptations de succès populaires servi par Louane Emera et M.Pokora en VF (Anna Kendrick et Justin Timberlake en VO). Qu’on aime ou pas, le duo nous offre il est vrai des prestations de très bonne qualité, tant dans le doublage que dans les chansons. Sa seule gestion de la musique sauve le film d’un ratage total.

En somme, le crû Dreamworks 2016 se révèle assez décevant. Après un Kung Fu Panda 3 sympathique, mais qui peine à renouveler la licence, on pouvait attendre mieux des Trolls, nouvelle licence issue d’une mode disparue dans la première moitié des années 90 (!). Finalement, Dreamworks accouche d’un spectacle musical médiocre, où l’indéniable qualité des chansons ne rattrape pas le manque d’un humour qu’on serait en droit d’attendre d’un divertissement. Les petits apprécieront peut-être (à conditions qu’ils soient suffisamment jeunes pour ne pas avoir connu d’autres films mieux gérés), mais les parents s’ennuieront. Et même avaler un troll ne leur rendra pas le sourire.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux