Un film pratiquement parfait en tout point

Le Retour de Mary Poppins (2018)Résultat de recherche d'images pour "le retour de mary poppins"

Mary Poppins returns

Un film de Rob Marshall

Avec Emily Blunt, Lin-Manuel Miranda, etc

Sortie le 19 Décembre 2018

Distribué par Walt Disney France

Dans le Londres de la Grande Dépression, Jane et Michael Banks ont bien grandis depuis leur rencontre avec Mary Poppins. Jane a pris le relais de sa mère et lutte pour les droits des ouvriers. Michael, quant à lui, vit toujours au 17 Allée des Cerisiers avec ses trois enfants dont la mère est décédée. Il est devenu artiste peintre mais travaille en parallèle dans la banque de son père pour entretenir son foyer. Mais l’argent vient quand même à manquer. Michael a contracté un gros prêt qu’il doit rembourser d’ici la fin de la semaine au risque de perdre sa maison. C’est alors que Mary Poppins décide de pointer le bout de son parapluie.

Il est beaucoup reproché à Disney, ces dernières années, de ne plus offrir des films live originaux. De fait, le studio a lancé une grande campagne de réinterprétation de ses grands succès animés en films « de chair et d’os » pour des résultats très variable. Et ce n’est pas près de s’arrêter. On voit Aladdin, Dumb oet Le Roi Lion approcher dangereusement de nos côtes tandis que Lilo et Stitch apparaît à l’horizon. Quand ils prennent le risque d’offrir une histoire originale, le long métrage ne trouve pas son public : A la poursuite de demain, Un Raccourci dans le temps ou le récent Casse-Noisette et les quatre royaumes.

Mais comment faire lorsqu’on veut reprendre un immense succès du studio qui est déjà un film live ? On ne va pas en faire un film d’animation. Le problème est d’autant plus épineux quand il date de 1964 et que les créateurs d’origine sont quasi tous morts. Il reste la possibilité de faire un reboot. C’est une solution de facilité pour actualiser les films et conquérir un nouveau public. Sinon, on peut faire un sequel qui, bien souvent, est juste une occasion de bourrer le film de clins d’œil. Dans les deux cas, c’est s’exposer à la vindicte des fans du premier film. Ce qu’on pourrait maintenant appeler « un effet Star Wars episode VII ». C’est peu dire qu’on attendait Le Retour de Mary Poppins avec une mitrailleuse.

On ne va pas faire durer le suspense plus longtemps : le film est une réussite malgré des facilités scénaristiques évidentes. Le scénariste, David Magee, reprend la structure du film original de façon quasi identique. L’enchaînement des événements est le même : on retrouve une séquence animée au même endroit, une autre avec les allumeurs de réverbère qui fait écho à celle des ramoneurs, etc. On en vient parfois à penser que certaines pages de scénario ont été réutilisées. Pourtant, l’ensemble est frais et regorge de variations intéressantes. C’est finalement une méthode efficace pour satisfaire le public amateur du film de Robert Stevenson.

Magee a modernisé l’écriture en ajoutant des éléments qui n’étaient pas présent dans le film original : un antagoniste fort et les enfants de Michael qui sont les vrais moteurs de l’intrigue. Mary Poppins est également beaucoup plus active. Elle intervient physiquement pour régler les problèmes alors qu’elle ne faisait que les influencer dans le premier. Ce n’est pas un problème, ni une trahison. C’est une évolution naturelle des choses.

L’autre aspect qui était en droit de nous inquiéter aurait pu faire plonger le film dans l’oubli immédiat : Disney a confié la réalisation au tâcheron Rob Marshall. Pour le studio, il avait déjà assassiné Pirates des Caraïbes IV : La Fontaine de jouvenceet Into the woods. Il nous avait aussi infligé Nine. On en venait à se demander si Chicagon’était pas un fruit du hasard. Dans Le Retour de Mary Poppins, le studio semble l’avoir muselé et cela rend l’ensemble agréable à regarder. La mise en scène n’a rien d’originale ou marquante mais elle est fonctionnelle. La beauté des décors et l’énergie des numéros musicaux prennent le relais et font du film un bonheur de chaque instant. On aurait cependant aimé que la caméra accompagne la folie de ce qu’elle filme. Mais ce n’est que pinaillage.

La partition de Marc Shaiman (compositeur, entre autres, de Hairspray) est enthousiasmante et reste en tête facilement. Il a le bon goût de s’inscrire dans le même registre musical que la musique des Frères Sherman en 1964. C’est gai, pétillant et donne envie d’applaudir à la fin de certains numéros.

Le dernier défi était le casting. Emily Blunt reprend le rôle avec finesse et respect pour le travail de Julie Andrews. Elle y apporte une raideur et une malice rafraîchissante. Elle arrive à convaincre dès sa première apparition à l’écran. Elle trouve dans Lin-Manuel Miranda un sidekickmasculin parfait. Son chant et son jeu sont pleins de reliefs. On espère le revoir bien vite sur les écrans.

Le Retour de Mary Poppins est le film idéal pour les fêtes de fin d’année. Il ne trahit jamais son matériau d’origine et lui offre une suite de grande qualité. Il s’offre le luxe de fourmiller de clins d’œil et de caméos réjouissants et émouvants. En revanche, ne vous attendez pas à trouver Julie Andrews. Elle a refusé l’invitation pour éviter qu’on se focalise sur son cameo plutôt que sur Emily Blunt dont la tâche était déjà compliquée.

Un article de Florian Vallaud

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Une franchise indestructible

Les Indestructibles 2 (2018)Résultat de recherche d'images pour "les indestructibles 2"

Un film écrit et réalisé par Brad Bird

Doublé en France par Déborah Perret,

Gérard Lanvin, Louane, Amanda Lear…

Distribué par The Walt Disney Studios

En salle le 4 Juillet 2018

Alors que les super héros ne sont toujours pas reconnus d’utilité publique par le gouvernement, Mr indestructible, Elastigirl et leur famille peinent à redevenir les Parr. Bob s’ennuie et rêve de sa gloire passée. C’est alors que Evelyn et Winston Deavor, deux investisseurs passionnés par les « supers » vont proposer à Elastigirl de participer à un programme visant à réhabiliter l’image des héros en filmant chacun de leurs faits et gestes. Elle va se retrouver confrontée à un terrible méchant surnommé « L’hypnotiseur ».

Il aura fallu 14 ans à Brad Bird pour offrir une suite à son premier gros succès public (après le remarqué Géant de Fer) : Les Indestructibles. Entre temps, il a mis son grain de sel dans Ratatouille, donné un corps à Mission Impossible : Protocole Fantôme et est parti À la poursuite de Demain. Bien que ce dernier fût un relatif échec au box-office, il n’en était pas moins une œuvre artistiquement aboutie. C’est d’ailleurs la particularité de ce réalisateur : c’est un artiste avant d’être un faiseur comme Hollywood en a tant. Dans chacun de ses projets, il apporte ses thèmes, ses angoisses et ses réflexions. Il y a une patte Brad Bird comme il y a une patte Spielberg. S’il décide donc d’offrir une suite après 14 ans, c’est qu’il estime avoir quelque chose de neuf à raconter.

Et c’est le cas. Bien que le film démarre seulement quelques secondes après la fin du précédent, le réalisateur nous offre définitivement une histoire en lien avec son époque. S’il retrouve avec génie son talent d’écriture qui conjugue humour, émotion et action non-stop, ce nouvel opus offre à Elastigirl les honneurs du rôle de protagoniste. Il développe le personnage avec intelligence et amour. Mr Indestructible devient un homme au foyer qui tourne en rond tandis que sa femme mène l’aventure. L’époque est aux grands rôles féminins et Bird l’a bien compris. Ce n’est pas qu’un effet de mode mais on sent le vrai plaisir à jouer avec ce personnage. Dès lors, Hélène Parr irradie l’histoire de sa présence et éclipse sans mal son puissant mari. Le spectateur a l’impression de redécouvrir la famille.

L’autre héros du film n’est pas inattendu mais déploie sa force tout au long de l’histoire : Jack-Jack. Il est courant dans l’animation que les bébés soient un ressort comique et attirent la sympathie. On pense immédiatement à Maggie Simpson. Jack-Jack est de ceux-là mais, encore une fois, Brad Bird va utiliser sa subtilité d’écriture pour redéfinir totalement le personnage lors de cinq minutes hilarantes mettant en conflit le jeune Parr et… un raton-laveur. On est à la frontière du cartoon, de l’action et quasi pas de dialogues. Et pourtant, le personnage nous y est présenté sous toutes ses facettes sans qu’il soit besoin de les rappeler plus tard.  Un exemple de scenario.

Au-delà de cela, le film se pare de ce qu’il faut de tension, d’action et d’humour pour dérouler ses deux heures sans accroc. On en vient à se dire qu’il finit trop vite. C’est aussi grâce aux thèmes universels qu’ils traverse : notre rapport aux écrans qui isolent, la dangerosité de personnes qui auraient tout pouvoir, etc. Il faut aussi saluer la sublime partition de Michael Giacchino. Cela faisait longtemps qu’un film de super-héros ne nous avait pas offert une bande originale qui procure de l’émotion plutôt qu’elle ne la force.

C’est sur ce point précis que nous pourrions terminer notre article. Les Indestructibles 2 rappelle à tous ce que peut être un film héroïque fait avec plus de cœur et moins d’automatismes. Il nous remet en mémoire ce que c’est que de rêver sur grand écran avec des héros attachants et qui nous donne envie qu’ils existent. Bref, il rappelle ce qu’étaient les premiers films Marvel et ce que l’industrialisation en a fait. Le cinéma de divertissement a besoin d’auteurs tels que Brad Bird pour nous offrir des rêves de qualité.

Un article de Florian Vallaud

Coco

Coco (2017)

Un film de Lee Unkrich et Adrian Molina

Disney / Pixar

Distribué par Walt Disney Studios

Sortie le 28 Novembre 2017

Chaque sortie au cinéma d’un film Disney / Pixar est un événement. Après le succès cet été de Cars 3 qui clôturait merveilleusement la saga de Flash McQueen, ils reviennent avec un film au thème original pour eux : les traditions mexicaines autour du Jour des Morts. Les spectateurs ont déjà pu y être initiés il y a quelques années avec le film d’animation produit par Guillermo Del Toro, La Légende de Manolo. L’enjeu pour les studios était donc d’offrir une aventure différente de son prédécesseur avec le même matériau de départ. Pour ce faire, ils ont fait appel à l’équipe à l’origine de Toy Story 3. Ils s’en sortent haut la main en offrant encore une fois un film passionnant et profond s’adressant à toute la famille.

Miguel, jeune garçon, veut devenir musicien. Mais dans sa famille, la musique est interdite. Son arrière grand-père musicien a quitté la famille du jour au lendemain et est devenu le sujet à ne plus aborder. Le Jour des Morts où l’au-delà et le monde des vivants communiquent, Miguel va se retrouver de l’autre côté par un procédé magique. Il va partir à la rencontre de ses ancêtres et tenter de recevoir leur bénédiction pour suivre sa voie musicale.

La thématique de la famille est au cœur du récit. Quelle est notre part d’héritage dans la constitution de notre destin ? Doit-on payer les erreurs de nos aînés ou tracer notre propre chemin ? Peut-on avancer dans la vie sans prendre en compte le passé ? La force du scénario est de mêler ses réflexions à une histoire très fine. Rien n’est démonstratif. Les péripéties sont nombreuses et suffisamment bien amenées pour surprendre le spectateur le plus averti. La direction artistique flatte l’œil et nous transporte dans un univers onirique totalement crédible.

Une de ses autres forces est d’apporter un intérêt particulier à la constellation de personnages qui entourent Miguel. Aucun n’est laissé de côté. Ils sont tous caractérisés avec soin, apportant au film la sensation d’être pensé jusqu’au moindre détail.

Encore une fois, Disney / Pixar propose un film d’une grande rigueur artistique et une puissance émotionnelle dévastatrice. On rit, on pleure, on frémit. Coco n’est pas un plagiat de La Légende de Manolo, il prend un autre biais tout aussi enthousiasmant. Si le démarrage aux États-Unis est correct sans être délirant, le film emporte l’adhésion du public et des critiques. Il ne fait aucun doute qu’il fait parti des plus belles réussites du studio.

Un article de Florian Vallaud.

Pirates des Caraibes 5 : Le navire prends l’eau

Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar (2017)

Un film de Joachim Ronning et Espen Sandberg

avec Johnny Depp, Javier Bardem, etc

En salle depuis le 24 Mai 2017

L’été approche. Les jours rallongent, le soleil est de plus en plus présent. Dans les salles obscures, c’est la période des blockbusters. Chaque année, les studios américains nous abreuvent de « films pop corn » dont le seul but est de divertir à grand renfort de scènes d’actions et de débauche de moyens. Disney n’est pas avare cette année puisque ce sont deux grandes licences qui occuperont la période estivale. Avant de découvrir dans quelques semaines, Spiderman : Homecoming, c’est le cinquième opus d’une saga culte qui part à l’abordage du grand écran. Pirates des Caraïbes : la vengeance de Salazar sort 6 ans après un dernier film qui avait déçu son public. La tâche est ardue pour ce nouvel épisode : redynamiser une saga en perte de vitesse et ouvrir les portes d’une nouvelle ère dans la licence. Le résultat final est en demi teinte.

Henry (Brenton Thwaites), le fils de Will Turner (Orlando Bloom), cherche depuis plusieurs années à libérer son père de la malédiction du « Hollandais volant ». Il tombe alors sur la légende du trident de Poséidon qui permettrait de régner sur les mers et lever tous les sorts de l’Océan. Convaincu que la seule personne au monde qui pourrait l’aider est Jack Sparrow (Johnny Depp), il part à sa recherche. Mais il n’est pas le seul sur l’affaire. Carina Smyth (Kaya Scodelario), jeune scientifique accusée de sorcellerie, et le décharné capitaine Salazar (Javier Bardem) vont croiser son chemin avec des buts bien différents.

La première bonne nouvelle, c’est que ce qui faisait le sel des premiers opus est de retour. Nous retrouvons, avec un plaisir certain, l’esprit échevelé qui nous avait séduit dans Pirates des Caraibes. Le scénario mêle efficacement l’aventure, la comédie et le fantastique dans des séquences parfois très inspirées. Il distille aussi quelques révélations sur nos héros qui nourrissent la mythologie des films. Seulement, la réalisation n’est pas à la hauteur des ambitions. Nous regrettons tout au long de la projection le savoir-faire de Gore Verbinski qui rendait le tout aérien. Ici, les réalisateurs Joachim Ronning et Espen Sandberg font la démonstration d’une légèreté pachydermique. Les scènes de combat sont brouillonnes, mal montées et souvent illisibles. Ils veulent donner du rythme, ils perdent en fait ce qui rendrait le tout épique. La débauche d’effets numérique mal gérés ne fait qu’accentuer le problème. Dans certaines séquences, le fond vert est visible. La palme est remportée par une attaque de requins numériques digne de Sharknado. On y perd alors en immersion et le film a parfois des allures de fan-fiction à grand budget.

Si la majorité des comédiens sauvent le film par une interprétation impliquée de leur personnage, Johnny Depp semble être venu chercher son chèque. Vous n’êtes pas sans avoir remarqué que, depuis quelques années, l’ancienne coqueluche des films de Tim Burton a perdu en subtilité de jeu et en inventivité. Son retour dans le rôle de Jack Sparrow était attendu par ses fans puisqu’il semble qu’il s’agisse du seul rôle qu’il soit désormais capable de jouer. C’était visiblement trop en espérer. Il est en mode automatique et nous sert une pâle copie du personnage haut en couleurs qu’il a interprété génialement quatre fois auparavant. C’est comme si le cœur n’y était plus. Il joue souvent faux dans les longs échanges de dialogue et nous donne l’impression d’être face à un animatronique de parc d’attractions. Fort heureusement, le film le relègue au second plan et n’en est pas tellement impacté.

Malgré ses nombreux points négatifs qui laissent à penser que le film a été fait à la va-vite, Pirates des Caraïbes : la vengeance de Salazar est un divertissement honnête qui remplit bien son office. On s’y amuse et l’aventure est au rendez-vous. L’attirance enfantine pour les films de pirates et leurs combats épiques remporte tout de même l’adhésion du public.

Les Gardiens de la Galaxie 2 : une famille dans l’espace

Les Gardiens de la Galaxie Vol.2 (2017)

Un Film de James Gunn

Avec Chris Pratt, Zoe Saldana…

Alors que l’engouement pour les films de super-héros semble être revenu à des dimensions raisonnables, le studio Marvel continue son petit bonhomme de chemin sur grand écran. La sortie de chaque volet de cette grande saga reste un rendez-vous attendu mais sensiblement moins événementiel qu’avant. C’était le risque en annualisant la production. Mais l’industrialisation de la franchise est-elle pour autant synonyme d’une qualité à la baisse ?

On a pu le craindre durant la phase 2 qui montrait des signes d’essoufflements, mais les atouts indéniables de Doctor Strange ont rassuré même les plus réticents. C’est donc avec de bonnes ondes que sort aujourd’hui en salle Les Gardiens de la Galaxie Vol.2. La première aventure de cette équipe improbable aux confins de l’espace avait créé la surprise par son ton pop et décalé. Star-Lord, Gamorra, Drax, Rocket Racoon et Groot sont immédiatement sortis du cercle fermé des fans de comics au grand jour. Si leur succès était dû en grande partie à la surprise de voir un film « transgressif » dans l’univers polissé de Marvel, rien ne garantissait de pouvoir réitérer l’exploit.

C’est un carton plein pour James Gunn qui semble avoir appris de ses quelques erreurs. L’écriture et la réalisation sont maîtrisées pour offrir un voyage digne des meilleurs roller-coasters. En axant l’intrigue sur la découverte du géniteur de Peter Quill, Gunn traite la thématique de la filiation et de l’héritage avec finesse. Le film dépasse alors son statut de blockbuster pour devenir un grand film de divertissement comme savaient nous en servir les années 80. Il se paie même le luxe d’offrir la séquence d’émotion la plus intense de l’univers Marvel comme bouquet final.

Si le casting reste inchangé et toujours de haut niveau, l’arrivée de « petits nouveaux » apporte un vent de fraîcheur nostalgique. Ainsi, le plaisir est total de revoir Kurt Russel et Sylvester Stallone sur nos écrans. Ils visitent avec délice des rôles qu’ils auraient pu tenir dans leur jeunesse.

A l’image du premier opus, le voyage est également musical. Le soin apporté au choix des morceaux nous berce tout au long de l’histoire et souligne, rythme ou allège les scènes d’action vertigineuses.

Les Gardiens de la galaxie Vol.2 se pose donc comme une continuation et une version améliorée de son prédécesseur. James Gunn maîtrise dorénavant pleinement ses personnages et l’univers pop dans lequel ils évoluent. Il nous offre un film mieux rythmé, plus intense et plus épique. L’intrigue ne souffre d’aucun temps morts et la réalisation subjugue souvent par la beauté de ses plans. Une belle réussite.

Un Noël à Tahiti

Vaïana, La Légende du bout du monde, Film d’animation USA (2016)Réalisé par John Musker et Ron Clements

Sortie en salle 30 Novembre 2016

Il y a bien longtemps, Maui, le grand héros des hommes et demi-dieu de l’eau et du vent, vola le cœur de Té Fiti, la déesse de la vie. Se faisant, il libère sur le monde les ténèbres et les monstres. Sur l’île de Motonui, Vaiana, fille de chef de son état, ne rêve que d’une chose : voyager sur l’océan, mais son père refuse même qu’elle s’approche des vagues. Alors qu’elle exerce à contrecœur ses fonctions, les ténèbres commencent à envahir Motonui, forçant Vaiana à accomplir la légende contée par sa grand-mère : Retrouver Maui, lui faire traverser l’océan et remettre le cœur de Té Fiti à sa place.

Après le très chouette Zootopie au sortir de l’hiver, le très attendu Rogue One – A Star Wars Story (chroniqué sur notre site), Disney achève d’occuper le terrain du 7ème Art avec Vaiana, La Légende du bout du monde. 2016 aura été une année faste pour Disney, d’autant que leur studio s’était fait relativement discret sur le terrain de l’animation depuis Noël 2013 et le raz-de-marée La Reine des Neiges. L’entreprise n’aura certes pas chômé en distribuant le sublime, mais médiocre, Voyage d’Arlo, sorti en frontal avec le rouleau compresseur Star Wars VII. Mais relativisons, même s’il date de presque 3 ans, l’hymne braillard de la Reine des Neiges continue de glacer les sangs et de vriller les tympans de toute une génération de parents. Et si Anna et Elsa continuent de vivre dans le cœur des petits comme des grands, il était cependant temps de passer à autre chose.

Depuis quelques temps, Disney s’est lancé dans une grande entreprise de dépoussiérage de son image, et plus particulièrement de celle de la « Princesse Disney ». Alors que ses références se situaient dans l’imaginaire de chacun plutôt du côté des Blanche Neige, qui doit se réjouir de faire la bouffe et le ménage pour une bande de mecs crasseux et insouciants, et des Belle au Bois Dormant, princesse un peu cruche n’ayant finalement aucune prise sur sa destinée, Disney avait légèrement raté le coche de l’émancipation féminine. Avec l’explosive Raiponce sortie en 2010, les studios Disney donnaient un coup de pied dans leur propre fourmilière avec cette princesse solide, capable de contraindre son « prince » et de cogner ses adversaires (certes à coups de poêle à frire), ouvrant la voie à toute une série de princesses aux caractères bien trempés, Tiana, Mérida (plein de noms en « a »), le paroxysme de cette force semblant avoir été atteint par Elsa. Jusqu’à Vaiana…

Comme un air de déjà vu

Après avoir exploré (légèrement) les contes nordiques avec La Reine des Neiges et Rebelle, les studios Disney ont carrément changé d’hémisphère pour chercher leur inspiration dans les légendes et mystères venus d’Océanie. En s’intéressant à la fin de l’ère exploratrice des peuples polynésiens et à leurs mythes fondateurs, John Muskers et Ron Clements nous entraînent dans l’aventure peut-être la plus ambitieuse sortie des ateliers Disney, en ceci qu’elle plonge ses racines dans quelques-uns de leurs meilleurs classiques.

L’énergique Vaiana tient sa fougue certainement autant de Tiana pour son côté volontaire que d’Ariel pour sa curiosité. Alors que son peuple craint plus que tout de s’aventurer au delà de l’atoll, elle ne rêve que de parcourir l’océan. Telle Mérida, Vaiana préférerait décider de sa destinée, mais contrairement à elle, se plie dès le départ à ses responsabilités, oubliant même sa volonté de s’aventurer sur l’océan. En posant leur intrigue en Polynésie et en se penchant sur les raisons pour lesquelles les premières populations ont cessé d’explorer le pacifique, les auteurs offrent à Vaiana une quête d’identité autant que de sauvegarde. Cette dernière repose moins sur une démarche de rébellion que de nécessité. Elle découvrira d’ailleurs dès le départ que l’océan a beau être un ami précieux, il n’en est pas moins difficile à appréhender.

Parlons-en de l’océan. Par la magie d’une animation d’une exemplaire fluidité, cette entité muette, espiègle et sympathique prend vie, devenant un véritable personnage secondaire à part entière qui souffle le chaud et le froid. Tantôt side-kick de Vaiana, la ramenant à bord de son bateau, élément comique, combiné ou non aux facéties d’un poulet hilarant de stupidité, ou à même de simplement faire avancer Vaiana dans sa quête en la gratifiant d’une tempête dantesque, ce personnage ne pourrait pas mieux personnifier l’océan, à la fois imprévisible, et tour à tour bénédiction et malédiction. Il est en fait le premier allié de Vaiana dans son voyage, censé amener la récalcitrante idole déchue de l’autre côté de l’océan.

Maui, demi-dieu de l’eau et du vent, est le grand héros de l’humanité. Du moins l’était-il jusqu’à ce qu’il vole le cœur de Té Fiti pour l’offrir aux hommes et ne disparaisse lors de son combat contre Té Ka, dieu de la terre et du feu. Dépossédé de ses pouvoirs, il a depuis longtemps été oublié. Lorsque Vaiana le retrouve, sa seule obsession est de récupérer son hameçon magique. Avec Maui, Dwayne Johnson tient certainement son meilleur rôle, mix particulièrement savoureux d’Hercule (pour l’apprentissage qu’il fait de la véritable nature d’un héros) et du génie d’Aladdin (pour ses phases de polymorphie déjantées).

On pourrait penser qu’une telle profusion de références pourrait alourdir l’ensemble et pourtant il n’en est rien. Si les inspirations sont légion et évidentes, chaque personnage dispose d’une personnalité propre, et si l’analyse nous pousse à y voir des traits familiers, ça ne ressent pas du tout pendant le film qui nous entraîne dans un tourbillon de péripéties et de gags.

Hiver austral

Se pliant à la grande tradition Disney qui consiste à s’imprégner des ambiances et coller au plus près de leurs sujets, les voyages menés par l’équipe de production en Polynésie n’auront pas été vains. Vaiana tranche largement avec les décors des derniers films du studio. Certes, comparer les décors hivernaux de la Reine des Neiges avec la luxuriance tropicale de Vaiana n’aurait que peu de sens. Néanmoins, au contraire de la jungle très artificielle de Zootopie, et dont le décor sert surtout l’action, les décors de Vaiana respirent l’authenticité. L’île de Motonui affiche sa démesure et sa jungle avec une sereine majesté, et si Elsa sur sa montagne était éclipsée par son grand solo, le sommet de l’île de Vaiana donne toute sa pleine mesure et l’impression d’altitude est particulièrement saisissante.

Les connaissances accumulées par l’équipe en terme de navigation sont également particulièrement impressionnantes. Alors qu’une bonne part de l’aventure se déroule sur les flots, la capacité de Vaiana à naviguer demeure l’indicateur premier du mûrissement de l’héroïne. De princesse maladroite au début, elle prend, à mesure que le film avance, une assurance nouvelle alors qu’elle marche sur les pas de ses ancêtres, saisissant ce destin qu’elle a si longtemps voulu sans vraiment le comprendre. À la différence de Mérida dont la rébellion cherche à renverser un ordre établi, celle de Vaiana tient plus de l’impression que quelque chose cloche, l’instinct que la sédentarité de son peuple n’est pas naturelle. La première a une démarche progressiste quand la seconde prône un retour aux sources.

Si Vaiana est sous-titrée La Légende du bout du monde, le récit n’est pas vraiment une légende. En revanche, la légende de Maui en est une. Elle sert de pivot à tout le récit, sa disparition marquant la fin de l’ère exploratrice polynésienne. Vaiana prolonge la légende en posant cette simple question « Et si Maui réparait finalement son erreur ? ». Une démarche intéressante, suffisamment originale pour être notée.

Pour marquer la succession de La Reine des Neiges, Disney a pris le pari de mettre de côté les mythes nordiques, un pari clairement gagnant. Vaiana suit le chemin tracé par des films comme La Petite sirène ou Aladdin, et on ne peut s’empêcher de voir dans la quête de Vaiana, qui cherche dans le passé des clés pour l’avenir, un condensé des meilleurs films de Musker et Clements. Les références abondent, distillées avec soin au milieu de l’originalité proverbiale de ses auteurs, dans cet hommage onirique à la civilisation polynésienne, à la fois conte initiatique comme seul Disney sait les mettre en scène et parabole écologique désarmante comme seul le bon sens des civilisations premières peuvent en accoucher. S’il ne devait rester qu’un seul film d’animation en cette année 2016, ce serait sans aucun doute Vaiana, La Légende du bout du monde.

Un article de Guillaume Boulanger Pourceaux

INTOLERANCE ZERO

Zootopie (2016), film d’animation américain

Réalisé par Byron Howard, Rich Moore et Jared Bush

Sortie en salle le 17 février 2016

Dans le nouveau règne animal, proies et prédateurs ont rejeté l’antique Loi de la Jungle qui voulait que les premières soient le repas des seconds, et la ville de Zootopie est devenue le symbole de cette harmonie en apparence parfaite. Lorsque Judy Hopps, premier lapin fraîchement diplômé d’une école de police, y débarque, elle déchante rapidement. Mal considérée par sa hiérarchie, elle hérite de tâches subalternes bien loin de ses espérances. Mais dans la ville de l’harmonie, les disparitions se multiplient et Judy est finalement mise à contribution. Aidée de Nick Wilde, un renard rusé et volubile, elle découvrira les ramifications d’un complot à même de mettre à bas des siècles d’entente et de confiance.

La vie privée des animaux

Après Le Voyage d’Arlo, impressionnante démonstration technique d’une surprenante vacuité scénaristique, on pouvait légitimement attendre Disney et son Zootopie au tournant. Certes, depuis des semaines, sa bande-annonce augurait du meilleur. Ses paresseux moquant ouvertement l’administration américaine en général, et le DMV (Department of Motor Vehicules) en particulier, sont vite devenus cultes. Néanmoins, juger un film sur le produit marketing qu’est sa bande-annonce est un exercice hasardeux, pour ne pas dire ouvertement casse-gueule. Force est de constater qu’elles ne sont pas toutes à côté de la plaque. Pour dire les choses simplement (mais n’y voyez pas forcément une insulte à votre intelligence), Zootopie est au moins aussi drôle que sa bande-annonce le suggère. Les gags et vannes s’enchaînent à un rythme soutenu, faisant la part belle aux références (Le Parrain en tête de liste) et aux habitudes animales (Les loups incapables de résister à l’envie de hurler à la Lune), le reste venant de la relation inhabituelle qui se noue entre Judy et Nick, tant du point de vue naturel, l’une étant une lapine et l’autre un renard, que sociétal, avec l’antagonisme classique policier/voyou. L’ensemble se révèle à la fois équilibré et élégant, souvent inventif et toujours hilarant.

Alors Zootopie part-il donc pour n’être qu’une petite farce où on l’on vient rire des travers humains au travers des attributs d’une bande d’animaux anthropomorphes ? Il y a un peu de ça, forcément, mais pas que.

Petit précis de tolérance

Zootopie mise évidemment beaucoup sur son humour détonnant, mais ne néglige pas pour autant son scénario, lequel nous dépeint une société tellement proche de la nôtre qu’elle ne peut qu’en être le reflet. Apparemment idéale et harmonieuse dans ses mots, elle l’est en revanche beaucoup moins dans les faits. À Zootopie, chacun peut devenir ce qu’il veut… tant qu’il se conforme à sa condition. Les grands prédateurs tiennent les rênes, et les autres tirent la carriole. Vous êtes un lapin ? Allez planter vos carottes et laissez aux grosses brutes (tigres, ours, buffles, éléphants…) le soin de faire la police. Vous êtes un lion ? Veinard. À vous les postes à responsabilité, voire la mairie. Vous êtes un renard ? Laissez tomber. Personne ne peut faire confiance à un individu aussi sournois. Sous ses dehors de tolérance et d’harmonie, la cité engrange son lot de préjugés et de violence psychologique. Charge en revient aux personnages de dépasser leur propres préjugés et faire éclater au grand jour leurs différences, leurs qualités et leurs forces insoupçonnées.

Mais ne nous laissons pas abuser par l’apparente simplicité de ce cheminement. Simple sans être simpliste, ce buddy-movie à fourrure se révèle dopé aux rebondissements et distille un suspense assez filou pour intéresser les parents, tout en restant parfaitement accessible aux enfants.

La psychose expliquée à ma fille

La dernière partie de Zootopie se montre par ailleurs particulièrement intéressante. Alors que le complot se démêle doucement et que certains animaux sont déclarés représenter un risque pour la majorité, une certaine catégorie de la population se retrouve soudain stigmatisée, rejetée et finalement indigne de toute confiance. À cause de quelques individus, les idéaux de tolérance et d’acceptation de Zootopie commencent à s’effriter. Ça vous rappelle quelque chose ? Ça n’est sans doute pas par hasard, étant donné que nous vivons actuellement une période de psychose, le genre de période dont toute l’Histoire (humaine) est émaillée. La peur des uns se mue alors très vite en haine et en rejet de l’autre, sans qu’aucune des deux parties de n’en connaisse les raisons ni ne comprenne comment Zootopie a pu en arriver là.

Certes, le traitement reste assez superficiel, Zootopie n’oubliant jamais à qui il s’adresse, tout en étant amené avec suffisamment de subtilité et de maîtrise pour susciter l’interrogation chez petits et grands. Là où Vice-Versa pouvait être accusé d’être parfois abscons pour le plus jeune public dans ses analyses du processus cognitif et des bouleversements pré-adolescents, Zootopie frappe avec justesse sur le thème de l’emprise que peut avoir la peur sur les individus. La peur, instinct animal par excellence, nous pousse tous à l’irrationnel, et quoi de mieux que des animaux pour nous rappeler qu’au delà de notre conscience, nous appartenons aussi au genre animal ?

Avec Zootopie, Howard, Moore et Rich ont atteint un équilibre remarquable en terme de gestion du récit, d’humour et de réflexion. Drôle de bout en bout, malin comme un singe, exempt de temps morts et techniquement irréprochable, Zootopie est LE divertissement familial de ce mois de février. Il est en outre servi par un casting français, pas forcément très coté, mais professionellement impliqué. Mention spéciale à Teddy Riner (dont les prestations dans les publicités d’une célèbre marque de voitures française avaient quasiment tout pour flinguer dans l’œuf une potentielle carrière d’acteur), qui se révèle à l’aise et convaincant dans son second rôle. Présent en salle depuis le 17 février, n’hésitez pas à galoper jusqu’à votre cinéma préféré et à devenir la proie de Zootopie.