De la friabilité du couple

Permission (2018)Résultat de recherche d'images pour "permission film"

Un film de Brian Crano

Avec Rebecca Hall, Dan Stevens, etc

Sortie en DVD le 2 Mai 2018

Chez TF1 Vidéo 

À l’heure où les ventes sur supports physiques se font de plus rares, le direct-to-DVD est une prise de risque. Le film pourrait ne pas avoir la visibilité nécessaire pour exister auprès des spectateurs qui ciblent de plus en plus leurs achats. D’autre part, le direct-to-DVD est souvent associé à des films de seconde zone voire, disons-le carrément, à des nanars abyssaux. Des films tellement mauvais qu’ils n’ont pas trouvé de distributeurs français qui ont cru en eux. Il faut se faire une raison, ce n’est pas le cas de ce film ! Permission de Brian Crano a toutes les qualités d’un bon film sinon celle de ne pas permettre un positionnement marketing clair.

Anna et Will s’aiment depuis le lycée. Leurs dix années de couple se sont passées sans heurts et ils s’apprêtent à se marier. Mais, lors d’un dîner avec le frère de Anna et son petit copain, ce dernier met en lumière une situation perturbante : ils n’ont jamais connu bibliquement d’autres personnes. Ils n’ont donc aucun sujet de comparaison. Les deux s’accordent alors la « permission » d’aller voir ailleurs, pensant leur couple plus fort que de simples relations sexuelles. Ils ne pensaient pas avoir ouvert la boîte de Pandore.

Ce synopsis semble être celui d’une comédie romantique légèrement transgressive. Quelque chose entre les films avec Sandra Bullock et les délires potaches de Judd Apatow. Le vendre comme ceci serait une grosse erreur, et le meilleur moyen de décevoir les spectateurs. Brian Crano prend les atours de la comédie pour en sortir un drame tout en finesse sur la notion de couple fusionnel.

À cette fin, il traite de front deux histoires : celle du couple de Anna et Will qui semblait idyllique et voué à rester souder, et celle du frère qui va voir son désir d’enfant se heurter à la réticence de son compagnon. Ce que nous dit le scénariste et réalisateur, c’est qu’il est illusoire de croire qu’être en couple c’est regarder dans la même direction. Ou si on le fait, ce n’est pas forcément pour les mêmes raisons. Le film nous montre des personnages perdus entre leurs attentes et ce qu’ils trouvent en réalité, à l’instar du spectateur qui croyait trouver une comédie légère et gentiment coquine.

Si Dan Stevens compose toujours le même personnage (qu’il s’agisse de Downton Abbey ou La Belle et la bête), il est touchant dans le rôle de l’homme dépassé par les événements. Rebecca Hall est, quant à elle, très juste et attire une empathie immédiate.

Permission est un joli film qui s’avère parfois plus fin que ceux qui sortent en salle. Vous avez la « permission » de vous en procurer un exemplaire dès le 2 Mai pour découvrir une œuvre qui sort un peu des sentiers battus.

Un article de Florian Vallaud

 

Légion, l’art de la schizophrénie

Légion (2017)

Une série tv de Noah Hawley

Avec Dan Stevens, Rachel Keller

Diffusé sur FX ( US) et OCS (FR)

Après avoir déferlé sur le grand écran, il est maintenant indéniable que la télévision est le nouveau terrain des adaptations de comics. The Walking Dead, The Flash, Arrow, Supergirl, Outcast, Preacher : la liste s’allonge d’année en année. Ce n’est pas si surprenant. Quand on y réfléchit, le format épisodique et feuilletonnant de ces publications s’accorde à merveille avec l’univers des séries. Spiderman, Superman et Hulk ont abordé ce média dès les années 60. La vraie révolution vient encore une fois des Studios Marvel. Après avoir établi leur Marvel Cinematic Universe, ils décident de l’élargir sur le petit écran. Cela leur permet de traiter des personnages secondaires tout en entretenant le lien avec le public entre chaque sortie cinéma.

C’était étonnant que, jusque-là, nous n’ayons rien vu venir du côté des X-Men. Le « bestiaire » de mutants est tellement vaste qu’il est tout à fait possible d’y raconter d’autres histoires que celles des films. C’est la chaîne américaine FX qui s’y colle avec Légion, diffusé en France depuis le 24/03 sur OCS. On suit les aventures de David Haller, diagnostiqué schizophrène sévère, qui voit apparaître chez lui des signes de pouvoirs étranges.

Si le personnage est bien connu des amateurs de comics, le pilote écrit et réalisé par Noah Hawley a la double charge de présenter le personnage et les enjeux de l’histoire. La principale qualité de cet épisode est d’avoir opté pour une direction artistique osée qui place la série parmi les plus ambitieuses du moment. Puisque le personnage est schizophrène, on va partager sa confusion pendant une heure. Les séquences s’enchaînent, se chevauchent et parfois se contredisent. Certaines semblent juste sorties d’un esprit malade. On ne sait plus ce qui tient de la réalité ou du fantasme. C’est à la fois génial et déroutant. Hawley redéfini la manière de traiter des super-héros en misant davantage sur l’aspect cérébral à l’image d’un Westworld.

Le tout est tenu par un Dan Stevens méconnaissable. On est très loin de Matthew Crawley ou de la Bête. Il communique par son regard la folie, la malice et le désespoir.

Si il pose davantage de questions qu’il ne présente réellement la série, ce pilote a le mérite d’intriguer et de laisser le spectateur hébété devant son écran. On en vient à se dire que seule la saison entière pourra nous éclairer et savoir si le show est véritablement excellent ou juste de la poudre aux yeux.