De la puissance du récit

I kill giants.Résultat de recherche d'images pour "i kill giants vf"

 

Bande dessinée

Joe Kelly (Scénario) et Ken Niimura (Dessin)

Édité par HiComics

Sortie le 23 mai 2018

Barbara Thorson n’est pas une jeune fille comme les autres. Elle vit dans un monde magique que ses autres camarades ne voient pas, peuplé de lutins, et surtout de géants, qu’elle se prépare à tuer pour protéger le monde du mal qu’ils répandent. Mais la sinistre réalité est parfois bien plus dure à affronter.

Il aura fallu attendre quelques années pour voir enfin débarquer I kill giantsen France en VF. Dommage que les moins anglicistes d’entre nous aient été privés de cet étonnant récit pendant tout ce temps, mais mieux vaut tard que jamais, d’autant que l’édition concoctée par HiComics est on ne peut plus conséquente, avec une préface de Anders Walter (réalisateur de Chasseuse de géants, l’adaptation de la BD, que nous chroniquerons à partir du 6 juin), une postface de Chris Colombus (producteur du film), une interview pertinente des auteurs, une galerie et des artworks faisant la part belle au travail de Ken Niimura, ainsi que quelques planches traitant avec humour de la relation de travail entre lui et Joe Kelly. Une édition riche donc, qui permettra au lecteur d’appréhender au mieux l’œuvre qu’il tient entre les mains.

Non que I kill giants soit une œuvre difficile à comprendre. Au contraire, l’écriture de Joe Kelly est fluide, claire et plaisante. L’histoire est forte mais loin d’être impénétrable, que ce soit pour les adultes, qui découvriront un récit vif, émouvant, et en même temps empreint de drôlerie, ou pour les plus jeunes qui découvriront en Barbara un personnage d’une incroyable consistance, pas forcément agréable, parfois gênant, mais crédible en diable, et suscitant instantanément l’empathie. Un petit après-midi suffira à parcourir cette aventure fantastique ancrée dans une réalité difficile, mais à n’en pas douter, on en appréciera le texte autant que le trait longtemps après l’avoir refermé. Le style de Ken Niimura répond admirablement au dynamisme du récit par sa capacité à exprimer toute une palette d’émotions à l’aide de quelques traits ou à poser un décor tout en dégradé de gris. L’ensemble est minimaliste, et pourtant, l’action est percutante, les émotions palpables et le petit monde imaginaire de Barbara tout en transparence. Un style qu’on ne pourra pas qualifier de délicat, mais indéniablement efficace. 

I kill giants fait partie de ces récits qui vous emportent, depuis son ouverture jusqu’à son final déchirant, et pourtant scintillant d’espoir. Une œuvre forte qui touche tout le monde et qui mérite d’être partagée avec le plus grand nombre. Un excellent titre, à savourer en même temps que le retour des beaux jours.

Un Article de Guillaume Boulanger-Pourceaux 

Le retour du grand-père prodigue

Rick and Morty – Tome 1. Résultat de recherche d'images pour "rick et morty bd"

Bande dessinée

Zac Gorman (Scénario),

CJ Cannon (Dessin),

Ryan Hill (Couleurs)

Sortie le 24 Janvier 2018

chez Hi Comics

Rick Sanchez, le scientifique déjanté, et Morty, son tremblotant petit-fils, sont de retour pour de nouvelles aventures inédites toujours plus délirantes à travers l’espace et le temps.

Est-il nécessaire de présenter Rick and Morty, la géniale série de Dan Harmon et Justin Roiland ? Savante chimie empruntant autant à Doctor Who sa science-fiction décalée et ses personnages fantasques qu’à South Park son langage des plus fleuris, cette série animée est instantanément devenue culte. Et en une poignée de saisons (la saison 4 est actuellement en production), elle est entrée au Panthéon de l’animation au même titre que Les Simpson l’ont fait en leur temps.

Mais réussit-elle pour autant son passage de l’animation au comic-books ? Force est de constater que oui, et le tour de force est d’autant plus impressionnant qu’il se fait sans le concours de ses créateurs originels. Le pari était pourtant loin d’être gagné d’avance, comme pour toute œuvre qu’on fait sortir de son média originel. Mais le trio Gorman, Cannon, Hill a relevé le défi, et on les en remercie, car ce premier tome de Rick and Morty est aussi fidèle à son modèle qu’on puisse l’être.

Tout, ou presque, répond présent en un joyeux festival, du phrasé si particulier, tout en rots et bégayant, de Rick, même s’il perd un peu de son charme à la lecture, aux graphismes dignes d’un story-board de la série. Les auteurs ne se gênent d’ailleurs pas pour faire intervenir des personnages secondaires tels que Condorman ou Terry le terrifiant sans pour autant tomber dans la facilité, en proposant des histoires aussi travaillées que celles de la série. La structure de cet album peut paraître particulière, avec quatre premiers chapitres imbriqués se lisant comme une seule et même histoire, un cinquième faisant office d’histoire subsidiaire, et un recueil final de quelques histoires courtes surtout centrées sur les personnages annexes (Summer, Beth et Jerry principalement). Et même si le dessin peine un peu à retranscrire le dynamisme de la série, l’ensemble n’en est pas moins agréable à lire, en étant aussi drôle et rocambolesque que son modèle.

Ce premier tome de Rick and Morty s’adresse évidemment en priorité aux fans de la série, ne serait-ce que pour les petits détails qui parleront à ceux qui sont déjà un peu aguerri à son univers. Néanmoins, les amateurs de science-fiction décalée qui ne la connaîtrait pas aurait tort de ne pas plonger dans le sillage de ce duo, direction la dimension C-137. Wubba Luba dub dub !

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux