Un dîner féroce

Dîner de FamilleDDF-40X60-Tournee-WEB

Une Comédie de Joseph Gallet

Et Pascal Rocher

Mise en scène par Bruno Chapelle

Avec Carole Massana, Emmanuel Donzella

Et Arnaud Laurent

Jusqu’au 31 Août 2018

Au Théâtre Edgar (75) 

Alexandre fête ses trente ans. Pour l’occasion, il a décidé de réunir ses parents, qui ne se parlent plus et dont il n’a jamais de nouvelles, sous des prétextes fallacieux : une entorse pour l’une, une mort imminente pour l’autre. Ce n’est que le début d’une cruelle soirée qui va révéler que l’enfer ce n’est pas les autres, c’est la famille.

Une comédie hilarante avec un propos intéressant sur ses personnages, c’est tout à fait possible. Certaines pièces dont nous vous avons parlé, et qui ont su conquérir notre cœur, regroupaient ces deux qualités. Elles accueillent maintenant en leur giron la nouvelle pièce de Pascal Rocher et Joseph Gallet. Disons-le carrément, nous sommes amoureux de la plume acerbe et cruelle de Pascal Rocher. Son sens de la vanne assassine nous avait déjà terrassé dans Comme ils disentou Nous deux. Cela fait encore mouche dans cette pièce à la cruauté jubilatoire. Il faut attendre un petit peu pour que les vrais enjeux de la pièce soient mis en place, mais une fois le trio posé c’est un fou rire ininterrompu.

L’entrée dans l’univers se fait par le biais d’Alexandre, trentenaire en recherche d’une reconnaissance parentale qu’il n’a jamais eu. D’emblée, le public se range de son côté pour épouser sa cause et ses certitudes sur des parents qu’il accuse de tous ses maux. Mais la pièce bascule et les parents deviennent alors deux êtres qui n’ont jamais su être au bon endroit aux bons moments et se cherchent sans jamais avoir mis de mots dessus.

La folie du spectacle réside également dans ses comédiens dont la distribution tourne régulièrement. Nous allons donc parler de ceux que nous avons pu voir. Arnaud Laurent trouve dans le rôle du fils un écrin pour montrer son éventail de jeu. Il est à la fois cruel et malicieux, comme un enfant qui se serait forgé sans la présence des adultes. Il joue de son visage cartoonesque dans toutes ses possibilités, passant du sourire carnassier à une agonie factice. Son sens du rythme assure aussi le premier quart d’heure qu’il tient à bout de bras jusqu’à être rejoint par ses deux formidables partenaires.

Carole Massana est solaire. Elle construit son personnage petit à petit jusqu’à le rendre plus grand que nature. C’est alors qu’elle dévoile sa folie dans une explosion dont la déflagration atteint le public sans aucun espoir d’y échapper. Elle est de cette étoffe des grandes comédiennes comiques qui ne ratent pas leur cible.

Emmanuel Donzella est, quant à lui, la force tranquille du trio. Bien qu’animateur télé, son personnage est plus discret dans la vie. Il parle moins de ce qu’il pense. Son jeu est dans une économie de moyens qui contraste avec le reste. Il met en valeur la dimension de ses camarades et opère des frappes chirurgicales. C’est peut-être le plus féroce des trois.

Par un texte avec des personnages hilarants et bien dépeints, un équilibre subtil entre les différentes tonalités de jeu de ses comédiens et un sens du rythme imparable, Dîner de Famille se pose comme la comédie théâtrale de l’été.

Un Article de Florian Vallaud

Comment tuer la Comédie

Comment tuer sa mère (2018)Résultat de recherche d'images pour "comment tuer sa mere"

Comédie – France

Réalisé par David Diane et Morgan Spillemaeker

Avec Vincent Desagnat, Chantal Ladesou,

Julien Arruti, Joséphine Fraï

Sortie en salle le 13 Juin 2018

En ce dimanche, la famille Mauret se réunit. Nico (Vincent Desagnat), l’aîné, est au bout du rouleau. L’entreprise héritée de son père périclite, il paye sa dépressive de sœur, Fanny (Joséphine Fraï), à ne rien faire, et doit en plus assumer le loyer de son benjamin, Ben (Julien Arruti), dessinateur peinant à percer dans le milieu. Il pourrait presque s’en accommoder, s’il n’avait pas en plus à entretenir leur mère (Chantal Ladesou), aussi odieuse que fantasque et dépensière… Enfin, peut-être plus pour longtemps…

Adapter au cinéma une pièce de théâtre, si bonne soit-elle, est une opération délicate. Les deux ont beau s’apprécier de la même manière, les ressorts théâtraux ne fonctionnent pas forcément au cinéma, et inversement. Difficile de trouver l’équilibre idéal entre le respect de l’œuvre originale et les codes du cinéma. C’est vrai qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Lorsque Universal s’est lancé à adapter des œuvres telles que Dracula ou Frankenstein, c’est bel et bien sur leurs adaptations théâtrales que les auteurs de l’époque se sont appuyés. Mais depuis, le cinéma a bien évolué, créant ses propres codes, et rendant les adaptations théâtrales plus « périlleuses ».

Malheureusement, David Diane et Morgan Spillemaeker n’ont pas fait de miracle en signantComment tuer sa mère, l’adaptation de la pièce Conseil de famille (d’Amanda Sthers et dudit Morgan Spillemaeker). La faute en revient principalement à un rythme erratique et une relative absence d’idées.

Pourtant, en alignant un casting d’habitués de la comédie, on aurait pu s’attendre à beaucoup mieux. La fratrie potentiellement assassine est plutôt bien campée par le trio Desagnat – Fraï – Arruti, convaincants en enfants globalement démolis par une Chantal Ladesou certes en grande forme, mais qui cabotine avec le personnage qu’elle s’est forgée au cours de sa carrière bien plus qu’elle n’incarne l’horrible, et hilarante, génitrice du clan Mauret. Quant à Fatsah Bouyahmed, on se demande ce qu’il est allé faire dans cette galère. Son personnage, à peine travaillé en écriture, n’est finalement prétexte qu’à deux gags. Au même titre que le poulet dans le four servant d’unité de temps et les plans vraiment pas esthétiques du toit de la maison servant d’unité de lieu, il n’existe vraisemblablement que pour nous signifier que nous ne sommes pas sur Mars et qu’il y a bien une vie en dehors des murs de la propriété familiale.

Mais on peut avoir un excellent casting sans parvenir à son but. Pire encore, le meilleur texte de théâtre peut se planter à l’écran, par la seule magie du cinéma. Et dans Comment tuer sa mère, le texte de Sthers et Spillemaeker (conservé pour bonne partie) marche moyennement. La majorité des bons mots tombent à plat et les gags exploitent de très grosses ficelles. Les temps de pauses et autres précipitations ont rapidement raison des répliques lancées parfois n’importe comment. Restent finalement les rebondissements successifs de la pièce, qui eux fonctionnent bien, mais qui ne surprendront évidemment pas les connaisseurs, ainsi qu’un final explosif totalement réjouissant.

Comment tuer sa mèrerejoint sans surprise la déjà longue liste d’adaptations théâtrales bancales et paresseuses. Sympathique sur le papier et servi par l’énergie de ses comédiens, on s’y ennuie hélas beaucoup trop pour le recommander.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux