Carlotta montre tout

Pour bien commencer l’année cinématographique 2019, le distributeur Carlotta a décidé de dévoiler son line-up pour les 6 prochains mois et c’est avec un plaisir non-dissimulé que nous nous sommes penchés dessus. Il faut dire que Carlotta fait partie de ces distributeurs dont les choix éditoriaux, à défaut de toucher le plus grand nombre, sont toujours enthousiasmants. Si peu de gens trouveront de l’intérêt à l’ensemble de son catalogue, il est indéniable que tout le monde pourra y trouver son bonheur, pourvu que le monde en question apprécie le 7ème Art.

Au fil du temps, Carlotta s’est en effet constitué un éventail très large, de l’œuvre de Michael Cimino (Voyage au bout de l’enfer) à celle d’Harold Lloyd (Monte là-dessus), éditant une collection consacrée à l’exceptionnelle filmographie d’Akira Kurosawa (Barberousse) tout en créant son label Midnight Collection, s’intéressant à des curiosités d’horreur et d’action venues tout droit de l’ère des vidéoclubs (La trilogie Basket Case ou À armes égales, chroniqué par nos soins). Entre ces quatre points cardinaux, Carlotta a rendu hommage à des réalisateurs tels que Ron Howard (Cocoon, aussi chroniqué par nos soins), King Hu (A Touch of zen) ou Luis Buñuel (Belle de jour). Bref, ce distributeur touche un peu à tout, pour la plus grande joie des cinéphiles de tous bords.

Et ce qu’on peut dire, c’est que le premier semestre 2019 de Carlotta va se révéler plutôt chargé, entre sorties (ou ressorties) cinéma, édition Blu-Ray et DVD variées, et même 3 livres d’entretiens consacrés au cinéma.

Comme à son habitude, Carlotta sera fidèle au cinéma asiatique avec la sortie en salles dès Février des Funérailles des roses(Toshio Matsumoto – 1969), œuvre issue de la nouvelle vague japonaise se déroulant dans le milieu homosexuel tokyoïte. Il sera suivi au cours du mois de Juin de Silence (Masahiro Shinoda – 1971). Entre les deux, en Mars, honneur sera rendu à Tsui Hark et à son Time and tidequi aura droit à une reluisante édition Blu-ray. Néanmoins, la sensation venue de l’Est de ce premier semestre sera sans doute la diffusion en salles de L’Héritage des 500.000, première et seule réalisation de Toshiro Mifune. Une œuvre totalement inédite sur laquelle Akira Kurosawa aura apporté conseils et compétences en montage. Le résultat : Un grand film d’aventure comme les 60’s ont su nous en livrer. À ne pas manquer.

Le cinéma américain ne sera cependant pas en reste avec la ressortie en salles de La Maison de la mort(James Whale – 1932), l’un des premiers films d’horreur des studios Universal, avant leur grande période « Universal Monsters », où Dracula, le loups-garou et consorts ne fassent leur renommée dans ce domaine. L’occasion de découvrir ou redécouvrir Boris Karloff avant que son costume de momie ne le propulse au rang de légende du cinéma. Entre Mars et Juin, ce ne seront pas moins de 5 films américains qui feront leur entrée sur le marché du DVD – Blu-ray : The Intruder (Roger Corman – 1962), une critique du racisme patent de l’Amérique post-ségrégation, Network (Sidney Lumet – 1976), un drame étonnamment moderne sur la dérive des médias, Shampoo(Hal Ashby – 1975), China Gate (Samuel Fuller – 1957) et Le Cavalier électrique (Sydney Pollack – 1979), où l’on suivra Robert Redford en champion de rodéo has-been, flanqué de Jane Fonda en journaliste opiniâtre, souhaitant rendre sa liberté à un cheval de rodéo. Notons également que le distributeur prévoit de diffuser au cinéma Flirter avec les embrouilles(David O. Russell – 1996), mais qu’en raison de la difficulté à trouver des salles libres peu avant l’été le contraint à s’en tenir au conditionnel, et à devoir choisir entre lui et Souvenirs d’en France(André Téchiné – 1975). Affaire à suivre donc.

Et si ce n’est lui, ce sera à Irréversible(Gaspard Noé – 2002) qu’il reviendra de représenter le cinéma français et Carlotta dans les salles. Nous noterons aussi la sortie d’un coffret consacré à l’œuvre de Jacques Rivette au travers de 3 films restaurés.

En toute décontraction, Carlotta a su toucher au cœur les cinéphiles venus participer à leur soirée de line-up. Difficile pour l’amateur de cinéma, esthète ou dilettante, de ne pas trouver dans cette sélection au moins un film qui éveillera son intérêt. Autant dire que la saison s’annonce florissante pour Carlotta.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Publicités

Cocoon s’offre une cure de jouvence

Cocoon (1985)Résultat de recherche d'images pour "cocoon carlotta"

Comédie – Science Fiction

Un film de Ron Howard

Avec Don Ameche, Wilford Brimley,

Brian Dennehy, etc

Distribué par 20th Century Fox

Réédité le 8 Août 2018

En DVD et Blu Ray

Chez Carlotta

Quand un trio de seniors mal en point retrouvent des forces après une plongée dans une piscine où reposent des cocons aliens, ceux-ci vont se lancer dans une quête effrénée de leur jeunesse.

Sorti en France en Novembre 1985, Cocoon rencontre un gros succès et se hisse sans mal à la sixième place des plus gros succès de l’année aux États-Unis. Il empochera deux oscars en 1986 : Meilleur second rôle pour Don Ameche et Meilleurs effets spéciaux pour la société de Georges Lucas, ILM. Tout d’abord proposé à Robert Zemeckis, qui déclinera pour aller tourner A La Poursuite du Diamant vert, le film tombe entre les mains de Ron Howard qui sort de la réussite de Splash. La ressortie en éditions Blu-Ray nous permet d’effleurer les raisons qui l’ont fait entrer au panthéon des films cultes des années 80.

Le scénario de Tom Benedek est un petit bijou de symbolisme. Si son nom ne vous dit rien, c’est assez normal car il n’a commis que deux autres films à la réussite plus que relative : le Pinocchio de Steve Barron en 1996 et Zeus et Roxane en 1997. Il n’empêche queCocoonest un modèle du genre reconnu par les professionnels et récompensé par la Writers Guild of America. Si les deux premiers actes du film sont relativement classiques, ils ont le mérite de mêler subtilement comédie et science-fiction. L’histoire s’inscrit aussi dans la mode de son époque puisque les aliens sont plutôt amicaux. Même quand les trois protagonistes brisent leur parole de ne pas révéler les vertus de la piscine, ils ne leur en tiennent pas rigueur et leur font une autre proposition. Ce qui nous mène au troisième acte, métaphore de la mort et du passage dans l’au-delà.

Les retraités embarquent à bord du bateau mené par Steve Guttenberg pour rejoindre le vaisseau des extra-terrestres. C’est alors que les situations lourdes de sens s’enchaînent. La cellule familiale, jusque-là totalement absente pour les retraités, fait son apparition. Elle nous rappelle qu’ils ont été placés en maisons et quasiment oubliés. Lorsque l’un d’eux révèle à son petit-fils son intention de « partir », l’enfant négocie. Il tente de suivre ses grands-parents mais on lui rappelle que ce n’est pas sa place, pas encore. Enfin, comment ne pas penser à la descente du Styx de la mythologie grecque, où le passage vers l’autre monde, vers l’éternité, se faisait en bateau. Le personnage de Steve Guttenberg devient alors un ersatz de Charon.

La subtilité du scénario est portée par une réalisation ancrée dans les codes des années 80. Par la lumière et les ambiances, on ne peut s’empêcher de penser à E.T. , ou plus largement aux films Amblin produits par Spielberg. Seulement voilà, Ron Howard est un bon faiseur mais il a probablement appris le sens du rythme avec Georges Lucas. Chaque plan est posé et fait penser à du Woody Allen sous Lexomyl. Un peu plus de fougue aurait pu être la bienvenue. Cependant, cela ne parasite en rien la lecture du film sinon qu’il paraît parfois un peu longuet.

Décidément, Carlotta se pose encore une fois comme l’éditeur à suivre avec attention. En ressortant Cocoon dans une sublime copie, c’est notre jeunesse qu’il restaure. On aurait probablement aimé un peu plus de bonus pour envelopper le tout mais le film se suffit à lui-même.

Un article de Florian Vallaud

Le doux parfum des 80’S

À Armes égales. (1982)Résultat de recherche d'images pour "a armes égales toshiro mifune"

Action – USA

Réalisé par John Frankenheimer

Avec Scott Glenn, Toshiro Mifune

Sortie en Blu-ray et DVD le 25 Juillet 2018

Chez Carlotta Films

 

Rick (Scott Glenn), un boxeur en fin de carrière, est engagé par Toshio (Sab Shimono) et Akiko Yoshida (Donna Kei Benz) pour rapporter au Japon un ancien sabre appartenant au maître du clan Yoshida (Toshiro Mifune). Arrivé à Osaka, il est kidnappé et amené devant Hideo Yoshida (Atsuo Nakamura), frère du maître et homme d’affaire prêt à tout pour s’accaparer le sabre.

Remontons le temps. Jusqu’à une décennie que les moins de 20 ans qualifieront de préhistoire : les années 80. À l’aube de cette époque jurassique, les dinosaures s’appellent Casimir, Walkman ou Atari 2600, s’ébattent joyeusement dans un environnement principalement composé de formica et de bakélite, et restent totalement ignorants des effets du réchauffement climatique. Quant au magnétoscope, c’est simplement l’objet le plus hype qu’on puisse trouver dans une maison. Le samedi soir arrivé, quand on ne se déhanche pas au Macumba en pantalon de cuir, à draguer des filles en veste à épaulettes, c’est très logiquement qu’on se rend en un lieu incontournable pour tout cinéphile : Le vidéo-club tenu par l’ami J.P. Là, dans ce local généralement surchauffé, au milieu des odeurs de renfermé et de clope froide (la Loi Évin est encore une douce utopie), on cherche fébrilement, au choix, dans le rayon action une vidéo furieuse remplie de coups de tatanes, ou au rayon horreur une cassette bien gore qui jettera votre conquête permanentée dans vos bras d’un sursaut dégoûté.

Comme toute époque dans laquelle une génération a grandi, elle suscite une douce mélancolie dans laquelle ceux qui l’ont vécue (et d’autres) aiment parfois se plonger. La tentation est alors grande de servir aux nostalgiques des produits faciles et à la qualité déplorable (Quiconque a déjà jeté un œil à une copie DVD du Retour des Morts-vivants II, par exemple, sait de quoi je parle). Heureusement on peut noter que certains savent jouer cette carte avec un talent certain. C’est le cas du Chat qui fume (à qui on doit les remasters de 3615 code Père Noël ou Le Retour des Morts-vivants, que nous avons chroniqué), et c’est également le cas de Carlotta Films qui nous livre avec À Armes égales un nouveau morceau de bravoure made in 80’s, enrichissant ainsi son (déjà généreux) label Midnight Collection.

À armes égales surfe, assez facilement, il faut bien l’admettre sur la vague des films d’arts-martiaux venus de l’autre côté du pacifique et qui fascina une génération de cinéphiles américains (mais pas que), au point qu’Hollywood se mit en tête d’en faire autant, mais en adaptant la recette à un public plus large. Héros yankee, décors qui le sont généralement tout autant, idéaux d’honneur et de noblesse relégués en arrière plan au profit d’objectifs plus prosaïques. Et s’il se déroule presque exclusivement au Japon (dans la région d’Osaka plus précisément), À Armes égales s’éloigne peu des canons du film de sabre à l’américaine. La progression du héros ne sort pas des clous, d’abord simplement motivé par l’appât du gain puis plus impliqué quand il s’agit d’aller sauver sa copine (et accessoirement récupérer l’héritage familial), et des scènes d’action plutôt propres mêlant katanas et mitraillettes. Rien de très neuf ni de très original, mais indéniablement efficace.

Si ce film possède une saveur si particulière, c’est sans conteste pour la présence du charismatique Toshiro Mifune, sans doute l’un des plus grands acteurs japonais, spécialiste du film de sabre et acteur fétiche d’Akira Kurosawa, avec qui il a collaboré sur 16 productions (dont Les 7 Samouraïs, Yojimbo ou encore Barberousse). Même vieillissant, il porte littéralement le film sur ses larges épaules et il irradie littéralement à chaque scène où il apparaît. Sa maîtrise du sabre et sa rapidité d’exécution restent impressionnantes, au même titre que son jeu tout en retenue et sa voix rocailleuse. La sévérité de son regard écrasant l’impudent Scott Glenn invite à l’humilité jusqu’au dernier spectateur.

Soyons honnête, À Armes égales ne surclasse pas vraiment ses concurrents de l’époque que ce soit pour son scénario ou ses scènes d’action. Typiquement 80’s, ce film l’est sans aucun doute, avec ses méchants très méchants et ses gangsters à mitraillettes tranchés à coups de sabres. À voir pour la prestation de l’immense Toshiro Mifune et le plaisir qu’on a à le voir manier le sabre.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Le Chevalier Noir prend les armes

Batman Ninja (2018)Résultat de recherche d'images pour "batman ninja"

Un film d’animation de Junpei Mizusaki

Disponible en Blu-Ray et DVD chez Warner

Depuis le 9 mai 2018 

 

À la suite d’un dysfonctionnement de la machine temporelle de Gorilla Grodd, Batman se retrouve propulsé en plein Japon féodal. Il découvre qu’il n’est pas le seul. Plusieurs de ses grands ennemis (le Joker, Harley Quinn, le Pingouin, Double Face, Deathstroke) sont arrivés avant lui et ont pris le pouvoir sur les différentes régions. Ils se battent pour devenir Shogun. Batman va devoir apprendre à se battre sans sa technologie et rétablir le passé pour garantir l’avenir.

L’incursion d’artistes japonais dans l’univers des adaptations animées de comics américains n’est pas nouvelle. Marvel l’a déjà fait il y a quelques années avec Iron Man et Wolverine. C’est au tour du héros emblématique de l’écurie DC de passer à la moulinette japonaise. En y réfléchissant bien, ce n’est pas si étonnant. Batman est un personnage maîtrisant les arts martiaux. Sa capacité à se déplacer sans être vu rappelle les compétences des ninjas. Leurs univers ne semblent donc pas irréconciliables.

Ce qu’on peut constater de prime abord, c’est la direction artistique fabuleuse. Junpei Mizusaki opte pour une variété rafraîchissante de l’animation. Du plus pur style manga aux estampes japonaises, il traverse les influences en cohérence avec les événements qu’il met en scène. C’est beau à chaque instant et il offre même des instants de poésie intense.

Le scénario, quant à lui, oscille entre le passionnant et le déroutant. Si ce qui touche aux traditions du Japon féodal se mêle agréablement à l’univers du chevalier noir, il n’en est pas de même pour l’utilisation de ressorts scénaristiques digne d’un épisode de Bioman. Pourquoi avoir intégré des robots géants qui n’apportent aucune plus-value à l’ensemble ? Cependant, l’histoire est suffisamment bien emballée pour intéresser au long des 80 minutes de métrage.

Batman Ninja est un film d’animation honnête et plus séduisant que son nom ne pourrait le laisser penser. On le démarre plein de préjugés et, finalement, on passe un très agréable moment. Ce n’est évidemment pas du niveau de l’animation japonaise habituelle mais une belle revisite graphique des personnages qu’on découvre comme jamais. Une fois encore, la Warner montre que sa version animée de l’univers DC est bien plus intéressante et audacieuse que les versions live.

Un article de Florian Vallaud pour culturotopia.com