Avignon Off 2018 : L’île de Tulipatan au Théâtre des Corps Saints

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Opéra-bouffe de Jacques Offenbach

Sur un livret de Henri Chivot et Alfred Duru

Mise en scène de Guillaume Nozach

Avec Laetitia Ayrès, Nicolas Bercet, Alexis Meriaux,

Hervé Roibin, Dorothée Thivet

Du 6 au 29 juillet 18

À 16h05

Au Théâtre des Corps Saints (Avignon)

Certains vous diront que Jacques Offenbach est une valeur sûre, que le succès est garanti dès que son nom est à l’affiche. Ce n’est pas faux. Depuis 138 ans qu’il a quitté son Paris, il n’a jamais quitté l’affiche. Certains de ses contemporains le méprisaient. Richard Wagner disait de lui qu’il était « le purin dans lequel les grands d’Europe aiment à se vautrer ».

Ses grandes œuvres sont multi-représentées à travers le monde (Orphée aux enfers, La Belle Hélène, Les Contes d’Hoffmann, etc) avec plus ou moins de réussite. Car ce dont on ne se rend pas compte, c’est qu’il n’est pas facile de bien mettre en scène du Offenbach. Dans sa musique comme dans ses livrets, tout est sur un fil ténu. Certains metteurs en scène ont vite fait de sombrer dans la vulgarité. Guillaume Nozach évite ce risque avec une facilité déconcertante.

Sur l’île de Tulipatan, le duc Cacatois XXII instaure une société patriarcale qu’il compte bien céder à son fils, le prince Alexis. Le grand Sénéchal Romboïdal, quant à lui, cherche à marier sa fille, Hermosa. Les deux jeunes se rencontrent et veulent se marier. Mais ils portent en eux un terrible secret qu’ils ignorent : Alexis est une fille et Hermosa un garçon.

De ce postulat aussi absurde que délirant, DreamDust Production tire un spectacle qui met à jour les propos infiniment actuels de l’œuvre. Guillaume Nozach respecte la partition d’Offenbach en lui injectant une bonne dose de modernisme. De la question des genres sexuels à la question des femmes au pouvoir, tout est évoqué avec finesse et dans un grand éclat de rire. Il met à jour l’absurdité de certaines barrières que tentent d’établir des politiques à la vision limitée.

Ce rôle est tenu à merveille par Nicolas Bercet, qui porte son duc Cacatois avec un air aussi ahuri que menaçant de bêtise. Il est irrésistible. Laetitia Ayrès (le prince Alexis) et Alexis Mériaux (Hermosa) ont la lourde tâche de porter des personnages qui ne sont pas dans les bonnes chaussures sans verser dans la caricature. Ils parviennent à rendre crédible et touchant ces personnages qui découvrent leur vraie nature et l’embrassent pleinement : un garçon qui s’est toujours senti fille et une fille en qui résidait un garçon…ou l’inverse. Après tout, peu importe pour le public qui les prend tels qu’ils sont. Hervé Roibin et Dorothée Thivet complètent la distribution avec une interprétation cartoonesque qui porte avec force le grotesque de leurs personnages.

L’ïle de Tulipatan est drôle, poétique et politique. On savoure la partition fine du maestro Offenbach et on s’aperçoit qu’il a encore beaucoup à dire sur notre époque. Les représentations sont souvent complètes et c’est mérité car il faut continuer à porter les œuvres de ce compositeur encore parfois trop méprisé. On vous le conseille sans modération.

Un article de Florian Vallaud

 

 

 

 

Avignon Off 2018 : « Meurtre mystérieux à Manhattan » au Théâtre Actuel

Meurtre mystérieux à ManhattanRésultat de recherche d'images pour "meurtre mystérieux à manhattan theatre"

D’après un scénario de Woody Allen

Adaptation et mise en scène de Elsa Royer

Avec Patrick Braoudé, Virginie Lemoine,

Gaëlle Billaut Danno, Benjamin Boyer,

Luc Gentil et Catherine Hosmalin

Du 6 Au 29 juillet 18

À 15h25

Au Théâtre Actuel (Avignon)

Adapter des films à la scène semble être une mode de plus en plus répandue. Alors qu’il était courant que le septième art adapte des pièces à succès, la tendance s’inverse. Comme si le théâtre ne se suffisait plus à lui-même et devait aller chercher ses intrigues au cinéma. Ces derniers mois, on pense à La Garçonnière tirée du classique de Billy Wilder ou encore au Lauréat. Ce n’est pas un jugement qualitatif ou d’épuisement des idées (certaines des pièces que nous vous avons chroniqué durant ce festival sont la preuve que la création est bien présente), c’est un constat. Les raisons peuvent en être multiples et la principale est probablement le nerf de la guerre : il faut remplir les salles. Un film connu agit comme un label, une garantie pour le public. Mais cela peut aussi s’avérer semé d’embûches, que cette adaptation du film de Woody Allen ne parvient pas à contourner.

Carol et Larry Litpon, un couple sans histoires, se retrouvent plongés dans une histoire rocambolesque lorsque leur voisine meurt étrangement. Cette histoire est d’autant plus bizarre que Carol l’aperçoit belle et bien vivante dans un bus quelques jours plus tard. Malgré les réticences de son mari, elle va se plonger dans une enquête aussi surprenante que dangereuse.

On le sait, adapter c’est toujours trahir un peu le matériau d’origine. Il serait inconcevable de parvenir à contenir tout ce qui faisait le sel de l’œuvre sans en perdre un petit peu. Quand on passe d’un film au théâtre, il faut en plus faire face aux limites techniques. Et c’est dans ce travail qu’Elsa Royer ne parvient pas pleinement à convaincre. On sent qu’elle a voulu conserver de Woody Allen le sens du rythme, des répliques qui fusent. Mais cela se fait au détriment de la narration.

Pour réduire le spectacle à 1h15, contre 1h48 pour le film, il a fallu sacrément couper. Sauf que les coupes ne sont pas reliées entre elles par des réécritures qui rendraient le tout cohérent et surtout compréhensible. Vouloir garder les répliques culte c’est bien, mais dans une intrigue policière (même comique), il est essentiel que le public saisisse les clefs. Lors de notre représentation, les spectateurs sont nombreux à se demander entre eux ce qu’ils ont compris de la résolution. D’autant que la mise en scène n’aide en rien. Malgré des écrans et deux espaces pour figurer deux appartements, on se surprend à se demander pendant quelques minutes où nous sommes. C’est tout de même dommage.

C’est d’autant plus embêtant qu’Elsa Royer s’est offert une distribution en or. Nous ne dirons jamais assez que Patrick Braoudé est un de nos grands comédiens mésestimés par le cinéma. Il le prouve encore en entrant dans les chaussons d’un rôle taillé sur mesure pour Woody Allen. Il parvient néanmoins à y inscrire sa patte, son sens de la comédie. Virginie Lemoine, quant à elle, se saisit du rôle autrefois confié à Diane Keaton. Elle éclaire de son interprétation le thème principal de l’histoire : les Lipton s’ennuient. Si le mari ne le voit pas, Carol trouve que cette enquête tombe à point nommé pour la sortir de sa routine. Virginie Lemoine a un talent fabuleux quand il s’agit d’incarner des femmes en mal d’aventure. Ce duo est la vraie force de la pièce. À titre personnel, nous regrettons que le rôle confié à Catherine Hosmalin soit aussi anecdotique. Elle mérite amplement mieux avec son étendue de jeu.

Meurtre Mystérieux à Manhattan est un divertissement honnête qui souffre cependant de gros problèmes d’adaptation. Il permet tout de même de passer un bon moment avec des comédiens qui donnent toute leur énergie pour le public. N’est-ce pas finalement le but d’une comédie ?

Un Article de Florian Vallaud

Avignon Off 2018 : « La Poupée Sanglante » au 3 Soleils

La Poupée SanglanteRésultat de recherche d'images pour "la poupée sanglante avignon"

Comédie Musicale de Didier Bailly

Et Eric Chantelauze

Mise en scène de Eric Chantelauze

D’après Gaston Leroux

Avec Charlotte Ruby, Didier Bailly

Alexandre Jérome et Edouard Thiébaut

Du 6 au 29 juillet 18

À 13h45

Au 3 Soleils (Avignon)

Créé il y a deux ans au Théâtre de La Huchette (Paris), le spectacle musical de Didier Bailly et Eric Chantelauze revient pour le festival d’Avignon 2018. Nous n’avions pas eu l’occasion de le voir à l’époque pour la simple et bonne raison que Culturotopia n’était pas encore sur les rails. Il fallait corriger cette erreur et l’occasion était trop belle. Nous voulions comprendre cet engouement autour du spectacle tiré d’une histoire de Gaston Leroux. Tout est maintenant limpide.

Nous sommes à Paris en 1923. Une série de disparitions inquiète les habitants de l’île Saint-Louis. Christine, une jolie jeune fille, va se faire engager avec son repoussant voisin Benedict chez un Comte dont la femme prétend qu’il est un vampire. La suite ne sera qu’un enchaînement de rebondissements et de révélations toutes plus surprenantes les unes que les autres.

Pour raconter son histoire, il semblerait que Gaston Leroux ait cherché à coller aux modes de son époque. On y côtoie des vampires, des sectes indiennes, des automates et des scientifiques. Gageons que l’absinthe a participé à l’écriture. Le spectacle qu’en tirent Eric Chantelauze et Didier Bailly assume pleinement cet aspect nanardesque du texte. Ils s’en amusent même ouvertement par de petits apartés dans la narration qui soulignent l’opulence d’idées. C’est malin et toujours dans le respect de l’œuvre. Le public se laisse prendre au jeu de ces rebondissements tous plus ahurissants les uns que les autres. Le tout est emballé avec une partition à la fois belle et sautillante. Ceci est une comédie et la musique va dans ce sens. On pense à Offenbach dans ses dernières œuvres en cohérence avec un monde dominé par la science et la technologie, celui des Contes D’Hoffmann ou du Docteur Ox.

Mais le spectacle ne serait rien sans son trio de comédiens et son pianiste, Didier Bailly lui-même. Ils coiffent 15 rôles différents avec une aisance déconcertante. Leur talent est tel que chaque personnage a sa physionomie et son phrasé propre. S’il n’y avait pas de narrateur pour nous placer les personnages dans l’intrigue, ils seraient tout de même faciles à identifier. Leurs qualités vocales sont à l’image de leur jeu : sans reproche.  Edouard Thiébaut nous offre même un numéro de claquette galvanisant poussant le public à applaudir en plein milieu d’un morceau.

La Poupée Sanglante mérite amplement son statut de spectacle à succès. Chaque étape de la création est soignée pour offrir au public un moment de pure gaieté, de frisson et de mystère. On espère un retour prochain sur Paris car ce genre de plaisirs, on en voudrait tous les jours.

Un Article de Florian Vallaud

Avignon OFF 2018 : « 59 » au Théâtre de l’Arrache-Cœur

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Une pièce de Christian Siméon

Mise en scène par Vincent Messager

Avec Vincent Messager, Muriel Santini,

En alternance Leslie Choukri ou

Morgane Touzalin-Macabiau

Du 6 au 29 juillet 18

À 20h25

Au Théâtre de l’Arrache-Cœur (Avignon) 

De Christian Siméon, nous ne connaissions que Le Cabaret des Hommes Perdus sur lequel nous étions tombés un petit peu par hasard au détour du rayon théâtre d’une librairie. Nous avions été séduits par sa plume acérée, crue et parfois cruelle. Nous n’avions pas eu l’occasion d’en voir plus et c’est dorénavant chose faite avec ce succulent 59que nous présente la Compagnie Les Enfants Terribles.

À Commentry, une malédiction touche les habitants et provoque des incidents aussi effrayants que drôles. Un étrange narrateur nous conte trois histoires particulièrement cruelles toutes liées par… une boite de rillettes. Il s’agit en fait de trois pièces courtes écrites par Christian Siméon et réunies en collaboration avec Vincent Messager pour faire un tout cohérent.

L’ensemble fait penser aux séries télévisées anthologiques telles que Alfred Hitchcock Présente, dont le générique nous accueille d’ailleurs à l’entrée dans la salle, ou aux Contes de la crypte. L’influence de ces programmes est d’ailleurs palpable dans la mise en scène de Vincent Messager. Par un jeu sur les ombres et les nuances de gris, on pense aux films d’horreur en noir et blanc des années 50. Les maquillages donnent aux visages des traits plus marqués, à la fois angoissants et grotesques.

Vincent Messager porte une attention toute particulière aux transitions entre les pièces qui est fluide et évite au maximum les noirs trop longs. Ainsi, le rythme est soutenu et les 85 minutes de spectacle filent à toute allure. La mise en scène met en exergue le caractère horrifique des histoires mais aussi leur drôle de cruauté par un jeu parfois emphatique. On frôle même le Grand-Guignol volontaire quand on fait face à une tête coupée grimaçante. Vincent Messager et sa troupe varient les rythmes de jeu pour sans cesse surprendre le spectateur et le résultat est réussi.

La Compagnie Les Enfants Terribles est une belle découverte de ce festival. Elle offre un spectacle à la cruauté réjouissante et succulente. L’écriture de Christian Siméon est fine, poétique et amusante.

Aurez-vous l’audace de découvrir cette pièce ? Après tout, vous n’en reviendrez peut-être pas ;).

Avignon Off 2018 : « Suite Française » au Théâtre du Balcon

Suite FrançaiseRésultat de recherche d'images pour "suite francaise avignon"

D’Irène Némirovsky

Mise en scène de Virginie Lemoine

Avec Florence Pernel, Béatrice Agenin,

Christiane Millet, Samuel Glaumé,

Emmanuel Bougerol, Cédric Revollon

Du 6 au 29 juillet 18

À19h

Au Théâtre du Balcon (Avignon)

 

Écrit entre 1941 et 1942, Suite Française est en fait le nom d’un cycle projeté par son auteure, Irène Némirovsky, dont la barbarie nazie a signé la fin. Déportée puis morte dans les camps, elle n’aura jamais le temps de la finir. Il nous reste deux volets terminés sur cinq initialement prévu: Tempête en Juinet Dolce. C’est l’adaptation de ce dernier que Virgnie Lemoine met en scène au Théâtre du Balcon pour le festival d’Avignon.

 

Dans la petite ville de Bussy, Lucile Angellier attend son mari parti à la guerre. Elle vit avec sa belle-mère, une femme froide et volontiers cassante. C’est alors qu’ils doivent héberger un soldat allemand, Bruno Von Falk. Une attirance apparaît entre les deux.

 

La difficulté d’adapter ce type de roman réside dans le fait qu’il s’agit davantage de la description d’une ambiance et d’un cadre que d’un roman d’intrigue. Cela fonctionne parfaitement à la lecture, mais peut-être moins au théâtre, si bien qu’on se demande durant les trois quarts de la pièce ce qui nous est narré. Ce défaut n’est imputable ni aux acteurs, ni à la mise en scène : c’est que le matériau de départ n’est pas le plus indiqué.

 

Cependant, Virginie Lemoine parvient à en tirer un spectacle bien tenu. Par la simple utilisation de projecteurs, elle dessine différents espaces en un rien de temps et apporte une fluidité bienvenue. Les scènes s’enchaînent et le rythme ne retombe jamais, évoquant une urgence de l’époque. Son art de la narration n’est plus à prouver et elle montre encore qu’elle excelle dans ce domaine.

 

La distribution est, elle aussi, impeccable même si on se pose la question de la pertinence d’avoir proposé le rôle de la jeune première à Florence Pernel. Cela pose, pour nous, quelques problèmes de crédibilité, même si cela n’enlève rien àson talent : Béatrice Agenin qui interprète sa belle-mère n’a que 10 ans de différence avec elle. Il aurait peut-être été plus intéressant de le confier à une jeune actrice inconnue afin de la mettre en lumière.

 

Suite Françaiseest une pièce qui fonctionne. L’ensemble est bien emballé et on prend plaisir à suivre ces comédiens durant 1h20. Ce n’est probablement pas une pièce incontournable, mais cela reste du bel ouvrage qui vous fera passer un début de soirée agréable.

Avignon OFF 2018 : « Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty ? » au Théâtre du Roi René

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Un spectacle musical D’Éric Bu et Élodie Menant

Mis en scène par Johanna Boye

Avec Élodie Menant, Cédric Revollon, Céline Esperin

Et Marc Pistolesi

Du 6 au 29 juillet 18

À 13h

Au Théâtre du Roi René (Avignon)

On pense tout savoir de cette « gueule d’atmosphère ». De Hôtel du Nord aux Enfants du Paradisen passant par Les Visiteurs du soir, sa gouaille parigote continue à enchanter et fasciner les cinéphiles. Elle a fait l’objet de nombreuses biographies écrites ou filmées, de téléfilms évoquant son comportement face à l’occupant pendant la guerre. « Mon cœur est français mais mon cul est international » déclamait-elle. Mais connaît-on vraiment Léonie Bathiat, la femme qui se cache derrière Arletty ?

C’est à ce voyage intérieur que nous convie l’équipe de ce spectacle musical rafraîchissant. Arletty nous raconte sa vie par un spectacle de cabaret qu’elle maîtrise de bout en bout, du moins c’est ce qu’elle pense. Car certains aspects de sa vie ne peuvent être passés sous silence. Incarnée par une Élodie Menant plus vraie que nature, elle nous mène de Léonie Bathiat à Arletty, de sa naissance à sa mort.

On y croise les plus grands artistes de l’époque : Carné, Prévert, Michel Simon, Cocteau, etc. On y rencontre surtout une femme qui, agressée par la vie et la fatalité, refuse de s’y soumettre. Une femme libre de ses choix qui modèle sa vie comme elle veut malgré ce qu’on pourrait en penser. Les auteurs évitent l’hagiographie pour offrir un portrait complet de ce personnage complexe. Ainsi, ses rapports avec les collaborateurs et l’occupant pendant la seconde guerre sont mis en lumière dans une scène à la tension palpable. Arletty qui se vante de toujours fuir ne peut pas fuir cette confrontation. Mais finalement, la gaieté et la gouaille du personnage l’emportent toujours dans un éclat de rire sonore ou un numéro musical de grande qualité.

Le spectacle est évidemment porté par Élodie Menant, parfaite dans tous les registres. Elle donne à son personnage une vérité éclatante et une profondeur qui perce à travers les barrières qu’elle s’est forgées. Le reste de la distribution étincelle par sa capacité à endosser les autres rôles. Marc Pistolesi incarne Prévert et Simon sans jamais verser dans la mauvaise imitation. Il évoque et cela fonctionne. Céline Esperin propose une Colette qui ne fait que passer dans le spectacle mais dont on se souvient. Sa présence seule suffit à lui donner corps. Cédric Revollon, quant à lui, un Marcel Carné tout en nervosité. Un artiste que rien ne séduit d’autre que ses propres idées.

Est-ce que j’ai une gueule d’Arletty ?est de ces grands spectacles musicaux qui rendent hommage à notre patrimoine en offrant un divertissement à tous les niveaux. On rit, on est ému, on est tendus. Le succès est tel que, enchaînement des spectacles avignonnais oblige, le public a continué à applaudir en sortant du théâtre. Un immanquable du festival !

Un Article de Florian Vallaud

AVIGNON OFF 2018 : Mémé dans « Petits arrangements avec la vie » au Forum

 Mémé dansRésultat de recherche d'images pour "Mémé Avignon 2018"

« Petits arrangements avec la vie »

D’Anne Cangelosi et Alexandre Delimoges

Mise en scène par Alexandre Delimoges

Du 6 au 29 juillet 18

A 17h15

Au Forum (Avignon)

Mémé, c’est un personnage ! Un personnage haut en couleur, qui dit tout haut ce que les autres pensent tout bas. Une femme de 84 ans qui a bien vécu, vient de perdre son mari, mais n’a visiblement pas perdu son énergie. Durant un peu plus d’une heure, elle va dépeindre sa vie amoureuse et sexuelle avec un franc parlé étonnant mais libérateur.

Mémé est une création de sa comédienne, Anne Cangelosi, pour donner une voix à ceux que la société oublie trop souvent. Ceux qu’on appelle affectueusement « nos vieux » ou les « seniors », qu’on considère près de la fin ou en instance de mort. Par ce personnage autant attachant qu’il peut être piquant, Anne Cangelosi nous rappelle que nos anciens sont toujours pleins de vie avec un avis sur tout.

L’ensemble est drôle et bien mené. Si on connait parfois certaines des blagues, la sympathie de Mémé fait qu’on s’en amuse sans peine. Un passage sur la fellation sort du lot et offre de quoi rire aux larmes. Il suffit de se laisser porter par la bienveillance de l’ensemble. Comme tout spectacle d’humour, certains n’y seront pas sensibles mais le mieux reste encore de partir à la rencontre de Mémé et de se laisser charmer par elle.

Un article de Florian Vallaud