Une suite incandescente

Couleurs de l’incendie (2018)Résultat de recherche d'images pour "couleurs de l'incendie"

Un roman de Pierre Lemaître

Publié le 4 Janvier 2018

Chez Albin Michel

Déjà un beau succès littéraire couronné par le prix Goncourt, Au Revoir là-haut de Pierre Lemaître trouve une seconde vie après son adaptation cinématographique par Albert Dupontel. Elle remémore un grand roman à ceux qui l’ont lu et fait découvrir son univers aux autres. C’était le timing idéal pour sortir un nouveau tome de ce qui s’annonce comme une trilogie. En littérature comme au cinéma, c’est compliqué d’écrire la suite d’un gros succès et Pierre Lemaître ne démérite pas.

L’histoire démarre immédiatement à la fin du tome précédent avec l’enterrement de Marcel Péricourt, le père banquier du protagoniste estropié au centre de Au Revoir là-haut. Le Tout-Paris est là pour assister aux obsèques menées de main de maître par sa fille, Madeleine. C’est le moment que choisit son jeune fils pour se jeter d’une fenêtre du deuxième étage et finir handicapé. Madeleine va devoir découvrir la vérité, et affronter des « adversaires » tapis dans l’ombre qui cherchent sa perte.

Ce qui faisait le sel du roman précédent se retrouve complètement dans ce nouveau tome. Pierre Lemaître nous narre une « entre-deux guerre » où des êtres minables, motivés par leurs petits intérêts, n’hésitent pas à écraser les autres pour se hisser dans la société. Les coups bas et autres retournements de situation rythment un récit machiavéliquement bien huilé. Les années passant, une menace pointe le bout de son nez du côté de l’Allemagne et apporte un éclairage plus pesant au fil des pages.

Mais la langue de Pierre Lemaître est volontiers joueuse. L’auteur aime les ironies dramatiques et est capable des répliques les plus cinglantes dans les moments tragiques. En ceci, les premières pages du livre narrant l’enterrement de Marcel Péricourt sont un petit bijou d’humour noir. Il pointe du doigt cette époque où les apparences et l’hypocrisie priment sur l’honnêteté et la vérité.

Couleurs de l’incendie est un livre passionnant dont il est bien difficile de se détacher. Avec son talent pour décrire une époque et ceux qui y vivent, Pierre Lemaître signe un deuxième volet brillant d’une saga familial qui pourrait bien être aussi marquante que les Malaussène de Daniel Pennac. On attend avec impatience le prochain opus pour découvrir comment les Péricourt vont bien pouvoir vivre l’aube de la seconde guerre mondiale.

Un article de Florian Vallaud

Rentrée littéraire épisode 4 : Un pied dans Nothomb

Frappe-toi le coeur (2017)

Un roman de Amélie Nothomb

Paru le 23 Août 2017

Chez Albin Michel

Chez les journalistes, il y a ce qu’on appelle les « marronniers » : des infos qu’on ressort chaque année à la même période pour combler de l’espace. La rentrée des classes, les installations des décorations de Noël, etc. Pour les critiques littéraire, il y a certains auteurs. Invariablement, on retrouve un nouvel ouvrage signé de leur main sur les étals des libraires. Ils sont bien mis en avant, arborant une photo de l’auteur dont les clients connaissent le visage. On ne vend pas un livre, on écoule son auteur. Amélie Nothomb en fait partie. N’allons pas jusqu’à la mettre sur le même plan que Marc Levy et Guillaume Musso ! Elle a écrit de très bons livres. Mais la notoriété faisant, l’image a primé sur la qualité. On parlait davantage d’elle dans les médias pour dire qu’elle portait des chapeaux incroyables ou mangeait des fruits pourris que pour parler de son œuvre. De fait, elle est foisonnante : un roman par an depuis 1992. On peut comprendre qu’à ce rythme, elle n’ait pas le temps de ne faire que des chefs d’œuvre. Son dernier roman paru chez Albin Michel ne fait pas exception. Frappe-toi le cœur est non seulement faible mais fait preuve d’essoufflement de la part de l’auteur. Ne serait-il pas tant de prendre un peu de vacances ?

Marie est de celles qui aiment séduire les garçons. Elle veut que les hommes la désirent et que les femmes l’envient. Mais elle tombe enceinte d’un magnifique bébé : Diane. En elle va naître la jalousie pour sa fille dont elle ne va pas s’occuper. Diane grandit et se trouve une mère de substitution dans une prof d’université. Mais ne rejoue-t-elle pas le schéma familial ?

Vous ne rêvez pas, Amélie Nothomb nous sert ce coup-ci le Baby blues et le désamour d’une mère pour sa fille. Ce pourrait être un point de départ assez classique mais qui fournirait une base pour aller plus loin. L’auteur en a visiblement décidé autrement puisque le roman ne décolle jamais et reste irrémédiablement ancré à son postulat. Une fois qu’on a compris les mécanismes de fonctionnement de ces deux personnages, l’histoire s’embourbe dans un développement redondant de la même idée : la relation mère-fille et la jalousie . L’ennui prend le dessus et on espère, en vain, être surpris. L’écriture, d’habitude si vive et rafraîchissante, devient ici d’une banalité affligeante.

Nous ne pouvons pas épiloguer davantage sur ce roman tant il est vide de sens et d’intérêt. Il a, au moins, l’avantage d’être court. Frappe-toi le cœur sent le travail bâclé et ne procure que peu de plaisir au lecteur. Il s’agit de notre première grosse déception de cette rentrée littéraire 2017.

Un article de Florian Vallaud

Costa Brava, des étés de porcelaine

Costa Brava (2017)

Un roman de Eric Neuhoff

Publié chez Albin Michel

Au tournant des années 70-80, un genre cinématographique était en vogue en France : le film de vacances. Dit comme cela, on pourrait rétorquer que ce n’est pas nouveau, et que Jacques Tati le pratiquait déjà en 1953 avec Les Vacances de Monsieur Hulot. Il convient donc de préciser le propos car cette comédie burlesque géniale est bien différente de ce que nous allons évoquer. Certains réalisateurs français, avec en tête Michel Lang et Pascal Thomas, vont utiliser les lieux de villégiature comme des décors de vaudeville. Ils vont brosser au cours de leurs films un portrait tendrement moqueur d’une certaine bourgeoisie. On pense à L’Hôtel de la Plage et bien d’autres films avec Daniel Ceccaldi. Ces bulles nostalgiques d’une certaine idée des vacances vont disparaître avec l’arrivée des années 90. Seule Julie Delpy leur rendra un vibrant hommage avec Le Skylab. C’est aujourd’hui vers la littérature qu’il faut se tourner pour y trouver un traitement analogue. Peut être un peu trop d’ailleurs. Le dernier roman d’Eric Neuhoff, Costa Brava, s’inscrit dans cette veine du « c’était mieux avant ». Mais son livre aurait-il pu être mieux avant ?

Le narrateur, probablement Eric Neuhoff lui-même, est en vacances avec ses enfants sur la Costa Brava où il a passé son enfance et sa jeunesse. Mais rien n’est plus comme avant. Le concept même de vacances a changé avec le temps qui passe. Il se remémore alors ces instants comme autant de petites bulles de bonheur qui éclateraient dans sa tête. Le résumé du livre est assez simple à établir et c’est bien le problème. On a toujours peur de trop en dire. Seulement, dans ce roman, le postulat de départ n’évolue guère et c’est sa principale faiblesse. Si les films auxquels il fait penser peignaient un portrait d’un microcosme par le biais de leurs vacances, Eric Neuhoff se contente d’une histoire qui ne va pas plus loin que la simple nostalgie. Il accumule les anecdotes comme autant de clichés vieillis d’un passé qu’il considère comme idyllique. On traverse tout et rien à la fois : les premiers émois, la première relation sexuelle, etc. Mais ce qui nous est conté est tellement particulier et réservé à une frange privilégiée de la population qu’il est difficile d’y trouver un discours universel. Dans les années 70, rares sont les français à pouvoir se payer des vacances en Espagne sur un bateau par exemple.

Le style d’Eric Neuhoff est fluide et agréable mais ne compense pas le manque d’intérêt qui se dégage de l’histoire. Les personnages ne sont pas assez développés pour fasciner et la construction générale perd le lecteur très souvent. Les bonds entre présent et passé sont aléatoires mais pas assez clairs pour qu’on ne s’y égare pas. Ce pourrait être un effet de style intéressant mais trop peu maîtrisé pour qu’il soit pertinent.

On ne peut pas aller jusqu’à dire que la lecture de ce roman est désagréable. Elle est juste anecdotique. L’accumulation de petites pastilles de vacances n’évoque ni une époque, ni un contexte. On pense très rapidement aux soirées diapos que nous imposaient nos oncles et tantes après leur voyage avec le comité d’entreprise. C’est sympathique au début mais ça lasse vite.

Un article de Florian Vallaud

Born to Write

Born To Run (2016)

Autobiographie de Bruce Sprinsgteen

publiée chez Albin Michel

Quand on en vient à réfléchir aux icônes du rock qui ont marqué de leur empreinte l’histoire de la musique, les noms sont nombreux : les Rolling Stones, David Bowie, The Beatles avec leur album Sgt Peppers lonely hearts club band, CSNY… La liste est interminable. Mais quand on tente de la réduire aux artistes qui ont le mieux raconté les Etats-Unis de la seconde moitié du XXème siècle, on tombe inévitablement sur Bruce Springsteen. Ses disques traitant des milieux populaires vivant dans cette nation « post-american dream », ses engagements politiques et sociaux, ses concerts marathon capables de galvaniser des stades entiers pendant plus de trois heures : il est indéniable que l’histoire de la musique retiendra son nom. On retiendra aussi que ce n’est pas qu’un mélodiste mais aussi un parolier de talent. Ses chansons varient les points de vue, utilisent de nombreuses images poétiques et parfois même embrassent tout un contexte social. Il était donc normal qu’il passe le cap et écrive un livre. C’est par une autobiographie, sortie fin Septembre chez Albin Michel, que le Boss démontre ses talents d’auteur. Après tout, nombre de biographes sont passés avant lui pour relater le périple qui l’a mené de fils d’ouvrier à star internationale. Il fallait donc déployer d’autres atouts pour revisiter et se réapproprier sa vie.

Après tout, l’autobiographie est un genre littéraire à part entière même si il a été choisi comme une facilité par nombre de stars, ou de starlettes, afin de capitaliser sur leur notoriété. Avant Loana et Nabilla, il y a eu Rousseau, Saint-Augustin et Chateaubriand. Toutes proportions gardées, c’est dans un héritage littéraire que s’inscrit Springsteen, gardant son goût pour les images bien senties et les ambiances. A ce titre, la première partie sur l’enfance et la jeunesse du chanteur dans le New Jersey dresse un portrait tout en nuances des familles italo-irlandaises dans les années 50-60. Il parle davantage de sa famille qu’il ne parle de lui et les anecdotes pointilleuses ne servent qu’à servir l’ensemble. En parlant du particulier, il dresse une image universelle.

Si il a pris sept ans pour l’écrire, c’est que Springsteen est un orfèvre de l’écriture. Il écrit et réécrit sans cesse pour que le résultat soit ciselé comme il l’imagine. Cela donne au livre un style romanesque et une fluidité qui rend le tout agréable à parcourir. Une certaine honnêteté, et volonté de faire ce projet avec le cœur, transparaît. Certains pourraient d’ailleurs voir dans la propension du chanteur à l’auto-critique une fausse modestie. Mais pas mal d’événements racontés par l’auteur peuvent être contrebalancés par les différentes versions relatées dans d’autres biographies ou par des membres du groupe.

Mais peu importe la véracité des faits ! C’est avant tout une aventure humaine qui nous est racontée d’une bien jolie façon. L’histoire d’un jeune fils d’ouvrier qui va prendre sa guitare sous le bras et poursuivre ses rêves. Il va être épaulé par d’autres gars comme lui et, toujours en avant, ils vont vivre la plus belle des aventures. Il s’offre même le luxe de nous offrir des pages d’une tension digne d’un roman à suspens lors d’un périple en camion pour la Californie. Baby they were born to run…