Cocoon s’offre une cure de jouvence

Cocoon (1985)Résultat de recherche d'images pour "cocoon carlotta"

Comédie – Science Fiction

Un film de Ron Howard

Avec Don Ameche, Wilford Brimley,

Brian Dennehy, etc

Distribué par 20th Century Fox

Réédité le 8 Août 2018

En DVD et Blu Ray

Chez Carlotta

Quand un trio de seniors mal en point retrouvent des forces après une plongée dans une piscine où reposent des cocons aliens, ceux-ci vont se lancer dans une quête effrénée de leur jeunesse.

Sorti en France en Novembre 1985, Cocoon rencontre un gros succès et se hisse sans mal à la sixième place des plus gros succès de l’année aux États-Unis. Il empochera deux oscars en 1986 : Meilleur second rôle pour Don Ameche et Meilleurs effets spéciaux pour la société de Georges Lucas, ILM. Tout d’abord proposé à Robert Zemeckis, qui déclinera pour aller tourner A La Poursuite du Diamant vert, le film tombe entre les mains de Ron Howard qui sort de la réussite de Splash. La ressortie en éditions Blu-Ray nous permet d’effleurer les raisons qui l’ont fait entrer au panthéon des films cultes des années 80.

Le scénario de Tom Benedek est un petit bijou de symbolisme. Si son nom ne vous dit rien, c’est assez normal car il n’a commis que deux autres films à la réussite plus que relative : le Pinocchio de Steve Barron en 1996 et Zeus et Roxane en 1997. Il n’empêche queCocoonest un modèle du genre reconnu par les professionnels et récompensé par la Writers Guild of America. Si les deux premiers actes du film sont relativement classiques, ils ont le mérite de mêler subtilement comédie et science-fiction. L’histoire s’inscrit aussi dans la mode de son époque puisque les aliens sont plutôt amicaux. Même quand les trois protagonistes brisent leur parole de ne pas révéler les vertus de la piscine, ils ne leur en tiennent pas rigueur et leur font une autre proposition. Ce qui nous mène au troisième acte, métaphore de la mort et du passage dans l’au-delà.

Les retraités embarquent à bord du bateau mené par Steve Guttenberg pour rejoindre le vaisseau des extra-terrestres. C’est alors que les situations lourdes de sens s’enchaînent. La cellule familiale, jusque-là totalement absente pour les retraités, fait son apparition. Elle nous rappelle qu’ils ont été placés en maisons et quasiment oubliés. Lorsque l’un d’eux révèle à son petit-fils son intention de « partir », l’enfant négocie. Il tente de suivre ses grands-parents mais on lui rappelle que ce n’est pas sa place, pas encore. Enfin, comment ne pas penser à la descente du Styx de la mythologie grecque, où le passage vers l’autre monde, vers l’éternité, se faisait en bateau. Le personnage de Steve Guttenberg devient alors un ersatz de Charon.

La subtilité du scénario est portée par une réalisation ancrée dans les codes des années 80. Par la lumière et les ambiances, on ne peut s’empêcher de penser à E.T. , ou plus largement aux films Amblin produits par Spielberg. Seulement voilà, Ron Howard est un bon faiseur mais il a probablement appris le sens du rythme avec Georges Lucas. Chaque plan est posé et fait penser à du Woody Allen sous Lexomyl. Un peu plus de fougue aurait pu être la bienvenue. Cependant, cela ne parasite en rien la lecture du film sinon qu’il paraît parfois un peu longuet.

Décidément, Carlotta se pose encore une fois comme l’éditeur à suivre avec attention. En ressortant Cocoon dans une sublime copie, c’est notre jeunesse qu’il restaure. On aurait probablement aimé un peu plus de bonus pour envelopper le tout mais le film se suffit à lui-même.

Un article de Florian Vallaud

Le Retour du fils pro-dingue

Deadpool 2.Résultat de recherche d'images pour "deadpool 2"

Fantastique, Comédie – USA

Réalisé par David Leitch

Avec Ryan Reynolds, Josh Brolin, Julian Dennison…

Sortie en salle le 16 Mai 2018

Distribué par 20th Century Fox

Après avoir assouvi sa vengeance, Wade Wilson, alias Deadpool (Ryan Reynolds), file le parfait amour avec Vanessa (Morena Baccarin) tout en poursuivant sa sanglante œuvre de salut public en écharpant les malfrats du monde entier. Recruté de force par un Colossus (André Tricoteux) en peine de X-Men, Deadpool, qui laisse une fois de plus son impulsivité dicter son comportement, échoue dès sa première mission et finit dans la pire prison à mutants qu’on puisse trouver en compagnie de Russel, dit Firefist (Julian Dennison). L’histoire aurait pu en rester là, si Cable (Josh Brolin), le tueur de mutants débarqué du futur, n’avait pas titillé l’intérêt de l’invincible mercenaire.

De tous les personnages qui composent l’écurie Marvel, Deadpool occupe une place à part. Déjà parce qu’il a pleinement conscience d’être un personnage de fiction.  Et sans doute aussi parce que la plupart des super-héros sont plutôt faciles à cataloguer, même si chaque héros a sa part d’ombre et chaque méchant sa fêlure. Deadpool, lui, avec son costume écarlate rappelant le Père Noël et son caractère plus proche du Père Fouettard, incarne une sorte d’ambivalence, un personnage qui peut avoir les meilleures intentions du monde, mais qu’il manifestera systématiquement de la pire des manières. Il y a 2 ans, Deadpool était adapté au cinéma et venait remuer l’univers poli des X-Men avec son anti-héros en quête d’une vengeance outrancièrement violente et vulgaire. Peu importait la faiblesse générale du budget ou du scénario, la surprise était alors totale et le public en redemandait. Mais passée la surprise, attendu que Deadpool 2 était annoncé comme encore plus fou que son prédécesseur, est-ce finalement toujours aussi bon ?

« Le mieux est l’ennemi du bien » dit-on parfois d’un ton péremptoire, et il est vrai que parfois, la surenchère n’est pas la meilleure piste quand il s’agit d’orchestrer une suite. Néanmoins, pour des œuvres comme Deadpool, une autre piste aurait-elle vraiment fait sens ? Pas sûr. Après tout, la surenchère est dans l’ADN du personnage, c’est donc tout naturel qu’il nous revienne encore plus… tout, en fait. Et même si l’objectif est clairement de capitaliser sur le succès du premier, le résultat n’est franchement pas désagréable. Deadpool, égal à lui-même, est toujours aussi drôle, et ses vannes toujours aussi lourdes. Le duo formé avec Cable, en dépit de sa simplicité, fonctionne plutôt bien compte tenu du sérieux excessif de ce dernier. Les personnages secondaires trouvent leur place en apportant un peu de diversité et de nuances à Wade Wilson. On regrettera juste le recours un peu facile aux répétitions et les références employées à seule fin de punchlines. Mais on ne peut pas retirer à l’ensemble son ton totalement réjouissant.

Pour les autres aspects, Deadpool 2 s’en sort avec les honneurs. Les scènes d’actions remplissent parfaitement leur office, même si les ralentis ne sont pas toujours bien exploités, comme dans la première rencontre entre Cable et Deadpool, où ils cassent littéralement l’action. Néanmoins, dans l’ensemble, ces séquences sont fluides, lisibles et nerveuses. Prenant plus encore le contre-pied du film de super-héros, Deadpool 2 renonce à une grandiloquente scène finale comme celle du premier pour un final faisant la part belle au délire et au cabotinage de Ryan Reynolds, qui décidément s’éclate sous la cagoule de Deadpool. Moins impressionnant, mais mieux maîtrisé et hilarant au possible en dépit des enjeux, forcément très artificiels. Car Deadpool 2 ne brille pas plus que son prédécesseur par son scénario, même s’il s’en sort avec ses personnages, certes, pas très forts mais en adéquation avec le ton général, qu’il s’agisse de la nonchalante Domino (Zazie Beets) ou du jeune Firefist, véritable petit con de bout en bout. On ne s’étonnera pas que Deadpool finisse par s’attacher à lui. Encore une fois donc, l’intrigue est cousue de fil blanc, mais c’est un plaisir tellement coupable qu’on ne lui en tient pas vraiment rigueur, eut égard pour la sympathie communicative de l’immortel mercenaire. Après un premier opus en forme d’essai, la suite assume pleinement son essence de pastiche loufoque.

Quiconque a apprécié le premier épisode adhérera sans peine à sa suite, laquelle adresse joyeusement un doigt d’honneur aux hermétiques. Deadpool continue son innocente entreprise de dynamitage de la franchise X-Men, se moquant de tout et de tout le monde. Et finalement, c’est pour ça qu’on l’aime.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux