« La vie réelle n’est pas assez musicale »

Vous avez dit Broadway ? Résultat de recherche d'images pour "vous avez dit broadway"

Un spectacle de Antoine Guillaume

Mise en scène de Michel Kacenelenbogen

Avec Antoine Guillaume et Julie Delbart au piano

Du 22 Août au 28 Octobre 2018 

Du Mardi au Samedi à 21h et le Dimanche à 18h

Au Lucernaire ( 75)

« La vie réelle n’est pas assez musicale », et ça nous l’avons toujours dit. Qui n’a jamais rêvé de voir les gens chanter et danser comme une célébration ? Qui ne s’est jamais cru dans un clip en écoutant ses musiques préférées tout en marchant dans la rue ? Personne ? Oh non, ça je n’y crois pas. La musique nous entoure, comble nos vies et nous transmet tout un panel d’émotions, de souvenirs et de rêves. Et c’est d’ailleurs avec cette déclaration pleine de bon sens que débute Vous avez dit Broadway ? actuellement au théâtre du Lucernaire du Mardi au Dimanche à 21h.

Le principe du spectacle ? Un employé de théâtre va nous raconter des coulisses, alors qu’une représentation de « Cabaret » se joue au même moment sur scène, l’histoire grand large des Comédie Musicales ainsi que son histoire avec les comédies musicales. L’histoire, Antoine GUILLAUME nous la chuchote. Ce qui peut sembler déroutant au départ finit par créer une atmosphère chaleureuse, d’écoute et surtout de partage. Le partage de secrets. Le partage d’une relation intime et fusionnelle.

Accompagnée par sa talentueuse pianiste Julie DELBART, Antoine GUILLAUME est passionné, ce qui le rend passionnant. Au fil de ces 90 minutes, il vous fera partager l’histoire des comédies musicales au travers de différentes anecdotes et histoires souvent méconnues. Tout ceci entremêlé par des chansons de différents spectacles, connus ou oubliés.

Difficile d’en dire véritablement plus car c’est avant tout un ressenti. Mais ce que nous pouvons vous dire, c’est que nous avons passé un moment plein d’émotions. Antoine GUILLAUME arrive à communiquer pleinement avec son public. Si bien que souvent, ces souvenirs, ses émotions nous renvoient aux nôtres.

Ce spectacle est fait pour tout le monde. Aux connaisseurs et amateurs du genre qui, comme nous, reverrons leurs plus beaux moments dans les siens, et aux personnes moins connues du fait qui trouverons, nous l’espérons, la curiosité de s’intéresser à cet art souvent décrié et méconnu en France. Cependant, nous devons l’admettre, cette tendance vient à changer ces dernières années et c’est une bonne chose.

Vous avez dit Broadway ? est définitivement un spectacle à ne pas manquer. Un spectacle de partage, d’émotions et d’intimité. Un spectacle passionnant servi par un passionné. Et surtout, un spectacle plein de musiques qui font chaud au cœur et donnent envie de retourner à Londres, ou mieux encore, de découvrir Broadway pour encore plus de souvenirs. Car comme le dit si bien Antoine GUILLAUME : « La vie réelle n’est pas assez musicale ».

Un article de Quentin Gabet

Les confessions du matricule 24601

ValjeanRésultat de recherche d'images pour "valjean christophe delessart"

D’après Victor Hugo

Adaptation et interprétation

de Christophe Delessart

Mise en scène de Elsa Saladin

Au Théâtre Essaïon (75)

Les jeudis, vendredis et samedis à 19h30

Depuis le 23 Août 2018

Pour ceux qui ont eu le bonheur d’aller jusqu’au bout des cinq tomes qui constituent la fresque flamboyante de Victor Hugo, Les Misérablesest un souvenir de lecture impérissable. Chacun de ses personnages restent dans un coin de la tête et du cœur, tous sous la figure tutélaire de l’ex-bagnard Jean Valjean. Il est la figure qui nous fait rencontrer les autres personnages. Nous le suivons de sa libération de Toulon à ses derniers instants. C’est le roman d’une rédemption qui démarre par la clémence d’un évêque et le vol d’une pièce à un enfant. La suite, tout le monde la connaît dans les grandes lignes par les multiples adaptations : la promesse à Fantine, Cosette chez les Thénardiers, etc. C’est par le prisme de Valjean que le comédien Christophe Delessart et sa metteur en scène Elsa Saladin abordent cette saga foisonnante. Le pari est réussi haut la main.

Dès l’entrée dans la salle, les premières intentions de mise en scène apparaissent au spectateur : un bureau et un paravent habitent l’espace, et rien d’autre. Elsa Saladin opte pour un plateau épuré afin de faire écho à la solitude du personnage qui, bien qu’accompagné de Cosette, reste pourtant face à lui-même. Un miroir trônant au mur du fond appuie cette idée mais renvoie également l’image de Valjean au spectateur. Cette âme en errance, en quête de rédemption, c’est aussi un peu nous. La metteur en scène nous place face à ce que Hugo raconte de notre humanité et des blessures qui nous habitent. De concert, le texte et la scénographie mettent en exergue les thèmes essentiels de l’œuvre en l’espace d’une heure et quart. On avait vu plusieurs personnes s’y casser les dents, ce n’est pas le cas ici.

Elsa Saladin se permet même d’ajouter une autre grille de lecture à celle déjà présente dans l’œuvre. En faisant adopter à son comédien un physique proche du génie de la Place des Vosges, elle rappelle que l’histoire de Hugo et Valjean ne font qu’une. En exil durant l’écriture des Misérables, l’auteur se projette dans son personnage. Ainsi, la notion d’exil et de relation père / fille apparaissent avec plus de clarté dans cette adaptation. À travers l’œuvre se profile le créateur.

Mais toutes ces bonnes intentions ne seraient rien sans un comédien solide pour les porter. Christophe Delassart est cet homme providentiel. Ce n’est jamais facile de tenir un public pendant plus d’une heure avec un monologue, et encore moins quand il s’agit d’un classique que tout le monde pense connaître. Il incarne Jean Valjean avec force mais aussi des faiblesses internes qui transparaissent sous la carapace. Il nous mène avec lui dans la psyché du personnage. Puis, sans qu’on s’y attende, il tombe le masque pour jouer un tout autre personnage avec une voix, un phrasé et un physique différent. L’ensemble est crédible à chaque instant. Christophe Delassart est à la fois narrateur et acteur de cette histoire. Il la porte avec une passion communicative et une réelle maîtrise de son art.

Valjean se démarque dans le lot des adaptations hugoliennes par des interprétations très justes du roman. Elsa Saladin et Christophe Delassart ne se contentent pas de nous faire un résumé d’une histoire déjà connue, ils la questionnent et mettent au jour ce qu’elle a encore à nous raconter. Le soir de la première, le comédien rappelait ô combien nous avions besoin de Hugo à notre époque et nous ne pouvons que souscrire à cette remarque. Ce qu’il ne disait pas, par humilité, c’est que son spectacle est un sublime vecteur au discours du Maître. À ne pas rater !

Un article de Florian Vallaud

 

 

Rentrée Littéraire 2018 : Pervers de Jean-Luc Barré

Pervers (2018)Résultat de recherche d'images pour "pervers jean luc barré"

Un Roman de Jean-Luc Barré

Sorti le 22 Août 2018

Aux éditions Grasset

Victor Marlioz, auteur au succès incontestable, reçoit le directeur des pages littéraires d’un grand magazine. Il va lui livrer la vérité sur qui il est. Ce sujet intéresse d’autant plus le critique qu’il vient de recevoir une lettre anonyme désignant l’auteur comme l’assassin de sa propre fille, ce qui ne paraît pas improbable quand on sait que Marlioz aime manipuler son entourage pour en faire le matériau de ses livres. Les passes d’armes peuvent commencer.

La promesse était belle bien que classique. On a souvent vu des romans prenant pour sujet l’affrontement entre critiques et auteurs. Celui qui vient immédiatement à l’esprit est le premier succès d’Amélie Nothomb avant qu’elle n’entre en écriture automatique : Hygiène de l’assassin. En y réfléchissant bien, cette comparaison nous permet de mettre le doigt sur ce qui nous a manqué au fil de la lecture du roman de Jean-Luc Barré :  de la tension.

L’écriture de l’auteur est fluide, claire avec de belles trouvailles. Mais elle ne compense pas des thèmes trop souvent rebattus auxquels il n’offre pas grand-chose de nouveau. Puisqu’il s’agit de perversité et de manipulation, on aurait aimé ressentir un certain poids sur les épaules du critique, un jeu de domination entre les deux dont les forces évoluent au fil des pages. Mais l’histoire reste linéaire et n’offre aucune aspérité pour que le lecteur s’y accroche. Bien qu’il y ait un mystère, rien ne nous fait vibrer.

Il ne compense pas par des personnages particulièrement étudiés, on reste dans les caricatures habituelles de ce genre d’histoire. C’est d’autant plus dommage qu’on éprouve de la sympathie pour ce qui est narré et que l’auteur semble maîtriser son sujet. La lecture se fait sans déplaisir mais, arrivés au terme des 200 pages, nous avons un goût d’inachevé. Plus de profondeur et d’épaisseur dans les personnages aurait sans doute donné du relief à l’ensemble.

Perversest une semi-déception. Si la prose de Jean-Luc Barré reste agréable tout au long du roman, elle est soutenue par un fond trop instable pour qu’on puisse y adhérer. C’est tiède là où ça aurait pu être brûlant. C’est la preuve, s’il en fallait une, que quand on aborde des sujets mille fois développés, il faut avoir quelque chose d’intéressant à en dire. Il en résultera un souvenir de lecture agréable mais pas impérissable. Dommage.

Un Article de Florian Vallaud

« Et si on se mentait plus ? » au Lucernaire

Et si on ne se mentait plus ?Unknown

Une pièce de Emmanuel Gaury et Mathieu Rannou

Mise en scène par Raphaelle Cambray

Avec Maxence Gaillard, Emmanuel Gaury,

Guillaume D’Harcourt, Nicolas Poli, Mathieu Rannou

A partir du 29 Août 2018

À 18H30

Au Lucernaire ( Paris) 

( Vu au Festival d’Avignon 2018)

Le Festival Off d’Avignon, c’est aussi ça. Un enchaînement de hasards, une petite étincelle de chance, un spectacle qui a vingt minutes de retard qui vous fait rencontrer un auteur. Il porte un canotier et une marinière. Il vous parle de son spectacle avec tant de passion et d’amour qu’il vous donne envie d’aller y jeter un œil. Et vous tombez sur un bijou, un spectacle ciselé comme un diamant : une perle.

Chaque jeudi, cinq amis se retrouvent chez l’un d’entre eux pour déjeuner. Mais ce ne sont pas n’importe quels hommes. L’hôte ? Lucien Guitry, le père de Sacha. Les convives ? Jules Renard, Alphonse Allais, Tristan Bernard et Alfred Capus. Leur routine hebdomadaire est réglée comme du papier à musique. Mais en cette année 1901, de petits mensonges vont s’infiltrer dans cette amitié. Est-elle aussi indéfectible qu’ils le croient ?

Le thème principal de la pièce surgit comme une évidence dans ce résumé : l’amitié dans ce qu’elle a de cimentant mais aussi de fragile. L’amitié fonctionne-t-elle sur une vérité frontale ou sur de petits mensonges de convenance ? Mais si ce n’était que le seul attrait de la pièce, on l’a déjà vu ailleurs. Emmanuel Gaury et Mathieu Rannou sont bien plus malins et subtils. En nous racontant l’amitié réelle des esprits parisiens les plus brillants de leur époque, c’est le début du vingtième siècle qu’ils nous peignent en filigrane : une période d’insouciance où les deux guerres mondiales à venir ne sont pas dans les esprits, où l’absinthe n’est qu’un alcool un peu trop enivrant mais qu’on n’imagine pas dangereux. Une période également où les arts de la scène sont en pleine effervescence et dominés par des acteurs comme Lucien Guitry.

Le texte est drôle (parfois même hilarant), fin et utilise un éventail assez large d’émotions. On se surprend à verser des larmes à la fin. Les saillies des personnages sont fidèles à leur légende : spirituelles et visant juste. Ils nous font (re)découvrir des noms bien souvent oubliés ou méconnus de notre patrimoine littéraire. Dès la sortie de la salle, nous n’avons qu’une envie : se ruer sur leurs œuvres pour prolonger un peu de temps avec ces amis qu’on ne veut plus quitter.

Amis à la ville, les cinq comédiens brillent par leur complicité évidente qui donne une épaisseur supplémentaire à l’ensemble. Maxence Gaillard est un Jules Renard frustré de ne pas être encore reconnu. Il porte un regard plein d’envie sur ses camarades déjà au sommet. Emmanuel Gaury incarne un Lucien Guitry plein d’esprit avec une espièglerie communicative. Toujours un sourire en coin, il glisse comme une anguille dans cette amitié : il ne se fait jamais attraper mais est pourtant là. Le Tristan Bernard de Guillaume D’Harcourt est plein de bonhomie, volontiers arnaqueur, souvent une bouteille en main mais jamais méchant. Nicolas Poli, quant à lui, campe un Alfred Capus dont la raideur physique évoque une certaine raideur morale. Il incarne la droiture. Mathieu Rannou s’offre, avec le rôle d’Alphonse Allais, une escapade burlesque réussie. Toujours à contretemps, il évolue comme un personnage de Jacques Tati. Il est lunaire.

Et si on ne se mentait plus ? est, sans conteste, premier dans notre cœur de festivalier. Il cumule un texte subtil et drôle, une distribution impeccable et une mise en scène au diapason de tout ceci. On en ressort charmé. Il est prudent de réserver. Gageons que le succès ne s’arrêtera pas là et nous prédisons un grand avenir pour cette pièce.   

Un Article de Florian Vallaud

Rentrée Littéraire 2018 : Héléna de Jeremy Fel

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Un Roman de Jérémy Fel

Publié le 22 Août 2018

Aux éditions Rivages

 

Le mois de Septembre pointe le bout de son nez et, avec lui, se profile pour beaucoup la reprise du travail. C’est probablement pour rendre cette période plus douce que les éditeurs décident de sortir l’artillerie lourde et arrosent les rayons d’une rafale de nouveaux titres. Cette année encore, le choix devra se faire entre 567 romans. Comme on est sympa chez Culturotopia, on a décidé de vous aider à y voir un petit peu plus clair. Et c’est avec un plaisir non dissimulé que nous ouvrons cette saga de critiques par le second roman d’un auteur trentenaire : Jérémy Fel.

Il entre dans l’arène littéraire en 2015 avec un premier roman remarqué, Les loups à leur porte.Déjà, il y instaurait un style particulier (entre David Lynch et Stephen King) qu’on retrouve dans son nouvel ouvrage. Helena raconte le destin de quatre personnages dans l’Amérique profonde qui n’auraient jamais dû se croiser. Il y a Hayley, future golfeuse professionnelle qui suit les ambitions de sa défunte mère et prend la route vers un tournoi important. Il y a Norma, mère de famille « modèle » qui va la secourir après une panne sur le bord de la route. Il y a son aîné Graham qui lui trouvera un garagiste. Et puis, il y a Tommy qui est tourmenté par un être étrange et verra en Hayley une partenaire potentielle.

Par son éclatement en ces quatre points de vue narratifs, Jérémy Fel tisse une toile diabolique à laquelle il est impossible d’échapper. En utilisant les codes du thriller, l’auteur nous prend à son jeu et ne nous lâche qu’une fois les 700 pages parcourues. Il structure son histoire comme un scénario de cinéma. Le premier acte présente les personnages, les met en présence puis arrive le drame qui va tout faire éclater. Cependant, même s’il y a des mystères dans son histoire, leur résolution n’est pas une fin en soi.

Héléna traite de deux sujets qui se rejoignent aisément : les êtres blessés et la famille. Il nous dépeint des personnages dont la chute semble inexorable soit par leur passé compliqué, soit par les actes qu’ils sont amenés à exécuter. On les regarde explorer leurs zones d’ombres qu’ils ne soupçonnaient pas. Ce qui frappe dans la plume de Jérémy Fel, c’est qu’il ne juge jamais ses personnages. Il n’exerce ni de condamnations, ni de fascination : il les scrute. Il nous accompagne dans la quête de leurs fêlures. Il pose également la question de ce qui lie des parents à leurs enfants, de ce qu’une mère est prête à faire pour protéger les siens. La radiographie de la famille que nous propose l’auteur est acerbe mais finalement assez juste et touchante. Certaines pages sont d’un lyrisme libérateur.

Héléna est notre premier coup de cœur cette rentrée littéraire. Il a toutes les qualités rythmiques d’un bon « page-turner » accompagnées d’un sens aigu de la psychologie de ses personnages. Par un style simple mais jamais simpliste, il nous fait entrer dans leurs têtes et partager leurs dilemmes successifs. En ce sens, il s’inscrit dans la droite lignée des meilleurs romans du maître Stephen King, un des rares capables de faire de ses romans fantastiques de vraies œuvres de littérature. Il est donc essentiel de découvrir enfin ce jeune auteur et de lui donner la place qu’il mérite dans le paysage littéraire français. À ne pas manquer !

Un article de Florian Vallaud

 

Destination Pékin : Pas de quoi casser trois pattes à un canard

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Animation, Comédie – Chine, USA

Réalisé par Christopher Jenkins

Avec les voix Jim Gaffigan, Zendaya, Lim Lance

Sortie en salles le 15 Août 2018

Peng (Jim Gaffigan en VO / Éric Antoine en VF) est un jars gouailleur et farceur. À force d’arrogance et d’imprudence, il se casse l’aile à quelques heures du début de la migration. Laissé en arrière, il fait la rencontre de Chi (Zendaya) et Chao (Lim Lance), deux canetons que ses extravagances ont séparé de leur groupe. Tous les trois sont cloués au sol, alors qu’à cela ne tienne, ils entreprennent d’effectuer leur voyage à pieds.

Si vous nous suivez depuis plus d’un mois, il est possible que vous ayez parcouru notre article sur L’Envol de Ploé. Si c’est le cas, nous vous annoncions la sortie de Destination Pékin, qui se place au rang des films exploitant les migrations aviaires comme archétype du voyage initiatique (et si ce n’est pas le cas, sachez que nous vous en tenons pas rigueur, mais que nous sommes quand même très déçus). Une annonce certes un peu hâtive et gratuite car nous n’avions pas eu l’occasion de le voir. Un détail qui vient donc d’être corrigé. Alors que peuvent bien valoir les aventures de Peng et de ses canetons facétieux maintenant qu’elles s’avancent devant les poids-lourds Les Indestructibles 2et Hôtel Transylvanie 3 ?

Autant le dire tout de suite, pas grand-chose. En dépit de quelques idées, Destination Pékin se crashe en beauté. Et en beauté, c’est bien le mot car son habillage est on ne peut plus plaisant et convaincant. Les décors sont chatoyants et les personnages parsemés de détails, le travail des animateurs mérite bien quelques éloges. Mais c’est à peu près tout ce qu’on peut lui reconnaître. Le problème étant que l’emballage est loin de suffire à rattraper les immanquables faiblesses de ce film définitivement boiteux.

Dommage en effet que les scénaristes, dont certains ne sont pourtant pas novices en animation (pour avoir officié sur Shrek, la saga Clochette ou encore En route), n’aient pas été plus inspirés. Ce voyage à travers les paysages emblématiques de la Chine (ses rizières, ses montagnes, etc) laisse tout de même un arrière-goût de réchauffé, et ce, même s’il essaie de faire preuve d’un peu de fantaisie narrative à quelques minutes de la fin. Pourtant, quelques-unes de ses idées auraient pu en faire un film un peu plus audacieux, comme son méchant clairement sous-exploité, qui se débat entre ses deux personnalités, oscillant entre pragmatisme menaçant et psychopathie inquiétante, ou la profusion de jeux-de-mots d’autant plus navrants que les doubleurs ne semblent absolument pas assumer leur facilité (et on les comprend, hélas). Ne restent finalement que des gags éculés, ayant le plus souvent pour thématique les pets (Rigolo et ton sur ton quand on fait Shrek, beaucoup moins pour une histoire d’oie en migration), et beaucoup de blabla, un ensemble qui meuble quand même assez difficilement cette heure et demi. Dans la salle, les plus petits peuvent être parfois réceptifs (les éclats de rires n’en sont pas moins rares).

En le relâchant à moins d’un mois de la rentrée des classes, les producteurs de Destination Pékin avouent presque d’eux-mêmes que leur film n’a pas les armes pour résister aux autres, et ils ont sans doute raison. Pensé comme une carte postale d’une Chine sublime (ce qu’elle est certainement) avant d’être pensé comme un film (ce qu’il a beaucoup plus de mal à justifier), Destination Pékin  se révèle décevant, la faute à un scénario indigent et à un flagrant manque d’audace.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

 

Quand hypocondrie rime avec apprentissage de la vie

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Une pièce de Xavier-Adrien Laurent

Et Laura Leoni

D’après le roman de Christian Astolfi

Mise en scène de Xavier-Adrien Laurent

Avec Lucas Andrieu

Jusqu’au 30 Septembre 2018

Les Mardis et Dimanches à 20h

Au Théâtre de la Contrescarpe (75)

La canicule frappe Paris alors que le public attend sagement devant le Théâtre de la Contrescarpe. Les 37 degrés se font sentir, les salles se vident et pourtant, ces gens vont au spectacle. C’est qu’ils ont rendez-vous avec le jeune Hypo qui va leur raconter son enfance d’hypocondriaque convaincu. Des contrats qu’il fait signer à ses parents pour éviter les dangereuses sorties dominicales aux lectures passionnées du dictionnaire médical chez sa Tatie : il va se livrer durant une heure vingt délectable.

Cette pièce à un seul personnage a le mérite d’avoir un texte fin et une folie drolatique communicative. Elle nous présente un être d’emblée attachant par ses faiblesses et ses angoisses qui font échos aux nôtres. Nul besoin d’être hypocondriaque pour se sentir concerné, c’est avant tout notre rapport au monde extérieur qui est abordé avec malice. Au fur et à mesure, les couches se relèvent pour dévoiler un parcours initiatique touchant. On assiste à la naissance d’un adulte qui laisse ses peurs d’enfants pour aborder la vie.

L’interprétation de Lucas Andrieu apporte une plus-value au texte. Du haut de ses 21 ans, il joue de son physique juvénile et de son visage enfantin pour incarner Hypo dans toute sa vérité. On ne pense jamais au comédien mais toujours au personnage. C’est le principe du théâtre me direz-vous, mais il n’est pas rare que les jeunes acteurs éprouvent le besoin de rendre visible l’étendue de leur jeu. C’est avec le temps qu’on apprend à incarner. Lucas Andrieu n’a pas ce problème et se met au service de son personnage. Il déploie une énergie impressionnante et retient l’attention tout au long de la pièce. On ne décroche jamais. Il est drôle, espiègle, tourmenté : il nous rappelle l’enfant qu’on a été.

Afin de nous plonger pleinement dans le monde de l’enfance, Xavier-Adrien Laurent a eu la très bonne idée d’axer sa mise en scène autour de jouets que Lucas Andrieu sort d’un grand coffre. Nous avons l’impression d’être dans la chambre d’Hypo où il décide de nous raconter son histoire, figurines et fioles de médicaments à l’appui. La psyché du personnage devient physique et sert de support à l’imagination.

Hypoest une belle surprise tant cette pièce ne donne pas toutes ses clefs dès le départ. Elle déploie avec ingéniosité sa drôlerie poétique et le talent indéniable de son comédien. Elle sert d’écrin idéal à Lucas Andrieu qui nous démontre qu’il va faire partie des gens à surveiller dans ce métier. Il a beaucoup à offrir et son art est déjà bien développé à son jeune âge. On ose imaginer ce que cela sera dans quelques années.

Un article de Florian Vallaud

Cocoon s’offre une cure de jouvence

Cocoon (1985)Résultat de recherche d'images pour "cocoon carlotta"

Comédie – Science Fiction

Un film de Ron Howard

Avec Don Ameche, Wilford Brimley,

Brian Dennehy, etc

Distribué par 20th Century Fox

Réédité le 8 Août 2018

En DVD et Blu Ray

Chez Carlotta

Quand un trio de seniors mal en point retrouvent des forces après une plongée dans une piscine où reposent des cocons aliens, ceux-ci vont se lancer dans une quête effrénée de leur jeunesse.

Sorti en France en Novembre 1985, Cocoon rencontre un gros succès et se hisse sans mal à la sixième place des plus gros succès de l’année aux États-Unis. Il empochera deux oscars en 1986 : Meilleur second rôle pour Don Ameche et Meilleurs effets spéciaux pour la société de Georges Lucas, ILM. Tout d’abord proposé à Robert Zemeckis, qui déclinera pour aller tourner A La Poursuite du Diamant vert, le film tombe entre les mains de Ron Howard qui sort de la réussite de Splash. La ressortie en éditions Blu-Ray nous permet d’effleurer les raisons qui l’ont fait entrer au panthéon des films cultes des années 80.

Le scénario de Tom Benedek est un petit bijou de symbolisme. Si son nom ne vous dit rien, c’est assez normal car il n’a commis que deux autres films à la réussite plus que relative : le Pinocchio de Steve Barron en 1996 et Zeus et Roxane en 1997. Il n’empêche queCocoonest un modèle du genre reconnu par les professionnels et récompensé par la Writers Guild of America. Si les deux premiers actes du film sont relativement classiques, ils ont le mérite de mêler subtilement comédie et science-fiction. L’histoire s’inscrit aussi dans la mode de son époque puisque les aliens sont plutôt amicaux. Même quand les trois protagonistes brisent leur parole de ne pas révéler les vertus de la piscine, ils ne leur en tiennent pas rigueur et leur font une autre proposition. Ce qui nous mène au troisième acte, métaphore de la mort et du passage dans l’au-delà.

Les retraités embarquent à bord du bateau mené par Steve Guttenberg pour rejoindre le vaisseau des extra-terrestres. C’est alors que les situations lourdes de sens s’enchaînent. La cellule familiale, jusque-là totalement absente pour les retraités, fait son apparition. Elle nous rappelle qu’ils ont été placés en maisons et quasiment oubliés. Lorsque l’un d’eux révèle à son petit-fils son intention de « partir », l’enfant négocie. Il tente de suivre ses grands-parents mais on lui rappelle que ce n’est pas sa place, pas encore. Enfin, comment ne pas penser à la descente du Styx de la mythologie grecque, où le passage vers l’autre monde, vers l’éternité, se faisait en bateau. Le personnage de Steve Guttenberg devient alors un ersatz de Charon.

La subtilité du scénario est portée par une réalisation ancrée dans les codes des années 80. Par la lumière et les ambiances, on ne peut s’empêcher de penser à E.T. , ou plus largement aux films Amblin produits par Spielberg. Seulement voilà, Ron Howard est un bon faiseur mais il a probablement appris le sens du rythme avec Georges Lucas. Chaque plan est posé et fait penser à du Woody Allen sous Lexomyl. Un peu plus de fougue aurait pu être la bienvenue. Cependant, cela ne parasite en rien la lecture du film sinon qu’il paraît parfois un peu longuet.

Décidément, Carlotta se pose encore une fois comme l’éditeur à suivre avec attention. En ressortant Cocoon dans une sublime copie, c’est notre jeunesse qu’il restaure. On aurait probablement aimé un peu plus de bonus pour envelopper le tout mais le film se suffit à lui-même.

Un article de Florian Vallaud

Une course contre la mort

Mission Impossible Fallout (2018)Résultat de recherche d'images pour "mission impossible fallout"

Action – espionnage

Un film de Christopher McQuarrie

Avec Tom Cruise, Henry Cavill,

Simon Pegg, Rebecca Ferguson, etc

Sortie le 1eAoût 2018

Distribué par Paramount

Dire que le nouveau volet de la saga Mission Impossible était attendu n’est pas un euphémisme. Après le succès public et critique de Rogue Nation, le retour de l’agent Ethan Hunt était d’autant plus attendu que son tournage parisien avait fait grand bruit. Il marque aussi une nouveauté dans cette marque maintenant devenue incontournable : c’est la première fois qu’un réalisateur reprend son poste pour prolonger sa vision. Christopher McQuarrie nous offre un épisode crépusculaire où ses personnages vont être confrontés à un danger bien plus grand que jamais.

Après l’échec d’une de ses missions qui l’a vu perdre trois charges de plutonium, l’agent Ethan Hunt (Tom Cruise) et son équipe ne sont plus en odeur de sainteté auprès du gouvernement américain. La CIA leur adjoint un agent (Henry Cavill) pour veiller à la récupération des précieuses bombes et empêcher leur utilisation. Mais l’ombre d’un mystérieux Mr Lark plane sur toute cette affaire.

Soyons honnêtes, les révélations de ce film sont cousues de fil blanc. L’ensemble ne parvient pas à créer de suspense : les motivations et les identités des personnages sont assez évidentes. Mais cela ne gâche pas pour autant le plaisir car le réalisateur et le scénariste en prennent leur parti pour déplacer la tension ailleurs. Ainsi, chaque séquence d’action est un petit bijou de manipulation visuelle et de surprise.

Christopher McQuarrie joue sur les attentes des spectateurs et détourne l’attention tel un magicien par des associations d’idées visuelles. Il joue sur les couleurs, les perceptions et va contre elles pour cueillir le spectateur. Les scènes d’actions ne sont pas toujours crédibles, mais elles sont vives et enthousiasmantes. Dans un monde où Marvel est parvenu à aseptiser les morceaux de bravoure de ses films, Mission Impossiblese désigne comme un bon remède. On y retrouve la folie et la fougue des productions Bruckheimer des années 90 : peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse.

Le réalisateur filme Paris au plus proche de la réalité. Le débat autour de la crédibilité des déplacements d’Ethan Hunt dans la capitale n’a pas lieu d’être. Le cinéma n’est pas le lieu de la véracité mais celui des images. Après tout, c’est un problème parisiano-parisien de se dire qu’il est impossible que Montparnasse soit dans la continuité de la rue de Rivoli. De plus, Christopher McQuarrie nous fait grâce des clichés habituels et sublime des endroits inattendus comme le ministère des finances.

Mais ce qui domine ce nouveau long métrage de plus de deux heures, c’est son rapport avec la mort. Jamais Ethan Hunt n’est apparu aussi fragile, aussi proche de rater sa mission. On a beau savoir qu’il gagnera probablement à la fin, le désespoir est palpable comme si plus rien n’était sûr dans notre monde actuel. Le pré-générique se démarque ainsi de ses prédécesseurs par une absence de morceau de bravoure et un échec cuisant.

Mission Impossible Fallout est le blockbuster de l’été attendu. Ses scènes d’actions toutes plus improbables les unes que les autres sont réjouissantes et l’alchimie entre les comédiens fonctionne à plein régime. Il ne fait aucun doute qu’il terrassera sans soucis ses adversaires car l’ensemble sent la sincérité de la démarche et une certaine idée du film d’action qui résiste face à l’uniformisation.