Dead Rising : Watchtower (2014)

Un film de Zach Lipovsky

Avec Jesse Metcalfe, Meghan Ory, Rob Riggle

Après deux épidémies successives ayant entraîné la mort de dizaines de milliers de personnes, le monde a basculé dans la psychose du zombie. Lorsque l’horrible infection choisit de s’abattre sur la ville d’East Mission, la changeant en un enfer envahi de zombies, tout est fait pour rassurer une population traumatisée. Par chance, une organisation gouvernementale distribue le seul antiviral connu aux nombreux réfugiés de la zone de quarantaine dans l’espoir d’enrayer la progression de la maladie. Mais quand le remède se révèle incapable de contenir le mal, seuls un journaliste ambitieux et une jeune dure-à-cuire pourront révéler les dessous d’une affaire remontant jusqu’aux plus hautes sphères.

Bascule médiatique

J’en entends d’ici (Et ne baissez pas la voix, ayez le courage de vos opinions !) : « Mouais, ça sent la bouillie de zombies pas fraîche, ton truc…« . Non mais dites-donc. Vous a-t-on habitués à chroniquer de sombres bouses sur ce site ? Au cours de ses deux semaines d’existence, jamais The Bright side of Art n’a pu être taxé de complaisance, encore moins de frapper un homme à terre. Si j’ai choisi de vous parler de Dead Rising : Watchtower, c’est qu’il a effectivement une épine dorsale apte à lui faire garder la tête droite. De guingois, certes, mais droite.

Commençons par le commencement. Dead Rising : Watchtower ne s’inscrit pas dans la lignée des productions zombies de ces dernières années. Pour la plupart sorties du néant, délabrées et se traînant sans but comme les zombies qu’elles décrivent, elles se contentent généralement de jeter à la face d’un spectateur pantois profusion de gore mal foutu et de nichons ceints de débardeurs trop petits (grosso modo). La vague Z a commencé à déferler en librairies voilà quelques années, avec des succès tels que Walking Dead au rang des comics et World War Z pour les romans (dont on a tiré un film d’une telle nullité que nous ne le chroniquerons jamais, par exemple), avant de déferler en général directement en DVD (à de rares exceptions près). La télévision (paradoxalement, l’objet qu’on a longtemps accusé de zombifier les masses) est parvenue courageusement à maintenir le genre Z sous perfusion, à plus forte raison depuis que les séries se sont emparées du phénomène, l’excellente Walking Dead et la bondissante Z Nation en fers de lance.

Mais si je vous parle de la télévision en tant que média, il convient aussi de parler de l’objet en lui-même. Car dans l’ombre des téléviseurs, un autre média a su faire vivre le zombie pendant toutes ces années dans l’indifférence (quasi) générale. En effet, le jeu-vidéo a su maintenir les morts-vivants en assez bonne santé, au travers de rouleaux compresseurs tels que Resident Evil ou Dead Island, de travaux plus modestes tel Deadlight ou le fameux Zombie Nazi Army dérivé de Sniper Elite. Et au milieu de tous les Dying Light et autres Lollipop Chainsaw (j’en néglige volontairement), une saga a su se faire un nom en mêlant le foutraque, le jeu bac-à-sable et les zombies : Dead Rising.

Fidélité, ton nom est…

Comme la plupart des productions zombie, Dead Rising ne court pas après le succès d’estime. La licence est habituée a accoucher de jeux assez moyens (graphismes en retraits, rigidité des contrôles), mais au potentiel de fun indéniable. Le scénario vous lâche dans un environnement ouvert saturé de zombies et de psychopathes. À vous de construire vos propres armes et d’enquêter pour débusquer les faits ayant entraîné la catastrophe. Après, vous êtes libre. Survivez ou mourez.

C’est peut-être ce qui a convaincu Legendary d’en revendre les droits à Crackle, plateforme de streaming et spécialiste de la production-web, tant le potentiel de l’objet semblait bancal et hasardeux. Parfois mieux vaut cependant un petit producteur fauché mais motivé qu’une grosse machine je-m’en-foutiste. Car l’affaire à peine conclue, Crackle s’était déjà attelée à réunir une équipe dédiée à l’adaptation de Dead Rising. Et le résultat est des plus probant.

Dead Rising : Watchtower n’est pas une énième production sur le thème zombie. De par son background tout d’abord, dont découle son scénario. Dead Rising s’est toujours appuyé sur des scénarios très basiques, mais riches en action en rebondissements. Ainsi en choisissant de poser son histoire entre les épisodes 2 et 3 de la saga, introduisant la génèse du projet Watchtower, en place dans Dead Rising 3, Tim Carter a parfaitement compris comment tirer partie de la saga en faisant le lien entre deux opus aux histoires distantes de plus de 10 ans. Au travers du journaliste-héros de la crise zombie Franck West (Rob Riggle), incarnation déjantée et imbue d’elle-même de l’avatar du premier opus, il parvient de surcroît à aborder une thématique tristement d’actualité, bien que sous un angle en passe de devenir obsolète, à savoir jusqu’où un état est capable d’aller pour s’assurer le contrôle de ses citoyens. Car tout l’enjeu est là. Entre la FEZA, institution civile chargée de gérer la crise avec des moyens dérisoires tout en luttant désespérément contre l’infection, et les instances militaires qui la manipulent et prétendent disposer de meilleures solutions en puçant les gens comme de vulgaires yorkshires, la terreur qui étreint ce monde est palpable. Et hélas familière.

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Toujours viser la tête

L’univers de Dead Rising : Watchtower tient la route, même s’il bringuebale un peu dans les virages. Pour un fan de la saga (ou plus prosaïquement quelqu’un ayant tenu la manette des deux premiers épisodes), nous avons affaire à un produit d’une fidélité sans faille, distillant des clins d’œil avec moins de lourdeur que certains (Vous avez dit Jurassic World ? Tiens, c’est curieux), qu’il s’agisse de petits détails directement issus du jeu cachés de ci, de là, de ses zombies bigarrés qui nous changent des sempiternels zombies « cadres moyens crasseux » ou d’un morceau de bravoure quasi-suicidaire de Chase (Jesse Metcalfe) qui affronte l’espace de quelques secondes une horde de zombies à l’aide d’armes improvisées jusqu’à être contraint à la fuite.

À contrario, Dead Rising : Watchtower pourrait refroidir plus d’un néophyte. Si vous n’êtes pas familier de la saga, il se pourrait que le film vous laisse une impression déconcertante. Les interventions hilarantes et répétées de Franck West pourraient en rebuter certains par son côté lourdingue (Son interprète est visiblement en roue libre). Malgré tout, un amateur de morts-vivants y trouvera son compte sans problème, laissant de côté les références pour ne prendre que l’action en plein vol.

Si l’on suit ce simple postulat, Dead Rising : Watchtower atteint sa cible pleine bille. En exploitant correctement la licence tout en la replaçant dans un contexte assurant sa continuité, sans sacrifier ni renier le média qui l’a vue naître, Zach Lipovsky nous livre l’une des meilleures adaptation de jeu-vidéo qu’on ait vu, aussi imparfaite que son modèle, mais pétrie de la même passion que les créateurs de son matériau originel. Une passion qui compense sans mal ses petites maladresses.

Toute première fois (2015)

Un film de Noémie Saglio et Maxime Govare

avec Pio Marmaï, Lannick Gautry, Franck Gastambide

Un matin, Jérémie, 34 ans, se réveille dans un appartement aux côtés d’une sublime suédoise. Ce pourrait être le début d’une belle histoire si Jérémie ne devait pas se marier dans quelques semaines avec… Antoine.

Le décor est planté et le postulat de comédie également. Il n’est pas rare dans le cinéma français que l’homosexualité soit au centre d’un film comique : de La Cage aux folles en 1980 à Poltergay en 2006. En revanche, vous noterez une similitude flagrante entre ces deux films. L’homosexuel qui fait rire est la folle, ou en tout cas un tant soit peu extravagant. S’il est cantonné aux second rôles, c’est souvent un ersatz de la bonne copine qui prodigue ses conseils sur les mecs à sa meilleure amie. Bref c’est souvent très limité et assez léger. Vous trouverez des films gays où le personnage est davantage un « monsieur tout le monde », mais il s’agira souvent de drames car entre le coming out, et l’obligation de vivre caché, la vie d’homosexuel c’est quand même un chemin de croix ! Et oui c’est cliché mais c’est malheureusement comme cela dans l’esprit de nombre de réalisateurs et de scénaristes, et donc du spectateur lambda. Il y a tout de même quelques exceptions mais qui traitent plus souvent de l’homosexualité féminine comme Pourquoi pas moi ?, Coquillages et crustacés ou le génial Gazon Maudit. Ou alors il s’agit de films édités directement en dvd, ou exploités dans une salle dans le 4ème arrondissement de Paris. Sinon il faut aller dans les autres pays pour se fournir en films tout publics parlant d’homosexuels.

Alors pour une fois que le personnage principal est un homosexuel des plus banals, dans un film produit par Gaumont, et dont les affiches étaient partout, vous pensez bien que beaucoup y ont vu une démonstration de l’évolution des mœurs. Surtout quelques mois après le débat houleux autour du « Mariage pour Tous ». Et ils ont très vite déchanté. Car ce n’est pas tant l’histoire d’un homme qui par erreur découvre pour la première fois la sexualité avec une femme. C’est l’histoire d’un homme qui découvre que l’amour n’a pas de sexe.

Jérémie est depuis dix ans avec son compagnon. Ils vivent ensemble et ont un avenir tout tracé. Les parents de Jérémie aiment cette relation en bons anarchistes qu’ils sont. Tant que le mode de vie de leur fils bouscule les concepts bourgeois que leur impose leur fille enceinte, ils sont contents. L’entreprise de sondage qu’il a monté avec son meilleur ami, Charles, fonctionne très bien. Sa vie est en mode automatique. Cette femme va bouleverser son petit monde et y injecter du danger, de la vie tout simplement.

Ce film tend à montrer que la vie n’est pas binaire. Les réalisateurs se sont amusés à inverser le scénario cliché de l’hétéro qui se découvre homo. On le voit très bien dans une scène au début du film où Jérémie cherche sur internet des témoignages d’expériences similaires. Sur un site, une phrase sors du lot : « La bisexualité n’existe pas, ce ne sont que des homosexuels qui ne s’assument pas ». Cette saillie est un grand classique des discussions entre garçons à propos d’autres qui se clament bi. Et cette inversion des clichés fonctionne jusqu’à une scène très drôle de coming in.

Cependant le propos du film n’est absolument pas de dire que tous les homosexuels le sont jusqu’à ce qu’ils aient trouvé la femme qui les rendra heureux. Jérémie était très heureux avant le début du film. Il aurait pu tout aussi bien rencontrer un autre homme que son copain. Il se trouve qu’ici c’est une femme qui le fait revivre et qui déclenche la comédie. C’est tout aussi crédible que le parcours du personnage de Louis Garrel dans Les Chanson d’amour ( un film de Christophe Honoré) qui pour se guérir d’un deuil va trouver du réconfort dans les bras d’un homme, bien qu’il aime les femmes.

Au delà de son sous-texte intéressant dont je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, Toute première fois est surtout une comédie très réussie. Les dialogues sont ciselés et les vannes cognent à chaque fois. Il doit aussi beaucoup à son casting très investi, Franck Gastambide et Camille Cottin en tête qui échange les saillies comme autant de coups de fleurets qui feraient mouche à chaque fois. C’est un film rafraîchissant qui parvient à divertir sans tomber dans la lourdeur. Il se paye même le luxe d’avoir un scénario aux rebondissements inattendus qui lui offre un peu d’originalité même si la forme est très classique. On peut par exemple déplorer l’usage de la voix off s’élevant quand il s’agit de décrire quelque chose autour du personnage de Jérémie que les scénaristes n’ont pas réussi à traiter autrement ( sa présentation au début du film, etc). Mais après tout, le genre de la comédie romantique est encore balbutiant en France et ne demande qu’à s’étoffer grâce à des propositions qui sortent de l’ordinaire comme celle-ci.

Disponible en dvd et blu-ray chez Gaumont depuis début Juin 2015

Vice Versa ( 2015)

Un Film de Pete Docter

doublé en français par Charlotte Le Bon, Gilles Lellouche,

Mélanie Laurent et Pierre Niney

Depuis 11 ans, Peur, Tristesse, Colère et Dégoût dirigent la vie de Riley sous le patronage de Joie. Logés dans le quartier cérébral de la tête de Riley, ceux-ci s’assurent depuis sa naissance que sa vie ne soit qu’une collection de bons moments. Peur la prévient des dangers, Dégoût s’assure qu’elle ne se pourrisse pas la vie avec de mauvaises choses, Colère se voit comme le doigt de la justice et Joie distille ses moments de bonheur pour alimenter en permanence les cinq îles qui constituent la personnalité de Riley. Seule Tristesse n’arrive pas à trouver sa place dans tout ce petite monde bien orchestré et ce n’est pas Joie qui va l’aider. Mais un jour, toute cette belle organisation s’effondre petit à petit et Joie et Tristesse se perdent dans la tête de Riley en essayant de rétablir la situation, laissant Peur, Colère et Dégoût seuls maîtres à bord.

Une aventure hors du commun

Je dois bien vous l’avouer, il m’a été très difficile de résumer ce film tant son histoire sort des sentiers battus. A l’heure où je commençais à penser que le cinéma ne pouvait plus nous offrir d’histoires originales, tout ayant déjà été raconté, le studio Pixar me fait encore regretter d’avoir pensé trop vite. A chaque fois qu’un nouveau poulain sort de leurs écuries, tout le monde crie à l’étalon et je me surprends à espérer que ce ne soit qu’un Shetland. Mais que voulez-vous, à part quelques erreurs de parcours ( Cars 2, Monstres Academy ou le trop surestimé à mon sens Wall-E), Pixar ne cesse de briller par son inventivité, son sens inné de la narration et sa capacité à nous toucher droit au cœur.

Pour ce nouveau coup de maître, Pete Docter (à qui nous devons les fabuleux Là-haut et Monstres et Cie) décide de passer par le symbolisme et l’incarnation pour nous parler de la fin de l’enfance. Plutôt que de nous servir à nouveau un scénario où la petite Riley vivrait devant nos yeux les expériences qui vont forger l’adolescente, puis l’adulte, qu’elle sera plus tard, Docter décide de nous le faire vivre de l’intérieur : de nous montrer les mécanismes psychologiques et émotionnels en actions dans ces changements radicaux que marque la fin de l’insouciance. Si nous n’évitons pas les écueils du déménagement et du changement de vie qui peuplent tous les films sur le sujet, l’originalité est de les poser comme des métaphores du changement intérieur de Riley : elle quitte l’enfant qu’elle était (le Minnesota) pour l’adolescente qu’elle devient (San Francisco). Mais ce changement ne se fait pas sans mal.

Je n’en dis volontairement pas plus pour ne pas vous gâcher la découverte d’un scénario qui recèle bien des surprises, mais sachez juste que le périple de Joie et Tristesse pour rentrer au Quartier Cérébral ne sera pas de tout repos. Elles traverseront de nombreux lieux qui constituent le fonctionnement interne du cerveau humain. Et c’est sûrement toute la force du film, réussir à rendre tangibles et accessibles des concepts psychologiques tels que la mémoire à long terme, les pensées abstraites, le subconscient, etc. De la même façon, en incarnant les émotions et en les traitant comme des vrais personnages, le propos du film n’en devient que plus clair et plus passionnant. Ce qui aurait pu être un cours de psycho un peu barbant devient un film d’animation passionnant.

Un film familial ?

Depuis le début de cette critique, je n’ai volontairement pas dit qu’il s’agissait d’un film familial car toute la question est là. Si la salle était pleine d’enfants lors de la projection, force est de constater qu’ils n’étaient pas très réactifs à ce qu’ils passaient sur l’écran. Ils étaient calmes mais comme circonspects devant ce qu’on leur proposait. Les adultes, quant à eux, étaient bien plus réceptifs et très souvent hilares. Il faut le préciser, l’humour est omniprésent et demeure un des moteurs principaux du film. Mais c’est un humour centré sur les répliques et des références à des éléments étrangers aux enfants. Ou s’il ne leur est pas étranger parce qu’ils sont en plein dedans (les amis imaginaires et autres fantaisies), ils n’ont pas le recul pour en rire. Les gags purement visuels, qui sont la plupart du temps l’apanage des films pour enfants, sont quasiment absents de ce film. Tout se passe d’un point de vue cérébral et analytique.

Par ailleurs, tout comme Toy Story 3 avant lui, Vice Versa traite de la fin de l’enfance avec une certaine nostalgie. Si les enfants sont bien le sujet du film, ils ne sont clairement pas la cible visée par Pixar. Dans Toy Story 3, les enfants pouvaient y trouver leur compte dans l’histoire et dans l’humour qui touchait toutes les générations. Ici, ils n’ont pas de repères puisqu’ils sont en plein dans la période que raconte le film. Ils n’ont pas le recul nécessaire pour en profiter. Tout ce qu’ils peuvent en tirer, ce sont des personnages aux couleurs plaisantes qui s’activent sur un écran, mais guère plus. Ce long métrage est destiné aux adultes et jeunes adultes pour opérer un retour tendre et amusé sur une période qu’ils ont vécu et dont ils peuvent maintenant comprendre les mécanismes.

Vice Versa mérite amplement l’appellation de « chef d’oeuvre » tant il réussit à tous les niveaux : animation, rire, émotion, interprétation et un sous-texte d’une rare profondeur dans un film d’animation. Il mériterait même une analyse plus poussée et peut-être y reviendrais-je dans quelques mois quand sortira le Blu-ray. Mais pour le moment, il était nécessaire de rester à la surface des choses afin de laisser le plaisir de la découverte.

JURASSIC WORLD (2015)

Un film de Colin Trevorrow 

Avec Chris Pratt, Omar Sy, Bryce Dallas Howard

20 ans après le retentissant échec du visionnaire John Hammond, Jurassic World est devenu le plus extraordinaire parc d’attractions de la planète. Construit sur les ruines de Jurassic Park, sa réussite est incontestable. Sous la supervision de Claire Dearing, ce parc à maturité craignant une baisse de fréquentation s’apprête à présenter le plus terrifiant spécimen que la Terre ait jamais porté, l’Indominus Rex, hybride monstrueux aux allures de prédateur parfait. Mais lorsque la créature finit par échapper à ses créateurs trop confiants, c’est un véritable massacre qui s’annonce.

De retour sur l’Île des Brumes

Disons-le tout net, le pitch de cette nouvelle (et tant attendue) itération de la saga Jurassic Park ne brille pas par son originalité. Mais ce n’est clairement pas son but, il ne faut pas se leurrer. Jurassic Park a définitivement perdu sa profondeur après Le Monde perdu, lorsque le duo Spielberg et Crichton a cessé d’officier sur la licence, l’écrivain ayant refusé d’écrire une suite à son diptyque Mésozoïco-contemporain. Qu’à cela ne tienne, les auteurs de ce scénario à quatre mains et la production de Universal ont décidé de faire table rase du passé et de repartir sur de nouvelles bases. Fi donc du Monde Perdu et de Jurassic Park III. Fi donc d’Alan Grant, Ian Malcolm et les autres (à part John Hammond abondamment cité). L’Histoire s’est arrêtée il y a plus de 20 ans, après la mort dans l’œuf de Jurassic Park et c’est tout.

Pourquoi pas ? À mes yeux, nous avons affaire à une hérésie comme le cinéma nous en a rarement concocté. Mais admettons.

Sur le papier comme à l’écran, on ne peut pas vraiment bouder ce retour sur une Isla Nublar plus resplendissante, sauvage et dangereuse que jamais, mais aussi bien moins inquiétante et poisseuse. L’intrigue y perd en complexité ce qu’elle gagne en action effrénée. Perte ou profit, à chacun d’en juger. Pour ma part, je trouve la nouvelle intrigue sous-jacente à la chute du parc plus nébuleuse que celle de Jurassic Park premier du nom. Là où le vol des embryons par Dennis Nedry était facile à comprendre même sans avoir lu le livre et trouvait un dénouement clair devant la caméra de Spielberg, les motivations dépeintes par celle de Colin Trevorrow ne semblent pas avoir d’autre but que de poser les jalons d’une suite potentielle, tout en laissant toutes les latitudes aux (prochains ?) auteurs de cette nouvelle saga pour l’imaginer. Et de l’imagination, il leur en faudra.

Fan-servisaurus Rex

Comme tout Jurassic Park qui se respecte, Jurassic World possède de nombreux défauts, scientifiques tout d’abord (nous les aborderons dans le dossier dédié à cette saga) et techniques, dans une moindre mesure fort heureusement. Cependant si on ne devait retenir qu’un seul défaut à ce Jurassic World, ce serait celui de faire preuve de fort peu d’imagination. Sous le prétexte (fallacieux par moment) de rendre hommage au Jurassic Park de Spielberg, le film de Colin Trevorrow multiplie les références, comme autant de côtelettes jetées directement entre les crocs de fans-raptors attendant cette manne depuis 14 ans (votre serviteur parmi les premiers sur la liste). Le tout pour un résultat en demi-teinte.

Certes, on s’amuse de cette profusion de détails, parfois obscurs (Mention spéciale aux deux Jeeps Wrangler n°18 et 29 exhumées par les gamins, qui se trouvent être celles qu’empruntèrent Alan Grant et ses compagnons lors de leur visite sur Isla Nublar), mais partant toujours d’un bon sentiment, et cela quand bien même s’agit-il de meubler un scénario ayant parfois du mal à montrer les crocs. Car si l’Indominus Rex reste la grande star de ce nouvel opus, son récital à de faux-airs de redite.

Jurassic Park nous a habitué à la surenchère, allant jusqu’à introduire l’un des rares prédateurs possiblement plus gros que le tyrannosaure, avec le succès mitigé qu’on lui connaît. Restait alors à inventer pour ce reboot un prédateur encore plus… hé bien, tout. Plus gros, plus féroce, plus vicieux et surtout plus malin. Et tant pis pour la cohérence. Tant mieux pour le spectacle diront les autres (et à dire vrai, je n’ai rien contre l’idée, l’Indominus Rex n’a rien d’un affront, à part peut-être pour la vraisemblance). Jurassic World creuse ainsi lui-même sa mise en abîme à coups de griffes. Tel ce parc qu’il décrit et ses attractions dont le visiteur se lasse, il nous montre des séquences (parfois à peine modifiées) que les trois autres opus nous ont déjà offert (Le T-Rex attiré par les fusées éclairantes, la course au milieu du troupeau d’herbivores, l’attaque des ptéranodons (et consorts), respectivement épisode 1, 2 et 3), au point d’en faire rire jaune certains spectateurs.

Si l’on s’arrêtait là, Jurassic World ne serait guère plus qu’un fan-service. Mais c’est sans compter sur l’Indominus Rex, qui est à Jurassic World ce que Space Mountain fut en son temps à Disneyland : un aimant à public dont la seule présence suffit à insuffler de la vie au sein de ce brouet souvent paresseux.

Un ADN pour les gouverner tous

Indominus Rex est un monstre à bien des égards. Au sens large du terme d’abord. La bête, immense, féroce et maline comme pas deux, est terrifiante. Sa première confrontation avec Chris Pratt est d’ailleurs sans conteste le point d’angoisse culminant du film, ce dernier ne s’en sortant (de justesse) qu’en se montrant plus intelligent que son adversaire. Car c’est là, la force de l’Indominus Rex. Pas sa taille, ni sa férocité, mais son intelligence. Et il est bien dommage qu’elle ne soit pas mieux mise en valeur, car peu de choses le différencient du banal T-Rex par la suite. L’étincelle finit par s’estomper au profit de capacités plus exotiques qui en font un super-dino un peu plus fade.

Car au sens propre, Indominus est un monstre en ceci qu’il n’entre dans aucune case. Il (ou plutôt elle, car c’est une fille) est celui (ou celle, donc) qu’on ne reconnaît pas, une sorte d’étranger indésirable. Un état qu’elle doit à son créateur, le Dr Henri Wu ( joué par BD Wong qui reprend ici le rôle qu’il tenait en 1993, et c’est un bon point), le généticien de génie débauché par John Hammond en son temps et véritable instigateur de la recréation des dinosaures. Ce personnage un peu oublié de la saga (au point qu’on ignorait s’il était parvenu à quitter Jurassic Park dans le premier opus) gagne ici ses lettres de noblesse et une profondeur qui lui faisait défaut, le propulsant certainement au rang de personnage le plus intéressant de cet opus. Le mérite en revient aux scénaristes qui ont fait l’effort d’introduire une intrigue sous-jacente à base d’armes biologiques et de luttes de pouvoirs intestines au sein d’InGen. Un background certes placide et embryonnaire, mais que n’aurait peut-être pas renié Michael Crichton.

Dommage cependant qu’ils brisent cet édifice déjà précaire sur les écueils de la génétique. Car de ce côté-là, je crains qu’il n’y ait encore du chemin à faire. Si oui, il est tout à fait possible d’introduire dans le génome d’un animal ou d’une plante les gènes d’une autre espèce (Le Maïs transgénique et autres OGM, ça vous parle ?), je reste dubitatif quant au fait qu’introduire un gène bien particulier puisse produire des effets que ce gène ne code pas. En l’occurrence, je doute qu’on puisse obtenir un animal ayant les capacités de camouflage d’une seiche en le dotant de gènes censés stabiliser sa croissance, même venant de cet animal (mais que quelqu’un me détrompe si je me fourvoie, toute critique constructive est acceptée).

Accumulant tous les avantages au sein de sa carcasse imposante, l’Indominus Rex part grand gagnant pour se tailler la part du lion à l’affiche de cette production, reléguant ainsi Homo Sapiens au rang de simple punching-ball.

Menu fretin

Mais même si les scores sont clairement en faveur du challenger aux grandes dents, une poignée d’irréductibles s’obstinent à lui disputer le droit d’apparaître à l’écran. Chris Pratt tout d’abord, quasi-caution de ce blockbuster à l’affût de toutes les astuces possibles pour se justifier (et on notera que ça marche), qui n’a aucun mal à donner un peu d’épaisseur à l’archétype du héros taciturne, charmeur et beau mec qu’est Owen Grady, et dont l’histoire se résume qu’à n’être un ancien militaire. Asséné sans relâche, ce background tout aussi bateau n’a l’air d’exister que pour justifier l’opposition permanente qu’il entretient avec Vic Hoskins (Vincent d’Onofrio), lui aussi ancien militaire, plus bas-du-front cependant et âme damnée d’InGen. Difficile également de justifier le fait qu’il joue les dresseurs (un bien grand mot) de raptors, lui qui semble à l’origine être spécialiste des enceintes de confinement. Néanmoins, les nuances apportées par les scénaristes et Pratt suffisent à en faire un personnage crédible, au même titre que son binôme féminin, Bryce Dallas Howard.

Superviseur de Jurassic World, Claire Dearing est un manager on ne peut plus classique, obséquieuse avec son patron, cassante avec ses subalternes et se coltinant une gourde en guise d’assistante. Ah oui, et en tant que business-woman accomplie, la belle n’a ni vie privée, ni enfant. Quoiqu’en y réfléchissant bien… en nous évoquant dès leur première scène commune leur rencard foireux, les auteurs balisent tranquillement une intrigue amoureuse cousue de fil blanc (Ah, et ne gueulez pas au spoiler, bandes de faux-culs ! On est à Hollywood ici, tout le monde sait comment ça finit). Tout juste peut-on souligner la volonté d’atténuer ce poncif qui veut que deux personnes ne se connaissant ni d’Ève ni d’Adam finissent malgré tout ensemble à la fin, juste parce que « l’adversité, ça rapproche ». Pas de quoi crier à la révolution, mais tout de même notable. Pour ce qui est des enfants, production Amblin oblige, on a cru bon de lui en adjoindre une paire en la personne de ses neveux venus passer le week-end à Jurassic World. Pourquoi donc ? Nous l’ignorons, et aucune explication ne sera donnée à part une vague histoire de divorce des parents (Pour ma part je doute qu’un divorce, même d’un commun accord, puisse se régler en l’espace d’un week-end, mais bon…). Les enfants devaient être dans le parc, point. Et ce pour deux raisons principales. La première, c’est d’impliquer émotionnellement Claire et l’obliger à descendre de sa tour d’ivoire pour se rendre sur le terrain. La seconde, hé bien, c’est d’éveiller chez elle le désir de maternité et tout le toutim (Suite logique de la relation amorcée avec Owen). Parce qu’évidemment, une femme d’affaire qui réussit ne peut pas être heureuse si elle n’a pas d’enfant (ou son bonheur est-il juste de moins bonne qualité, ou pire encore n’est-ce qu’une illusion de bonheur. On pourrait épiloguer longtemps et ce n’est pas le sujet). Rien que du très classique (et je pèse ce mot).

Il n’y a d’ailleurs plus grand chose à attendre des enfants dans Jurassic Park depuis le second volet. Zach et Gray Mitchell (Nick Robinson et Ty Simpkins) ne dérogent pas à la règle. Surfant sur la jeunesse actuelle et ses codes, nous avons affaire avec Zach à un ado aux prises avec ses tourments hormonaux et passant son temps à dévisager les nanas quand il n’est pas poursuivi par l’Indominus. Quant à son petit frère Gray, il posséde un savoir encyclopédique sur les dinosaures (Tim Murphy, sort de ce corps !), à croire que la paléontologie est une discipline dans laquelle décrocher un doctorat est à la portée de n’importe quel gosse collectionnant les figurines de dinosaures. Évidemment, l’aîné est une vraie peau de vache avec son cadet au début… Je vous laisse deviner l’évolution de leur relation (marre d’enfoncer des portes ouvertes).

Mais j’entends déjà les esprits chagrins. « Bah, et Omar Sy ? Un acteur français dans un blockbuster d’Hollywood, ce n’est pas si souvent et il n’en parle pas ! Un comble !« .

Deux minutes, j’y viens. Mais que dire ? Tel le Bishop qu’il campait dans X-Men – Days of future past, il accomplit sa tâche sans départir, avec conviction et visiblement ravi d’être là, même si on a du mal à comprendre ce qu’il fait là. Son personnage, intéressant au demeurant, n’a pas eu droit au même traitement que les autres (en même temps, le background des personnages principaux ne les rends pas plus attachants. Néanmoins quelques lignes de dialogues supplémentaires auraient pu le sauver de la transparence). Plat et sans consistance du fait d’un manque d’intérêt flagrant des auteurs pour ce qu’il est (le side-kick de Pratt), Barry (un nom qui ne reflète absolument pas le fait qu’il soit français, ce qui ne laisse pourtant aucun doute) est une sorte de garniture ajoutée à la va-vite sur un plat sorti d’un micro-onde et abandonné au bord de l’assiette. Ce qui ne le rend pas inintéressant pour autant. Plusieurs détails laissent à penser que ce personnage a peut-être beaucoup plus à dire qu’on ne pourrait le croire au premier abord. Les rares scènes où on arrive un tant soit peu à le cerner (quand Owen convole avec Claire et cesse de le garder dans l’ombre), le potentiel insoupçonné de ce personnage s’agite un peu dans son sommeil, laissant entrevoir une personnalité familière du comportement des raptors (il est par exemple le premier à constater qu’ils communiquent avec l’Indominus), une sorte de Alan Grant aux connaissances certes moins encyclopédiques, mais parfois tout aussi pointues.

Évidemment, difficile d’en juger sur la foi de si peu d’informations. Le personnage disparaissant des écrans une bonne demi-heure pour ne réapparaître qu’à la fin (« Ouf, il s’en est sorti »).

Étrange film cependant où les seconds rôles semblent plus profonds que les premiers.

Indominus smash !

En réalisant le second meilleur démarrage de l’année derrière Avengers 2, Jurassic World affiche un succès insolent. Son budget mirifique a été remboursé en l’espace de deux jours d’exploitation, ce qui en fait certainement l’un, sinon Le Blockbuster de l’été. Et même s’il massacre allègrement l’œuvre originale (enfin, le livre surtout) qu’il repompe sans vergogne, on ne peut pas lui refuser cette couronne. Comparé à un Avengers 2 fleurant bon la tarte aux pommes de Grand Maman (Délicieuse, mais sans surprise, et elle vous la ressert à chaque fois que vous lui rendez visite), Jurassic World prend au moins l’initiative de faire relever la tête à une licence disparue en nous laissant un arrière-goût assez amer. Seul bémol, sa fin, trop ouverte pour ne pas appeler une suite. Reste à espérer qu’elle ne cédera pas aux sirènes de la facilité et de la surenchère. Car je doute que les fans pardonnent un Monde Perdu 2, avec pour seul intérêt de voir deux Indominus Rex pour le prix d’un. Mais si les fans commandaient, une suite de cet acabit n’aurait sans doute pas mis 14 ans à trouver le chemin des salles obscures.

Article rédigé par GBP

GAME OF THRONES SAISON 5 : LE BILAN

Voici venu le temps de faire le bilan ! ( air d’un générique d’émission pour enfants). Après 10 semaines de diffusion, la série phare de HBO, Game of Thrones, vient de clore sa cinquième saison avec un épisode suivis par près de 8,11 millions de téléspectateurs, battant ainsi le record d’audience de la série depuis son démarrage. Comme tous les ans, cette saison a été jalonnée de divers incidents ( la fuite des 4 premiers épisodes ainsi que d’éléments du final), polémiques et émois. Dans une histoire où rien n’est jamais certain et où tout le monde est menacé de mort, nous n’en attendions pas moins.

Les promesses et les effets d’annonce en amont ont été légion : bandes annonces épiques, affiches annonçant une rencontre entre Tyrion et Daenerys, Nikolaj Coster-Waldau ( interprète de Jaime Lannister) dévoilant sur le plateau de Jimmy Fallon que toute l’intrigue le concernant n’était pas issue de l’œuvre originale… La plus grosse information qu’il fallait retenir dans toute cette communication était que la série prendrait fin avec la saison 7, soit avant que Georges R.R. Martin ait lui même fini d’écrire ses livres. Pour atteindre ce but, il s’est résolu à dévoiler la fin de son histoire aux scénaristes afin que ceux-ci sachent dans quel sens aller. Nous verrons que cet ultimatum qui fixe la fin de l’histoire dans seulement 20 épisodes pose un problème non négligeable quant aux 10 que nous venons de voir.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il me semble essentiel de rappeler que nous ne parlerons ici que de la série. Non pas pour nier l’existence des romans ni leur importance, mais parce qu’une adaptation se juge en tant qu’œuvre à part et non pa r rapport à son matériau de départ. Le spectateur est sensé pouvoir comprendre et appréhender l’univers qui lui est présenté sans avoir à lire des milliers de pages au préalable. En revanche je ne saurais trop vous conseiller de vous pencher sur les livres tant nous avons affaire à un objet littéraire d’une rare qualité. Il est maintenant temps de dresser un bilan rapide de cette saison et de voir dans quelle mesure elle répond à tout ce que nous venons d’évoquer.

Une saison dominée par la religion et l’extrémisme

Si les saisons précédentes étaient orientées sur les intrigues politiques et meurtrières des nombreuses familles qui convoitent le trône de fer, cette saison voit l’émergence de deux principales formes d’extrémisme qui prennent leurs sources dans une société en perte de repères.

D’un côté, nous avons le Grand Moineau à King’s Landing, justement interprété par Jonathan Pryce, qui voit son nombre de fidèles s’agrandir de jour en jour dans les masses populaires de la ville. Il compte bien faire justice et rétablir la morale dans une ville où ne règnent que la luxure, l’inceste, le meurtre et la sodomie ( pour ne citer que les loisirs les plus sympas). Alors que le jeune roi Tommen Baratheon ne voit rien de cette tendance tant il est occupé à besogner sa nouvelle femme, Margaery Tyrell, ainsi qu’à gérer la guerre froide entre elle et Cersei. Cette dernière y voyant d’ailleurs une occasion en or de se débarrasser des Tyrrel qui commencent gentiment à la gonfler. Après tout, Loras est reconnu comme sodomite depuis bien longtemps et il court des rumeurs pas très jolies sur Margeary, alors pourquoi ne pas lâcher les chiens de la religion à leurs fesses et attendre tranquillement qu’il se fassent mordre ? Et c’est ce qui arrive, puisque les deux se font enfermer en attente d’un jugement. Cette intrigue est étrangement actuelle tant elle fait écho à la résurgence dans notre monde de la puissance des leaders religieux et de leurs idées d’un autre temps. Alors que Ser Loras, dans une scène du premier épisode, pense être tout à fait accepté et pouvoir vivre son homosexualité sans qu’on ne le blâme, il est vite rattrapé par la réalité d’un monde qui le considère encore à mots couverts comme déviant.

Le groupuscule des Fils de la Harpie forme l’autre extrémisme prenant de l’importance à Meereen. Même s’il semble descendre d’un ordre beaucoup plus ancien, il réapparaît en réaction à la décision de Daenerys d’abolir d’esclavage dans la cité. Dès lors, ses membres n’auront de cesse que de tuer à visage couvert et d’attenter à la vie de la Mère des dragons. Nous leur devons d’ailleurs l’une des plus belles scènes de la saison dans les arènes de Meereen à l’épisode 9 qui conclut la déchéance sociale de Daenerys.

Dans les deux cas, les conséquences des mouvements perpétuels et des crises politiques introduits dans les saisons précédentes se voient concrétisées dans ces deux formes extrêmes, l’une sociale et l’autre religieuse. Mais n’est-ce pas finalement un miroir du monde réel ? Au cours de l’histoire, n’avons nous jamais vu en période de crise le peuple se replier sur des valeurs religieuses et archaïques ? En ce sens, cette saison est assez réussie dans l’image qu’elle donne de notre réalité. Cependant, on ne peut pas crier à la réussite pour ce qui est de l’évolution des personnages et des intrigues.

Une saison de transition…encore !

On ne va pas se mentir, Game Of Thrones a toujours été une série qui prenait son temps pour faire évoluer ses intrigues, préférant l’ambiance feutrée et la subtilité des intrigues de couloirs aux gros effets qu’elle reléguait en guise de feux d’artifices finaux. Mais là, nous avons atteint des sommets d’immobilisme sur le développement des personnages comme rarement auparavant. Seuls deux personnages suivent une vraie évolution durant la saison, les autres sont en roues libres. Et ceci sans compter sur les personnages qui disparaissent totalement tel Brann que nous avions laissé volant tel un oiseau ( espérons qu’il ne se soit pas pris une montagne). Un des showrunners a expliqué cette absence par le fait qu’ils avaient atteint avec lui le bout de l’histoire qui était racontée dans les livres et qu’ils ne voulaient donc pas qu’il ait trop d’avance sur les autres.

Était-ce aussi le cas de Jaime Lannister, qui s’est vu affublé d’une intrigue dans laquelle les scénaristes semblaient peu investis ? Si le fait d’aller tirer sa fille des griffes des dorniens avant qu’ils ne vengent sur elle la mort de leur cher Oberyn pouvait être une bonne occasion de traiter la fibre paternelle de Jaime, il n’en est rien. Et le tout semble être une petite ballade de santé pour le personnage qui va prendre le soleil à Dorne pour en revenir avec sa fille et son nouveau beau-fils sous le bras aussi facilement qu’il y est entré. Seul le retournement final de cette intrigue justifie cette histoire car il augure d’une future vengeance des Lannister envers Dorne (du moins, si il sont un peu susceptibles). Mais 10 heures d’épisodes pour en arriver là, c’est tout de même beaucoup.

Même constat pour Cersei, Arya et Tyrion qui sont les trois déceptions de la saison. Cersei reste cantonnée dans son rôle de méchante intrigante et sa rencontre avec le Grand Moineau n’est qu’un moyen de plus pour arriver à ses fins. On aurait pu espérer une confrontation entre ses valeurs à elles et celles de la religion. Mais quand son plan machiavélique contre les Tyrell se retourne finalement contre elle (et oui, elle n’est pas toute blanche la colombe !), on peut aisément imaginer que la saison prochaine le personnage n’en sera qu’encore plus énervé et vindicatif. Bref, rien de nouveau sous le soleil. Quant à Arya, comme prévu elle arrive à Braavos pour y suivre son entraînement auprès des « sans-visage », espérant utiliser leurs techniques afin de réduire sa Hit List. Durant dix épisodes, elle lave le sol, fait les tâches ménagères et vends des huîtres, sans comprendre que devenir personne pour pouvoir être tout le monde exige de laisser de côté son identité. Cette intrigue n’avance pas, Arya en est au même point du début à la fin de la saison. Tyrion n’est cependant pas mieux servi. Il lui faut toute la saison pour accomplir le voyage jusqu’à Daenerys et se faire admettre dans son entourage. Plus de la moitié de l’histoire est consacrée à son périple qui ne rencontre aucun obstacle, ou plutôt chacun des obstacles s’avère ne pas en être un, se contentant de le rapprocher un peu plus de son but. C’est une saison croisière pour Peter Dinklage.

Les cas de Stannis et Sansa sont en revanche assez intéressants car ce sont sur leurs intrigues que ce sont cristallisées les deux polémiques de la saison. Autour de Sansa tout d’abord qui se trouve refilée par Littlefinger à Ramsay Bolton comme une vulgaire prostituée afin d’asseoir son autorité sur l’ancien fief des Stark. Lors de leur nuit de noces, Ramsay « viole » Sansa. Cette scène a fait hurler les téléspectateurs. Mais pourquoi ? Hormis le fait que ce soit à la gentille Sansa que cela arrive (et reconnaissons-le, elle a une vie pourrie), ce n’est pas le premier viol auquel on assiste dans la série. D’autre part, Ramsay est défini dès le départ comme un personnage tordu et volontiers violent quand il n’a pas ce qu’il veut. Les scénaristes n’auraient pas été logiques en nous épargnant cette scène qui semble couler de source. Et même si parfois ce monde rappelle le nôtre, il ne faut pas perdre à l’esprit que c’est un monde beaucoup plus sombre et médiéval dans ses codes de valeur. Il faut juger l’action dans la cohérence du monde dans lequel elle se situe et non dans lequel nous sommes. C’est sain que les gens soient choqués par un viol mais il ne faut pas lyncher les scénaristes parce qu’ils ont écrit cette scène. Ce qui aurait été beaucoup plus choquant, c’est que Ramsay soit un amant modèle. Et le problème est le même pour la polémique autour de Stannis. Il s’apprête à fondre sur Winterfell avec son armée pour reprendre le Nord mais l’hiver (qui a mis 5 ans à arriver) le freine. Quand il fait froid et qu’on a rien de mieux à faire, quoi de mieux qu’un barbecue propose Mélisandre ? Et tant qu’à faire un barbecue humain où on brûle la fille de Stannis comme offrande aux dieux pour qu’ils libèrent la voie. Ici ce qui a choqué c’est qu’on brûle une petite fille mais le problème est le même que pour Sansa. En revanche la scène est gênante pour une raison d’utilité. Comme la fille de Stannis ne nous a été présentée que peu de temps auparavant, il n’y a aucun facteur d’attachement. Donc on brûle juste une petite fille, pour l’image choquante que cela véhicule et là c’est plus gênant.

Les deux vrais points forts de cette saison sont Jon Snow et Daenerys dont les intrigues jouent aux montagnes russes jusqu’au dernier épisode qui les clôture de façon magistrale. De son côté, Jon Snow est toujours au Mur et milite pour que les « sauvages » soient rapatriés de l’autre côté afin qu’ils ne soient pas décimés par des Marcheurs Blancs de plus en plus présents. Si son idée ne fait pas l’unanimité auprès de ses camarades, sa nomination au titre de Lord Commandeur de la Garde de Nuit lui permet d’imposer son avis. Passé de l’autre côté du Mur, il affronte pour la première fois les Marcheurs et en ressort victorieux. Sa mission réussie, il rentre tout content au Mur où l’attend une très mauvaise surprise qui le laissera sans le souffle. De son côté Daenerys commence la saison sous de meilleurs auspices puisqu’elle est reine de Meereen, mais l’arrivée des Fils de la Harpie vont faire s’effriter tout son petit monde. De plus, deux de ses trois dragons qu’elle avait enfermé dans la saison précédente sont un peu rancuniers et en veulent à leur mère. Quant au troisième, il a tout simplement disparu dans la nature. Et elle va en subir des épreuves au cours de cette saison jusqu’à cette scène fabuleuse dans l’arène de Meereen où elle se retrouve encerclée par ses adversaires prêts à la tuer. Elle ne doit son salut qu’à un bon vieux Deus Ex Machina. Mais c’est sans royaume et au milieu de nulle part qu’elle se retrouve en fin de saison. Depuis la saison 1, elle n’avait fait que monter socialement et s’approcher un peu plus du but qu’elle s’était fixée : reconquérir le trône familial. En une saison tout s’est effondré et elle se retrouve au même stade qu’au démarrage de l’histoire, la naïveté en moins. Les deux personnages ont pensé se hisser, non sans mal, en haut de la chaîne alimentaire pour finalement se retrouver en bas par de mauvais choix et surtout des forces plus puissantes qu’eux. Et c’est ce qui en fait les personnages intéressants de la saison. Les autres ne sont à aucun moment mis en danger dans leurs positions ( à part Cersei mais l’épisode final s’empresse de renverser la vapeur). Jon Sow et Daenerys prennent tous les événements comme une bourrasque qui les met à terre.

En résumé, cette saison n’était pas si passionnante que cela. On pourrait me rétorquer que c’est une saison de transition mais c’était le même argument sur les précédentes. C’est assez paradoxal parce que les épisodes en eux-mêmes sont plutôt bien rythmés et sont loin d’être ennuyeux. Mais c’est l’arc global de la saison qui pèche. En ne proposant pas à leurs personnages de grosses avancées, de gros choix, les scénaristes perdent en puissance. Ce qui est inquiétant pour la suite c’est qu’il ne leur reste que 20 heures pour régler toutes les intrigues en suspens ET la menace des Marcheurs blancs. Ce n’est rien ! C’est l’équivalent d’une saison d’une série classique. Il ne va plus falloir perdre de temps et chaque épisode des deux prochaines saisons devra être une avancée vers le final de la série. Le seul risque, c’est qu’il faille utiliser de grosses ficelles et perdre en finesse, ce que les scénaristes ont déjà amorcé cette saison. Cependant, ne boudons pas notre plaisir, nous attendons avec grande impatience 2016 pour retrouver un show qui reste en haut du panier des séries de qualité.

Article Rédigé par FV

DOSSIER N°1 : JURASSIC PARK ( Partie 2)

Science sans conscience…

On a souvent reproché à Jurassic Park d’être inexact d’un point de vue scientifique. À ces détracteurs je suis forcé de répondre que oui, mais comme dans beaucoup de cas, il est nécessaire de nuancer les choses. Si bien des informations avancées par Michael Crichton, et par extension reprises par Spielberg, sont au mieux tendancieuses, au pire fausses, il convient quand même de les replacer dans leur contexte.

La paléontologie est un parent pauvre des disciplines scientifiques, de celles qui n’ambitionnent d’apporter à l’humanité qu’une seule chose : de la culture à l’état brut, sur une époque remontant à si loin dans l’histoire de notre planète qu’il n’y a pour ainsi dire rien à en apprendre qui puisse trouver une application concrète. L’industrie et les états n’ont que peu d’intérêt à vouloir la financer. À tort ou à raison, là n’est pas la question. Apparue au cours du XIXème siècle, ce qui en fait une discipline plutôt jeune, la paléontologie a connu son âge d’or au cours des années 1870 lors de la découvertes simultanées de nombreux gisements de fossiles aux USA. L’étude des dinosaures a cependant connu un engouement aussi rapide que fugace, la plupart des théoriciens de l’époque considérant les animaux qu’ils découvraient comme de stupides lézards finalement de fort peu d’intérêt, reléguant quasiment la discipline au rang d’extension de freak-show. Jusque dans les années 1970, l’étude des dinosaures stagne avant qu’une nouvelle génération de paléontologues n’entreprenne de remettre à plat la discipline et de lui rendre ses lettres de noblesse. Parmi les nombreuses découvertes et théories mises au jour, un modèle de la phylogénie dinosaurienne (clivage Saurichien/Ornithischien), la correction des erreurs anatomiques de leurs prédécesseurs et l’acceptation que ces « terribles lézards » n’avaient au final que fort peu de points communs avec les reptiles.

Si Crichton se base, à raison, sur les dernières découvertes à sa disposition, la trilogie Jurassic Park est malheureusement sortie à une époque où le regain d’intérêt pour la paléontologie en a fait la cible de tous ceux prompts à décocher leurs flèches sur les ambulances. Non, Jurassic Park n’est pas exact scientifiquement parlant, cependant, en regard des connaissances à la disposition de Crichton, il est indéniable que le livre est tout à fait cohérent, au même titre que le film.

Le seul reproche valable qu’on puisse faire à Jurassic Park d’un point de vue scientifique ne concerne que les vélociraptors. Tout le monde où presque connaît cette controverse qui veut que les fameux « raptors » de Spielberg n’en soient pas vraiment. En effet, le vélociraptor est une espèce de dinosaure connue de longue date et dont l’identité n’a jamais été sujette à controverse. De taille plutôt ridicule en comparaison de l’image que l’on se fait de la plupart des dinosaures (guère plus gros qu’un cygne), le vélociraptor présente une morphologie proche de celle qu’on voit dans le film. Il est vraisemblable que ce dinosaure chassait plutôt des lézards et des petits mammifères. Les créatures représentées par Spielberg sont semble-t-il plus proche du déinonychus, même s’ils sont représentés volontairement plus grands afin de paraître plus impressionnants. Mais si je choisis de revenir sur cette controverse bien connue, c’est afin de dédouaner en partie Spielberg. Car s’il s’est bel et bien fourvoyé en désignant ces créatures comme des vélociraptors, c’est aussi parce que Crichton s’est lui-même trompé (de bonne foi ou non, c’est difficile à dire) en désignant ces dinosaures d’environ 1m80 comme des vélociraptors. N’ayant jamais eu la prétention de faire un film exact, mais plutôt de coller au mieux à la trame de sa référence tout en racontant son histoire, Spielberg a vraisemblablement suivi les indications de Crichton. À moins de posséder quelques connaissances en la matière, il n’y avait aucune raison valable de le remettre en question.

Un film qui marque le pas

Jurassic Park est un film pétri d’erreurs et de faux-pas, d’un point de vue scientifique. Les dilophosaures (vous savez, ce petit raptor à double crête et à collerette qui glousse avant de dévorer Dennis Nedry) n’ont jamais été venimeux (ou du moins, n’a-t-on jamais pu prouver le bien fondé de cette théorie) et leur gabarit s’apparentait plutôt à celui d’un petit allosaure. Le tyrannosaure n’était probablement pas aussi facile à tromper que le Dr Grant l’avance. Certes, les mouvements brusques devaient vraisemblablement trahir ses proies, mais qui ne s’enfuirait pas de terreur devant un tel monstre. De là à penser qu’entamer une partie de 1,2,3 Soleil puisse vous sauver la vie, il ne faut peut-être pas pousser. Tout juste peut-on avancer qu’un tyrannosaure, dont les besoins en nourriture doivent s’élever à plusieurs centaines de kilogrammes de viande par jour, pourrait éventuellement peser le pour et le contre avant d’entamer une chasse effrénée pour un simple amuse-gueule.

Soit. Spielberg n’a pas été très rigoureux avec la paléontologie. Néanmoins, on ne peut pas dire qu’il ait aussi été rigoureux en réalisant E.T. Franchement, qui pourrait croire qu’une bande de petits aliens nudistes, aux bras malingres de surcroît, et incapables de se sortir d’une simple baignoire puissent construire un vaisseau spatial capable de surclasser la sacro-sainte vitesse de la lumière ? À mes yeux, c’est au moins aussi ridicule qu’un tyrannosaure incapable de discerner une proie qui ne bouge pas.

La véritable question est plutôt était-ce le but de Spielberg que de livrer un film rigoureusement exact ? Et clairement, on ne peut que répondre non. L’ambition de Spielberg était avant tout d’offrir un spectacle crédible. Pour ce faire, et comme l’a fait son comparse George Lucas une décennie auparavant, il n’a pas hésité à faire appel à des techniques de pointe, et pour certaines inédites, afin de donner naissance aux créatures de ses rêves, remisant définitivement au rang de curiosité la technique du stop-motion qui faisait la loi jusque là. Pour la première fois, un objet créé par ordinateur se montrait crédible à l’écran. Personne ne pouvait douter de la crédibilité du colossal T-Rex brisant son enclos, ni ne pouvait entendre son cri de triomphe sans sentir un petit frisson dans sa nuque.

La bête paraissait vivante et rares ont été les suiveurs de Spielberg, qui surfèrent sur la vague dinosaure, qui soient parvenus à un tel degré de crédibilité. Il aura fallu attendre 2003 pour que la BBC nous livre la splendide série documentaire Walking with dinosaurs pour obtenir un résultat comparable, soit 10 ans après.

Visiter Isla Nublar et mourir… ou pas

De tous les films de Spielberg, Jurassic Park est clairement mon préféré (en fait de tous les films que j’aie vu, il reste mon préféré), mais est-ce pour autant le meilleur ? Si on veut vraiment être objectif, il n’atteint clairement pas les sommets de symbolisme et de mise en scène d’un E.T. ou d’un Indiana Jones et la dernière croisade. Malgré ses erreurs manifestes, il reste néanmoins un divertissement d’une indéniable qualité, rempli de répliques à la fois drôles et pleines de sens, et aux effets spéciaux aussi frais qu’au premier jour.

Et lorsque l’hélicoptère emportant les survivants de l’enfer d’Isla Nublar s’éloigne vers les cieux crépusculaires, glissant paisiblement sur la douce mélodie composée par John Williams, un léger pincement devrait vous saisir au cœur. Comme un doute. Car au fond de vous, vous savez que quelque chose a survécu.

( A suivre)

article rédigé par GBP

DOSSIER N°1 : JURASSIC PARK ( partie 1)

Aujourd’hui, The Bright side of Art inaugure une nouvelle facette dans le paysage déjà très hétéroclite des sujets qu’il compte aborder au fil du temps. Après son premier éditorial et sa première critique, voici venu le temps de son premier dossier, et c’est à votre serviteur qu’il incombe de le rédiger.

Et quel dossier… Si l’éditorial et les critiques devaient être les premières dents de notre bébé (si vous me pardonnez cette métaphore facile), alors ce dossier est censé faire surgir de la frêle et délicate mâchoire de ce nouveau-né tout un râtelier de crocs aiguisés à faire pâlir d’envie un tyrannosaure. Plongeons-nous sans plus attendre dans le bassin aux mosasaures, et pour paraphraser John Hammond, « Bienvenue à Jurassic Park ».

Jurassic Park (1993)

Des sauriens et des hommes

Ah, Jurassic Park… Voilà bien un titre qui résonne en moi, me ramenant à une époque où savoir programmer l’horloge d’un magnétoscope faisait de vous l’équivalent d’un ingénieur et où il suffisait de mettre un CD ou une cartouche dans une console pour pouvoir jouer à un jeu-vidéo, sans passer ¾ d’heure à l’installer (Si, si, je vous assure). Bref une époque plus simple (Oui, je suis un vieux con, admettons).

Donc à cette époque, où je m’ébattais encore sur la moquette du salon en faisant s’entretuer gaiement une bande de pirates squelettes et des policiers en Légo au milieu d’une ville fleurie (hé oui, il fallait aussi inventer ces propres histoires, les coffrets Star Wars et Lord of the Rings n’étant apparus que plus tard), un de mes oncles avait tendu à mon intention la VHS d’un film enregistré sur la première chaîne à péage de France et ornée par la page du programme TV où s’étalait en grand la photo d’un brachiosaure. Sur sa tranche, un titre évocateur : Jurassic Park. Et là, en moins de temps qu’il n’en faut pour pour dire hétérodontosaurus, ma mère avait ôté de mes mains avides (ça va te faire peur…) un trésor que j’avais attendu toute ma vie. Un film avec des dinosaures dedans. Car oui, comme énormément de petits garçons, j’ai été passionné par ces « terribles reptiles » (par contre, comme fort peu de grands garçons, cette passion ne m’est jamais réellement passée).

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le cinéma n’a jamais réellement été tendres avec eux (ni aucun autre média non plus d’ailleurs, nous y reviendrons). À part La Vallée de Gwangi, un obscur western de 1969 où une bande de cow-boys capturent un tyrannosaure odieusement mal foutu tant d’un point de vue anatomique que cinématographique (oui, j’adore Wallace et Gromit mais non, le stop-motion n’aurait jamais dû sortir du carcan de l’animation) et des adaptations hasardeuses du Monde Perdu de Sir Arthur Conan Doyle, il faut bien dire que le dinosaure n’a que rarement eu les honneurs du cinéma (et ce ne sont pas les horribles Age of dinosaurs et Jurassic Attack qui viendront m’affirmer le contraire). Et quand il les a, à peu près, il reste cantonné à des seconds rôles (King Kong ou Voyage au centre de la Terre), un état où, il faut bien l’admettre, il faisait plutôt illusion. Comme le zombie, le dinosaure n’est souvent qu’une ombre du cinéma, un prétexte. Soit il offre platement un peu de sensationnalisme à peu de frais, soit il sert un propos plus vaste.

Crichton l’avait rêvé, Spielberg l’a fait

Commençons par le commencement. À l’origine de Jurassic Park, il y a avant tout Michael Crichton (1942 – 2008). Diplômé de médecine à Harvard en 1969 (où il payait vraisemblablement ses études en publiant des romans), Crichton (à qui l’on doit entre autres la série Urgences) a pendant près de 40 ans abreuvé les étals des librairies de best-sellers considérés par beaucoup comme des romans de gare. Jurassic Park est l’un d’entre eux. Mais si Crichton n’a jamais eu les prétentions d’un Victor Hugo, il n’en demeurait pas moins unique en son genre. Le style Crichton est simple, sans chichi, voire sans élégance particulière, mais rigoureusement documenté. Qu’il s’attaque aux dérives de la génétique (Jurassic Park ou Next), au réchauffement climatique (État d’urgence) ou au voyage temporel (Prisonniers du Temps), Crichton se documente, analyse, compile, pour finalement plonger son lecteur au plus près de la situation qu’il décrit, au point parfois de noyer son lecteur sous un flot de culture scientifique. Un livre de Crichton se vit souvent comme un magistral cours de science de faculté. On sent l’indéniable intérêt que l’auteur a pour son sujet, mais on se rend assez vite compte que la forme sous laquelle cette connaissance nous est livrée se révèle parfois indigeste et pataude.

Jurassic Park n’échappe pas à ce style reconnaissable. Pétri de théories et de concepts parfois abscons pour le profane, ses pages nous distillent bon nombre de graphiques, de chromatographes et de fractales, des documents devenant de réels éléments de narration pour peu qu’on parvienne à les comprendre un tant soit peu. Ainsi, les différentes fractales présentées par Crichton à travers Ian Malcolm illustrent de manière claire que le chaos qui agite le parc ne pourra aller qu’en grandissant, jusqu’à un point de non-retour où reprendre le contrôle sur lui sera impossible. En cela, Jurassic Park est un essai sur la résonance du chaos autant qu’un thriller de haute volée qui nous plonge dans les méandres de la concurrence acharnée que se livrent International Genetics (InGen, société de Jon Hammond, qui prendra de l’importance dans le second opus) et Biosyn (sa concurrente désireuse de s’emparer de ses précieux secrets). Une intrigue biotechnologique réduite à son plus strict minimum par Spielberg, lequel s’en serait sans doute volontiers débarrassé si Dennis Nedry, la taupe de Biosyn, n’était pas l’indispensable rouage de la chute du « Parc Jurassique » imaginée par Crichton.

De l’autre côté de la clôture électrifiée

Avant même que les presses ne commencent à en imprimer le premier exemplaire, Jurassic Park attise déjà les convoitises d’Hollywood. C’est finalement Universal qui prend l’initiative d’investir dans les droits cinématographiques de Jurassic Park avant sa publication, capitalisant sur les précédents succès de Crichton, mais attendra plus de 2 ans avant de transformer l’essai. Confié à Spielberg, le projet (accepté en échange du financement de La Liste de Schindler) mettra la pédale douce sur le technothriller pour se centrer sur John Hammond et sa chute en tant que créateur, tout en respectant peu ou prou l’histoire développée par Crichton.

Les modifications apportées par Spielberg se trouvent moins dans le scénario (certes adapté pour coller au mieux au format cinéma) que dans l’utilisation qu’il fait des personnages. Si l’on se penche sur le cas de John Hammond, on remarque que son côté papa-gâteau a été exacerbé pour les besoins de ce film étrangement plus intime qu’on pourrait le penser. De par son attitude de créateur parti de rien ou si peu, et sa volonté d’offrir au monde le spectacle merveilleux de ses créations, Spielberg pose clairement Hammond comme son alter-ego, sans pour autant expliquer le chemin qu’a dû emprunter le petit immigrant écossais pour partir d’un cirque de puces et gagner le sommet d’une des plus grandes entreprises de bio-ingénierie (un écueil que Crichton a évité en passant sous silence l’ascension de John Hammond). Ne boudons cependant pas notre plaisir devant l’interprétation sans faille du regretté Richard Attenborough qui nous campe un personnage tout en nuances, à la fois exigeant et paternel, rigoureux avec ses collaborateurs et pourtant presque infantile lorsqu’il regarde sa création.

Hammond n’est cependant pas le seul à avoir connu des ajustements en passant du livre à l’écran. Ses petits enfants, Alexis « Lex » et Tim Murphy ont également été modifiés. Alors que Tim est l’aîné dans le roman, cette situation est inversée dans le film, sans doute par souci d’équilibre entre les deux personnages. Là où Lex et sa balle de baseball n’apportaient qu’un intérêt relatif dans le roman, passer de la cadette à l’aînée en acquérant les compétences informatiques de son frère lui donne une réelle profondeur. Certes, cela ne fait qu’établir un équilibre binaire un peu artificiel. Lex devenant une fille pragmatique, enfermée à longueur de journée devant son ordinateur, s’opposant ainsi à Tim, qui perd son côté « je-sais-tout » au profit d’un tempérament rêveur et habitué au grand air. On ne peut cependant pas reprocher à Ariana Richards et Joseph Mazzello de tenir leur rôle avec brio.

Cependant, ces changements sont fort peu de choses à côté de ceux subis par le personnage principal de cette épopée en territoire hostile. Le Dr Alan Grant de Crichton se révèle en effet passablement éloigné de celui dépeint par Spielberg. Originellement inspiré par le paléontologue Jack Horner à qui il doit sa barbe, son côté méticuleux et son caractère enjoué, Grant par Spielberg prend des faux-airs d’Indiana Jones, à qui il emprunte son chapeau de cuir mou et son caractère bourru. Mais si adapter le physique d’un personnage afin de le faire coller aux impératifs de la production cinématographique est compréhensible, Grant développe dans le film deux traits aux antipodes de la vision de Crichton. D’abord une aversion pour les enfants, ce qui rend l’excursion forcée en compagnie de Lex et Tim que plus cocasse, alors que le Grant du roman se révèle au contraire très prévenant envers eux, et toujours prêt à leur accorder du temps. Vraisemblablement pour contrebalancer le caractère donné à John Hammond. Ensuite, que dire de cette apparente lassitude envers son métier qui l’habite d’un bout à l’autre du film, et que seule la présence de sa collègue, le professeur Ellie Satler, semble atténuer. Satler se révèle par ailleurs l’unique moteur de Grant au cours du film, provoquant successivement les situations qui le feront progressivement évoluer (comme les dinosaures qu’il soupçonne avoir évolué vers les oiseaux) et le rapprocher des enfants qu’il a en horreur. Difficile de croire que ces deux-là ne finissent pas ensemble (nous y reviendrons dans la partie abordant Jurassic Park 3) au terme de l’aventure malgré tous les signes pourtant flagrants qui nous sont envoyés.

De tous les personnages principaux, seul Ian Malcolm, le mathématicien émérite, sarcastique (voire cynique) et un poil déjanté, ne connaît que fort peu d’évolutions, même si le film lui offre beaucoup moins d’occasions de faire étalage de ses connaissances, contrairement au livre, où Malcolm est en quelque sorte une caution scientifique, un antagoniste familier de Hammond qui justifie sa présence par un côté mouche du coche.

( A Suivre)

Dossier rédigé par GBP

Le Retour des tomates tueuses (1988)

Comédie absurdo-horrifique de John De Bello

1h38

Voilà 10 ans que la célèbre guerre des tomates a eu lieu ! 10 ans que le gouvernement américain a interdit leur existence afin qu’un tel drame ne se reproduise plus. 10 ans que le héros de guerre Wilbur Finletter a ouvert sa pizzeria 100 % sans tomates. Mais c’était sans compter sur le terrible Dr. Gangrène et son assistant Igor qui préparent dans l’ombre leur revanche pour qu’enfin le monde connaisse l’avènement des Tomates.

Parodie ou vrai nanar ?

Oui, le résumé de ce film n’est pas vendeur. Une telle histoire ne pourrait aboutir qu’à un navet qu’on ne diffuserait même pas à son pire ennemi, par peur de contrevenir à la convention de Genève. Cependant, ce serait une grosse erreur de juger ce film à son titre grotesque ou à son scénario qui l’est tout autant. Vous n’avez sûrement pas vu le premier opus sorti 10 ans plus tôt, L’Attaque des tomates tueuses. Vous avez probablement raté ses suites aux titres évocateurs : Les Tomates tueuses contre-attaquent et Les Tomates tueuses mangent Paris. Mais ce serait franchement dommage de rater celui-ci qui, dans son genre, est un petit bijou.

Mais quel est son genre, me direz-vous sur un ton un peu sarcastique et agacé ? Dans un premier temps, je vous répondrais que votre scepticisme ne justifie pas de m’agresser verbalement et que ne nous sommes point chez votre grand-mère : « Non mais comment tu me parles ? Tu t’es cru chez mémé ! ». Puis, je reprendrais mon calme et dirais que le film de John De Bello est dans la droite ligne des Zucker-Abraham-Zucker tel que Y-a-t-il un pilote dans l’avion ?. Nous sommes dans une parodie complète et assumée du film de série Z. Le réalisateur et scénariste rend hommage à tout un genre de cinéma qui se soucie moins de la vraisemblance que du fait de respecter un budget souvent mince. On dit parfois que les contraintes financières aident les réalisateurs à se dépasser du point de vue de la créativité et de l’imagination. C’est une réalité, mais hélas ce n’est pas toujours pour le meilleur. Et c’est à ces « mauvais films » de science-fiction et d’horreur que rend hommage John De Bello.

Le film s’ouvre d’ailleurs sur une émission de télévision diffusée en nocturne qui propose à ses rares spectateurs insomniaques de leur présenter un nanar nommé : Le Retour des tomates tueuses. C’est une mise en abîme. Le film que nous allons voir est un film dans le film. Par ce biais, De Bello assume le second degré puisqu’il fait dire à ses personnages que ce que nous allons voir est mauvais. Une fois ce postulat posé, tout est possible et le pire est à craindre : une tomate poilue mutante qui parle, une tomate qui prend forme humaine, un serpent qui miaule, un expert en camouflage déguisé en tomate… Rien ne sera épargné au spectateur dans le gag absurde et délirant.

Une critique du monde du cinéma

Mais c’est dans ses gags, qui cachent une vraie critique, et un certain recul aussi que ce film atteint des sommets. Alors que l’homme de main du Dr Gangrène s’apprête à monter dans un camion pour poursuivre un autre personnage, il s’arrête en pleine action pour demander aux passants qui le regardent s’il y a déjà eu une course poursuite. Les passants lui répondent alors « Non, et ça fait déjà trente minutes que le film a débuté ». Igor monte alors vivement dans le camion, démarre et…fonce dans le mur juste devant lui qui l’interrompt dans sa course folle. Les passants soulignent alors :

« _ c’est la course poursuite la plus courte que j’ai vu !

_ Bah oui, mais ils n’ont pas de budget ».

Allons un petit peu plus loin dans le film, lorsqu’une scène est interrompue par le réalisateur lui-même car il n’a plus de budget pour tourner la suite. Après une longue discussion, un des acteurs ( Georges Clooney himself), déclare «  On est dans les années 90 ! Quand on veut boucler un film, on fait du placement de produit ! ». C’est tout un fonctionnement des mécanismes hollywoodiens qui est ici parodié. Celui des scénarios cousu de fil blanc où il y a forcément une course poursuite dans la première partie du film, afin que le public ne s’ennuie pas. Celui des films où le héros s’arrête lors d’un combat dantesque contre des Transformers pour siroter une bière avec le logo en gros plan.

Un divertissement réussi et mésestimé

Le retour des tomates tueuses est une comédie jouissive et franchement réussie. On y rit beaucoup, les dialogues fusent et visent juste, même quand ils se veulent stéréotypés. Georges Clooney a coutume de dire que ce film est mauvais et qu’il ne l’assume pas. Mais à force de dévaluer lui-même tous les films dans lesquels il a tourné, on peut finir par se demander s’il a un jour fait de bons choix au cours de sa carrière. Cette critique est volontairement évasive quant au développement de l’histoire et de ses personnages car c’est aussi ce qui fait le sel de ce genre d’histoire : comment l’absurde et la folie du scénario se ramifie jusque dans ceux qui l’habitent.

Comme souvent au cinéma, tout est une question de positionnement. Si on prend le film au premier degré, on tient là un navet digne de Ed Wood. Mais serait-il devenu aussi culte s’il était si mauvais que cela ? En revanche, si on le regarde tel qu’il est présenté dès les premières images, comme une parodie de mauvais film, il est plutôt réussi dans son genre et remplit très bien son office. Alors saisissez-vous du DVD, commandez une bonne pizza, invitez quelques potes et passez une bonne soirée. Et ne vous avisez plus d’avoir ce ton méprisant avec moi quand je vous parle de cinéma culte !

article rédigé par FV

Ex Machina ( 2015)

Science-Fiction, Un film de Alex Garlandhttps://notjustpumpkinbread.files.wordpress.com/2015/01/ex-machina-poster-v02.jpg

avec Domhnall Gleeson, Alicia Vikander

1h48

Caleb Smith, jeune programmeur au bas de l’échelle de la plus grande entreprise d’informatique au monde, remporte le premier prix de la loterie interne de sa société : Une semaine en compagnie de son mystérieux patron, Nathan, qui vit en ermite dans un complexe perdu au milieu de nulle part. Il le convie alors à participer à une fascinante expérience en la personne d’Ava. Une expérience qui pourrait bouleverser l’avenir de l’humanité… et le sien.

Les marionnettes et leur marionnettiste.

Les apparences sont trompeuses. Elles l’ont toujours été et elles le seront sans doute toujours. En apparence, Ex Machina pourrait être une énième itération sur le thème de l’Intelligence Artificielle, avec son lot de poncifs sur le robot qui se découvre une sensibilité auprès du jeune héros naïf. Ou pire, un simple prétexte pour apprécier l’avantageuse plastique de son héroïne synthétique. Mais il n’est rien de tout cela dans Ex Machina.

Certes les choix de mise en scène d’Alex Garland suffisent à plonger le spectateur dans des séquences d’un érotisme aussi sage que glaçant tandis que la splendide Alicia Vikander brouille admirablement les pistes.

En face d’Ava, les autres personnages peinent cependant à atteindre la même profondeur humaine que l’androïde. L’inquiétant Nathan tout d’abord, archétype facile du PDG prodige et arrogant pétri d’un alcoolisme tout aussi facile. Le naïf Caleb ensuite, que même son passé tragique ne parvient pas à sauver d’une platitude certaine.

Par chance, Ex Machina possède d’autres atouts que ses personnages stéréotypés, parmi lesquels son atmosphère froide et contenue ainsi que son scénario habile distillé avec brio. Certes, nous sommes relativement loin d’un thriller aussi bien ficelé qu’un rôti de veau, mais dans ce jeu de manipulation où tout le monde joue avec tout le monde, difficile de savoir qui est noir et qui est blanc.

4 Nuances de gris.

Dès les premières minutes, Alex Garland annonce la couleur. Ce sera le gris. Gris comme les murs du bunker dans lequel Caleb se retrouve prisonnier volontaire (On notera par ailleurs la séquence qui amène Caleb au bunker, et à la musique qui accompagne son entrée, terriblement proches d’un certain Jurassic Park. Possible clin d’œil à John Hammond, lui aussi malheureux créateur dépassé par sa création), gris comme le châssis en fibre de carbone d’Ava, gris encore comme les intentions de Nathan à leur égard, gris toujours comme la présence mutique et fantomatique de Kyoko, la domestique des lieux. Tout reste très flou jusque dans la dernière demi-heure, et pourtant, difficile de s’en plaindre car il n’est pas ici question de débattre de l’utilité de l’Intelligence Artificielle ou des projets de son créateur.

Car tout l’enjeu du film ne tourne qu’autour du fameux Test de Turing. À savoir, essayer de s’assurer qu’Ava est bien une intelligence consciente et non un programme feignant la conscience. Et de ce point de vue, difficile de ne pas prêter à Ava des aspects définitivement humains, plus encore à mesure que son créateur révèle ses côtés inhumains. Et au milieu de tout ça, Caleb se débat entre son attirance pour Ava et son inconsciente fidélité au genre humain. Au point de le faire douter de sa propre condition d’humain.

Imparfait, mais malin.

Turing, Asimov et Oppenheimer sont dans un bunker…

Ex Machina est une œuvre singulière. Son entrée en matière rapide et sans fioriture nous plonge directement dans le vif d’un sujet complexe qu’elle rend accessible. Certes, le réalisateur ne s’appesantit que peu sur l’aspect technique, ce qui aide grandement à garder en vue les thèmes principaux de cette fable cruelle, l’intelligence et la survie.

Le cas d’Ava est intéressant, car elle est une des rares intelligences artificielles de notre culture dont les intentions ne soient pas hostiles envers son créateur ou l’humanité en général (à l’instar d’un certain Ultron par exemple). Au contraire, elle s’avère être sûrement la plus humaine de toutes. Car comme le dit si justement l’affiche originale, il n’y a rien de plus humain que d’être prêt à tout pour assurer sa survie. Même les actes les plus bas se justifient alors.

Ex Machina est un jeu de manipulation subtil, qui surfe sur l’actualité scientifique des dernières années (les rachats compulsifs menés par Google sur les entreprises et start-up en rapport avec la robotique et l’IA), ainsi que sur les interrogations philosophiques intrinsèques à la création d’intelligences artificielles, de plus en plus pressantes à mesure que l’échéance se rapproche. En cela, ce film se démarque par une vision moins catastrophiste qu’à l’accoutumée, tout en instillant une petite paranoïa chez le spectateur. Pas au point de dévisager avec méfiance le moindre humain que l’on croise à la sortie de la salle, mais suffisamment pour s’interroger.

Peut-être croiserez-vous un jour une Ava au détour d’une rue ou en descendant du métro. Si j’étais vous, je ne m’en inquiéterai pas… à moins qu’une conversation finisse par s’engager.

article rédigé par GBP

De la pertinence du téléchargement illégal ?

A l’heure où j’écris ces lignes, qui inaugureront, je l’espère avec panache, ce site voué à couvrir la variété que peuvent nous offrir chaque jour l’art et la culture, une série occupe l’esprit de très nombreux spectateurs du monde entier : Game of Thrones. Si vous ne faites pas partie des millions de personnes qui se soucient des intrigues politico-meurtrières de Westeros, il est en revanche fort peu probable que vous n’en ayez jamais entendu parler. Avec son statut de série la plus regardée et la plus téléchargée illégalement, la saison 5 de la fiction phare du tout-puissant network américain HBO est plus que jamais sous le feu des projecteurs. Si j’en parle ici, ce n’est pas tant pour la série en elle-même (la saison est toujours en cours et j’aurais largement le temps d’en reparler) mais pour les questions qu’elle soulève quant à l’évolution de notre relation aux œuvres de fictions, et aux séries plus particulièrement. Nous nous pencherons aujourd’hui plus précisément sur la question sensible du téléchargement illégal. Si cette question est commune à toutes les séries ayant une large base de fans à travers la planète, elle s’est cristallisée après un événement qui a touché Game of Thrones à quelques jours du démarrage de cette saison.

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Alors que la tension était à son comble et que HBO faisait monter la pression à grand renfort d’affiches et de bandes annonces tonitruantes, les 4 premiers épisodes ont fuités sur le net et ont immédiatement été téléchargés par des millions d’internautes. Mon but n’est pas de porter un jugement envers le téléchargement en tant que tel (j’ai moi-même été un fervent partisan de la licence globale afin que les artistes récupèrent un peu du fruit de leur labeur). Je me pose plutôt la question de sa pertinence à l’heure actuelle. En effet, l’argument majoritaire qui a été avancé pendant des années est le décalage de la diffusion française. Il fallait attendre parfois plus d’un an pour pouvoir avoir la suite des aventures de ses héros préférés. Et si on espérait avoir le choix de la langue, c’était raté. C’était VF et rien d’autre ! Ce n’était pas forcément un choix des programmateurs mais plus une contrainte technique étant donné que seule l’émergence de la télévision numérique a permis la diffusion des versions multilingues. Il fallait alors attendre longtemps pour espérer entendre la voix de ses acteurs favoris sur support dvd.

Mais plusieurs révolutions sont passées par là : l’apparition de la Version Multilingue et surtout l’émergence de chaînes à péage comme OCS ou Canal +. C’est d’ailleurs cette dernière qui a ouvert la voie en réduisant le délai entre la diffusion américaine et la diffusion française. En effet, la dernière saison de Desperate Housewives a été mise à l’antenne seulement 6 mois après son démarrage aux Etats-Unis. Puis ce fut la mise en place du US+24 sur de nombreuses plateformes qui proposèrent les épisodes en VOSTFR le lendemain de leur diffusion US. Ce genre de pratique n’est pas l’apanage que des services payants, même s’ils disposent d’une plus grosse force de frappe servie par des budgets conséquents. En 2013, France 4 crée l’événement en diffusant en simultané avec la BBC l’épisode spécial du 50ème anniversaire de Doctor Who. OCS enfonce le clou en diffusant chaque semaine en direct l’épisode de Game Of Thrones et en replay à tout moment, pour un peu moins de 13 euros par mois. Même si on le sait moins, les chaînes historiques ne sont pas en reste et une grande majorité des séries sont disponibles en US+24 : Arrow, The Flash, Grey’s anatomy, Gotham (TF1VOD dont les tarifs sont plus élevés à 1,99€ l’épisode), Castle (Itunes qui fait des packs pour la saison au prix d’un coffret dvd habituel) et bien d’autres encore.

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Où est-ce que je veux vous emmener me direz vous ? Tout simplement à la conclusion qu’on peut comprendre la colère de HBO face à ce piratage massif de leur série phare. Alors que tous les moyens sont mis en œuvre pour permettre la diffusion des séries au plus grand nombre, certains se targuent d’avoir pu les voir en priorité et de plus gratuitement. C’est comme si un voleur déclarait ses larcins à qui voulait l’entendre. Ne soyons pas naïfs, HBO voit surtout de l’argent qui ne tombera pas dans sa poche. Mais je ne peux pas m’empêcher d’y voir un manque de respect manifeste des créateurs et de la chaîne artistique qui produit cette belle histoire. D’une part financièrement, car même si ce n’est pas l’argent qu’on donne à OCS qui est reversée directement aux producteurs et scénaristes, c’est en revanche celui des droits que paye OCS pour diffuser la série qui le permet. Si le diffuseur achète les droits d’une série à perte parce que personne ne la regarde sur sa chaîne mais en téléchargement illégal, quel intérêt trouverait-il à investir dedans ? Ce seront alors tous les maillons qui casseront uns à uns pour aboutir à l’annulation du show.

D’autre part, c’est le principe même de l’écriture sérielle qui est remise en question. Les scénaristes conçoivent une série faite pour se dévoiler sur plusieurs semaines et vous tenir en haleine. Dès lors qu’on se jette sur les épisodes à la suite, la saveur n’est pas moins bonne mais l’effet et le plaisir en sont moins durables. Cela se mue en plaisir d’avoir l’impression de savoir avant les autres ce qu’il va se produire : un sentiment de supériorité. De là naît un fléau des temps modernes : LE SPOILER. Mais ce sera l’objet d’un prochain édito.

article rédigé par FV