LA CONVERSATION de Jean D’ORMESSON au théâtre du gymnase Marie-Bell

La Conversation

Une pièce de Jean D’Ormesson

Avec Aurélien Wilk et Alain Pochet

Mise en scène d’Alain Sachs

Jusqu’au 31 Janvier 2019

Au Théâtre du Gymnase Marie Bell

Une très belle pièce pour bien commencer l’année 2019 ! 

La relation entre Bonaparte, 1er Consul et Cambacérès, 2nd Consul, est un mélange d’espièglerie et de respect. Les deux acteurs incarnent parfaitement leur personnage et nous emportent avec eux.  

Tous les ingrédients sont réunis pour passer une grande soirée. Le texte est un petit bijou avec une base historique remplie de malice et de bons mots. On voudrait que la pièce ne s’arrête pas tellement le texte est fluide et nous emporte dans cette nuit où Bonaparte fait part à Cambacérès de son nouvel objectif, celui de se faire couronner Empereur. 

Que dire de la mise en scène d’Alain Sachs qui contribue aussi grandement à nous plonger complètement dans l’atmosphère de cette nuit.  

Si vous avez aimé des pièces telles que Signé Dumas ou Céliméne et le Cardinal, vous ne pourrez qu’être conquis par La Conversation au théâtre du Gymnase Marie-Bell. 

Et en petit bonus, si vous souhaitez un bon restau italien dans le coin, je vous conseille Pratolina à 100 mètres du théâtre. 

Un article de Claire Vellard 

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Un film pratiquement parfait en tout point

Le Retour de Mary Poppins (2018)Résultat de recherche d'images pour "le retour de mary poppins"

Mary Poppins returns

Un film de Rob Marshall

Avec Emily Blunt, Lin-Manuel Miranda, etc

Sortie le 19 Décembre 2018

Distribué par Walt Disney France

Dans le Londres de la Grande Dépression, Jane et Michael Banks ont bien grandis depuis leur rencontre avec Mary Poppins. Jane a pris le relais de sa mère et lutte pour les droits des ouvriers. Michael, quant à lui, vit toujours au 17 Allée des Cerisiers avec ses trois enfants dont la mère est décédée. Il est devenu artiste peintre mais travaille en parallèle dans la banque de son père pour entretenir son foyer. Mais l’argent vient quand même à manquer. Michael a contracté un gros prêt qu’il doit rembourser d’ici la fin de la semaine au risque de perdre sa maison. C’est alors que Mary Poppins décide de pointer le bout de son parapluie.

Il est beaucoup reproché à Disney, ces dernières années, de ne plus offrir des films live originaux. De fait, le studio a lancé une grande campagne de réinterprétation de ses grands succès animés en films « de chair et d’os » pour des résultats très variable. Et ce n’est pas près de s’arrêter. On voit Aladdin, Dumb oet Le Roi Lion approcher dangereusement de nos côtes tandis que Lilo et Stitch apparaît à l’horizon. Quand ils prennent le risque d’offrir une histoire originale, le long métrage ne trouve pas son public : A la poursuite de demain, Un Raccourci dans le temps ou le récent Casse-Noisette et les quatre royaumes.

Mais comment faire lorsqu’on veut reprendre un immense succès du studio qui est déjà un film live ? On ne va pas en faire un film d’animation. Le problème est d’autant plus épineux quand il date de 1964 et que les créateurs d’origine sont quasi tous morts. Il reste la possibilité de faire un reboot. C’est une solution de facilité pour actualiser les films et conquérir un nouveau public. Sinon, on peut faire un sequel qui, bien souvent, est juste une occasion de bourrer le film de clins d’œil. Dans les deux cas, c’est s’exposer à la vindicte des fans du premier film. Ce qu’on pourrait maintenant appeler « un effet Star Wars episode VII ». C’est peu dire qu’on attendait Le Retour de Mary Poppins avec une mitrailleuse.

On ne va pas faire durer le suspense plus longtemps : le film est une réussite malgré des facilités scénaristiques évidentes. Le scénariste, David Magee, reprend la structure du film original de façon quasi identique. L’enchaînement des événements est le même : on retrouve une séquence animée au même endroit, une autre avec les allumeurs de réverbère qui fait écho à celle des ramoneurs, etc. On en vient parfois à penser que certaines pages de scénario ont été réutilisées. Pourtant, l’ensemble est frais et regorge de variations intéressantes. C’est finalement une méthode efficace pour satisfaire le public amateur du film de Robert Stevenson.

Magee a modernisé l’écriture en ajoutant des éléments qui n’étaient pas présent dans le film original : un antagoniste fort et les enfants de Michael qui sont les vrais moteurs de l’intrigue. Mary Poppins est également beaucoup plus active. Elle intervient physiquement pour régler les problèmes alors qu’elle ne faisait que les influencer dans le premier. Ce n’est pas un problème, ni une trahison. C’est une évolution naturelle des choses.

L’autre aspect qui était en droit de nous inquiéter aurait pu faire plonger le film dans l’oubli immédiat : Disney a confié la réalisation au tâcheron Rob Marshall. Pour le studio, il avait déjà assassiné Pirates des Caraïbes IV : La Fontaine de jouvenceet Into the woods. Il nous avait aussi infligé Nine. On en venait à se demander si Chicagon’était pas un fruit du hasard. Dans Le Retour de Mary Poppins, le studio semble l’avoir muselé et cela rend l’ensemble agréable à regarder. La mise en scène n’a rien d’originale ou marquante mais elle est fonctionnelle. La beauté des décors et l’énergie des numéros musicaux prennent le relais et font du film un bonheur de chaque instant. On aurait cependant aimé que la caméra accompagne la folie de ce qu’elle filme. Mais ce n’est que pinaillage.

La partition de Marc Shaiman (compositeur, entre autres, de Hairspray) est enthousiasmante et reste en tête facilement. Il a le bon goût de s’inscrire dans le même registre musical que la musique des Frères Sherman en 1964. C’est gai, pétillant et donne envie d’applaudir à la fin de certains numéros.

Le dernier défi était le casting. Emily Blunt reprend le rôle avec finesse et respect pour le travail de Julie Andrews. Elle y apporte une raideur et une malice rafraîchissante. Elle arrive à convaincre dès sa première apparition à l’écran. Elle trouve dans Lin-Manuel Miranda un sidekickmasculin parfait. Son chant et son jeu sont pleins de reliefs. On espère le revoir bien vite sur les écrans.

Le Retour de Mary Poppins est le film idéal pour les fêtes de fin d’année. Il ne trahit jamais son matériau d’origine et lui offre une suite de grande qualité. Il s’offre le luxe de fourmiller de clins d’œil et de caméos réjouissants et émouvants. En revanche, ne vous attendez pas à trouver Julie Andrews. Elle a refusé l’invitation pour éviter qu’on se focalise sur son cameo plutôt que sur Emily Blunt dont la tâche était déjà compliquée.

Un article de Florian Vallaud

To be continued…

Culturotopia, c’est un site né de l’envie de partager l’amour des œuvres artistiques de tous bords, de mettre sur un pied d’égalité les démarches exigeantes et le divertissement. C’est la volonté d’abolir une hiérarchie idiote entre ce qui serait de la culture et ce qui ne le serait pas. Enfin, c’est le désir insatiable de donner une vitrine aux jeunes créateurs, ceux à qui à la presse traditionnelle n’ouvre pas encore ses portes.

Depuis plus d’un an, vous avez été de plus en plus nombreux à nous suivre et à partager nos coups de cœur et nos coups de griffe cinématographiques ou littéraires. Nous avons découvert des artistes qui nous ont enthousiasmés et bouleversés. Nous avons soutenu, avec nos humbles moyens, des spectacles auxquels nous croyions. Nous vous avons fait vivre le festival d’Avignon qui a été l’occasion de belles rencontres avec des équipes passionnées et passionnantes.

 Mais comme vous avez pu le remarquer depuis quasiment un mois, le rythme s’est drastiquement ralenti. Les raisons sont multiples. L’équipe de Culturotopia se résume à trois personnes : Guillaume Boulanger-Pourceaux qui se charge particulièrement du cinéma et des bandes dessinées, Quentin Gabet qui s’occupe des réseaux sociaux et nous fait parfois l’honneur de sa plume et, enfin, votre serviteur plus spécialisé en spectacle vivant. Le succès croissant, les sollicitations du monde culturel se sont multipliées. C’est beaucoup d’honneurs pour un petit site comme le nôtre. Seulement, il y a un revers de la médaille.

Tenir un tel site demande beaucoup de disponibilité et d’énergie. Je ne les ai plus pour le moment. Pleins de beaux projets artistiques monopolisent mon attention, et leur accomplissement passe par une abnégation totale. Il va donc me falloir réduire mon temps de travail sur Culturotopia pour le transférer sur d’autres choses qui, je l’espère, vous contenteront également : pièce de théâtre, court métrages, etc .

Mais il serait dommage de mettre fin à une si belle aventure alors qu’elle ne fait que décoller. Puisque son but d’origine est de donner la parole à de nouveaux créateurs, pourquoi ne pas le faire pour de nouvelles plumes. Culturotopia pourrait ainsi être la vitrine de nouveaux auteurs, de nouveaux critiques cinéma, théâtre, littérature, etc. Cela me semble être la condition sine qua nonde sa survie.

Pour le moment, nous allons faire une pause jusqu’à pouvoir revenir plus grands et, on l’espère, plus forts. Si l’envie vous vient de vouloir contribuer au site bénévolement, n’hésitez pas à nous contacter à culturotopia@gmail.com. Nous discuterons avec plaisir de cette éventualité.

Comme le disait la chanson : « Ce n’est qu’un au revoir ». Merci de votre soutien jusqu’à maintenant. Prenez soin de vous et n’oubliez pas que la culture est le remède contre toute forme de fascisme.

Florian Vallaud

Entretien avec un humain

L’Odyssée d’HakimRésultat de recherche d'images pour "l'odyssée d'hakim tome 2"

Bande-Dessinée

Par Fabien Toulmé

Édité par Delcourt

Sortie le 29 Août 2018

 

Au travers d’une série d’entretiens, Fabien Toulmé a mis en image le récit d’Hakim, un jeune réfugié syrien, de sa vie en Syrie avant les premières manifestations jusqu’à la véritable odyssée qui l’a mené de la banlieue de Damas jusque dans le sud de la France, où l’auteur l’a rencontré.

À la fin de l’année 2010, le monde arabe commence à frémir, et finit par entrer en ébullition au cours des deux années suivantes. Un enchaînement de manifestations qu’on appellera le Printemps Arabe secoue nombre de régimes autoritaires, autocratiques et autres oligarchies. Une contestation qui finira par atteindre un pays plutôt méconnu dans nos contrées, la Syrie. La suite, nous la connaissons. Du moins, nous la connaissons vue au travers du prisme des médias. Des manifestations, qui dégénèrent finalement en guerre civile, où divers acteurs étrangers prennent part, qui pousse des millions de personnes à fuir leur pays la mort dans l’âme. Et si le conflit a cessé de faire les gros titres, le drame des réfugiés se poursuit, inexorablement.

Et l’une des facettes de ce drame, c’est sans doute le nombre. Alors que médias et gouvernements se battent à coup de chiffres, au point d’en arriver à éditer des palmarès du nombre de réfugiés ayant tenté de passer les frontières européennes ou du nombre d’entre eux qu’on accepte d’accueillir sur son sol, on en oublie souvent que le nombre est avant tout une accumulation d’unités. Des individus, avec chacun leur passif, leurs espoirs et hélas leurs souffrances. L’Odyssée d’Hakim commence par la rencontre de deux individus, Fabien Toulmé, auteur de bande-dessinée français, et Hakim Kabdi, horticulteur syrien poussé à l’exil. Au cours de nombreux entretiens, l’auteur a plongé au cœur de l’intimité du réfugié et recueilli son récit, pour le mettre en image et nous livrer le témoignage des moments, bons comme mauvais, qui ont émaillés son voyage.

Le résultat, c’est un récit qui se veut au plus près de la réalité, sans misérabilisme ni sensationnalisme. Après un préambule expliquant sa démarche, Fabien Toulmé enchaîne les chapitres, chacun résumant un entretien passé en compagnie d’Hakim et sa famille. Dans ce premier tome d’une série de trois, le quotidien d’Hakim nous dépeint une Syrie qui se délite et un peuple poussé à bout. Fragment de ce peuple, Hakim nous livre l’accumulation d’exactions et la dégradation des conditions de vie de sa famille, tout ce qui l’a poussé à l’exil, mais aussi les petits soucis du quotidien d’un réfugié, ainsi que ses petites victoires. Le récit extraordinaire d’un homme ordinaire, en somme.

L’Odyssée d’Hakim est un projet de longue haleine (il est en gestation depuis 2015), mais ce n’est peut-être pas un mal. En arrivant sur le tard, il nous permet de garder à l’esprit que l’un des pires conflits de cette décennie est encore loin d’être terminé. Un récit prenant qu’on lâche difficilement, et c’est avec une impatience coupable que nous attendons la suite.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Un film noir haut en couleurs

Carnage chez les Puppets.Résultat de recherche d'images pour "carnage chez les puppets"

Comédie – USA

Réalisé par Brian Henson

Avec Melissa McCarthy, Elizabeth Banks,

Maya Rudolph…

Sortie en salles le 19 Septembre 2018

Distribué par Metropolitan Films Export

À Los Angeles, nombre de communautés cohabitent en plus ou moins bonne entente, mais aucune de ces communautés n’est moins respectée que celle des Puppets, des marionnettes douées de vie qui vivent au ban de la société. Dans ce melting-pot, Phil Philips fait figure d’exception. Seul puppet à être un jour entré dans la police, il traîne un lourd passé. Reconverti en détective privé, il se retrouve à reprendre du service quand un mystérieux assassin semble déterminé à éliminer les membres du Happytime Gang, une ancienne émission de télé remise au goût du jour.

Bien étrange cas que celui de Carnage chez les Puppets. À l’heure des effets spéciaux tapageurs, un film mettant en scène des marionnettes animées à l’ancienne paraît anachronique. Pire encore, sa bande-annonce accumulant les séquences trashs à l’humour lourdingue pouvait rebuter au premier abord, sans doute au point d’hypothéquer au moins en partie son potentiel. L’objet (à ce moment, on ne s’attendait pas vraiment à un « film » digne de ce nom) semblait lorgner vers un émule de Sausage Party ou des derniers opus de la saga Scary Movie, à savoir un produit sans queue ni tête, dont le scénario, bordélique et mal foutu, ne serait que prétexte à une accumulation de gags aussi trashs que nuls. Autant dire que c’est plutôt par curiosité (et avec un peu de mauvais esprit, avouons-le…) que l’on passe la porte de la salle de cinéma.

Dès les premières images, avec sa vue aérienne d’une Los Angeles baignée de soleil, ses voitures d’un autre âge et son détective bourru (et rembourré) accro aux clopes, Carnage chez les Puppets nous transporte vers une Amérique que les moins de 20 ans ne connaissent pas. Ambiance et mise en scène sont clairement héritées de la fin du siècle dernier, et si l’ensemble est très propre, il manque singulièrement de modernité et de fantaisie. Le scénario, un grand classique du polar américain, ne nous aidera pas à regagner notre époque, mais il n’en est pas moins suffisamment convaincant pour qu’on daigne le suivre sans déplaisir. D’autant qu’il nous transporte dans les lieux emblématiques du genre : Repaires de gangsters, squats de drogués et autres sex-shop poisseux. Autant d’endroits mal-famés prétextes à divers gags mettant en scène les puppets et leurs mœurs parfois étranges, ces créatures de tissus étant au moins aussi dingues que les toons de Qui veut la peau de Roger Rabbit, quoique terriblement plus borderlines.

Carnage chez les Puppets, s’il ne surprend pas par sa construction, nous amuse avec son humour trash bien présent (mais finalement moins que ne le laissait entendre sa bande-annonce), ses situations déconnantes et ses vannes cradingues qu’on ne s’attend certainement pas à entendre dans les bouches de feutre de gentilles marionnettes. Pourvu qu’on soit bon public du genre, la grande majorité des vannes fait mouche, et une légion de petites idées contribuent à offrir une épaisseur à cet univers délirant (puppets accros au sucre comme les humains peuvent l’être à la cocaïne, leur peur incommensurable d’être déchiquetés par les chiens, etc…). Et au milieu des poupées foldingues, Melissa McCarthy, fidèle à elle-même, cabotine avec le personnage brut et grossier auquel elle nous a habitués, lequel, il faut bien l’admettre, colle très bien à cet univers décalé.

Rejeton bâtard de Scary Movie et de Qui veut la peau de Roger Rabbit, Carnage chez les Puppets est loin d’être la catastrophe annoncée. Certes, on peut lui reprocher son style vieillot et son scénario cliché, néanmoins, les amateurs d’humour régressif ne devraient pas le bouder. Moins donneur de leçons (stupides) que ne l’a été Sausage Party, son but est simplement de nous mener d’un point A à un point B en émaillant notre voyage de franches parties de rigolade, et on n’en demande pas plus.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

 

Changez de voie

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Une pièce de Thierry Rocher

Avec Laure Dehorter, Thaïs Herbreteau

Et Thierry Rocher

Mise en scène de Thaïs Herbreteau

Le 25 Septembre à 19h

Dans le cadre du festival 7.8.9.

Au Théâtre de Nesle (75)

De Thierry Rocher, nous connaissions les sketchs d’expert en tout (et surtout en n’importe quoi) qu’il produit toutes les deux semaines dans La Revue de Presse sur Paris Première. Nous savions qu’il était également dramaturge mais nous n’avions jamais eu l’occasion de voir une de ses pièces. Séduits par son humour qui tombe souvent « volontairement » à plat, nous nous sommes précipités pour assister à la représentation de Changer de vie. Et c’est, hélas, une déception à la hauteur des attentes.

Albéric dirige l’agence « Changer de vie » qui aide ses clients dans leur reconversion professionnelle. Un jour, sa secrétaire Virginie lui présente sa cousine, Loana Bismuth, dont les envies de reconversions sont pour le moins atypiques.

On ne doit évidemment pas chercher dans une telle comédie une profondeur thématique énorme. Le but déclaré est de faire rire et c’est tout. Seulement, Changer de vie n’y parvient que de façon sporadique. Les saillies sont nombreuses mais souvent redondantes ou mal amenées. Disons-le clairement, le texte est faible. Thierry Rocher est capable de bien mieux alors que cette pièce nous donne l’impression d’un gâteau mal cuit : ç’aurait pu être bon, mais c’est mou. On ne peut pas se raccrocher à l’histoire car celle-ci ne démarre que 20 minutes avant la fin pour être réglée en une scène à la facilité déconcertante. La première partie apparaît alors comme du remplissage, où les clientes s’enchaînent pour servir le jeu plus qu’approximatif de Thaïs Herbreteau.

Puisqu’on parle d’elle, évoquons son travail de mise en scène qui ressemble beaucoup à un emploi fictif. L’ensemble manque de rythme, les musiques entre les actes sont interminables et l’éclairage basique est le même durant toute la pièce. On ne notera même pas de direction des comédiens homogène. Quant aux moments drôles empreints de lourdeurs, il aurait fallu quelque chose de plus aérien pour alléger l’ensemble et le rendre vraiment amusant. Elle va dans le sens inverse.

Changer de vie est un ensemble de déceptions tant la pièce pourrait être un divertissement léger et sans prétention qui se consommerait avec plaisir. À la place, on nous sert un produit indigeste avec quelques moments savoureux. La pièce mériterait d’être retravaillée pour atteindre sa vraie qualité intrinsèque. Si vous la trouvez sur votre chemin, changez de voie.

Un article de Florian Vallaud

 

 

Rentrée Littéraire 2018 : Arthur et Paul, la déchirure de René Guitton

Arthur et Paul, la déchirureRésultat de recherche d'images pour "arthur et paul la déchirure"

Un Roman de René Guitton

Paru le 16 Août 2018

Aux éditions Robert Laffont

 

 

Sur la couverture, un verre d’absinthe qu’entourent le visage juvénile et mondialement connu d’Arthur Rimbaud et celui de son, non moins célèbre, amant Paul Verlaine. En quelques éléments, les personnages sont présentés. On comprend sans même lire la quatrième de couverture qui sont ces Arthur et Paul qui seront au cœur de ce quatorzième ouvrage de René Guitton. L’essayiste et romancier nous propose un livre à la frontière de la fiction et de la biographie des deux illustres poètes. Le résultat est à la hauteur des attentes, à la fois didactique, poétique et infiniment littéraire.

Paul a tiré sur Arthur. Cet événement connu de tous est le point de départ de cette histoire et de la déchirure qui va scinder à jamais le destin des amants. Verlaine vit ses années de prison tandis que Rimbaud fait la rencontre d’un pasteur à Londres.

En vrai passionné de son sujet, René Guitton décide de nous dresser le portrait de ces deux esprits brillants qui le fascinent depuis l’enfance. Pour se faire, il alterne les points de vue au gré des chapitres, passant tour à tour des pensées de Verlaine à celles du pasteur qui tente de percer le mystère Arthur Rimbaud.

Bien qu’il nous narre une période restreinte de leurs existences, l’auteur dégage l’ensemble de leur être avec une vraie maestria. On referme le livre en ayant la sensation de mieux connaître ces personnages. Il n’entre pas dans les détails mais, tel un impressionniste des mots, brosse quelques traits qui donnent l’impression de voir l’ensemble. C’est ce que cherche le lecteur quand il saisit un livre parlant de personnages réels et la réussite est indiscutable. René Guitton donne même à relire des extraits de leurs poèmes respectifs qui procurent l’envie de se replonger immédiatement dans leur travail.

Mais il ne fait pas qu’un beau travail didactique. C’est aussi un beau travail d’écrivain. Chaque mot est pesé et certaines formules rivalisent de poésie avec leurs sujets. Il y est question d’amour, d’homophobie mais surtout de génie créatif. Les chapitres assez courts vont à l’essentiel et rythment la lecture.

Arthur et Paul, la déchirure est un roman passionnant pour qui aime partir à la rencontre de figures iconiques de la littérature. Il dresse également le portrait d’une époque troublée par la Commune de Paris où certains auteurs français ne trouvent plus leur place dans un état de guerre. C’est fin, pertinent et attachant. Ce n’est pas peut être pas un chef d’œuvre, mais il ne faut pas passer à côté.

Un article de Florian Vallaud