« Comme en 14 » au Théâtre La Bruyère

COMME EN 14

Une pièce de Dany Laurent

Mise en scène par Yves Pignot

Avec Virginie Lemoine, Marie Vincent

Du Mardi au Samedi à 21H 

Au Théâtre La Bruyère (75)

Le titre de la pièce fait référence à l’expression « C’est reparti comme en 14 », expression liée à la 1ére guerre mondiale et qui évoque une situation d’enthousiasme, d’entrain alors que les circonstances ne s’y prêtent pas.  

Nous sommes transportés à Noël 1917, en pleine guerre, dans un hôpital, tenu par des femmes. Alors évidemment, les circonstances ne se prêtent pas à la joie et la gaité. Pourtant, ces femmes vont continuer à vivre, à chanter, à rire, à aimer et à faire partager tout cela aux hommes blessés de guerre. 

Le sujet est difficile et lourd mais nous sommes emportés dans ces jours de Noël où le quotidien est fait de petits riens (une tasse de café chaud, un fou rire…), d’espoirs, d’actes médicaux, de drames, de « rebellions », auquel l’urgence de vivre donne une tonalité particulière.

C’est une pièce qui fait honneur aux femmes et ça fait du bien ! Ces femmes qui, bien au-delà d’être un soutien pour les hommes partis à la guerre, ont assumé un rôle de premier plan, elles se sont organisées et ont été un rouage indispensable de l’époque.  

Nous sommes emportés par leur énergie communicative, par la force du collectif, par leur soutien envers et contre tout. La guerre a presque « gommé » leur position sociale dans leurs rapports humains. Ce qui compte c’est d’être rassemblé, de faire face ensemble pour avancer. 

On ne voit pas la guerre sur scène ; tout se passe dans la pièce « de repos » des infirmières et pourtant on se sent plongés en 1917 grâce à la mise en scène, aux décors, aux costumes, à l’habillage sonore… Tout est au service de l’immersion dans la pièce. 

C’est remarquablement bien joué et les dialogues sont savoureux. Mention particulière pour le duo Virginie Lemoine, très juste en comtesse toute en tension et retenue, et Marie Vincent, infirmière en chef, débordante de vitalité et d’énergie communicative.

Un tout petit bémol, la pièce gagnerait à être un peu plus courte. 

Pour les restaurants, vous trouverez forcément votre bonheur dans le coin. J’ai essayé L’Illusion à 150 m du théâtre, carte courte et bonne. A recommander aussi !  

Un article de Claire Vellard

Clown Triste

Le sourire au pied de l’échelle

Du 16 janvier au 17 février 2019

Au Théâtre de l’oeuvre (75)
Du mercredi au samedi à 19h 

Le dimanche à 17h30

D’après un texte d’Henry Miller 
Adaptation Ivan Morane

Mise en scène Bénédicte Necaille.

Avec Denis Lavant 

Auguste est une vedette. Il est LE clown de référence, connu dans le monde entier. Mais Auguste est surtout fatigué de sa célébrité. Faire rire les gens, d’accord, mais être reconnu, applaudi, il ne le supporte plus. Il va alors errer, muni de son maigre bagage, pour réfléchir, et nous raconter sa vie et son oeuvre. Jusqu’au jour où il tombe sur un cirque ambulant qui va lui faire redécouvrir la joie qui existe sous le chapiteau… 

Tout commence avec une échelle et un homme, de dos, dans le noir. On comprend dès le départ que ce qui ce joue, c’est l’intériorisé d’un homme qui ne comprend plus sa place dans le monde. Le premier son de la pièce est la voix d’Auguste qui narre en voix-off sa propre vie. D’une introspection solitaire, le récit devient aussi celui un être omniscient. 

Qu’est ce que le bonheur ? Sommes-nous définis par la réussite de notre rôle dans la société ? La pièce nous fait nous interroger sur la condition de l’être humain. Auguste devient il un clown au moment où il a du succès, où n’était-il un clown qu’avant la réussite, au moment où il décide de faire rire les gens ? La réflexion est d’autant plus présente que c’est lorsqu’il est reconnu en tant que clown qu’Auguste à l’impression que sa situation lui échappe. 

Fort d’une mise en scène minimaliste, mais qui fait sens à chaque fois, Le sourire au pied de l’échelleest aussi une pièce qui nous permet de profiter du talent de Denis Lavant. Seul en scène, il ne se contente pas de jouer Auguste, il est ce clown en perdition. Un rôle qui sonne presque comme une évidence compte tenu du passé de circassien du comédien. Mais au delà de cette certitude, Denis Lavant réussi à flouter cette barrière entre comédien et personnage.  

Adapté d’un texte d’Henry Miller, qui peut parfois perdre le spectateur (les scènes de rêves et de transes qui entrecoupent le récit), le propos parle à tous. Le paradoxe d’un être qui connaît le succès, mais qui n’y trouve pas là son bonheur. Il est enfermé dans son rôle de célébrité. Le travail sur la lumière exprime bien cet enfermement et sa soif de libération. Certaines idées d’éclairages sont redoutables d’efficacité : un faisceau de lumière pour suggérer la lune, un projecteur « strié » pour représenter à la fois une prison et une échelle… 

La mise en scène, ensuite, nous prouve qu’avec quelques accessoires, une histoire peut être mieux racontée qu’avec un décor fourni. Les gradins de cirques qui deviennent tour à tour des loges, des caravanes, des bancs… Déplacés par le comédien en fonction du lieu où il se trouve, ils reflètent également son état mental. Les costumes jouent également ce rôle : un accordéon pour nous montrer un Auguste plein d’espoir, un manteau élimé pour un Auguste en errance… 

Le sourire au pied de l’échelle est pièce qui fait rire, qui fait réfléchir, qui nous permet de s’évader. Une nouvelle claque de la part de Denis Lavant, gâté par une mise en scène où tout fait sens dans une force minimaliste. Un petit bijou de poésie et d’introspection, qui nous fait réfléchir sur le sens et la quête du bonheur.

Un article de Juliette Vandorpe

LA CONVERSATION de Jean D’ORMESSON au théâtre du gymnase Marie-Bell

La Conversation

Une pièce de Jean D’Ormesson

Avec Aurélien Wilk et Alain Pochet

Mise en scène d’Alain Sachs

Jusqu’au 31 Janvier 2019

Au Théâtre du Gymnase Marie Bell

Une très belle pièce pour bien commencer l’année 2019 ! 

La relation entre Bonaparte, 1er Consul et Cambacérès, 2nd Consul, est un mélange d’espièglerie et de respect. Les deux acteurs incarnent parfaitement leur personnage et nous emportent avec eux.  

Tous les ingrédients sont réunis pour passer une grande soirée. Le texte est un petit bijou avec une base historique remplie de malice et de bons mots. On voudrait que la pièce ne s’arrête pas tellement le texte est fluide et nous emporte dans cette nuit où Bonaparte fait part à Cambacérès de son nouvel objectif, celui de se faire couronner Empereur. 

Que dire de la mise en scène d’Alain Sachs qui contribue aussi grandement à nous plonger complètement dans l’atmosphère de cette nuit.  

Si vous avez aimé des pièces telles que Signé Dumas ou Céliméne et le Cardinal, vous ne pourrez qu’être conquis par La Conversation au théâtre du Gymnase Marie-Bell. 

Et en petit bonus, si vous souhaitez un bon restau italien dans le coin, je vous conseille Pratolina à 100 mètres du théâtre. 

Un article de Claire Vellard 

Changez de voie

Changer de vieCdfqcdEA

Une pièce de Thierry Rocher

Avec Laure Dehorter, Thaïs Herbreteau

Et Thierry Rocher

Mise en scène de Thaïs Herbreteau

Le 25 Septembre à 19h

Dans le cadre du festival 7.8.9.

Au Théâtre de Nesle (75)

De Thierry Rocher, nous connaissions les sketchs d’expert en tout (et surtout en n’importe quoi) qu’il produit toutes les deux semaines dans La Revue de Presse sur Paris Première. Nous savions qu’il était également dramaturge mais nous n’avions jamais eu l’occasion de voir une de ses pièces. Séduits par son humour qui tombe souvent « volontairement » à plat, nous nous sommes précipités pour assister à la représentation de Changer de vie. Et c’est, hélas, une déception à la hauteur des attentes.

Albéric dirige l’agence « Changer de vie » qui aide ses clients dans leur reconversion professionnelle. Un jour, sa secrétaire Virginie lui présente sa cousine, Loana Bismuth, dont les envies de reconversions sont pour le moins atypiques.

On ne doit évidemment pas chercher dans une telle comédie une profondeur thématique énorme. Le but déclaré est de faire rire et c’est tout. Seulement, Changer de vie n’y parvient que de façon sporadique. Les saillies sont nombreuses mais souvent redondantes ou mal amenées. Disons-le clairement, le texte est faible. Thierry Rocher est capable de bien mieux alors que cette pièce nous donne l’impression d’un gâteau mal cuit : ç’aurait pu être bon, mais c’est mou. On ne peut pas se raccrocher à l’histoire car celle-ci ne démarre que 20 minutes avant la fin pour être réglée en une scène à la facilité déconcertante. La première partie apparaît alors comme du remplissage, où les clientes s’enchaînent pour servir le jeu plus qu’approximatif de Thaïs Herbreteau.

Puisqu’on parle d’elle, évoquons son travail de mise en scène qui ressemble beaucoup à un emploi fictif. L’ensemble manque de rythme, les musiques entre les actes sont interminables et l’éclairage basique est le même durant toute la pièce. On ne notera même pas de direction des comédiens homogène. Quant aux moments drôles empreints de lourdeurs, il aurait fallu quelque chose de plus aérien pour alléger l’ensemble et le rendre vraiment amusant. Elle va dans le sens inverse.

Changer de vie est un ensemble de déceptions tant la pièce pourrait être un divertissement léger et sans prétention qui se consommerait avec plaisir. À la place, on nous sert un produit indigeste avec quelques moments savoureux. La pièce mériterait d’être retravaillée pour atteindre sa vraie qualité intrinsèque. Si vous la trouvez sur votre chemin, changez de voie.

Un article de Florian Vallaud

 

 

Le Public au 7e ciel…euh étage !

En Apesanteur (2017)Affiche vierge 2018 v2.jpg

Une pièce de Leah Marciano

et Thibaut Marchand

Mise en scène par Leah Marciano

Avec Floriane Chappe ou Aurélie Camus,

Arnaud Laurent ou Hadrian Lévêque

et Thibaut Marchand

A partir du 23 Septembre 2018

Les Dimanche à 17h45

Au Théâtre du Marais (75)

C’est bien connu, Paris est la ville de la culture. Avec un nombre conséquent de théâtres, il est impossible de ne pas trouver de quoi se sustanter lors d’une fringale de spectacle vivant. Le plus dur reste de s’y retrouver parmi une offre variée et de faire un choix. Il y a celui de la facilité en piochant dans les « grands » spectacles de la saison (publics ou privés), ceux dont parlent tous les médias. On est rassuré par les têtes d’affiches, les considérant comme des gages de qualité. Ce n’est pas toujours vrai. Mais il existe aussi un réseau très vivant de petites salles qui proposent des pièces de qualité avec des comédiens tout aussi bons que les grands. Ainsi, c’est au Théâtre du Marais que vous pourrez retrouver une pièce dont nous sommes tombés sous le charme dès sa première la saison dernière : En Apesanteur de Leah Marciano et Thibaut Marchand. 

Benjamin (Arnaud Laurent) et Zoé (Floriane Chappe) ont tout pour ne pas être ensemble. Il est avocat avec un certain succès, elle a eu une année pourrie. Il est un handicapé des sentiments, elle est une excessive romantique. Il va passer la soirée du jour de l’an seul après une grosse affaire, elle va tenter de bien débuter la nouvelle année chez une amie dans le même immeuble. Suite à un coup de tonnerre, ou de foudre, ils vont se retrouver bloqué dans l’ascenceur qui devait les mener vers leurs destins qui semblaient tracés. Comble de tout, ils vont recevoir «l’aide » d’un technicien d’ascenceur pas très pressé (la voix du génial Patrick Poivey) et d’un voisin en pyjama (Thibaut Marchand) qui est plus un poids qu’autre chose.

De ce postulat classique de boulevard basé sur les oppositions et la rencontre de personnages qui n’auraient jamais dû se croiser, Leah Marciano et Thibaut Marchand tirent leur épingle du jeu par une folie croissante et un propos intéressant. L’espace exigu de l’ascenceur leur permet de convoquer un univers qui devient le reflet de nos vies. On quitte rapidement le domaine du réel pour entrer dans une vision cynique et très drôle du couple. Les auteurs développent une histoire dont les ressorts comiques surprennent au fur et mesure de la pièce jusqu’à un climax de folie référencielle.

La drôlerie du texte est soutenue par des comédiens à l’énergie communicative. Floriane Chappe et Arnaud Laurent forment un duo à l’écoute l’un de l’autre. Leurs énergies différentes se complètent très bien et nous font croire à ce « couple » improbable. Floriane Chappe fait la démonstration d’un naturel déconcertant qui emporte l’adhésion quasi immédiate du public et montre une dextérité autant dans les répliques que dans les gags visuels. La pièce reprend un vrai coup d’accélérateur avec l’entrée en scène de Thibaut Marchand qui campe un personnage assez proche de ceux qu’interprète régulièrement Sébastien Castro. Face à l’hystérie que peuvent adopter les deux autres, il offre un contrepoint très efficace. Ces différents rythmes de comédie qui sont assez difficiles à rendre homogènes sont parfaitement gérés par la mise en scène de Leah Marciano. Elle varie les dynamiques, les placements sur le plateau et rend le tout vivant pour ne pas rentrer dans la monotonie. C’est d’autant plus compliqué que l’économie de moyens se ressent sur le décor et qu’il faut faire preuve d’adresse pour le faire oublier au spectateur.

C’est donc une belle surprise et un bon moment que nous offre cette équipe  ( également derrière le succès avignonnais de cette année, Un Macchabée dans la baignoire) . Nous avons hâte de voir les autres comédiens en alternance dont nous avons pu admirer le talent cet été. Il ne fait aucun doutes qu’il faudra compter sur cette douce comédie pour ce début de saison. A ne pas manquer !

Un article de Florian Vallaud

ToiZéMoi dans Parents Modèles

ToiZéMoi dans Parents ModèlesVisuel Parents Modèles Caumartin

De Alain Chapuis

Avec Alain Chapuis et Marie Blanche

Mise en scène et en images de Philippe Riot

Du Mardi au Samedi à 20h45

Et le Samedi à 17h

Jusqu’au 19 Janvier 2019

A la Comédie Caumartin (75) 

Les visages d’Alain Chapuis et Marie Blanche, vous les connaissez : il a été l’hilarant tavernier de Kaamelott essayant de comprendre (avec beaucoup de mal) les jeux de Perceval, elle est la directrice de la comédie La Maîtresse en maillot de bain depuis 2015. Après deux spectacles couronnés de succès, Camille et Simon fêtent leur divorce et Paradis d’Enfer, le duo ToiZéMoi revient avec un troisième spectacle rodé cet été durant le festival d’Avignon. Alors que leurs spectacles précédents étaient axés sur ce qui fait le couple, les considérations liées au temps qui passe les font maintenant aborder les problématiques de la famille.

Camille et Simon emménagent avec leurs trois enfants dans un appartement qui ne leur était pas destiné. Ils vont voir défiler toute une galerie de personnages et vont tenter de garder cette affaire immobilière en or.

Malgré des qualités indéniables (dont celle de divertir), ce spectacle nous a posé plusieurs problèmes qu’on ne peut négliger. Si le texte d’Alain Chapuis est souvent drôle et recèle de vannes bien senties, on a du mal à trouver ce qu’il a bien voulu nous raconter. S’il s’agit de cette « erreur immobilière », elle n’est évoquée qu’au détour de deux scènes et est bien facilement réglée. S’il s’agit des problématiques de la parentalité, elles ne sont qu’effleurées. Certaines pistes lancées par l’auteur sont intéressantes et pourraient être continuées, mais il les abandonne comme si ce n’était évoqué que pour un gag. Les personnages des enfants auraient pu avoir une vraie existence, davantage de chair, mais ce n’est pas le cas. On assiste alors à une suite de saynètes de la vie ponctuées de personnages savoureux (la mère de Camille et le père de Simon) ou anecdotiques (Le couple de gardiens).

D’autre part, la mise en scène de Philippe Riot se repose sur une idée qui tombe un peu à l’eau, ce qu’ils appellent « la réalité augmentée ». Cette technologie, qui est une réalité dans notre monde actuel, consiste à intégrer des éléments virtuels dans le réel. L’exemple le plus populaire reste le jeu Pokemon Go où les adorables petits monstres se cachent dans notre environnement quotidien et peuvent être vus par l’interface de notre téléphone. Ici, elle est utilisée pour créer un espace supplémentaire au plateau : la cuisine. Les comédiens passent du salon à la cuisine par cet écran. Au-delà du gadget, son potentiel n’est jamais vraiment exploité. Tout d’abord, Alain Chapuis et Marie Blanche n’ont pas la réelle possibilité d’interagir avec les enfants qui sont dans l’écran puisque les personnages dans la cuisine semblent tout à coup privés de parole. Or, ce qui les sépare est sensé n’être qu’une vitre. À moins d’un triple vitrage, ce qui est assez rare en décoration intérieure, ils devraient pouvoir communiquer. Mais ce n’est pas le cas. On perd alors en dynamisme et le spectateur à l’impression qu’ils jouent devant un écran.

C’est d’autant plus embêtant qu’on sent le potentiel de l’ensemble et que les comédiens sont, en revanche, parfaits. Les rires du public viennent spontanément de leur jeu plein de reliefs. Mais leur énergie est comme alourdie de ce que nous venons d’évoquer. Ce qui aurait pu être une très bonne comédie devient alors un spectacle sympathique, dont on ressort avec le sourire, mais pas impérissable. Décevant !

Un article de Florian Vallaud

 

De la cruauté du monde

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De Sylvain Levey

Du 29 Août au 13 Octobre 2018

Du Mercredi au Samedi à 19h

 

Fuck America

D’Edgar Hilsenrath

Du 23 Août au 14 Octobre 2018

Du jeudi au Samedi à 21h

Et le Dimanche à 17h

 

Par le Théâtre du Rictus

Mis en scène par Laurent Maindon

A La Manufacture des Abbesses (75)

Voilà que pour gagner du temps, Culturotopia se met à chroniquer deux spectacles en un article. À ce rythme-là, on devrait finir le mois avec une phrase par pièce. Mais non, mauvaises langues que vous êtes ! Si nous avons décidé d’utiliser ce procédé peu commun pour nous, c’est qu’il a un sens. Tout d’abord, les deux spectacles dont nous allons parler sont issus de la même compagnie et concourent à un même propos. Cela peut paraître étonnant puisqu’il s’agit de deux auteurs différents et de deux sujets qui ne sont pas fait, à priori, pour se rencontrer.

Dans Asphalt Jungle, deux hommes en costumes invitent un troisième à frapper un quatrième. Il n’y a aucune raison apparente si ce n’est celle d’imposer son pouvoir. Fuck America, quant à elle, raconte l’arrivée aux Etats-Unis de Jacob Bronsky, survivant de l’holocauste, qui tente de se faire une place dans cette Amérique de l’après-guerre. Le lien n’est pas évident et pourtant, le spectateur sort de ces deux représentations avec l’intime conviction qu’il y en a un. Hormis la distribution qui est quasiment la même, les esthétiques sont très différentes et Laurent Maidon opte pour un lien plus insidieux.

Si les deux pièces misent sur un plateau nu en guise d’espace de jeu, Asphalt Jungle se démarque par ses éclairages au néon qui apportent immédiatement une lumière crue sur ce qui se trame devant nos yeux. Le metteur en scène met en lumière une violence frontale. Les coups portés par les comédiens sont suffisamment réalistes pour que le spectateur soit saisi dès la première minute du jeu malsain auquel il assiste. Dès lors, il va être témoin d’une heure oppressante où les rapports de domination vont changer de main jusqu’à un final glaçant. Yann Josso et Christophe Gravouil portent, avec force et cynisme, le masque des puissants qui se jouent des faibles.

Le texte de Sylvain Levey est pétri d’un humour noir dont on ne sait plus si on doit s’en amuser ou être terrifié. Il fait écho à des choses quotidiennes qu’on pressent mais qu’on ne peut formaliser. Il le fait par l’art. On y entrevoit le reflet des gouvernements qui mettent à terre leur peuple en leur demandant de les en remercier. Ou peut-être ne sont-ce que des revendications de gaulois réfractaires. On peut aussi y voir un portrait terriblement réaliste des phénomènes de harcèlement envers ceux que les grands de la pièce considèrent comme « des sous-hommes ». Mettez ce que vous voulez derrière.

Fuck America possède aussi plusieurs niveaux de lecture contemporains. Si on retrouve le thème classique de l’artiste qui a du mal à concilier son art et la « vie réelle », C’est surtout son discours sur les migrants qu’on entendra plus particulièrement. Ici, ce sont les juifs que les États-Unis ne veulent accueillir en 1939 pour des questions de quotas. Et quand, enfin, ils sont parvenus à entrer, les migrants sont tellement marginalisés qu’ils sont poussés au crime pour survivre. On n’insistera pas tant les résonances actuelles nous semblent évidentes. C’est malin, poétique et surtout très efficace. Encore une fois, les comédiens du Théâtre du Rictus sont parfaits et déploient une galerie de personnage qu’ils endossent sans soucis.

Asphalt Jungle et Fuck America constituent un diptyque dont le point de jonction est la violence du monde actuel qu’elle soit physique, mentale ou idéologique. Le monde broie les êtres et les privent d’identité. Dans la première pièce, ils ne sont que des corps dans lesquels on peut frapper. Dans la seconde, Bronsky a des trous de mémoire des moments les plus importants de sa vie. On ressort bousculés et révoltés de ces pièces dont le dépouillement est au service du propos. Une compagnie à suivre.

Un article de Florian Vallaud