La Fin

Chers amis, 

Toutes les bonnes choses ont une fin…sauf la saucisse qui en a deux. C’est avec un immense regret que nous vous annonçons la fin de cette belle aventure que fût Culturotopia. Il est devenu trop compliqué de gérer ce site et les différents projets personnels de chacun. 

Merci aux artistes qui nous ont fait vivre de très beaux moments, merci aux attachés de presse passionnés par leur travail avec lesquels les rapports furent amicaux. Et surtout, merci à vous chers lecteurs à qui nous tachions de transmettre au mieux notre passion de la culture. 

C’est la fin d’une aventure mais le début de pleins d’autre où nous espérons bientôt vous retrouver. 

Prenez soin de vous, 

Continuez à fréquenter les salles de spectacles, les cinémas, les livres, les expos : bref, restez curieux. 

A très bientôt dans d’autres horizons, 

L’EQUIPE DE CULTUROTOPIA

Le doux parfum des 80’S

À Armes égales. (1982)Résultat de recherche d'images pour "a armes égales toshiro mifune"

Action – USA

Réalisé par John Frankenheimer

Avec Scott Glenn, Toshiro Mifune

Sortie en Blu-ray et DVD le 25 Juillet 2018

Chez Carlotta Films

 

Rick (Scott Glenn), un boxeur en fin de carrière, est engagé par Toshio (Sab Shimono) et Akiko Yoshida (Donna Kei Benz) pour rapporter au Japon un ancien sabre appartenant au maître du clan Yoshida (Toshiro Mifune). Arrivé à Osaka, il est kidnappé et amené devant Hideo Yoshida (Atsuo Nakamura), frère du maître et homme d’affaire prêt à tout pour s’accaparer le sabre.

Remontons le temps. Jusqu’à une décennie que les moins de 20 ans qualifieront de préhistoire : les années 80. À l’aube de cette époque jurassique, les dinosaures s’appellent Casimir, Walkman ou Atari 2600, s’ébattent joyeusement dans un environnement principalement composé de formica et de bakélite, et restent totalement ignorants des effets du réchauffement climatique. Quant au magnétoscope, c’est simplement l’objet le plus hype qu’on puisse trouver dans une maison. Le samedi soir arrivé, quand on ne se déhanche pas au Macumba en pantalon de cuir, à draguer des filles en veste à épaulettes, c’est très logiquement qu’on se rend en un lieu incontournable pour tout cinéphile : Le vidéo-club tenu par l’ami J.P. Là, dans ce local généralement surchauffé, au milieu des odeurs de renfermé et de clope froide (la Loi Évin est encore une douce utopie), on cherche fébrilement, au choix, dans le rayon action une vidéo furieuse remplie de coups de tatanes, ou au rayon horreur une cassette bien gore qui jettera votre conquête permanentée dans vos bras d’un sursaut dégoûté.

Comme toute époque dans laquelle une génération a grandi, elle suscite une douce mélancolie dans laquelle ceux qui l’ont vécue (et d’autres) aiment parfois se plonger. La tentation est alors grande de servir aux nostalgiques des produits faciles et à la qualité déplorable (Quiconque a déjà jeté un œil à une copie DVD du Retour des Morts-vivants II, par exemple, sait de quoi je parle). Heureusement on peut noter que certains savent jouer cette carte avec un talent certain. C’est le cas du Chat qui fume (à qui on doit les remasters de 3615 code Père Noël ou Le Retour des Morts-vivants, que nous avons chroniqué), et c’est également le cas de Carlotta Films qui nous livre avec À Armes égales un nouveau morceau de bravoure made in 80’s, enrichissant ainsi son (déjà généreux) label Midnight Collection.

À armes égales surfe, assez facilement, il faut bien l’admettre sur la vague des films d’arts-martiaux venus de l’autre côté du pacifique et qui fascina une génération de cinéphiles américains (mais pas que), au point qu’Hollywood se mit en tête d’en faire autant, mais en adaptant la recette à un public plus large. Héros yankee, décors qui le sont généralement tout autant, idéaux d’honneur et de noblesse relégués en arrière plan au profit d’objectifs plus prosaïques. Et s’il se déroule presque exclusivement au Japon (dans la région d’Osaka plus précisément), À Armes égales s’éloigne peu des canons du film de sabre à l’américaine. La progression du héros ne sort pas des clous, d’abord simplement motivé par l’appât du gain puis plus impliqué quand il s’agit d’aller sauver sa copine (et accessoirement récupérer l’héritage familial), et des scènes d’action plutôt propres mêlant katanas et mitraillettes. Rien de très neuf ni de très original, mais indéniablement efficace.

Si ce film possède une saveur si particulière, c’est sans conteste pour la présence du charismatique Toshiro Mifune, sans doute l’un des plus grands acteurs japonais, spécialiste du film de sabre et acteur fétiche d’Akira Kurosawa, avec qui il a collaboré sur 16 productions (dont Les 7 Samouraïs, Yojimbo ou encore Barberousse). Même vieillissant, il porte littéralement le film sur ses larges épaules et il irradie littéralement à chaque scène où il apparaît. Sa maîtrise du sabre et sa rapidité d’exécution restent impressionnantes, au même titre que son jeu tout en retenue et sa voix rocailleuse. La sévérité de son regard écrasant l’impudent Scott Glenn invite à l’humilité jusqu’au dernier spectateur.

Soyons honnête, À Armes égales ne surclasse pas vraiment ses concurrents de l’époque que ce soit pour son scénario ou ses scènes d’action. Typiquement 80’s, ce film l’est sans aucun doute, avec ses méchants très méchants et ses gangsters à mitraillettes tranchés à coups de sabres. À voir pour la prestation de l’immense Toshiro Mifune et le plaisir qu’on a à le voir manier le sabre.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

AVIGNON OFF 18 : La Nuit d’Elliot Fall au Théâtre du Roi René

La Nuit d’Elliot FallRésultat de recherche d'images pour "la nuit d'Elliot Fall avignon"

Une pièce musicale de Vincent Daenen

Mise en Scène par Nicolas Desnoues

Avec Jules Baron, Justine Boulard,

Nicolas Desnoues, Geoffrey Lopez,

Maxime Moniot et Alix Salingue

Du 6 au 29 juillet 18

À 22H10

Au Théâtre du Roi René (Avignon)

Il est des spectacles dont on a beau savoir qu’ils seront surprenants, on ne s’imagine pas à quel point. Qui pouvait prédire ce qui allait se passer en ce Samedi soir avignonnais, alors que les spectateurs prenaient place dans la salle du Théâtre du Roi René pour assister à La Nuit d’Elliot Fall ? La Compagnie des rêves oubliés en est à son premier spectacle, l’affiche rappelle les films gothiques et le spectacle est musical. Ces indices évoquant un spectacle sombre sont confortés par un cercueil trônant au milieu de la scène avec, de chaque côté, des voilages en piteux états. Enfin, le spectacle démarre.

La « petite » Mimi va mourir. Des fleurs lui poussent un peu partout. Elle n’a plus qu’une nuit à vivre. Seul un baiser peut la sauver…peut-être…Ce n’est pas sûr…Enfin, rien ne coûte d’essayer. Sa bonne fée Preciosa part à la recherche du sauveur potentiel : un certain Elliot Fall. Mais le maléfique comte Lovejoy rôde.

La Nuit d’Elliot Fall est un spectacle clivant en ce sens qu’il a un univers tellement dingue qu’on adore ou qu’on déteste. Il n’y a pas de juste milieu. L’univers est gothique, drôle et transgressif. On pense au Rocky Horror Show évidemment, mais aussi à John Waters et toute cette culture underground des comédies outrancières américaines. Tout est excessif, décalé et parfois grossier (mais jamais vulgaire !). On est à la frontière du cartoon. Les personnages des contes de fée connus sont détournés, pervertis pour notre grand plaisir : Cendrillon est une nymphomane des escarpins, le loup est un prostitué travesti, etc. Les personnages sont dessinés avec de gros traits mais c’est fait pour. Et les comédiens semblent s’en donner à cœur joie.

Menée avec une belle énergie par le metteur en scène Nicolas Desnoues, hilarant dans son rôle de fée aux pouvoirs incertains, la troupe joue avec son public pour le faire rire aux éclats. Le quatrième mur est rompu, certains personnages ont conscience de la présence des spectateurs. Geoffrey Lopez incarne un méchant plus que méchant au rire maléfique et tonitruant. Personne ne se prend au sérieux tout en gardant une précision nécessaire à l’humour.

La Nuit d’Elliot Fall est un spectacle fou et libérateur. Il réveille en nous notre âme d’enfant avec un conte intéressant à suivre mais dont les personnages auraient tous déviés vers la perversion. La programmation tardive de ce spectacle est cohérente avec ce qu’il raconte mais peut néanmoins le desservir auprès des moins noctambules qui auront du mal à tenir 1h40 à cette heure. Mais cela vaut définitivement le coup !

Un Article de Florian Vallaud

Réservations : https://www.billetreduc.com/210895/evt.htm

De la liberté, et de sa perte

Parvana, une enfance en Afghanistan.Résultat de recherche d'images pour "parvana"

Animation, drame – Canada, Luxembourg, Irlande

Réalisé par Nora Twomey

Avec la voix de Golshiftheh Farahni

Sortie en salle le 27 Juin 2018

Distribué par Le Pacte

En Afghanistan, Parvana et sa famille survivent difficilement à la brutalité du régime taliban. Son père, professeur, gagne péniblement sa vie en tant qu’écrivain public, tandis que sa mère, écrivaine, est maintenant cantonnée à la maison. Quand son père est envoyé en prison par le régime, Parvana perd soudainement le peu de liberté qu’elle avait et son univers s’écroule. Seule solution : se travestir en garçon pour subvenir aux besoins de la famille.

L’actualité récente a peut-être tendance à nous le faire oublier, mais il n’y a pas encore si longtemps, l’Afghanistan vivait sous le joug des extrémistes talibans. Nous n’allons pas nous appesantir sur des aspects de politique internationale et de religion. Ce n’est ni l’endroit, ni le moment. Et il faut bien admettre que ce sont des domaines que nous maîtrisons mal. Néanmoins, de l’avis de tous (espérons-le), l’idéologie talibane, au même titre que le nazisme des années 30-40 ou celle de l’état islamique, fait partie des idéaux les plus noirs et les plus abjects de l’Histoire humaine, et qu’ils méritent d’être combattus de toutes nos forces.

Les films s’étant emparés du sujet sont nombreux, mais il était pourtant un genre (façon de parler) qui n’avait pas eu l’honneur de l’engagement contre ce fléau : l’animation. Certains diront que ce n’est pas forcément là où on l’attendrait, que ce genre de sujet s’adapterait mal à un jeune public. C’est vrai que l’animation est encore très connotée, pourtant ce n’est jamais qu’une manière de s’exprimer et de faire des films. Et quand il s’agit de sujet aussi grave, n’est-ce finalement pas une bénédiction que des films comme Parvanadénoncent ces horreurs au travers d’un média culturellement adressé aux plus jeunes ? Car c’est ce qu’est finalement Parvana : un manifeste sous forme de témoignage.

Adaptation du livre éponyme (The Breadwinner en VO, un titre encore plus explicite donc…) de Deborah Ellis, premier volet d’une série comptant 4 tomes, Parvana fait partie de ces films dont la force se ressent dans certains détails de sa production avant même de l’avoir vu. De son doublage, intégralement assuré par des comédiens afghans ou iraniens francophones, vivant en exil dans notre pays. D’une de ses productrices, Angelina Jolie, investie depuis des années dans la scolarisation des petites filles afghanes. De l’auteur même des livres, Déborah Ellis, dont les droits sont intégralement reversés à une association qui soutient l’éducation des jeunes filles afghanes (Woman for Woman in Afghanistan).

Dans sa proposition initiale, Parvana respire donc déjà l’engagement, et Nora Twomey (qui a déjà cosigné le savoureux Brendan et le secret de Kells et qui réalise ici son premier long-métrage solo) nous livre un film de haute volée, où l’émotion nous étreint sans jamais se faire tire-larmes dans cette Kaboul magnifique et désespérée. Le peuple afghan nous est dépeint au travers du regard d’une enfant dans toute sa complexité et sa diversité, avec en filigrane l’ombre écrasante de talibans prêts à marteler toute trace de culture, et parfois, dans le chaos, une lueur d’espoir qui point. Film traitant d’une vie quotidienne broyée, Parvana est également entrecoupé d’un conte initiatique sorti de l’imagination de l’adaptatrice Anita Doron, dont la portée universelle et à la symbolique propre au personnage de Parvana s’intègrent parfaitement au film et à son rythme. Entre quotidien insupportable et évasion indispensable, l’œuvre sonne avec une justesse remarquable.

Parvana, une enfance en Afghanistan est un rendez-vous culturel à ne pas manquer. Militant, fin et beau dans tous les sens du terme, il a également le mérite d’être accessible aux plus jeunes, pour qui la guerre en Afghanistan et le régime taliban relèvent presque de l’histoire ancienne. Une belle leçon de courage et un intense moment de réflexion pour tous.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Comment tuer la Comédie

Comment tuer sa mère (2018)Résultat de recherche d'images pour "comment tuer sa mere"

Comédie – France

Réalisé par David Diane et Morgan Spillemaeker

Avec Vincent Desagnat, Chantal Ladesou,

Julien Arruti, Joséphine Fraï

Sortie en salle le 13 Juin 2018

En ce dimanche, la famille Mauret se réunit. Nico (Vincent Desagnat), l’aîné, est au bout du rouleau. L’entreprise héritée de son père périclite, il paye sa dépressive de sœur, Fanny (Joséphine Fraï), à ne rien faire, et doit en plus assumer le loyer de son benjamin, Ben (Julien Arruti), dessinateur peinant à percer dans le milieu. Il pourrait presque s’en accommoder, s’il n’avait pas en plus à entretenir leur mère (Chantal Ladesou), aussi odieuse que fantasque et dépensière… Enfin, peut-être plus pour longtemps…

Adapter au cinéma une pièce de théâtre, si bonne soit-elle, est une opération délicate. Les deux ont beau s’apprécier de la même manière, les ressorts théâtraux ne fonctionnent pas forcément au cinéma, et inversement. Difficile de trouver l’équilibre idéal entre le respect de l’œuvre originale et les codes du cinéma. C’est vrai qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Lorsque Universal s’est lancé à adapter des œuvres telles que Dracula ou Frankenstein, c’est bel et bien sur leurs adaptations théâtrales que les auteurs de l’époque se sont appuyés. Mais depuis, le cinéma a bien évolué, créant ses propres codes, et rendant les adaptations théâtrales plus « périlleuses ».

Malheureusement, David Diane et Morgan Spillemaeker n’ont pas fait de miracle en signantComment tuer sa mère, l’adaptation de la pièce Conseil de famille (d’Amanda Sthers et dudit Morgan Spillemaeker). La faute en revient principalement à un rythme erratique et une relative absence d’idées.

Pourtant, en alignant un casting d’habitués de la comédie, on aurait pu s’attendre à beaucoup mieux. La fratrie potentiellement assassine est plutôt bien campée par le trio Desagnat – Fraï – Arruti, convaincants en enfants globalement démolis par une Chantal Ladesou certes en grande forme, mais qui cabotine avec le personnage qu’elle s’est forgée au cours de sa carrière bien plus qu’elle n’incarne l’horrible, et hilarante, génitrice du clan Mauret. Quant à Fatsah Bouyahmed, on se demande ce qu’il est allé faire dans cette galère. Son personnage, à peine travaillé en écriture, n’est finalement prétexte qu’à deux gags. Au même titre que le poulet dans le four servant d’unité de temps et les plans vraiment pas esthétiques du toit de la maison servant d’unité de lieu, il n’existe vraisemblablement que pour nous signifier que nous ne sommes pas sur Mars et qu’il y a bien une vie en dehors des murs de la propriété familiale.

Mais on peut avoir un excellent casting sans parvenir à son but. Pire encore, le meilleur texte de théâtre peut se planter à l’écran, par la seule magie du cinéma. Et dans Comment tuer sa mère, le texte de Sthers et Spillemaeker (conservé pour bonne partie) marche moyennement. La majorité des bons mots tombent à plat et les gags exploitent de très grosses ficelles. Les temps de pauses et autres précipitations ont rapidement raison des répliques lancées parfois n’importe comment. Restent finalement les rebondissements successifs de la pièce, qui eux fonctionnent bien, mais qui ne surprendront évidemment pas les connaisseurs, ainsi qu’un final explosif totalement réjouissant.

Comment tuer sa mèrerejoint sans surprise la déjà longue liste d’adaptations théâtrales bancales et paresseuses. Sympathique sur le papier et servi par l’énergie de ses comédiens, on s’y ennuie hélas beaucoup trop pour le recommander.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Demy Montand : Puissance

Trois Places pour le 26 (1988)Résultat de recherche d'images pour "trois places pour le 26"

Un Film Musical de Jacques Demy

Avec Yves Montand, Mathilda May,

Françoise Fabian

Sorti le 23 Novembre 1988

Disponible en Blu Ray et DVD

Prenez la première personne dans la rue, et demandez-lui de citer des films de Jacques Demy. Vous obtiendrez sans aucun doute Les Parapluies de CherbourgLes Demoiselles de Rochefort et probablement Peau d’Âne. On vous parlera de couleurs chamarrées, de danseurs frénétiques et de personnages qui chantent comme ils parlent ou peut être bien le contraire. On vous parlera aussi de sa collaboration artistique avec Michel Legrand ou de son épouse Agnès Varda. Mais peu parleront du dernier film qu’il ait réalisé : Trois Places pour le 26. Il constitue pourtant son point d’orgue. C’est un bilan de carrière pour le réalisateur mais également pour son acteur-star : Yves Montand.

Le chanteur-acteur vedette des « Feuilles Mortes » revient dans sa ville natale pour y créer un spectacle musical sur sa vie. C’est le moment que choisit la jeune Marion de Lambert pour rencontrer son idole et tenter d’entrer dans le show-business au grand détriment de sa mère (Françoise Fabian), autrefois l’amante de Montand. Marion ne sait pas qu’il est son père, il ne le sait pas non plus et semble toujours hanté par la mère.

Le triangle amoureux et freudien qui tient le film apparaît ici clairement. Jacques Demy prolonge alors un thème récurrent dans son œuvre : le rapport filial qu’il pousse à son paroxysme. Si Marion a bien un père, le baron de Lambert, il est absent du film car emprisonné pour malversations. Elle va trouver en Montand un père de substitution qui s’avère être son père biologique. Et si la fée de Peau d’Âne la prévenait « qu’on épouse jamais ses parents », Jacques Demy ne met pas de garde-fou à sa jeune fille ambitieuse et naïve jusqu’à une scène très osée pour l’époque.

Alors qu’une partie des films qui ont fait son succès traitait de jeunes qui voulaient quitter leur province pour monter à Paris, c’est ici le contraire. Le traitement de ce thème tend même à démontrer qu’il fait bon revenir aux sources quand l’ensemble de sa carrière est derrière soi. En ceci, le spectacle de Yves Montand qui nous est montré dans sa quasi-totalité est explicite : si on se souvient d’où on vient, le retour ne peut être que bénéfique. Cela paraît être le discours d’un homme qui sent que sa fin est proche et livre sa dernière œuvre.

Trois places pour le 26 souffre dans sa première partie d’un certain hermétisme. Les années 80 sont très marquées dans les compositions de Legrand et ce n’est pas pour le meilleur. On met un certain temps à y entrer. Mais une fois que Demy pose les jalons de son histoire œdipienne et le ton nostalgique, il emporte le spectateur pour ne le lâcher qu’une fois la dernière image diffusée. La distribution d’une justesse rare y est aussi pour beaucoup. Françoise Fabian rayonne et campe une Marie-Hélène toute en contradictions. Mathilda May capte le regard et la sympathie du spectateur. On a envie qu’elle réalise son rêve plus que tout. Quant à Montand, on sent à chaque instant que le scénario est écrit pour lui et qu’il y a déversé ce que son cœur contenait. Ainsi, sa tirade sur la grandeur de Piaf ou son amour de Simone sont des moments de poésie et d’émotion.

Trois places pour le 26 est une œuvre qui montre que Jacques Demy n’était pas que le réalisateur de la bonne humeur et des scènes colorées à outrance. C’est un Auteur avec un grand A dont l’univers est plus profond qu’il n’y parait, et qu’il convient de revisiter. Il disait de ce film : « On part en chantant sur les escaliers, c’est joyeux, et au fur et à mesure que le film avance, la comédie s’éloigne ». C’est finalement un résumé très juste.

Un article de Florian Vallaud

The lost world rising

Jurassic World – Fallen KingdomRésultat de recherche d'images pour "jurassic world fallen kingdom affiche"

Aventure, Science-Fiction, Thriller – USA

Réalisé par Juan Antonio Bayona

Avec Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, Rafe Spall…

Sortie en salle le 6 Juin 2018

Trois ans se sont écoulés depuis la chute de Jurassic World. Claire Dearing (Bryce Dallas Howard), ancienne directrice du parc, se consacre à présent à la protection des résidents survivants d’Isla Nublar. Alors que le volcan de l’île menace d’entrer en éruption, une opération de sauvetage est commanditée par Benjamin Lockwood (James Cromwell), ancien associé de feu John Hammond, pour rapatrier sur le continent 11 espèces, parmi lesquelles Blue, la dernière des vélociraptors. Une mission qui ne peut être accomplie que par l’ancien dresseur de raptors Owen Grady (Chris Pratt). Mais cette opération ne cacherait-elle pas des desseins moins idéalistes qu’il n’y paraît ?

Quand Jurassic World a été annoncé, plus de 10 ans après un Jurassic Park III en demi-teinte, personne ne l’attendait plus, mais l’intérêt fut immédiat. Reboot autant que suite, il tirait un trait sur les 2 derniers épisodes de la saga initiée par Steven Spielberg, faisant déjà tiquer les fans avant même qu’on en sache plus à son sujet. À sa sortie en salles, l’enthousiasme est pourtant là et le succès aussi, en dépit d’un fan-service parfois à la limite du prosélytisme. Colin Trevorrow avait accouché d’un divertissement de très bonne qualité, tout en mettant sous couveuse les œufs d’une potentielle suite. Aujourd’hui, ces œufs ont éclos. Reste à savoir si le bébé est viable.

Inutile de ménager le suspense, la réponse est un oui, sans doute aussi grand que Roberta, la T-Rex vedette du parc. Et ne nous mentons pas, tous les doutes étaient permis et le pari loin d’être gagné d’avance. Le premier Jurassic Worlds ouffrait de certaines faiblesses (une surenchère un peu vaine, des références parfois lourdes, des personnages pas forcément très fouillés…), lançait des pistes floues et n’existait finalement qu’à la perspective d’une suite. Nous-mêmes, tandis que nous le chroniquions, nous craignions un bis du The Lost World de Spielberg, et jusqu’au visionnage, les similitudes semblaient tellement énormes (l’opération de sauvetage sur l’île, l’exfiltration clandestine des dinosaures, l’incursion d’un prédateur sur le continent) qu’on s’attendait à un nouveau film de fans, gonflé à la surenchère mésozoïque et saturé de références en tout sens. Jurassic World n’était pour ainsi dire qu’un Jurassic Park 2.0 : plus gros, plus impressionnant, plus désastreux. Attendu au tournant, Fallen Kingdom évite les croches-pieds avec élégance et même une certaine insolence, se permettant des pointes d’humour bienvenues. Il affiche en outre une bien plus grande ambition, tant sur le fond que sur la forme.

Contrairement à d’autres franchises (Star Wars. pour reprendre un exemple de franchise récemment rebooté), Jurassic World – Fallen Kingdom a déjà le bon goût de ne pas jeter à la poubelle les lignes lancées dans l’opus précédent. Et la pêche est plutôt fructueuse. Les nébuleux projets du trouble docteur Henry Wu (B.D. Wong) reviennent à la charge, et la prophétie de feu Vic Hoskins (Vincent d’Onofrio) est devenue réalité. Indominus Rex est mort, mais son héritage perdure et perdurera encore longtemps. Certes, on pourrait arguer qu’en empilant à la fois les dérives de la recherche génétique, la menace des armes biologiques, le manque d’éthique et le mépris humain pour les animaux, on prend le risque de passer à côté de son sujet. Et pourtant, Colin Trevorrow et Derek Connolly nous emportent et savent de toute évidence où ils vont. L’écriture est cohérente et le message a un sens.  On pourra tout juste lui reprocher quelques partis pris un peu radicaux (des méchants sans nuances, peu de surprises), ainsi que quelques incohérences et invraisemblances de ci, de là. On parle là de quelques secondes sur un film de plus de 2h00, loin de tirer l’œuvre vers le bas.

C’est d’autant plus pardonnable que le travail de mise en scène du réalisateur Juan A. Bayona est pour ainsi dire exceptionnel. Ayant débauché une partie de l’équipe ayant participé à ses autres réalisations (entre autres Oscar Faura à la photographie et Bernat Vilaplana au montage), l’espagnol sublime littéralement Fallen Kingdom par son sens de la mise en scène. Le débarquement de Grady, Dearing et leurs accompagnateurs sur l’île, à bord de leur petit coucou, nous donne le même frisson que l’arrivée de l’hélicoptère à Jurassic Park voilà 25 ans. L’Île des Brumes a rarement été aussi sublime. Ne cachant pas son amour pour les nuits d’orage, l’angoisse qu’ils suscitent et surtout leur éclairage particulier, Bayona joue habilement sur les clairs-obscurs, les ombres mouvantes et les reflets, reprenant l’esthétique sombre du film d’horreur classique sans pour autant céder à l’appel de l’horreur pure. On tremble peu, c’est vrai, mais la tension n’en demeure pas moins palpable. Quant aux plans et aux images, ils sont absolument splendides.

Sensé et sensible, Jurassic World – Fallen Kingdom se taille à coups de griffes et de crocs une place de choix au rang des rares blockbusters né avec un cerveau et un cœur. Haletant de bout en bout et distillant ses références avec plus de subtilité que son aîné, il pose habilement les fondations de sa conclusion. Et c’est avec une impatience bien moins ironique que nous attendons la suite.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Le Courage dans la fuite

Chasseuse de géantsRésultat de recherche d'images pour "chasseuse de géants"

Fantastique, Drame – USA

Réalisé par Anders Walter

Avec Madison Wolfe, Zoe Saldana, Imogen Poots, Sydney Wade

Sortie en dvd et Blu Ray le 6 Juin 2018

Chez M6 Interactions

Solitaire et en conflit permanent, Barbara est une collégienne sans peur pas comme les autres. Comment pourrait-elle avoir peur de toute manière ? Armée de sa gouaille et d’un puissant marteau de guerre, elle débusque, traque et tue les géants sur son temps libre. Du moins, c’est ce qu’elle raconte à qui veut l’entendre. Selon elle, les géants, dont la présence échappe aux humains, sont des pourvoyeurs de souffrance et de désolation dont elle se doit de préserver les autres. Et si la vérité était finalement encore plus tragique ?

Chasseuse de géants (I kill giants en VO) est l’adaptation de la bande-dessinée éponyme éditée voilà plus de dix ans maintenant. S’il a eu droit à une édition française en 2009, il sera également réédité en avril 2018 (Nous ne manquerons pas de le chroniquer) à l’occasion de la sortie du film. Née des esprits conjoints de Ken Niimura (Prix international du manga pour I kill Giants justement) et Joe Kelly (Auteur de nombreuses séries pour Marvel et DC), cette histoire de collégienne à la langue bien pendue écrasant les géants à coups de masse gigantesque emprunte aussi bien aux super-héros qu’aux récits plus intimistes, et ça marche, plutôt génialement même.

Mais est-ce vraiment étonnant, finalement ? Le script est signé par Joe Kelly, et on peut difficilement trouver mieux placé que l’auteur lui-même pour saisir l’essence de son travail. Trouvant son inspiration dans des œuvres telles que Le Labyrinthe de Pan ou Alice au pays des merveillesChasseuse de géants se montre plus ambigu encore en déroulant son action dans notre réalité concrète. Et il faut bien l’admettre, le flou règne d’un bout à l’autre du film, avec ses géants en arrière plan et ses créatures fantasmatiques qui s’adressent à une héroïne qui semble la seule à les voir. On est libre d’y croire ou non, et même si on suppose que cette traque du géant n’est qu’une chimère inventée par Barbara, le doute subsiste jusqu’à la toute fin du film. Chasseuse de géants nous plonge dans les méandres de l’imagination et de la peur, et des désastres qu’elles peuvent engendrer quand la seconde prend le pas sur la première.

Barbara, campée par l’excellente Madison Wolfe, est d’ailleurs très convaincante quand il s’agit de conforter le bien-fondé de sa démarche héroïque. Tellement que Sophia (Sydney Wade), sa seule amie, marche dans son jeu quelques temps, et même la psychologue, Mme Mollé (Zoe Saldana), a bien quelques doutes. Car la morgue de Barbara s’attaque à tout le monde, ses persécuteurs en tête bien sûr, mais aussi à celles qui se rendent compte que quelque chose cloche chez cette fille qui dissimule sa peur glaçante derrière sa maturité et son intellect. Barbara préfère rejeter celles qui veulent l’aider et poursuivre sa quête illusoire. Tout plutôt que de laisser s’effondrer son monde… quitte à laisser de côté la réalité. Car sous ses dehors de jeune fille courageuse qui se dresse face à des créatures terrifiantes, Barbara fuit l’une des plus grandes peur qu’un enfant puisse affronter. Et on ne peux que la comprendre.

Au croisement de Trollhunter et des Goonies, Chasseuse de géants est un récit où se mêlent intime et fantastique, où la quête de Barbara trouve racine au sein d’une famille qui se délite. Et de par les épreuves qu’elle traverse, son dénouement émouvant et puissant parlera à tous. Et vous, fuirez-vous devant votre peur ou lui ferez-vous face ?

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Bad Feeling

Solo. A Star Wars Story.Résultat de recherche d'images pour "solo poster"

Aventure, Fantastique – USA

Réalisé par Ron Howard

Avec Alden Ehrenreich, Emilia Clarke,

Woody Harrelson, Donald Glover…

Sortie en salle le 23 Mai 2018

Distribué par Walt Disney Company

La jeunesse de Han Solo (Alden Ehrenreich), personnage emblématique de Star Wars, d’une époque où il s’appelait simplement Han jusqu’au fameux Raid de Kessel, qui fit de lui un pilote de légende.

Après le crépusculaire Rogue One, Disney et sa filiale Lucasfilm poursuivent leur réalisation de films dérivés de Star Wars. En attendant ceux sur Obi Wan, le maître Jedi en exil, ou Boba Fett, l’impitoyable chasseur de prime mandalorien, c’est Han Solo, qui ouvre le bal des films mettant en scène les personnages emblématiques de la saga. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le développement de ce film aura été au moins aussi chaotique que la vie de son héros. Originellement supporté par Phil Lord et Chris Miller, le projet était déjà sorti de ses rails quand ils furent renvoyés avec pertes et fracas, mais ce n’était là qu’un des nombreux soucis rencontrés. On passera également sur la communication calamiteuse de la maison-mère Disney, qui a elle-même renoncé à en attendre quoi que ce soit. Personne ne s’étonne donc du flop général auquel il fait finalement face maintenant qu’il est en salle. À force de tirer dessus à coups de turbolasers, même le meilleur des vaisseaux finit fatalement par tomber. Alors, en s’attaquant à Han Solo, n’a-t-on eu pas eu les yeux plus gros que le ventre ?

Il faut dire que la vie du contrebandier gentiment voyou est matière à histoires. Dans quelles circonstances a-t-il rencontré son compagnon de route velu Chewbacca ? Comment a-t-il mis la main sur le Faucon Millénium, la casserole la plus rapide de la galaxie ? Qu’est-ce que le Raid de Kessel, cette opération de contrebande qui l’a rendu célèbre ? Pourquoi est-il recherché par Jabba le hutt ? Plus tout ce qui reste encore à imaginer. Après tout, la piraterie et autres professions romanesques sont des réservoirs inépuisables d’aventures.

C’est peut-être là que se trouve la plus grosse faiblesse de Solo. À jouer les fourre-tout en intégrant sa première rencontre avec Chewbacca, sa relation chaotique avec Lando Calrissian, la grandeur et la déchéance de son premier amour, son Faucon Millénium, et le Raid de Kessel, Solo expédie ses sujets plus qu’il ne les traite, et ne réserve finalement que peu, voire pas de surprises. Les courses-poursuites en speeders sont un peu mollassonnes et le raid n’est finalement qu’un cambriolage qui dégénère en bataille rangée joyeusement foutraque. Restent le foisonnement pyrotechnique et la balade au travers du Maelstrom, où le Faucon Millénium est réellement mis en valeur. Les autres séquences restent anecdotiques et les bonnes idées sous-exploitées.

Revenons à présent sur un leak qui aura fait couler beaucoup d’encre, à savoir le coaching en acting délégué à Alden Ehrenreich, la rumeur prétendant que son jeu était trop horrible en l’état. Force est de constater qu’à l’écran, Ehrenreich fait le job et ses faiblesses jouent finalement le jeu d’un jeune Han Solo. Il saisit quelques mimiques avec un certain talent, et son manque d’assurance et de charisme colle plutôt bien à ce personnage finalement en pleine construction au moment de l’action. Certes, on était en droit d’attendre mieux, mais le personnage qu’il campe n’en demeure pas moins étrangement cohérent. Les autres s’en sortent mieux, même si, en tant que seconds rôles, ils éclipsent assez souvent le premier, Donald Glover particulièrement, mais là encore, c’est très cohérent tant le personnage de Lando Calrissian est finalement enclin à tirer la couverture à lui.

Surfant allègrement sur l’actualité, Solo mélange, de manière assez brouillonne, militantisme varié, entre la relation ambiguë entretenue par Lando et son droïde L3-37 et l’obsession de cette dernière pour l’émancipation des droïdes, emprise des grandes entreprises avides de s’approprier les ressources au détriment des individus et le rejet du totalitarisme, avec toujours l’Empire en arrière plan qui tire les ficelles et écrase les populations. Souci de taille, ces thèmes sont traités au mieux de manière superficielle, au pire de manière assez ridicule. Dommage, en élaguant un peu, l’ensemble avait le potentiel de rattraper l’optimisme larmoyant de Star Wars VIII. À trop vouloir faire coller les morceaux du nouvel univers étendu initié par le rachat de Lucasfilm, Disney s’empresse de bourrer ses projets de références. Certes, on ne peut pas lui retirer une certaine cohérence dans la licence, mais parfois en dépit de la cohérence même des projets, individuellement parlant. Les stratégies marketing servent rarement la création d’un scénario.

Accouché dans la douleur, Solo porte les stigmates de son développement chaotique. Mal fichu, pour reprendre une expression chère à la Princesse Leïa, ce film un peu foutoir l’est assurément, pourtant, on arrive facilement au bout de ses 2h d’action, en dépit de quelques longueurs. Sans déplaisir, mais sans panache non plus.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux