La Fin

Chers amis, 

Toutes les bonnes choses ont une fin…sauf la saucisse qui en a deux. C’est avec un immense regret que nous vous annonçons la fin de cette belle aventure que fût Culturotopia. Il est devenu trop compliqué de gérer ce site et les différents projets personnels de chacun. 

Merci aux artistes qui nous ont fait vivre de très beaux moments, merci aux attachés de presse passionnés par leur travail avec lesquels les rapports furent amicaux. Et surtout, merci à vous chers lecteurs à qui nous tachions de transmettre au mieux notre passion de la culture. 

C’est la fin d’une aventure mais le début de pleins d’autre où nous espérons bientôt vous retrouver. 

Prenez soin de vous, 

Continuez à fréquenter les salles de spectacles, les cinémas, les livres, les expos : bref, restez curieux. 

A très bientôt dans d’autres horizons, 

L’EQUIPE DE CULTUROTOPIA

Le doux parfum des 80’S

À Armes égales. (1982)Résultat de recherche d'images pour "a armes égales toshiro mifune"

Action – USA

Réalisé par John Frankenheimer

Avec Scott Glenn, Toshiro Mifune

Sortie en Blu-ray et DVD le 25 Juillet 2018

Chez Carlotta Films

 

Rick (Scott Glenn), un boxeur en fin de carrière, est engagé par Toshio (Sab Shimono) et Akiko Yoshida (Donna Kei Benz) pour rapporter au Japon un ancien sabre appartenant au maître du clan Yoshida (Toshiro Mifune). Arrivé à Osaka, il est kidnappé et amené devant Hideo Yoshida (Atsuo Nakamura), frère du maître et homme d’affaire prêt à tout pour s’accaparer le sabre.

Remontons le temps. Jusqu’à une décennie que les moins de 20 ans qualifieront de préhistoire : les années 80. À l’aube de cette époque jurassique, les dinosaures s’appellent Casimir, Walkman ou Atari 2600, s’ébattent joyeusement dans un environnement principalement composé de formica et de bakélite, et restent totalement ignorants des effets du réchauffement climatique. Quant au magnétoscope, c’est simplement l’objet le plus hype qu’on puisse trouver dans une maison. Le samedi soir arrivé, quand on ne se déhanche pas au Macumba en pantalon de cuir, à draguer des filles en veste à épaulettes, c’est très logiquement qu’on se rend en un lieu incontournable pour tout cinéphile : Le vidéo-club tenu par l’ami J.P. Là, dans ce local généralement surchauffé, au milieu des odeurs de renfermé et de clope froide (la Loi Évin est encore une douce utopie), on cherche fébrilement, au choix, dans le rayon action une vidéo furieuse remplie de coups de tatanes, ou au rayon horreur une cassette bien gore qui jettera votre conquête permanentée dans vos bras d’un sursaut dégoûté.

Comme toute époque dans laquelle une génération a grandi, elle suscite une douce mélancolie dans laquelle ceux qui l’ont vécue (et d’autres) aiment parfois se plonger. La tentation est alors grande de servir aux nostalgiques des produits faciles et à la qualité déplorable (Quiconque a déjà jeté un œil à une copie DVD du Retour des Morts-vivants II, par exemple, sait de quoi je parle). Heureusement on peut noter que certains savent jouer cette carte avec un talent certain. C’est le cas du Chat qui fume (à qui on doit les remasters de 3615 code Père Noël ou Le Retour des Morts-vivants, que nous avons chroniqué), et c’est également le cas de Carlotta Films qui nous livre avec À Armes égales un nouveau morceau de bravoure made in 80’s, enrichissant ainsi son (déjà généreux) label Midnight Collection.

À armes égales surfe, assez facilement, il faut bien l’admettre sur la vague des films d’arts-martiaux venus de l’autre côté du pacifique et qui fascina une génération de cinéphiles américains (mais pas que), au point qu’Hollywood se mit en tête d’en faire autant, mais en adaptant la recette à un public plus large. Héros yankee, décors qui le sont généralement tout autant, idéaux d’honneur et de noblesse relégués en arrière plan au profit d’objectifs plus prosaïques. Et s’il se déroule presque exclusivement au Japon (dans la région d’Osaka plus précisément), À Armes égales s’éloigne peu des canons du film de sabre à l’américaine. La progression du héros ne sort pas des clous, d’abord simplement motivé par l’appât du gain puis plus impliqué quand il s’agit d’aller sauver sa copine (et accessoirement récupérer l’héritage familial), et des scènes d’action plutôt propres mêlant katanas et mitraillettes. Rien de très neuf ni de très original, mais indéniablement efficace.

Si ce film possède une saveur si particulière, c’est sans conteste pour la présence du charismatique Toshiro Mifune, sans doute l’un des plus grands acteurs japonais, spécialiste du film de sabre et acteur fétiche d’Akira Kurosawa, avec qui il a collaboré sur 16 productions (dont Les 7 Samouraïs, Yojimbo ou encore Barberousse). Même vieillissant, il porte littéralement le film sur ses larges épaules et il irradie littéralement à chaque scène où il apparaît. Sa maîtrise du sabre et sa rapidité d’exécution restent impressionnantes, au même titre que son jeu tout en retenue et sa voix rocailleuse. La sévérité de son regard écrasant l’impudent Scott Glenn invite à l’humilité jusqu’au dernier spectateur.

Soyons honnête, À Armes égales ne surclasse pas vraiment ses concurrents de l’époque que ce soit pour son scénario ou ses scènes d’action. Typiquement 80’s, ce film l’est sans aucun doute, avec ses méchants très méchants et ses gangsters à mitraillettes tranchés à coups de sabres. À voir pour la prestation de l’immense Toshiro Mifune et le plaisir qu’on a à le voir manier le sabre.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

AVIGNON OFF 18 : La Nuit d’Elliot Fall au Théâtre du Roi René

La Nuit d’Elliot FallRésultat de recherche d'images pour "la nuit d'Elliot Fall avignon"

Une pièce musicale de Vincent Daenen

Mise en Scène par Nicolas Desnoues

Avec Jules Baron, Justine Boulard,

Nicolas Desnoues, Geoffrey Lopez,

Maxime Moniot et Alix Salingue

Du 6 au 29 juillet 18

À 22H10

Au Théâtre du Roi René (Avignon)

Il est des spectacles dont on a beau savoir qu’ils seront surprenants, on ne s’imagine pas à quel point. Qui pouvait prédire ce qui allait se passer en ce Samedi soir avignonnais, alors que les spectateurs prenaient place dans la salle du Théâtre du Roi René pour assister à La Nuit d’Elliot Fall ? La Compagnie des rêves oubliés en est à son premier spectacle, l’affiche rappelle les films gothiques et le spectacle est musical. Ces indices évoquant un spectacle sombre sont confortés par un cercueil trônant au milieu de la scène avec, de chaque côté, des voilages en piteux états. Enfin, le spectacle démarre.

La « petite » Mimi va mourir. Des fleurs lui poussent un peu partout. Elle n’a plus qu’une nuit à vivre. Seul un baiser peut la sauver…peut-être…Ce n’est pas sûr…Enfin, rien ne coûte d’essayer. Sa bonne fée Preciosa part à la recherche du sauveur potentiel : un certain Elliot Fall. Mais le maléfique comte Lovejoy rôde.

La Nuit d’Elliot Fall est un spectacle clivant en ce sens qu’il a un univers tellement dingue qu’on adore ou qu’on déteste. Il n’y a pas de juste milieu. L’univers est gothique, drôle et transgressif. On pense au Rocky Horror Show évidemment, mais aussi à John Waters et toute cette culture underground des comédies outrancières américaines. Tout est excessif, décalé et parfois grossier (mais jamais vulgaire !). On est à la frontière du cartoon. Les personnages des contes de fée connus sont détournés, pervertis pour notre grand plaisir : Cendrillon est une nymphomane des escarpins, le loup est un prostitué travesti, etc. Les personnages sont dessinés avec de gros traits mais c’est fait pour. Et les comédiens semblent s’en donner à cœur joie.

Menée avec une belle énergie par le metteur en scène Nicolas Desnoues, hilarant dans son rôle de fée aux pouvoirs incertains, la troupe joue avec son public pour le faire rire aux éclats. Le quatrième mur est rompu, certains personnages ont conscience de la présence des spectateurs. Geoffrey Lopez incarne un méchant plus que méchant au rire maléfique et tonitruant. Personne ne se prend au sérieux tout en gardant une précision nécessaire à l’humour.

La Nuit d’Elliot Fall est un spectacle fou et libérateur. Il réveille en nous notre âme d’enfant avec un conte intéressant à suivre mais dont les personnages auraient tous déviés vers la perversion. La programmation tardive de ce spectacle est cohérente avec ce qu’il raconte mais peut néanmoins le desservir auprès des moins noctambules qui auront du mal à tenir 1h40 à cette heure. Mais cela vaut définitivement le coup !

Un Article de Florian Vallaud

Réservations : https://www.billetreduc.com/210895/evt.htm

De la liberté, et de sa perte

Parvana, une enfance en Afghanistan.Résultat de recherche d'images pour "parvana"

Animation, drame – Canada, Luxembourg, Irlande

Réalisé par Nora Twomey

Avec la voix de Golshiftheh Farahni

Sortie en salle le 27 Juin 2018

Distribué par Le Pacte

En Afghanistan, Parvana et sa famille survivent difficilement à la brutalité du régime taliban. Son père, professeur, gagne péniblement sa vie en tant qu’écrivain public, tandis que sa mère, écrivaine, est maintenant cantonnée à la maison. Quand son père est envoyé en prison par le régime, Parvana perd soudainement le peu de liberté qu’elle avait et son univers s’écroule. Seule solution : se travestir en garçon pour subvenir aux besoins de la famille.

L’actualité récente a peut-être tendance à nous le faire oublier, mais il n’y a pas encore si longtemps, l’Afghanistan vivait sous le joug des extrémistes talibans. Nous n’allons pas nous appesantir sur des aspects de politique internationale et de religion. Ce n’est ni l’endroit, ni le moment. Et il faut bien admettre que ce sont des domaines que nous maîtrisons mal. Néanmoins, de l’avis de tous (espérons-le), l’idéologie talibane, au même titre que le nazisme des années 30-40 ou celle de l’état islamique, fait partie des idéaux les plus noirs et les plus abjects de l’Histoire humaine, et qu’ils méritent d’être combattus de toutes nos forces.

Les films s’étant emparés du sujet sont nombreux, mais il était pourtant un genre (façon de parler) qui n’avait pas eu l’honneur de l’engagement contre ce fléau : l’animation. Certains diront que ce n’est pas forcément là où on l’attendrait, que ce genre de sujet s’adapterait mal à un jeune public. C’est vrai que l’animation est encore très connotée, pourtant ce n’est jamais qu’une manière de s’exprimer et de faire des films. Et quand il s’agit de sujet aussi grave, n’est-ce finalement pas une bénédiction que des films comme Parvanadénoncent ces horreurs au travers d’un média culturellement adressé aux plus jeunes ? Car c’est ce qu’est finalement Parvana : un manifeste sous forme de témoignage.

Adaptation du livre éponyme (The Breadwinner en VO, un titre encore plus explicite donc…) de Deborah Ellis, premier volet d’une série comptant 4 tomes, Parvana fait partie de ces films dont la force se ressent dans certains détails de sa production avant même de l’avoir vu. De son doublage, intégralement assuré par des comédiens afghans ou iraniens francophones, vivant en exil dans notre pays. D’une de ses productrices, Angelina Jolie, investie depuis des années dans la scolarisation des petites filles afghanes. De l’auteur même des livres, Déborah Ellis, dont les droits sont intégralement reversés à une association qui soutient l’éducation des jeunes filles afghanes (Woman for Woman in Afghanistan).

Dans sa proposition initiale, Parvana respire donc déjà l’engagement, et Nora Twomey (qui a déjà cosigné le savoureux Brendan et le secret de Kells et qui réalise ici son premier long-métrage solo) nous livre un film de haute volée, où l’émotion nous étreint sans jamais se faire tire-larmes dans cette Kaboul magnifique et désespérée. Le peuple afghan nous est dépeint au travers du regard d’une enfant dans toute sa complexité et sa diversité, avec en filigrane l’ombre écrasante de talibans prêts à marteler toute trace de culture, et parfois, dans le chaos, une lueur d’espoir qui point. Film traitant d’une vie quotidienne broyée, Parvana est également entrecoupé d’un conte initiatique sorti de l’imagination de l’adaptatrice Anita Doron, dont la portée universelle et à la symbolique propre au personnage de Parvana s’intègrent parfaitement au film et à son rythme. Entre quotidien insupportable et évasion indispensable, l’œuvre sonne avec une justesse remarquable.

Parvana, une enfance en Afghanistan est un rendez-vous culturel à ne pas manquer. Militant, fin et beau dans tous les sens du terme, il a également le mérite d’être accessible aux plus jeunes, pour qui la guerre en Afghanistan et le régime taliban relèvent presque de l’histoire ancienne. Une belle leçon de courage et un intense moment de réflexion pour tous.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Comment tuer la Comédie

Comment tuer sa mère (2018)Résultat de recherche d'images pour "comment tuer sa mere"

Comédie – France

Réalisé par David Diane et Morgan Spillemaeker

Avec Vincent Desagnat, Chantal Ladesou,

Julien Arruti, Joséphine Fraï

Sortie en salle le 13 Juin 2018

En ce dimanche, la famille Mauret se réunit. Nico (Vincent Desagnat), l’aîné, est au bout du rouleau. L’entreprise héritée de son père périclite, il paye sa dépressive de sœur, Fanny (Joséphine Fraï), à ne rien faire, et doit en plus assumer le loyer de son benjamin, Ben (Julien Arruti), dessinateur peinant à percer dans le milieu. Il pourrait presque s’en accommoder, s’il n’avait pas en plus à entretenir leur mère (Chantal Ladesou), aussi odieuse que fantasque et dépensière… Enfin, peut-être plus pour longtemps…

Adapter au cinéma une pièce de théâtre, si bonne soit-elle, est une opération délicate. Les deux ont beau s’apprécier de la même manière, les ressorts théâtraux ne fonctionnent pas forcément au cinéma, et inversement. Difficile de trouver l’équilibre idéal entre le respect de l’œuvre originale et les codes du cinéma. C’est vrai qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Lorsque Universal s’est lancé à adapter des œuvres telles que Dracula ou Frankenstein, c’est bel et bien sur leurs adaptations théâtrales que les auteurs de l’époque se sont appuyés. Mais depuis, le cinéma a bien évolué, créant ses propres codes, et rendant les adaptations théâtrales plus « périlleuses ».

Malheureusement, David Diane et Morgan Spillemaeker n’ont pas fait de miracle en signantComment tuer sa mère, l’adaptation de la pièce Conseil de famille (d’Amanda Sthers et dudit Morgan Spillemaeker). La faute en revient principalement à un rythme erratique et une relative absence d’idées.

Pourtant, en alignant un casting d’habitués de la comédie, on aurait pu s’attendre à beaucoup mieux. La fratrie potentiellement assassine est plutôt bien campée par le trio Desagnat – Fraï – Arruti, convaincants en enfants globalement démolis par une Chantal Ladesou certes en grande forme, mais qui cabotine avec le personnage qu’elle s’est forgée au cours de sa carrière bien plus qu’elle n’incarne l’horrible, et hilarante, génitrice du clan Mauret. Quant à Fatsah Bouyahmed, on se demande ce qu’il est allé faire dans cette galère. Son personnage, à peine travaillé en écriture, n’est finalement prétexte qu’à deux gags. Au même titre que le poulet dans le four servant d’unité de temps et les plans vraiment pas esthétiques du toit de la maison servant d’unité de lieu, il n’existe vraisemblablement que pour nous signifier que nous ne sommes pas sur Mars et qu’il y a bien une vie en dehors des murs de la propriété familiale.

Mais on peut avoir un excellent casting sans parvenir à son but. Pire encore, le meilleur texte de théâtre peut se planter à l’écran, par la seule magie du cinéma. Et dans Comment tuer sa mère, le texte de Sthers et Spillemaeker (conservé pour bonne partie) marche moyennement. La majorité des bons mots tombent à plat et les gags exploitent de très grosses ficelles. Les temps de pauses et autres précipitations ont rapidement raison des répliques lancées parfois n’importe comment. Restent finalement les rebondissements successifs de la pièce, qui eux fonctionnent bien, mais qui ne surprendront évidemment pas les connaisseurs, ainsi qu’un final explosif totalement réjouissant.

Comment tuer sa mèrerejoint sans surprise la déjà longue liste d’adaptations théâtrales bancales et paresseuses. Sympathique sur le papier et servi par l’énergie de ses comédiens, on s’y ennuie hélas beaucoup trop pour le recommander.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Demy Montand : Puissance

Trois Places pour le 26 (1988)Résultat de recherche d'images pour "trois places pour le 26"

Un Film Musical de Jacques Demy

Avec Yves Montand, Mathilda May,

Françoise Fabian

Sorti le 23 Novembre 1988

Disponible en Blu Ray et DVD

Prenez la première personne dans la rue, et demandez-lui de citer des films de Jacques Demy. Vous obtiendrez sans aucun doute Les Parapluies de CherbourgLes Demoiselles de Rochefort et probablement Peau d’Âne. On vous parlera de couleurs chamarrées, de danseurs frénétiques et de personnages qui chantent comme ils parlent ou peut être bien le contraire. On vous parlera aussi de sa collaboration artistique avec Michel Legrand ou de son épouse Agnès Varda. Mais peu parleront du dernier film qu’il ait réalisé : Trois Places pour le 26. Il constitue pourtant son point d’orgue. C’est un bilan de carrière pour le réalisateur mais également pour son acteur-star : Yves Montand.

Le chanteur-acteur vedette des « Feuilles Mortes » revient dans sa ville natale pour y créer un spectacle musical sur sa vie. C’est le moment que choisit la jeune Marion de Lambert pour rencontrer son idole et tenter d’entrer dans le show-business au grand détriment de sa mère (Françoise Fabian), autrefois l’amante de Montand. Marion ne sait pas qu’il est son père, il ne le sait pas non plus et semble toujours hanté par la mère.

Le triangle amoureux et freudien qui tient le film apparaît ici clairement. Jacques Demy prolonge alors un thème récurrent dans son œuvre : le rapport filial qu’il pousse à son paroxysme. Si Marion a bien un père, le baron de Lambert, il est absent du film car emprisonné pour malversations. Elle va trouver en Montand un père de substitution qui s’avère être son père biologique. Et si la fée de Peau d’Âne la prévenait « qu’on épouse jamais ses parents », Jacques Demy ne met pas de garde-fou à sa jeune fille ambitieuse et naïve jusqu’à une scène très osée pour l’époque.

Alors qu’une partie des films qui ont fait son succès traitait de jeunes qui voulaient quitter leur province pour monter à Paris, c’est ici le contraire. Le traitement de ce thème tend même à démontrer qu’il fait bon revenir aux sources quand l’ensemble de sa carrière est derrière soi. En ceci, le spectacle de Yves Montand qui nous est montré dans sa quasi-totalité est explicite : si on se souvient d’où on vient, le retour ne peut être que bénéfique. Cela paraît être le discours d’un homme qui sent que sa fin est proche et livre sa dernière œuvre.

Trois places pour le 26 souffre dans sa première partie d’un certain hermétisme. Les années 80 sont très marquées dans les compositions de Legrand et ce n’est pas pour le meilleur. On met un certain temps à y entrer. Mais une fois que Demy pose les jalons de son histoire œdipienne et le ton nostalgique, il emporte le spectateur pour ne le lâcher qu’une fois la dernière image diffusée. La distribution d’une justesse rare y est aussi pour beaucoup. Françoise Fabian rayonne et campe une Marie-Hélène toute en contradictions. Mathilda May capte le regard et la sympathie du spectateur. On a envie qu’elle réalise son rêve plus que tout. Quant à Montand, on sent à chaque instant que le scénario est écrit pour lui et qu’il y a déversé ce que son cœur contenait. Ainsi, sa tirade sur la grandeur de Piaf ou son amour de Simone sont des moments de poésie et d’émotion.

Trois places pour le 26 est une œuvre qui montre que Jacques Demy n’était pas que le réalisateur de la bonne humeur et des scènes colorées à outrance. C’est un Auteur avec un grand A dont l’univers est plus profond qu’il n’y parait, et qu’il convient de revisiter. Il disait de ce film : « On part en chantant sur les escaliers, c’est joyeux, et au fur et à mesure que le film avance, la comédie s’éloigne ». C’est finalement un résumé très juste.

Un article de Florian Vallaud