To be continued…

Culturotopia, c’est un site né de l’envie de partager l’amour des œuvres artistiques de tous bords, de mettre sur un pied d’égalité les démarches exigeantes et le divertissement. C’est la volonté d’abolir une hiérarchie idiote entre ce qui serait de la culture et ce qui ne le serait pas. Enfin, c’est le désir insatiable de donner une vitrine aux jeunes créateurs, ceux à qui à la presse traditionnelle n’ouvre pas encore ses portes.

Depuis plus d’un an, vous avez été de plus en plus nombreux à nous suivre et à partager nos coups de cœur et nos coups de griffe cinématographiques ou littéraires. Nous avons découvert des artistes qui nous ont enthousiasmés et bouleversés. Nous avons soutenu, avec nos humbles moyens, des spectacles auxquels nous croyions. Nous vous avons fait vivre le festival d’Avignon qui a été l’occasion de belles rencontres avec des équipes passionnées et passionnantes.

 Mais comme vous avez pu le remarquer depuis quasiment un mois, le rythme s’est drastiquement ralenti. Les raisons sont multiples. L’équipe de Culturotopia se résume à trois personnes : Guillaume Boulanger-Pourceaux qui se charge particulièrement du cinéma et des bandes dessinées, Quentin Gabet qui s’occupe des réseaux sociaux et nous fait parfois l’honneur de sa plume et, enfin, votre serviteur plus spécialisé en spectacle vivant. Le succès croissant, les sollicitations du monde culturel se sont multipliées. C’est beaucoup d’honneurs pour un petit site comme le nôtre. Seulement, il y a un revers de la médaille.

Tenir un tel site demande beaucoup de disponibilité et d’énergie. Je ne les ai plus pour le moment. Pleins de beaux projets artistiques monopolisent mon attention, et leur accomplissement passe par une abnégation totale. Il va donc me falloir réduire mon temps de travail sur Culturotopia pour le transférer sur d’autres choses qui, je l’espère, vous contenteront également : pièce de théâtre, court métrages, etc .

Mais il serait dommage de mettre fin à une si belle aventure alors qu’elle ne fait que décoller. Puisque son but d’origine est de donner la parole à de nouveaux créateurs, pourquoi ne pas le faire pour de nouvelles plumes. Culturotopia pourrait ainsi être la vitrine de nouveaux auteurs, de nouveaux critiques cinéma, théâtre, littérature, etc. Cela me semble être la condition sine qua nonde sa survie.

Pour le moment, nous allons faire une pause jusqu’à pouvoir revenir plus grands et, on l’espère, plus forts. Si l’envie vous vient de vouloir contribuer au site bénévolement, n’hésitez pas à nous contacter à culturotopia@gmail.com. Nous discuterons avec plaisir de cette éventualité.

Comme le disait la chanson : « Ce n’est qu’un au revoir ». Merci de votre soutien jusqu’à maintenant. Prenez soin de vous et n’oubliez pas que la culture est le remède contre toute forme de fascisme.

Florian Vallaud

Du cinéma et des séries

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À chaque Festival de Cannes c’est une habitude, les polémiques fleurissent sur tout et n’importe quoi. À croire que les professionnels ne peuvent pas se réunir sans s’envoyer des noms d’oiseaux à la figure. L’année dernière, c’était la sélection officielle de films Netflix qui faisait rager, soulevant la question épineuse des réseaux de distribution cinématographique et du calendrier français de diffusion.

Cette année, c’est Thierry Frémaux, délégué général du festival, qui en fait les frais. Mais ce ne sont plus les professionnels qui montent au créneau mais les réseaux sociaux. La raison ? Une interview donnée au Figaro doublée d’un aphorisme en conférence de presse pour résumer sa pensée : « Les séries c’est industriel, les films c’est de la poésie ». Il en fallait si peu pour le voir mis au pilori sur Twitter. Frémaux s’est vu taxé de snobisme, d’être méprisant envers les séries et déconnecté du monde réel. Mais ne faudrait-il pas se poser quelques instants pour réfléchir à ce que peut impliquer cette phrase ? Quels sont les tenants et les aboutissants d’une saillie, certes péremptoire, mais peut-être plus complexe qu’il n’y parait ?

Afin d’appréhender le sujet avec le plus de justesse possible, il convient de reprendre l’interview d’où tout est parti. Il est facile de tronquer une phrase, la tirer de son contexte et lui donner une couleur différente. La question de Frédéric Taddéi pour Le Figaro oriente déjà beaucoup la réponse de Frémaux :

« Comment vois-tu la montée en puissance des séries ? Dans les dîners en ville et les cours de récréation, on parle davantage de séries que de cinéma. La sériephilie est en train de dépasser la cinéphilie. »

Implicitement, il oppose séries et cinéma. C’est comme si ces deux médias ne pouvaient être complémentaires. De quoi donner à Thierry Frémaux l’occasion de donner une réponse qui sera forcément dans l’opposition. Après tout, il représente un festival de cinéma et non un festival de séries. Mais son propos est plus nuancé qu’on pourrait l’attendre, plus dans la réflexion :

« Depuis Les Soprano, les séries vivent leur âge d’or. Je ne suis pas spécialiste, j’en regarde très peu. Le langage des séries est celui du cinéma »

Jusqu’ici, rien de faux. Ce n’est pas une analyse particulièrement édifiante mais, en même temps, il reconnaît ne pas être un expert. Frémaux parle d’un « âge d’or », ce qui est admettre une certaine qualité au média, et le langage des séries ne peut être que celui du cinéma puisqu’un l’un est né de l’autre même si la tendance s’inverse dans l’univers cinématographique Marvel qui ressemble plus à une série à très gros budget. Mais avant d’aller plus profondément dans l’analyse, il nous faut la dernière partie de la réponse.

« Et puis les séries portent bien leur nom, c’est de la production industrielle. Game of Thrones, tout le monde en parle mais personne n’est capable d’en citer le moindre réalisateur »

Le nerf de la guerre est là ! C’est ici que repose toute la problématique du sujet, et le moment où il faut prendre en compte plusieurs facteurs différents pour la saisir et la questionner. On ne peut pas nier que les séries soient produites industriellement. Il faut produire chaque année un nombre d’épisodes défini dans un temps très réduit. L’écriture est confiée à plusieurs scénaristes chapeautés par un showrunner. Si celui-ci est garant d’une vision artistique de l’ensemble, il lui est difficile d’injecter à l’œuvre un souffle personnel. L’œuvre passe par tant d’intermédiaires avec chacun un regard différent qu’elle se retrouve formalisée. Certains répondront que c’est également le cas des films de studios (Marvel, Universal, Warner, etc). C’est vrai ! Mais Thierry Frémaux est un français qui se pose dans un héritage de cinéma artisanal à la française où le réalisateur est souvent le scénariste de son film. Dès lors, chaque œuvre devient immédiatement identifiable avec sa cohérence artistique et son lot d’obsessions.

D’autre part, le tournage des deux médias est sensiblement différent. Tourner une série est une course contre la montre. Le budget et le temps sont restreints : il faut donc tourner vite et, si possible, bien. Les réalisateurs ont peu de latitude pour concevoir une mise-en-scène inventive et significative. En analysant les plans de la plupart des séries, sauf certaines dirigées par un réalisateur de cinéma comme Twin Peaks, on pourrait constater qu’elles ne font que filmer l’action. Le souci principal est de rendre la narration claire et compréhensive. L’axe de la caméra et ce qu’elle filme fait sens dans les films d’auteur. Encore une fois, il y a des exceptions comme les films de Kev Adams, Dany Boon et consort. Mais même eux refont les scènes autant de fois qu’il leur est nécessaire pour obtenir leur vision des choses. Les séries n’en ont juste pas le temps. Ce que pointe du doigt Thierry Frémaux, c’est une opposition de conception entre le showrunner-chef d’équipe et le cinéaste-artisan. Certains pourraient considérer que c’est une vision un peu datée et réductrice des choses, mais elle n’en est pas moins une réalité.

Sur le fond, et quand il détaille sa pensée, Thierry Frémaux ne semble pas faire preuve de mépris envers les séries par rapport au sacro-saint cinéma. À la rigueur, ce qui pose problème est son aphorisme de la conférence de presse. Selon nous, il regroupe derrière cette appellation de « poésie » les différences notables de production que nous avons évoqué plus haut. La phrase parait hautaine et méprisante, mais en conférence de presse il faut être efficace et marquant. À notre avis, c’était maladroit, mal formulé mais pas dénué de vérité. C’est la démonstration qu’il vaut parfois mieux développer son propos que de chercher à faire une punchline. Mais c’est aussi la preuve qu’avant de réagir avec véhémence et développer des arguments pour montrer combien Thierry Frémaux est à côté de la plaque, il serait bon de retrouver les sources et de chercher à comprendre ce qui se dit.

source : http://madame.lefigaro.fr/celebrites/thierry-fremaux-delegue-general-festival-de-cannes-interview-par-journaliste-frederic-taddei-300418-148471

Un article de Florian Vallaud

De la pertinence du téléchargement illégal ?

A l’heure où j’écris ces lignes, qui inaugureront, je l’espère avec panache, ce site voué à couvrir la variété que peuvent nous offrir chaque jour l’art et la culture, une série occupe l’esprit de très nombreux spectateurs du monde entier : Game of Thrones. Si vous ne faites pas partie des millions de personnes qui se soucient des intrigues politico-meurtrières de Westeros, il est en revanche fort peu probable que vous n’en ayez jamais entendu parler. Avec son statut de série la plus regardée et la plus téléchargée illégalement, la saison 5 de la fiction phare du tout-puissant network américain HBO est plus que jamais sous le feu des projecteurs. Si j’en parle ici, ce n’est pas tant pour la série en elle-même (la saison est toujours en cours et j’aurais largement le temps d’en reparler) mais pour les questions qu’elle soulève quant à l’évolution de notre relation aux œuvres de fictions, et aux séries plus particulièrement. Nous nous pencherons aujourd’hui plus précisément sur la question sensible du téléchargement illégal. Si cette question est commune à toutes les séries ayant une large base de fans à travers la planète, elle s’est cristallisée après un événement qui a touché Game of Thrones à quelques jours du démarrage de cette saison.

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Alors que la tension était à son comble et que HBO faisait monter la pression à grand renfort d’affiches et de bandes annonces tonitruantes, les 4 premiers épisodes ont fuités sur le net et ont immédiatement été téléchargés par des millions d’internautes. Mon but n’est pas de porter un jugement envers le téléchargement en tant que tel (j’ai moi-même été un fervent partisan de la licence globale afin que les artistes récupèrent un peu du fruit de leur labeur). Je me pose plutôt la question de sa pertinence à l’heure actuelle. En effet, l’argument majoritaire qui a été avancé pendant des années est le décalage de la diffusion française. Il fallait attendre parfois plus d’un an pour pouvoir avoir la suite des aventures de ses héros préférés. Et si on espérait avoir le choix de la langue, c’était raté. C’était VF et rien d’autre ! Ce n’était pas forcément un choix des programmateurs mais plus une contrainte technique étant donné que seule l’émergence de la télévision numérique a permis la diffusion des versions multilingues. Il fallait alors attendre longtemps pour espérer entendre la voix de ses acteurs favoris sur support dvd.

Mais plusieurs révolutions sont passées par là : l’apparition de la Version Multilingue et surtout l’émergence de chaînes à péage comme OCS ou Canal +. C’est d’ailleurs cette dernière qui a ouvert la voie en réduisant le délai entre la diffusion américaine et la diffusion française. En effet, la dernière saison de Desperate Housewives a été mise à l’antenne seulement 6 mois après son démarrage aux Etats-Unis. Puis ce fut la mise en place du US+24 sur de nombreuses plateformes qui proposèrent les épisodes en VOSTFR le lendemain de leur diffusion US. Ce genre de pratique n’est pas l’apanage que des services payants, même s’ils disposent d’une plus grosse force de frappe servie par des budgets conséquents. En 2013, France 4 crée l’événement en diffusant en simultané avec la BBC l’épisode spécial du 50ème anniversaire de Doctor Who. OCS enfonce le clou en diffusant chaque semaine en direct l’épisode de Game Of Thrones et en replay à tout moment, pour un peu moins de 13 euros par mois. Même si on le sait moins, les chaînes historiques ne sont pas en reste et une grande majorité des séries sont disponibles en US+24 : Arrow, The Flash, Grey’s anatomy, Gotham (TF1VOD dont les tarifs sont plus élevés à 1,99€ l’épisode), Castle (Itunes qui fait des packs pour la saison au prix d’un coffret dvd habituel) et bien d’autres encore.

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Où est-ce que je veux vous emmener me direz vous ? Tout simplement à la conclusion qu’on peut comprendre la colère de HBO face à ce piratage massif de leur série phare. Alors que tous les moyens sont mis en œuvre pour permettre la diffusion des séries au plus grand nombre, certains se targuent d’avoir pu les voir en priorité et de plus gratuitement. C’est comme si un voleur déclarait ses larcins à qui voulait l’entendre. Ne soyons pas naïfs, HBO voit surtout de l’argent qui ne tombera pas dans sa poche. Mais je ne peux pas m’empêcher d’y voir un manque de respect manifeste des créateurs et de la chaîne artistique qui produit cette belle histoire. D’une part financièrement, car même si ce n’est pas l’argent qu’on donne à OCS qui est reversée directement aux producteurs et scénaristes, c’est en revanche celui des droits que paye OCS pour diffuser la série qui le permet. Si le diffuseur achète les droits d’une série à perte parce que personne ne la regarde sur sa chaîne mais en téléchargement illégal, quel intérêt trouverait-il à investir dedans ? Ce seront alors tous les maillons qui casseront uns à uns pour aboutir à l’annulation du show.

D’autre part, c’est le principe même de l’écriture sérielle qui est remise en question. Les scénaristes conçoivent une série faite pour se dévoiler sur plusieurs semaines et vous tenir en haleine. Dès lors qu’on se jette sur les épisodes à la suite, la saveur n’est pas moins bonne mais l’effet et le plaisir en sont moins durables. Cela se mue en plaisir d’avoir l’impression de savoir avant les autres ce qu’il va se produire : un sentiment de supériorité. De là naît un fléau des temps modernes : LE SPOILER. Mais ce sera l’objet d’un prochain édito.

article rédigé par FV