Un dragon loin d’être docile

Détective Dee – La Légende des Rois CélestesRésultat de recherche d'images pour "detective dee la légende des rois célestes"

Action, aventure – Chine

Réalisé par Tsui Hark

Avec Mark Chao, Feng Shaofeng, Carina Lau…

Sortie en salles le 8 Août 2018

Peu de temps après avoir élucidé le mystère du Dragon des Mers, l’imparable Détective Dee (Mark Chao) reçoit, des mains de l’Empereur en personne, Dragon Docile, l’arme symbole qui le place à la tête du Temple Suprême. Mais dans l’ombre, une vague de crimes vient agiter la capitale, et alors que Dragon Docile attise les convoitises, sorciers et conspirateurs semblent s’être alliés pour renverser la dynastie des Tang.

Quand il sort en 2011, Détective Dee – Le Mystère de la Flamme Fantôme arrive sur le tard d’une mode popularisée voilà plus de 10 ans auparavant par un certain Tigre et Dragon, immense succès mondial qui remit au goût du jour le « Film de sabre » chinois. Pourtant, son réalisateur Tsui Hark est loin d’être un novice en la matière, puisqu’il a signé la trilogie Il était une fois en Chineavec Jet Li sortie peu de temps auparavant. Ces deux sagas du réalisateur de Zu, Les Guerriers de la Montagne Magique ou de Seven Swords partagent par ailleurs un point commun de taille : elles ont toutes deux pour base un personnage historique devenu légendaire dans l’imaginaire chinois, le médecin et maître de kung-fu Wong Fei-Hung et le juge Di Renjie dont les capacités de déduction l’ont fait entrer dans les annales judiciaires. Ce même juge qui fut à l’origine d’un personnage littéraire, le juge Ti, héros de romans repris par plusieurs auteurs.

Narrant l’enquête qui doit sacrer la réhabilitation du juge Dee, après son emprisonnement pour avoir contesté l’accession de l’Impératrice Wu Zetian (le contexte historique, des livres autant que des films, est par ailleurs exact), ce premier épisode mêlait déjà habilement intrigues de palais et surnaturel, combats virevoltants et grand spectacle. Avec sa suite, Détective Dee – La Légende du Dragon des Mers (2014), la franchise revient aux origines du personnage et à la première enquête qu’il mena pour le Temple Suprême, à savoir l’étrange attaque menée contre la flotte impériale par un monstre marin. Cette fois, la recette s’affine sans changer fondamentalement. Le budget, un peu plus confortable, autorise les effets spéciaux à être encore plus présents et aux capacités de déduction de Dee d’être un peu mieux appréhendées. Mais là encore, l’intrigue n’en est pas moins fouillée et les scènes d’action toujours plus impressionnantes et inventives.

Autant dire que les fans de la saga attendaient la suite des aventures du juge-détective de pied ferme, et tout amateur de cinéma d’aventure et d’action aurait dû partager cette attitude tant Détective Dee représente le genre dans ce qu’il a de plus subtil et malin. Un suspense soutenu hérité du polar, de l’action fulgurante tout en étant lisible, et des effets spéciaux impressionnants (toutes proportions gardées, nous ne sommes pas devant une production du calibre d’Avatar non plus) qui restent au service de l’intrigue. Dans ce troisième épisode, Tsui Hark prend le parti de prolonger le modèle de son deuxième opus, jusque dans le scénario, celui de cette suite débutant là où La Légende du Dragon des Mers s’était achevé. Que ceux qui craindraient de se retrouver perdus se rassurent, les liens unissant les deux épisodes ne vont pas plus loin et les relations, parfois ambiguës, entre les personnages canoniques, ainsi que les dilemmes qui les agitent, parviennent à rester compréhensibles en dépit de leur complexité.

Malgré tout, le maître d’œuvre ne joue pas les paresseux, ajustant le cap à cette nouvelle intrigue. Outre un humour un peu plus présent que dans les épisodes précédents, et qui apporte des moments de détente bienvenus, ce sont les effets spéciaux dont on remarque la présence plus prégnante. Pour autant, ils ne sont pas de trop pour personnifier les manipulations mentales dont sont capables les membres d’un clan de sorciers. Ils sont d’autant plus respectables qu’ils nous offrent un spectacle de toute beauté, s’autorisant à donner vie à un incroyable bestiaire folklorique, et même une réjouissante référence finale à un certain King Kong. Pourtant, ce grand spectacle permanent ne nuit ni à ses scènes de combats, toujours aussi légères et parfaitement chorégraphiées, ni à son intrigue, pleine de rebondissements et de zones d’ombres. Surprenant, le film l’est tellement qu’il ne se permet pas moins de trois scènes qui prolongent l’intrigue au cours du générique (et introduisent peut-être un quatrième épisode faisant le lien avec Le Mystère de la Flamme Fantôme ?), prenant au dépourvu les plus pressés de ses spectateurs.

Au milieu des blockbusters estivaux, pour certains bien ficelés, très recommandables et surtout très bien pourvu d’un strict point de vue marketing (Coucou Jurassic Worldet Ant-Man et la Guêpe), il est vrai que Détective Dee peut faire figure d’outsider. Pourtant, il nous apporte quelque chose dont tous les autres sont et seront (sans doute) toujours dépourvus : l’inattendu !

Exotique, malin et superbement mis en scène par un maître du genre, Détective Dee – La Légende des Rois Célestesest sans conteste un rendez-vous incontournable du cinéma d’aventure et d’action, et à ce titre, il devrait être inscrit dans les agendas de tous les amateurs de ces genres. Quant aux autres, ils ne devraient pas hésiter à leur emboîter le pas.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

I’ve been cheated by you, and i think you know when…

Mamma Mia – Here we go again ! (2018)Résultat de recherche d'images pour "mamma mia 2"

Comedie Musicale

Un film de Ol Parker

Avec Amanda Seyfried, Lily James, etc

Sortie le 25 Juillet 2018

Distribué par Universal France 

Il y a tout juste dix ans, un film naïf et frais débarquait sur nos écrans de cinéma. Cette adaptation d’un succès de la scène anglo-saxonne relevait de l’improbable. Qui aurait pu imaginer Pierce Brosnan, Colin Firth ou Meryl Streep chanter et danser sur les meilleurs tubes du groupe ABBA ? Et pourtant, la recette fonctionnait. Peut-être grâce au plaisir communicatif du casting ou à la fibre nostalgique qu’instaure immédiatement un titre du groupe suédois. Toujours est-il que le film est devenu culte et qu’il remplit encore les salles dix ans après pour des séances karaoké.

On croyait avoir échappé à une suite inutile. On pensait qu’Universal garderait sa pépite telle qu’elle était, mais non ! Il a fallu qu’ils mettent un deuxième film en chantier. Un deuxième film auquel personne ne croyait, Amanda Seyfried en tête comme elle l’a déclaré dans une interview. Les fans tremblaient et ils avaient raison.

Rien n’était fait pour nous rassurer : le retour de Meryl Streep trop longtemps incertain, les chansons qui seraient utilisées puisqu’ils avaient usé tous les grands tubes, l’histoire qui nous serait contée, etc… Dès lors, on ne peut pas dire que ce film soit une déception tant le désastre était annoncé. Au moins, il est cohérent avec ce qu’on en attendait : rien. Enfin, nous espérions tout de même d’avoir tort. Ô doux espoir !

L’histoire est tellement simple qu’en vous racontant le début du film, on vous en raconte aussi la fin. Sophie (Amanda Seyfried) organise la réouverture de l’hôtel de Donna (Meryl Streep) après son décès. En parallèle, nous suivons la jeunesse de Donna (Lily James) qui va rencontrer trois hommes à la suite. On en connaît la fin. Et c’est d’ailleurs le premier défaut scénaristique du film : il n’y a jamais d’enjeu. À ne jamais vouloir choisir entre le préquel ou le sequel, Ol Parker n’en traite aucun des deux.

Dans son intrigue du passé, il accumule les révélations qu’on connaît déjà. On nous raconte une histoire qu’on avait très bien saisie dans le premier. Rien de plus ! Rien de plus, mais tout de même des choses en moins. Ainsi, il charcute le travail de Catherine Johnson, scénariste du premier film et auteur de la comédie musicale. Il réduit les personnages à des caricatures. Donna, dont la jeunesse était dépeinte comme celle d’une femme forte, indépendante et à la sexualité libérée devient esclave de son cœur et prude. Elle semble s’excuser de coucher avec Bill, Sam ou Harry. C’est un contre-sens. Et il fait la même chose sur les autres personnages.

La distribution d’origine s’en rend d’ailleurs compte et tourne en mode automatique. Seule Julie Walters trouve une occasion de faire le clown. Mais ramer sur un paquebot ne sert à rien. Pour ce qui sont des autres, ils sont fantomatiques. Ils déroulent leurs textes et leurs chansons sans énergie. Ce sentiment culmine dans une reprise de Dancing Queen qui référence la même séquence dans le premier opus. Un plan sur le regard de Christine Baransky dévoile qu’elle se demande ce qu’elle fait là. Puis, elle repense aux zéros sur le chèque, et ça va mieux. Le sentiment du spectateur est le même, tout ceci a un goût de réchauffé dans un micro-onde qui marche mal.

Prenons aussi quelques instants pour vous parler de l’usage abusif de la publicité mensongère autour du film. En effet, cela ne vaut pas le coup de parler des jeunes comédiens qui assurent la partie préquel tant ils sont anecdotiques, transparents et choisis uniquement pour leurs beaux minois. Le public attend la grosse annonce, l’élément incontournable de cette suite : la participation de la déesse Cher. Tâchez d’en profiter, elle n’est là que dix minutes. C’en est d’ailleurs dommage tant elle éclaire l’écran et offre une interprétation inoubliable de Fernando avec un Andy Garcia transi. Ne parlons pas de Meryl Streep, au centre sur l’affiche qui ne dépasse pas les 5 minutes de présence à l’écran (sauf si on compte toutes les photos d’elle). À ce compte-là, Marvel devrait penser à mettre Stan Lee sur ses affiches.

Reste le plaisir intact d’entendre les titres d’ABBA qui apporte un vent frais bienvenu en cet été caniculaire. Ils sont particulièrement bien arrangés par Benny Anderson et Bjon Ulvaeus mais servis par une mise en scène à la ramasse. Ce qui n’est pas étonnant quand on sait que le réalisateur lui-même avoue ne pas s’y connaître en comédie-musicale et avoir demandé des conseils à sa fille de 22 ans. Il nous semble que ça résume bien le sérieux de l’entreprise.

Mamma Mia – Here we go again ! est une déception de chaque instant et n’est sauvé de la poubelle que par sa bande originale enthousiasmante qui vous fera bouger sur votre siège. Dommage qu’il soit réalisé comme un mauvais épisode de Glee et, visiblement, sans amour pour le film d’origine. On prend plaisir à retrouver les personnages qu’on a aimé mais on les voit fatigués et lassés. Comment pourrait-il en être autrement devant autant de vide ?

Dracula et ses potes sont sur un bateau…

Hôtel Transylvanie 3.Résultat de recherche d'images pour "hotel transylvanie 3"

Animation, comédie – USA

Réalisé par Genndy Tartakovsky

Avec les voix de Adam Sandler, Andy Samberg,

Selena Gomez…

Sortie en salles le 25 Juillet 2018

Dans son hôtel réservé à sa monstrueuse clientèle, Dracula (Adam Sandler) se morfond. Veuf de puis plus d’un siècle, la solitude lui pèse. Pour lui changer les idées, sa fille Mavis (Selena Gomez) lui organise des vacances. Les voilà partis en croisière avec tous leurs amis sur le Legacy, l’immense paquebot sous les ordres de la mystérieuse commandante Éricka (Kathryn Hahn).

Après un premier épisode dépeignant un Dracula gérant d’hôtel catastrophé à l’idée de voir sa fille s’enticher d’un humain et quitter son giron, et un second où il tente par tous les moyens d’élever son petit-fils en bon vampire, Dracula et ses amis Franky la créature de Frankenstein, Murray la momie, Wayne le loup-garou et Griffin l’homme invisible sont de retour. Et cette fois, ils laissent derrière eux la Transylvanie et son hôtel éponyme pour un radical changement de décor. Pour le meilleur ?

Dès sa séquence d’ouverture, Hôtel Transylvanie 3 annonce la couleur. Personnages d’une absolue souplesse, mimiques tordantes et gags visuels abondent. La patte artistique si particulière de Genndy Tartakovsky est toujours là, et son talent pour mettre en scène et enchaîner les gags les plus cartoonesques à la vitesse de l’éclair toujours intact. On aurait pu s’attendre à ce que les idées se raréfient, d’autant qu’un paquebot de croisière n’est jamais qu’un hôtel posé sur l’eau, mais il n’en est rien. Au contraire. À la clique à Drac viennent s’ajouter profusion d’autres personnages et de situations plus cocasses les unes que les autres, comme Blobby le blob de gelée verte, spécialiste de l’humour visuel (il n’a en effet aucune ligne de dialogue proprement dite) qui, après avoir trusté une place au sein de la petite bande dans le deuxième opus, multiplie ici les apparitions, tantôt mignon tantôt dansant, et toujours hilarant. Les gags remportent sans mal l’adhésion des petits comme des grands, et la bonne humeur remplit la salle plus facilement que l’estomac de Franky.

Pour ce qui est de son développement, le film effectue un petit retour en arrière. Outre les références immanquables aux précédents films (le « bla-bla-bla » que tous imputent à Dracula, et qu’il s’obstine à nier, la pyrophobie explosive de Franky, ou les sorcières du premier épisode formant une sorte de haie d’honneur à la présentation du navire), c’est le veuvage de Drac et le fameux « zing » qui servent de trame de fond à cet épisode, et la relation ambiguë qui se met en place entre lui et la commandante Éricka, mais dont on ne dira pas plus, afin de ne pas gâcher une intrigue certes cousue de fil blanc, mais diablement efficace. Le film se permet le luxe d’une séquence un peu plus calme, un coup de frein peut-être un peu brusque, mais pour mieux nous proposer quelques moments émouvants au milieu de toute cette tornade tordante, avant d’embrayer sur un final musical absolument détonnant.

Si nombre de franchises finissent par s’essouffler avec le temps, Hôtel Transylvanie nous revient dans une forme insolente. Toujours aussi dingue et drôle de bout en bout, ce troisième épisode confirme que Dracula et ses potes ont encore de bons jours devant eux. Un grand éclat de rire à partager en famille ou entre amis.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Le Piège de cristal infernal

Skyscraper.Résultat de recherche d'images pour "skyscraper"

Action – USA

Réalisé par Rawson Marshall Thurber

Avec Dwayne Johnson, Neve Campbell, Chin Han…

Sortie en salles le 11 Juillet 2018

Distribué par Universal 

À Hong Kong, l’homme d’affaire Zhao Long Zhi inaugure son chef-d’œuvre, The Pearl, le plus grand et le plus moderne des bâtiments jamais construits. Mais avant de pouvoir l’ouvrir au public, il confie à Will Sawyer (Dwayne Johnson) le soin de mener un audit de sécurité. Il n’a cependant pas le temps de mener sa mission à bien qu’une bande de gangsters attaque l’immeuble. Bien malgré lui, Sawyer se retrouve impliqué quand il apprend que sa famille est coincée dans le gratte-ciel à présent en flammes.

Aussi sûr que les feuilles tombent des arbres en automne, les blockbusters fleurissent en été. Après l’imposant Jurassic World – Fallen Kingdom, et en attendant le prometteur Mission Impossible – Fallout, c’est Skyscraper qui vient occuper le terrain de la grosse production dopée aux effets spéciaux, pour un résultat qu’on pourra qualifier de plutôt convaincant. Pour cette seconde collaboration entre le réalisateur Rawson Marshall Thurber et l’acteur Dwayne Johnson (la première ayant eu lieu sur Agents presque secrets), le réalisateur (à qui on doit entre autres Dodgeball et Les Miller) délaisse la comédie pour un film d’action pur et dur.

Ou du moins, un film d’action pur, car s’il lorgne allègrement du côté de La Tour infernale et surtout de Die Hard (et de son utilisation toute personnelle du chatterton), il n’en atteint pas les intensités dramatiques. Nous sommes loin de souffrir des péripéties de Will Sawyer autant que de celles de John McLane. La faute en partie aux circonstances sans doute. Quand McLane se retrouve fortuitement emprisonné au sein du Nakatomi Plaza, Sawyer cherche ouvertement à entrer dans The Pearl. Ensuite parce que Skyscraper assume son identité de blockbuster estival. Ici, point de suspense superflu. Point de suspense, en fait. Les scènes les plus dramatiques trouvent un dénouement idéal, pour ne pas dire attendu. D’autant plus dommage pour un film exploitant plutôt intelligemment l’aspect technologique de son décor, tout en insérant taupes et faux-semblants tout au long de son déroulement. On est rarement surpris, mais l’ensemble laisse la part belle à Dwayne Johnson et ses habituels tours de force.

Qu’il s’agisse de se castagner en dévastant un appartement ou de sauter de la flèche d’une grue jusque sur la façade éventrée d’un gratte-ciel, l’immense Dwayne Johnson défend sa réputation de figure du cinéma d’action sans forcer son talent, même si on notera que son registre dramatique est encore (très) perfectible. En campant cet ancien membre des forces spéciales (encore…) ayant raccroché les armes, père de famille et mutilé (Will Sawyer ayant été amputé lors de sa dernière mission), on aurait pu s’attendre à un peu plus de nuances. S’il feint plutôt bien le manque d’assurance de ce personnage encore affaibli, sa démarche claudicante n’est pas aussi convaincante, d’autant que ça ne semble pas le gêner outre mesure quand il s’agit d’escalader ou de sauter. Un détail du scénario qui reste à l’état de détail, pour un potentiel message positif qui reste donc à l’état d’anecdote.

Pour autant, on ne peut retirer à Skyscraper son statut de film d’action très décent. De sa mise en scène dynamique et maîtrisée, à ses effets spéciaux vraiment impressionnants, tout concourt à offrir au spectateur un divertissement sans temps mort et visuellement taillé pour la 3D, d’où certainement cette appétence pour les plans verticaux (mais si on ne joue pas avec les plans plongés dans un film littéralement intitulé « gratte-ciel », quand peut-on le faire finalement ?)

S’il ne se hisse pas à la hauteur des modèles dont il s’inspire, sans pour autant chercher à s’en cacher une seule seconde, Skyscraper a tous les arguments pour permettre aux amateurs d’action débridée de passer un très bon moment à l’abri des chaleurs estivales. Débranchez votre cerveau et savourez.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

L’autre Visage de Brando

La Vengeance aux deux visages.Résultat de recherche d'images pour "la vengeance aux deux visages carlotta"

Western – USA

Réalisé par Marlon Brando

Avec Marlon Brando, Karl Malden

Sortie en salles en 1961

Sortie en DVD et Blu-ray chez Carlotta le 11 Juillet 2018

Sonora 1880. Trois bandits, Dad, Doc et Kid, dévalisent la banque. Poursuivis par la milice mexicaine, Kid et Dad décident de se séparer. Finalement arrêté, Kid finit en prison et Dad disparaît dans la nature. Cinq ans plus tard, Kid s’évade et entreprend de retrouver son ancien partenaire. Il le retrouve à Monterey, en Californie, rangé des affaires, shériff et marié. Kid, lui, ourdit sa vengeance.

La Vengeance aux deux visage sfait partie de ces films qu’on pourrait qualifier de légendaire. Déjà parce qu’il s’agit de l’unique réalisation de Marlon Brando, acteur légendaire s’il en est. Ensuite pour les conditions rocambolesques de sa réalisation. À l’origine prévu pour être réalisé par Stanley Kubrick, ce sera finalement Brando qui en assurera la réalisation avec tout ce que ça comptera de débordements : un budget multiplié par six, des heures (peut-être même des jours) de rushs inutiles pour un résultat de plus de 4h40 (soit plus que Le Retour du Roi de Peter Jackson !). Selon Martin Scorsese, qui signe l’introduction éclairante de cette édition haute définition, il existerait même une version de plus de 5h20(!). Totalement inexploitable en l’état, la Paramount fait effectuer un remontage complet du film pour finalement accoucher de cette version de 2h20.

De l’aveu même de Brando, qui gardera une certaine amertume de cette expérience (sans doute une des raisons qui ne le feront plus revenir derrière la caméra), ce remontage ne l’a pas satisfait, et ce, en dépit du succès que le film rencontrera en salles. On peut évidemment le comprendre, et le regretter. Le seul film de Brando, finalement amputé (très amputé même) d’une part de sa vision originelle de réalisateur, on pourrait s’attendre à un massacre. Pour autant ce « Producers’ cut » n’est pas une catastrophe, loin de là, sans doute parce que la vision et le perfectionnisme du réalisateur imprègnent le film malgré tout, comme l’improvisation qui transparaît souvent, donnant authenticité, vivacité et humanité à ses personnages. Autant dire, une révolution au début des 60’s, à plus forte raison dans un western. Et même si Brando regrettait que ce remontage ait lissé les nuances de ses personnages, ces 2h20 de film permettent malgré tout de voir un peu de ce gris qu’il recherchait tant.

Brouillant les frontières entre western et mélodrame, cette version tronquée n’en reste pas moins une belle démonstration de cinéma. Certes, on pourrait lui reprocher une structure très (trop ?) classique (nous avons tout de même affaire à un western), mais sa mise en image splendide, sa direction d’acteurs maîtrisée et les thèmes qu’il aborde respirent la modernité. Qu’il s’agisse de la violence sadique et dissimulée à laquelle se livrent tour à tout Rio, dit le Kid (Marlon Brando), fripouille éminemment sympathique, et Dad Longworth (Karl Malden), truand qui se cache derrière sa façade de shérif, ou du dilemme œdipien qui les lie tous les deux jusqu’à son dénouement nécessaire, La Vengeance aux deux visages marque de son empreinte le cinéma de son époque.

Cette restauration que nous proposent les éditions Carlotta, et initiée par Martin Scorsese et Steven Spielberg, rend un très bel hommage à la seule réalisation du monument Brando. Image éclatante et son clair, le tout encadré de bonus intéressants (l’introduction par Scorsese, évidemment, et un fac-similé du dossier de presse de l’époque en tête) et d’un packaging attrayant. De toute évidence, Carlotta respecte autant les films qu’elle édite que les passionnés qui les regardent. Une très bonne raison de découvrir La Vengeance aux deux visages, autant pour la fresque épique qu’il dépeint que la curiosité cinématographique qu’il représente.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Carlotta aime toujours ses classiques

Profession : Reporter (1975) Résultat de recherche d'images pour "profession reporter coffret"

The Passenger

Un film de Michelangelo Antonioni

Avec Jack Nicholson, Maria Schneider

En édition DVD, Blu-Ray et Ultra-Collector

Chez Carlotta

Les Ultra-Collector de Carlotta, c’est un événement incontournable. En l’espace de 9 éditions, la collection s’est imposée comme le rendez-vous immanquable des films à voir ou à découvrir. La sélection est exigeante, accessible et donne une nouvelle visibilité à des chefs-d’œuvre méconnus du grand public. Body Double, The Burbs, Les Années Selznick de Hitchcock,Phantom of the paradise : autant d’œuvres cinématographiques restaurées avec soin et passion par l’éditeur. Outre le fait de leur rendre des couleurs chatoyantes, ces versions haute définition sont agrémentées d’une armada de bonus et d’un livre exhaustif rédigé par des spécialistes. Le Numéro 10 vient de paraître et honore, cette fois-ci, un des plus grands films d’Antonioni : Profession : Reporter.

Produit par la MGM, et sorti en salle en 1975, ce seizième film du réalisateur italien fait figure d’œuvre majeure. Il fait partie, avec Blow-upetZabriskie Point des rares films qu’il ait tourné à l’étranger. Porté par Maria Schneider et Jack Nicholson, cette histoire de journaliste se faisant passer pour mort pour se libérer de sa vie, et adopter celle d’un parfait inconnu, réuni les thèmes chers au maître. Il y est question de liberté, bien sûr, de politique, du rapport aux hommes à la société et de solitude. Le jeu tout en intériorité de Nicholson porte à merveille ces thèmes jusqu’à un final inéluctable.

Bien que le scénario soit digne d’un Hitchcock avec cet échange d’identité et la menace qu’il implique, Antonioni y conserve son amour des plans étirés en longueur, nous faisant ressentir une certaine pesanteur au-dessus des personnages. Il y ajoute une patte visuelle résolument documentaire afin d’être cohérent avec son personnage de journaliste, allant même jusqu’à ajouter des images d’archives à son montage.

L’image est belle et Carlotta a même conservé un certain piqué significatif de la pellicule. Cet éditeur ne cède pas à la tendance qui consiste à numériser à l’extrême au risque de perdre le charme du film en celluloïd. Les bonus de l’édition et le livre qui l’accompagne, quant à eux, sont éclairant sur les différentes facettes du film. C’est rassurant de savoir que des éditeurs comme Carlotta, ou dans un autre style Le Chat Qui Fume, sont gérés par des gens qui aiment le cinéma. On attend avec impatience l’annonce du onzième numéro de cette collection. Mais, entre-temps, l’été est chargé pour l’éditeur avec d’autres éditions DVD / Blu-Ray et des ressorties en salle de films très peu vus. Mais ça, c’est une autre histoire…

Un article de Florian Vallaud

De la liberté, et de sa perte

Parvana, une enfance en Afghanistan.Résultat de recherche d'images pour "parvana"

Animation, drame – Canada, Luxembourg, Irlande

Réalisé par Nora Twomey

Avec la voix de Golshiftheh Farahni

Sortie en salle le 27 Juin 2018

Distribué par Le Pacte

En Afghanistan, Parvana et sa famille survivent difficilement à la brutalité du régime taliban. Son père, professeur, gagne péniblement sa vie en tant qu’écrivain public, tandis que sa mère, écrivaine, est maintenant cantonnée à la maison. Quand son père est envoyé en prison par le régime, Parvana perd soudainement le peu de liberté qu’elle avait et son univers s’écroule. Seule solution : se travestir en garçon pour subvenir aux besoins de la famille.

L’actualité récente a peut-être tendance à nous le faire oublier, mais il n’y a pas encore si longtemps, l’Afghanistan vivait sous le joug des extrémistes talibans. Nous n’allons pas nous appesantir sur des aspects de politique internationale et de religion. Ce n’est ni l’endroit, ni le moment. Et il faut bien admettre que ce sont des domaines que nous maîtrisons mal. Néanmoins, de l’avis de tous (espérons-le), l’idéologie talibane, au même titre que le nazisme des années 30-40 ou celle de l’état islamique, fait partie des idéaux les plus noirs et les plus abjects de l’Histoire humaine, et qu’ils méritent d’être combattus de toutes nos forces.

Les films s’étant emparés du sujet sont nombreux, mais il était pourtant un genre (façon de parler) qui n’avait pas eu l’honneur de l’engagement contre ce fléau : l’animation. Certains diront que ce n’est pas forcément là où on l’attendrait, que ce genre de sujet s’adapterait mal à un jeune public. C’est vrai que l’animation est encore très connotée, pourtant ce n’est jamais qu’une manière de s’exprimer et de faire des films. Et quand il s’agit de sujet aussi grave, n’est-ce finalement pas une bénédiction que des films comme Parvanadénoncent ces horreurs au travers d’un média culturellement adressé aux plus jeunes ? Car c’est ce qu’est finalement Parvana : un manifeste sous forme de témoignage.

Adaptation du livre éponyme (The Breadwinner en VO, un titre encore plus explicite donc…) de Deborah Ellis, premier volet d’une série comptant 4 tomes, Parvana fait partie de ces films dont la force se ressent dans certains détails de sa production avant même de l’avoir vu. De son doublage, intégralement assuré par des comédiens afghans ou iraniens francophones, vivant en exil dans notre pays. D’une de ses productrices, Angelina Jolie, investie depuis des années dans la scolarisation des petites filles afghanes. De l’auteur même des livres, Déborah Ellis, dont les droits sont intégralement reversés à une association qui soutient l’éducation des jeunes filles afghanes (Woman for Woman in Afghanistan).

Dans sa proposition initiale, Parvana respire donc déjà l’engagement, et Nora Twomey (qui a déjà cosigné le savoureux Brendan et le secret de Kells et qui réalise ici son premier long-métrage solo) nous livre un film de haute volée, où l’émotion nous étreint sans jamais se faire tire-larmes dans cette Kaboul magnifique et désespérée. Le peuple afghan nous est dépeint au travers du regard d’une enfant dans toute sa complexité et sa diversité, avec en filigrane l’ombre écrasante de talibans prêts à marteler toute trace de culture, et parfois, dans le chaos, une lueur d’espoir qui point. Film traitant d’une vie quotidienne broyée, Parvana est également entrecoupé d’un conte initiatique sorti de l’imagination de l’adaptatrice Anita Doron, dont la portée universelle et à la symbolique propre au personnage de Parvana s’intègrent parfaitement au film et à son rythme. Entre quotidien insupportable et évasion indispensable, l’œuvre sonne avec une justesse remarquable.

Parvana, une enfance en Afghanistan est un rendez-vous culturel à ne pas manquer. Militant, fin et beau dans tous les sens du terme, il a également le mérite d’être accessible aux plus jeunes, pour qui la guerre en Afghanistan et le régime taliban relèvent presque de l’histoire ancienne. Une belle leçon de courage et un intense moment de réflexion pour tous.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Comment tuer la Comédie

Comment tuer sa mère (2018)Résultat de recherche d'images pour "comment tuer sa mere"

Comédie – France

Réalisé par David Diane et Morgan Spillemaeker

Avec Vincent Desagnat, Chantal Ladesou,

Julien Arruti, Joséphine Fraï

Sortie en salle le 13 Juin 2018

En ce dimanche, la famille Mauret se réunit. Nico (Vincent Desagnat), l’aîné, est au bout du rouleau. L’entreprise héritée de son père périclite, il paye sa dépressive de sœur, Fanny (Joséphine Fraï), à ne rien faire, et doit en plus assumer le loyer de son benjamin, Ben (Julien Arruti), dessinateur peinant à percer dans le milieu. Il pourrait presque s’en accommoder, s’il n’avait pas en plus à entretenir leur mère (Chantal Ladesou), aussi odieuse que fantasque et dépensière… Enfin, peut-être plus pour longtemps…

Adapter au cinéma une pièce de théâtre, si bonne soit-elle, est une opération délicate. Les deux ont beau s’apprécier de la même manière, les ressorts théâtraux ne fonctionnent pas forcément au cinéma, et inversement. Difficile de trouver l’équilibre idéal entre le respect de l’œuvre originale et les codes du cinéma. C’est vrai qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Lorsque Universal s’est lancé à adapter des œuvres telles que Dracula ou Frankenstein, c’est bel et bien sur leurs adaptations théâtrales que les auteurs de l’époque se sont appuyés. Mais depuis, le cinéma a bien évolué, créant ses propres codes, et rendant les adaptations théâtrales plus « périlleuses ».

Malheureusement, David Diane et Morgan Spillemaeker n’ont pas fait de miracle en signantComment tuer sa mère, l’adaptation de la pièce Conseil de famille (d’Amanda Sthers et dudit Morgan Spillemaeker). La faute en revient principalement à un rythme erratique et une relative absence d’idées.

Pourtant, en alignant un casting d’habitués de la comédie, on aurait pu s’attendre à beaucoup mieux. La fratrie potentiellement assassine est plutôt bien campée par le trio Desagnat – Fraï – Arruti, convaincants en enfants globalement démolis par une Chantal Ladesou certes en grande forme, mais qui cabotine avec le personnage qu’elle s’est forgée au cours de sa carrière bien plus qu’elle n’incarne l’horrible, et hilarante, génitrice du clan Mauret. Quant à Fatsah Bouyahmed, on se demande ce qu’il est allé faire dans cette galère. Son personnage, à peine travaillé en écriture, n’est finalement prétexte qu’à deux gags. Au même titre que le poulet dans le four servant d’unité de temps et les plans vraiment pas esthétiques du toit de la maison servant d’unité de lieu, il n’existe vraisemblablement que pour nous signifier que nous ne sommes pas sur Mars et qu’il y a bien une vie en dehors des murs de la propriété familiale.

Mais on peut avoir un excellent casting sans parvenir à son but. Pire encore, le meilleur texte de théâtre peut se planter à l’écran, par la seule magie du cinéma. Et dans Comment tuer sa mère, le texte de Sthers et Spillemaeker (conservé pour bonne partie) marche moyennement. La majorité des bons mots tombent à plat et les gags exploitent de très grosses ficelles. Les temps de pauses et autres précipitations ont rapidement raison des répliques lancées parfois n’importe comment. Restent finalement les rebondissements successifs de la pièce, qui eux fonctionnent bien, mais qui ne surprendront évidemment pas les connaisseurs, ainsi qu’un final explosif totalement réjouissant.

Comment tuer sa mèrerejoint sans surprise la déjà longue liste d’adaptations théâtrales bancales et paresseuses. Sympathique sur le papier et servi par l’énergie de ses comédiens, on s’y ennuie hélas beaucoup trop pour le recommander.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Une franchise indestructible

Les Indestructibles 2 (2018)Résultat de recherche d'images pour "les indestructibles 2"

Un film écrit et réalisé par Brad Bird

Doublé en France par Déborah Perret,

Gérard Lanvin, Louane, Amanda Lear…

Distribué par The Walt Disney Studios

En salle le 4 Juillet 2018

Alors que les super héros ne sont toujours pas reconnus d’utilité publique par le gouvernement, Mr indestructible, Elastigirl et leur famille peinent à redevenir les Parr. Bob s’ennuie et rêve de sa gloire passée. C’est alors que Evelyn et Winston Deavor, deux investisseurs passionnés par les « supers » vont proposer à Elastigirl de participer à un programme visant à réhabiliter l’image des héros en filmant chacun de leurs faits et gestes. Elle va se retrouver confrontée à un terrible méchant surnommé « L’hypnotiseur ».

Il aura fallu 14 ans à Brad Bird pour offrir une suite à son premier gros succès public (après le remarqué Géant de Fer) : Les Indestructibles. Entre temps, il a mis son grain de sel dans Ratatouille, donné un corps à Mission Impossible : Protocole Fantôme et est parti À la poursuite de Demain. Bien que ce dernier fût un relatif échec au box-office, il n’en était pas moins une œuvre artistiquement aboutie. C’est d’ailleurs la particularité de ce réalisateur : c’est un artiste avant d’être un faiseur comme Hollywood en a tant. Dans chacun de ses projets, il apporte ses thèmes, ses angoisses et ses réflexions. Il y a une patte Brad Bird comme il y a une patte Spielberg. S’il décide donc d’offrir une suite après 14 ans, c’est qu’il estime avoir quelque chose de neuf à raconter.

Et c’est le cas. Bien que le film démarre seulement quelques secondes après la fin du précédent, le réalisateur nous offre définitivement une histoire en lien avec son époque. S’il retrouve avec génie son talent d’écriture qui conjugue humour, émotion et action non-stop, ce nouvel opus offre à Elastigirl les honneurs du rôle de protagoniste. Il développe le personnage avec intelligence et amour. Mr Indestructible devient un homme au foyer qui tourne en rond tandis que sa femme mène l’aventure. L’époque est aux grands rôles féminins et Bird l’a bien compris. Ce n’est pas qu’un effet de mode mais on sent le vrai plaisir à jouer avec ce personnage. Dès lors, Hélène Parr irradie l’histoire de sa présence et éclipse sans mal son puissant mari. Le spectateur a l’impression de redécouvrir la famille.

L’autre héros du film n’est pas inattendu mais déploie sa force tout au long de l’histoire : Jack-Jack. Il est courant dans l’animation que les bébés soient un ressort comique et attirent la sympathie. On pense immédiatement à Maggie Simpson. Jack-Jack est de ceux-là mais, encore une fois, Brad Bird va utiliser sa subtilité d’écriture pour redéfinir totalement le personnage lors de cinq minutes hilarantes mettant en conflit le jeune Parr et… un raton-laveur. On est à la frontière du cartoon, de l’action et quasi pas de dialogues. Et pourtant, le personnage nous y est présenté sous toutes ses facettes sans qu’il soit besoin de les rappeler plus tard.  Un exemple de scenario.

Au-delà de cela, le film se pare de ce qu’il faut de tension, d’action et d’humour pour dérouler ses deux heures sans accroc. On en vient à se dire qu’il finit trop vite. C’est aussi grâce aux thèmes universels qu’ils traverse : notre rapport aux écrans qui isolent, la dangerosité de personnes qui auraient tout pouvoir, etc. Il faut aussi saluer la sublime partition de Michael Giacchino. Cela faisait longtemps qu’un film de super-héros ne nous avait pas offert une bande originale qui procure de l’émotion plutôt qu’elle ne la force.

C’est sur ce point précis que nous pourrions terminer notre article. Les Indestructibles 2 rappelle à tous ce que peut être un film héroïque fait avec plus de cœur et moins d’automatismes. Il nous remet en mémoire ce que c’est que de rêver sur grand écran avec des héros attachants et qui nous donne envie qu’ils existent. Bref, il rappelle ce qu’étaient les premiers films Marvel et ce que l’industrialisation en a fait. Le cinéma de divertissement a besoin d’auteurs tels que Brad Bird pour nous offrir des rêves de qualité.

Un article de Florian Vallaud

Agression sensorielle

Sans un bruit (2018)Résultat de recherche d'images pour "sans un bruit"

Thriller, horreur – USA

Réalisé par John Krasinski

Avec Emily Blunt, John Krasinsky

Sortie en salle le 20 Juin 2018

Distribué par Paramount Pictures France

Dans un monde où l’humanité est proche de l’extinction et le silence un gage de survie, les membres d’une famille vivent dans la crainte perpétuelle de prédateurs aussi voraces qu’aveugles. Dans leur ferme à la fois isolée et cernée, ils essaient tant bien que mal d’assurer le quotidien malgré une menace souvent trop palpable.

Tout commençait pourtant bien. Dès ses premières minutes, Sans un bruitposait son ambiance avec une certaine efficacité. Une famille, pieds-nus, fourrageant dans un magasin à la recherche de médicaments, le tout dans le plus grand silence. Dans la salle, tout le monde retient son souffle. En refermant sa première séquence sur une tragédie, il amène son postulat de manière maline et choquante. On est alors scotché à son siège par cet environnement sonore maîtrisé et la fulgurance de ses créatures insectoïdes empruntant largement aux raptors de Spielberg leurs attitudes et leurs cris. Tous les ingrédients étaient là pour nous offrir un monstrueux thriller post-apocalyptique d’une originalité folle.

Car la proposition de Sans un bruit nous emporte dès ses premières secondes… avant de finalement se déliter progressivement, assez rapidement d’ailleurs. La faute à un basculement marqué vers le jump-scare en seconde partie, pour se conclure allègrement sur une tonalité très orientée action. De toute évidence, John Krasinsky ne maîtrise pas encore ni la suggestion, ni le hors-champ, des compétences pourtant indispensables pour mener à bien un tel projet. D’une manière générale, le film perd de sa subtilité à mesure que ses créatures se dévoilent. Et dès qu’on finit par nous en faire voir les crocs de baudroie, le charme, déjà bien émoussé, est définitivement rompu et la peur a déjà foutu le camp par la fenêtre depuis quelques temps. L’intéressante idée du début s’est très vite effacée.

Plus gênant, le film est littéralement parcouru de bonnes idées mal exploitées ou oubliées sur le bord de la route. La jeune Regan est sourde (Millicent Simmonds, elle-même sourde), et durant les premières minutes, quasiment tout le monde s’exprime par le langage des signes. Un détail ouvrant tout de même d’intéressantes perspectives… s’il n’avait pas été rapidement abandonné (les personnages finissent par chuchoter en permanence), pour ne finalement revenir qu’à quelques minutes de la fin, pour servir un sentimentalisme familial particulièrement facile. De même, ne vouloir partager avec le spectateur que ce que les personnages peuvent entendre tient pour ainsi dire de l’idée de génie ; particulièrement lors d’une scène impliquant Regan et une créature, où la surdité imposée au spectateur et la perspective de bruits involontaires qui pourraient la trahir fait retenir son souffle au spectateur. Là où le bât blesse, c’est que l’ambiance sonore est un tel tintamarre que l’atmosphère en est continuellement cassée pour devenir un hymne à jump-scare permanent. Sans un bruit bascule malheurseusement dans les travers dont il espérait visiblement s’affranchir.

Belle proposition sur le papier (la première version du scénario ne comportait paraît-il qu’une seule ligne de dialogue), Sans un bruit débute en nous promettant de suggérer la peur, et s’égare finalement en chemin. Pas désagréable pour autant, il nous réserve même quelques séquences de tension bien senties. Mais il reste très loin de tenir sa promesse de renouveau.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux