Dead Rising : Watchtower (2014)

Un film de Zach Lipovsky

Avec Jesse Metcalfe, Meghan Ory, Rob Riggle

Après deux épidémies successives ayant entraîné la mort de dizaines de milliers de personnes, le monde a basculé dans la psychose du zombie. Lorsque l’horrible infection choisit de s’abattre sur la ville d’East Mission, la changeant en un enfer envahi de zombies, tout est fait pour rassurer une population traumatisée. Par chance, une organisation gouvernementale distribue le seul antiviral connu aux nombreux réfugiés de la zone de quarantaine dans l’espoir d’enrayer la progression de la maladie. Mais quand le remède se révèle incapable de contenir le mal, seuls un journaliste ambitieux et une jeune dure-à-cuire pourront révéler les dessous d’une affaire remontant jusqu’aux plus hautes sphères.

Bascule médiatique

J’en entends d’ici (Et ne baissez pas la voix, ayez le courage de vos opinions !) : « Mouais, ça sent la bouillie de zombies pas fraîche, ton truc…« . Non mais dites-donc. Vous a-t-on habitués à chroniquer de sombres bouses sur ce site ? Au cours de ses deux semaines d’existence, jamais The Bright side of Art n’a pu être taxé de complaisance, encore moins de frapper un homme à terre. Si j’ai choisi de vous parler de Dead Rising : Watchtower, c’est qu’il a effectivement une épine dorsale apte à lui faire garder la tête droite. De guingois, certes, mais droite.

Commençons par le commencement. Dead Rising : Watchtower ne s’inscrit pas dans la lignée des productions zombies de ces dernières années. Pour la plupart sorties du néant, délabrées et se traînant sans but comme les zombies qu’elles décrivent, elles se contentent généralement de jeter à la face d’un spectateur pantois profusion de gore mal foutu et de nichons ceints de débardeurs trop petits (grosso modo). La vague Z a commencé à déferler en librairies voilà quelques années, avec des succès tels que Walking Dead au rang des comics et World War Z pour les romans (dont on a tiré un film d’une telle nullité que nous ne le chroniquerons jamais, par exemple), avant de déferler en général directement en DVD (à de rares exceptions près). La télévision (paradoxalement, l’objet qu’on a longtemps accusé de zombifier les masses) est parvenue courageusement à maintenir le genre Z sous perfusion, à plus forte raison depuis que les séries se sont emparées du phénomène, l’excellente Walking Dead et la bondissante Z Nation en fers de lance.

Mais si je vous parle de la télévision en tant que média, il convient aussi de parler de l’objet en lui-même. Car dans l’ombre des téléviseurs, un autre média a su faire vivre le zombie pendant toutes ces années dans l’indifférence (quasi) générale. En effet, le jeu-vidéo a su maintenir les morts-vivants en assez bonne santé, au travers de rouleaux compresseurs tels que Resident Evil ou Dead Island, de travaux plus modestes tel Deadlight ou le fameux Zombie Nazi Army dérivé de Sniper Elite. Et au milieu de tous les Dying Light et autres Lollipop Chainsaw (j’en néglige volontairement), une saga a su se faire un nom en mêlant le foutraque, le jeu bac-à-sable et les zombies : Dead Rising.

Fidélité, ton nom est…

Comme la plupart des productions zombie, Dead Rising ne court pas après le succès d’estime. La licence est habituée a accoucher de jeux assez moyens (graphismes en retraits, rigidité des contrôles), mais au potentiel de fun indéniable. Le scénario vous lâche dans un environnement ouvert saturé de zombies et de psychopathes. À vous de construire vos propres armes et d’enquêter pour débusquer les faits ayant entraîné la catastrophe. Après, vous êtes libre. Survivez ou mourez.

C’est peut-être ce qui a convaincu Legendary d’en revendre les droits à Crackle, plateforme de streaming et spécialiste de la production-web, tant le potentiel de l’objet semblait bancal et hasardeux. Parfois mieux vaut cependant un petit producteur fauché mais motivé qu’une grosse machine je-m’en-foutiste. Car l’affaire à peine conclue, Crackle s’était déjà attelée à réunir une équipe dédiée à l’adaptation de Dead Rising. Et le résultat est des plus probant.

Dead Rising : Watchtower n’est pas une énième production sur le thème zombie. De par son background tout d’abord, dont découle son scénario. Dead Rising s’est toujours appuyé sur des scénarios très basiques, mais riches en action en rebondissements. Ainsi en choisissant de poser son histoire entre les épisodes 2 et 3 de la saga, introduisant la génèse du projet Watchtower, en place dans Dead Rising 3, Tim Carter a parfaitement compris comment tirer partie de la saga en faisant le lien entre deux opus aux histoires distantes de plus de 10 ans. Au travers du journaliste-héros de la crise zombie Franck West (Rob Riggle), incarnation déjantée et imbue d’elle-même de l’avatar du premier opus, il parvient de surcroît à aborder une thématique tristement d’actualité, bien que sous un angle en passe de devenir obsolète, à savoir jusqu’où un état est capable d’aller pour s’assurer le contrôle de ses citoyens. Car tout l’enjeu est là. Entre la FEZA, institution civile chargée de gérer la crise avec des moyens dérisoires tout en luttant désespérément contre l’infection, et les instances militaires qui la manipulent et prétendent disposer de meilleures solutions en puçant les gens comme de vulgaires yorkshires, la terreur qui étreint ce monde est palpable. Et hélas familière.

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Toujours viser la tête

L’univers de Dead Rising : Watchtower tient la route, même s’il bringuebale un peu dans les virages. Pour un fan de la saga (ou plus prosaïquement quelqu’un ayant tenu la manette des deux premiers épisodes), nous avons affaire à un produit d’une fidélité sans faille, distillant des clins d’œil avec moins de lourdeur que certains (Vous avez dit Jurassic World ? Tiens, c’est curieux), qu’il s’agisse de petits détails directement issus du jeu cachés de ci, de là, de ses zombies bigarrés qui nous changent des sempiternels zombies « cadres moyens crasseux » ou d’un morceau de bravoure quasi-suicidaire de Chase (Jesse Metcalfe) qui affronte l’espace de quelques secondes une horde de zombies à l’aide d’armes improvisées jusqu’à être contraint à la fuite.

À contrario, Dead Rising : Watchtower pourrait refroidir plus d’un néophyte. Si vous n’êtes pas familier de la saga, il se pourrait que le film vous laisse une impression déconcertante. Les interventions hilarantes et répétées de Franck West pourraient en rebuter certains par son côté lourdingue (Son interprète est visiblement en roue libre). Malgré tout, un amateur de morts-vivants y trouvera son compte sans problème, laissant de côté les références pour ne prendre que l’action en plein vol.

Si l’on suit ce simple postulat, Dead Rising : Watchtower atteint sa cible pleine bille. En exploitant correctement la licence tout en la replaçant dans un contexte assurant sa continuité, sans sacrifier ni renier le média qui l’a vue naître, Zach Lipovsky nous livre l’une des meilleures adaptation de jeu-vidéo qu’on ait vu, aussi imparfaite que son modèle, mais pétrie de la même passion que les créateurs de son matériau originel. Une passion qui compense sans mal ses petites maladresses.

Toute première fois (2015)

Un film de Noémie Saglio et Maxime Govare

avec Pio Marmaï, Lannick Gautry, Franck Gastambide

Un matin, Jérémie, 34 ans, se réveille dans un appartement aux côtés d’une sublime suédoise. Ce pourrait être le début d’une belle histoire si Jérémie ne devait pas se marier dans quelques semaines avec… Antoine.

Le décor est planté et le postulat de comédie également. Il n’est pas rare dans le cinéma français que l’homosexualité soit au centre d’un film comique : de La Cage aux folles en 1980 à Poltergay en 2006. En revanche, vous noterez une similitude flagrante entre ces deux films. L’homosexuel qui fait rire est la folle, ou en tout cas un tant soit peu extravagant. S’il est cantonné aux second rôles, c’est souvent un ersatz de la bonne copine qui prodigue ses conseils sur les mecs à sa meilleure amie. Bref c’est souvent très limité et assez léger. Vous trouverez des films gays où le personnage est davantage un « monsieur tout le monde », mais il s’agira souvent de drames car entre le coming out, et l’obligation de vivre caché, la vie d’homosexuel c’est quand même un chemin de croix ! Et oui c’est cliché mais c’est malheureusement comme cela dans l’esprit de nombre de réalisateurs et de scénaristes, et donc du spectateur lambda. Il y a tout de même quelques exceptions mais qui traitent plus souvent de l’homosexualité féminine comme Pourquoi pas moi ?, Coquillages et crustacés ou le génial Gazon Maudit. Ou alors il s’agit de films édités directement en dvd, ou exploités dans une salle dans le 4ème arrondissement de Paris. Sinon il faut aller dans les autres pays pour se fournir en films tout publics parlant d’homosexuels.

Alors pour une fois que le personnage principal est un homosexuel des plus banals, dans un film produit par Gaumont, et dont les affiches étaient partout, vous pensez bien que beaucoup y ont vu une démonstration de l’évolution des mœurs. Surtout quelques mois après le débat houleux autour du « Mariage pour Tous ». Et ils ont très vite déchanté. Car ce n’est pas tant l’histoire d’un homme qui par erreur découvre pour la première fois la sexualité avec une femme. C’est l’histoire d’un homme qui découvre que l’amour n’a pas de sexe.

Jérémie est depuis dix ans avec son compagnon. Ils vivent ensemble et ont un avenir tout tracé. Les parents de Jérémie aiment cette relation en bons anarchistes qu’ils sont. Tant que le mode de vie de leur fils bouscule les concepts bourgeois que leur impose leur fille enceinte, ils sont contents. L’entreprise de sondage qu’il a monté avec son meilleur ami, Charles, fonctionne très bien. Sa vie est en mode automatique. Cette femme va bouleverser son petit monde et y injecter du danger, de la vie tout simplement.

Ce film tend à montrer que la vie n’est pas binaire. Les réalisateurs se sont amusés à inverser le scénario cliché de l’hétéro qui se découvre homo. On le voit très bien dans une scène au début du film où Jérémie cherche sur internet des témoignages d’expériences similaires. Sur un site, une phrase sors du lot : « La bisexualité n’existe pas, ce ne sont que des homosexuels qui ne s’assument pas ». Cette saillie est un grand classique des discussions entre garçons à propos d’autres qui se clament bi. Et cette inversion des clichés fonctionne jusqu’à une scène très drôle de coming in.

Cependant le propos du film n’est absolument pas de dire que tous les homosexuels le sont jusqu’à ce qu’ils aient trouvé la femme qui les rendra heureux. Jérémie était très heureux avant le début du film. Il aurait pu tout aussi bien rencontrer un autre homme que son copain. Il se trouve qu’ici c’est une femme qui le fait revivre et qui déclenche la comédie. C’est tout aussi crédible que le parcours du personnage de Louis Garrel dans Les Chanson d’amour ( un film de Christophe Honoré) qui pour se guérir d’un deuil va trouver du réconfort dans les bras d’un homme, bien qu’il aime les femmes.

Au delà de son sous-texte intéressant dont je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, Toute première fois est surtout une comédie très réussie. Les dialogues sont ciselés et les vannes cognent à chaque fois. Il doit aussi beaucoup à son casting très investi, Franck Gastambide et Camille Cottin en tête qui échange les saillies comme autant de coups de fleurets qui feraient mouche à chaque fois. C’est un film rafraîchissant qui parvient à divertir sans tomber dans la lourdeur. Il se paye même le luxe d’avoir un scénario aux rebondissements inattendus qui lui offre un peu d’originalité même si la forme est très classique. On peut par exemple déplorer l’usage de la voix off s’élevant quand il s’agit de décrire quelque chose autour du personnage de Jérémie que les scénaristes n’ont pas réussi à traiter autrement ( sa présentation au début du film, etc). Mais après tout, le genre de la comédie romantique est encore balbutiant en France et ne demande qu’à s’étoffer grâce à des propositions qui sortent de l’ordinaire comme celle-ci.

Disponible en dvd et blu-ray chez Gaumont depuis début Juin 2015

Vice Versa ( 2015)

Un Film de Pete Docter

doublé en français par Charlotte Le Bon, Gilles Lellouche,

Mélanie Laurent et Pierre Niney

Depuis 11 ans, Peur, Tristesse, Colère et Dégoût dirigent la vie de Riley sous le patronage de Joie. Logés dans le quartier cérébral de la tête de Riley, ceux-ci s’assurent depuis sa naissance que sa vie ne soit qu’une collection de bons moments. Peur la prévient des dangers, Dégoût s’assure qu’elle ne se pourrisse pas la vie avec de mauvaises choses, Colère se voit comme le doigt de la justice et Joie distille ses moments de bonheur pour alimenter en permanence les cinq îles qui constituent la personnalité de Riley. Seule Tristesse n’arrive pas à trouver sa place dans tout ce petite monde bien orchestré et ce n’est pas Joie qui va l’aider. Mais un jour, toute cette belle organisation s’effondre petit à petit et Joie et Tristesse se perdent dans la tête de Riley en essayant de rétablir la situation, laissant Peur, Colère et Dégoût seuls maîtres à bord.

Une aventure hors du commun

Je dois bien vous l’avouer, il m’a été très difficile de résumer ce film tant son histoire sort des sentiers battus. A l’heure où je commençais à penser que le cinéma ne pouvait plus nous offrir d’histoires originales, tout ayant déjà été raconté, le studio Pixar me fait encore regretter d’avoir pensé trop vite. A chaque fois qu’un nouveau poulain sort de leurs écuries, tout le monde crie à l’étalon et je me surprends à espérer que ce ne soit qu’un Shetland. Mais que voulez-vous, à part quelques erreurs de parcours ( Cars 2, Monstres Academy ou le trop surestimé à mon sens Wall-E), Pixar ne cesse de briller par son inventivité, son sens inné de la narration et sa capacité à nous toucher droit au cœur.

Pour ce nouveau coup de maître, Pete Docter (à qui nous devons les fabuleux Là-haut et Monstres et Cie) décide de passer par le symbolisme et l’incarnation pour nous parler de la fin de l’enfance. Plutôt que de nous servir à nouveau un scénario où la petite Riley vivrait devant nos yeux les expériences qui vont forger l’adolescente, puis l’adulte, qu’elle sera plus tard, Docter décide de nous le faire vivre de l’intérieur : de nous montrer les mécanismes psychologiques et émotionnels en actions dans ces changements radicaux que marque la fin de l’insouciance. Si nous n’évitons pas les écueils du déménagement et du changement de vie qui peuplent tous les films sur le sujet, l’originalité est de les poser comme des métaphores du changement intérieur de Riley : elle quitte l’enfant qu’elle était (le Minnesota) pour l’adolescente qu’elle devient (San Francisco). Mais ce changement ne se fait pas sans mal.

Je n’en dis volontairement pas plus pour ne pas vous gâcher la découverte d’un scénario qui recèle bien des surprises, mais sachez juste que le périple de Joie et Tristesse pour rentrer au Quartier Cérébral ne sera pas de tout repos. Elles traverseront de nombreux lieux qui constituent le fonctionnement interne du cerveau humain. Et c’est sûrement toute la force du film, réussir à rendre tangibles et accessibles des concepts psychologiques tels que la mémoire à long terme, les pensées abstraites, le subconscient, etc. De la même façon, en incarnant les émotions et en les traitant comme des vrais personnages, le propos du film n’en devient que plus clair et plus passionnant. Ce qui aurait pu être un cours de psycho un peu barbant devient un film d’animation passionnant.

Un film familial ?

Depuis le début de cette critique, je n’ai volontairement pas dit qu’il s’agissait d’un film familial car toute la question est là. Si la salle était pleine d’enfants lors de la projection, force est de constater qu’ils n’étaient pas très réactifs à ce qu’ils passaient sur l’écran. Ils étaient calmes mais comme circonspects devant ce qu’on leur proposait. Les adultes, quant à eux, étaient bien plus réceptifs et très souvent hilares. Il faut le préciser, l’humour est omniprésent et demeure un des moteurs principaux du film. Mais c’est un humour centré sur les répliques et des références à des éléments étrangers aux enfants. Ou s’il ne leur est pas étranger parce qu’ils sont en plein dedans (les amis imaginaires et autres fantaisies), ils n’ont pas le recul pour en rire. Les gags purement visuels, qui sont la plupart du temps l’apanage des films pour enfants, sont quasiment absents de ce film. Tout se passe d’un point de vue cérébral et analytique.

Par ailleurs, tout comme Toy Story 3 avant lui, Vice Versa traite de la fin de l’enfance avec une certaine nostalgie. Si les enfants sont bien le sujet du film, ils ne sont clairement pas la cible visée par Pixar. Dans Toy Story 3, les enfants pouvaient y trouver leur compte dans l’histoire et dans l’humour qui touchait toutes les générations. Ici, ils n’ont pas de repères puisqu’ils sont en plein dans la période que raconte le film. Ils n’ont pas le recul nécessaire pour en profiter. Tout ce qu’ils peuvent en tirer, ce sont des personnages aux couleurs plaisantes qui s’activent sur un écran, mais guère plus. Ce long métrage est destiné aux adultes et jeunes adultes pour opérer un retour tendre et amusé sur une période qu’ils ont vécu et dont ils peuvent maintenant comprendre les mécanismes.

Vice Versa mérite amplement l’appellation de « chef d’oeuvre » tant il réussit à tous les niveaux : animation, rire, émotion, interprétation et un sous-texte d’une rare profondeur dans un film d’animation. Il mériterait même une analyse plus poussée et peut-être y reviendrais-je dans quelques mois quand sortira le Blu-ray. Mais pour le moment, il était nécessaire de rester à la surface des choses afin de laisser le plaisir de la découverte.

JURASSIC WORLD (2015)

Un film de Colin Trevorrow 

Avec Chris Pratt, Omar Sy, Bryce Dallas Howard

20 ans après le retentissant échec du visionnaire John Hammond, Jurassic World est devenu le plus extraordinaire parc d’attractions de la planète. Construit sur les ruines de Jurassic Park, sa réussite est incontestable. Sous la supervision de Claire Dearing, ce parc à maturité craignant une baisse de fréquentation s’apprête à présenter le plus terrifiant spécimen que la Terre ait jamais porté, l’Indominus Rex, hybride monstrueux aux allures de prédateur parfait. Mais lorsque la créature finit par échapper à ses créateurs trop confiants, c’est un véritable massacre qui s’annonce.

De retour sur l’Île des Brumes

Disons-le tout net, le pitch de cette nouvelle (et tant attendue) itération de la saga Jurassic Park ne brille pas par son originalité. Mais ce n’est clairement pas son but, il ne faut pas se leurrer. Jurassic Park a définitivement perdu sa profondeur après Le Monde perdu, lorsque le duo Spielberg et Crichton a cessé d’officier sur la licence, l’écrivain ayant refusé d’écrire une suite à son diptyque Mésozoïco-contemporain. Qu’à cela ne tienne, les auteurs de ce scénario à quatre mains et la production de Universal ont décidé de faire table rase du passé et de repartir sur de nouvelles bases. Fi donc du Monde Perdu et de Jurassic Park III. Fi donc d’Alan Grant, Ian Malcolm et les autres (à part John Hammond abondamment cité). L’Histoire s’est arrêtée il y a plus de 20 ans, après la mort dans l’œuf de Jurassic Park et c’est tout.

Pourquoi pas ? À mes yeux, nous avons affaire à une hérésie comme le cinéma nous en a rarement concocté. Mais admettons.

Sur le papier comme à l’écran, on ne peut pas vraiment bouder ce retour sur une Isla Nublar plus resplendissante, sauvage et dangereuse que jamais, mais aussi bien moins inquiétante et poisseuse. L’intrigue y perd en complexité ce qu’elle gagne en action effrénée. Perte ou profit, à chacun d’en juger. Pour ma part, je trouve la nouvelle intrigue sous-jacente à la chute du parc plus nébuleuse que celle de Jurassic Park premier du nom. Là où le vol des embryons par Dennis Nedry était facile à comprendre même sans avoir lu le livre et trouvait un dénouement clair devant la caméra de Spielberg, les motivations dépeintes par celle de Colin Trevorrow ne semblent pas avoir d’autre but que de poser les jalons d’une suite potentielle, tout en laissant toutes les latitudes aux (prochains ?) auteurs de cette nouvelle saga pour l’imaginer. Et de l’imagination, il leur en faudra.

Fan-servisaurus Rex

Comme tout Jurassic Park qui se respecte, Jurassic World possède de nombreux défauts, scientifiques tout d’abord (nous les aborderons dans le dossier dédié à cette saga) et techniques, dans une moindre mesure fort heureusement. Cependant si on ne devait retenir qu’un seul défaut à ce Jurassic World, ce serait celui de faire preuve de fort peu d’imagination. Sous le prétexte (fallacieux par moment) de rendre hommage au Jurassic Park de Spielberg, le film de Colin Trevorrow multiplie les références, comme autant de côtelettes jetées directement entre les crocs de fans-raptors attendant cette manne depuis 14 ans (votre serviteur parmi les premiers sur la liste). Le tout pour un résultat en demi-teinte.

Certes, on s’amuse de cette profusion de détails, parfois obscurs (Mention spéciale aux deux Jeeps Wrangler n°18 et 29 exhumées par les gamins, qui se trouvent être celles qu’empruntèrent Alan Grant et ses compagnons lors de leur visite sur Isla Nublar), mais partant toujours d’un bon sentiment, et cela quand bien même s’agit-il de meubler un scénario ayant parfois du mal à montrer les crocs. Car si l’Indominus Rex reste la grande star de ce nouvel opus, son récital à de faux-airs de redite.

Jurassic Park nous a habitué à la surenchère, allant jusqu’à introduire l’un des rares prédateurs possiblement plus gros que le tyrannosaure, avec le succès mitigé qu’on lui connaît. Restait alors à inventer pour ce reboot un prédateur encore plus… hé bien, tout. Plus gros, plus féroce, plus vicieux et surtout plus malin. Et tant pis pour la cohérence. Tant mieux pour le spectacle diront les autres (et à dire vrai, je n’ai rien contre l’idée, l’Indominus Rex n’a rien d’un affront, à part peut-être pour la vraisemblance). Jurassic World creuse ainsi lui-même sa mise en abîme à coups de griffes. Tel ce parc qu’il décrit et ses attractions dont le visiteur se lasse, il nous montre des séquences (parfois à peine modifiées) que les trois autres opus nous ont déjà offert (Le T-Rex attiré par les fusées éclairantes, la course au milieu du troupeau d’herbivores, l’attaque des ptéranodons (et consorts), respectivement épisode 1, 2 et 3), au point d’en faire rire jaune certains spectateurs.

Si l’on s’arrêtait là, Jurassic World ne serait guère plus qu’un fan-service. Mais c’est sans compter sur l’Indominus Rex, qui est à Jurassic World ce que Space Mountain fut en son temps à Disneyland : un aimant à public dont la seule présence suffit à insuffler de la vie au sein de ce brouet souvent paresseux.

Un ADN pour les gouverner tous

Indominus Rex est un monstre à bien des égards. Au sens large du terme d’abord. La bête, immense, féroce et maline comme pas deux, est terrifiante. Sa première confrontation avec Chris Pratt est d’ailleurs sans conteste le point d’angoisse culminant du film, ce dernier ne s’en sortant (de justesse) qu’en se montrant plus intelligent que son adversaire. Car c’est là, la force de l’Indominus Rex. Pas sa taille, ni sa férocité, mais son intelligence. Et il est bien dommage qu’elle ne soit pas mieux mise en valeur, car peu de choses le différencient du banal T-Rex par la suite. L’étincelle finit par s’estomper au profit de capacités plus exotiques qui en font un super-dino un peu plus fade.

Car au sens propre, Indominus est un monstre en ceci qu’il n’entre dans aucune case. Il (ou plutôt elle, car c’est une fille) est celui (ou celle, donc) qu’on ne reconnaît pas, une sorte d’étranger indésirable. Un état qu’elle doit à son créateur, le Dr Henri Wu ( joué par BD Wong qui reprend ici le rôle qu’il tenait en 1993, et c’est un bon point), le généticien de génie débauché par John Hammond en son temps et véritable instigateur de la recréation des dinosaures. Ce personnage un peu oublié de la saga (au point qu’on ignorait s’il était parvenu à quitter Jurassic Park dans le premier opus) gagne ici ses lettres de noblesse et une profondeur qui lui faisait défaut, le propulsant certainement au rang de personnage le plus intéressant de cet opus. Le mérite en revient aux scénaristes qui ont fait l’effort d’introduire une intrigue sous-jacente à base d’armes biologiques et de luttes de pouvoirs intestines au sein d’InGen. Un background certes placide et embryonnaire, mais que n’aurait peut-être pas renié Michael Crichton.

Dommage cependant qu’ils brisent cet édifice déjà précaire sur les écueils de la génétique. Car de ce côté-là, je crains qu’il n’y ait encore du chemin à faire. Si oui, il est tout à fait possible d’introduire dans le génome d’un animal ou d’une plante les gènes d’une autre espèce (Le Maïs transgénique et autres OGM, ça vous parle ?), je reste dubitatif quant au fait qu’introduire un gène bien particulier puisse produire des effets que ce gène ne code pas. En l’occurrence, je doute qu’on puisse obtenir un animal ayant les capacités de camouflage d’une seiche en le dotant de gènes censés stabiliser sa croissance, même venant de cet animal (mais que quelqu’un me détrompe si je me fourvoie, toute critique constructive est acceptée).

Accumulant tous les avantages au sein de sa carcasse imposante, l’Indominus Rex part grand gagnant pour se tailler la part du lion à l’affiche de cette production, reléguant ainsi Homo Sapiens au rang de simple punching-ball.

Menu fretin

Mais même si les scores sont clairement en faveur du challenger aux grandes dents, une poignée d’irréductibles s’obstinent à lui disputer le droit d’apparaître à l’écran. Chris Pratt tout d’abord, quasi-caution de ce blockbuster à l’affût de toutes les astuces possibles pour se justifier (et on notera que ça marche), qui n’a aucun mal à donner un peu d’épaisseur à l’archétype du héros taciturne, charmeur et beau mec qu’est Owen Grady, et dont l’histoire se résume qu’à n’être un ancien militaire. Asséné sans relâche, ce background tout aussi bateau n’a l’air d’exister que pour justifier l’opposition permanente qu’il entretient avec Vic Hoskins (Vincent d’Onofrio), lui aussi ancien militaire, plus bas-du-front cependant et âme damnée d’InGen. Difficile également de justifier le fait qu’il joue les dresseurs (un bien grand mot) de raptors, lui qui semble à l’origine être spécialiste des enceintes de confinement. Néanmoins, les nuances apportées par les scénaristes et Pratt suffisent à en faire un personnage crédible, au même titre que son binôme féminin, Bryce Dallas Howard.

Superviseur de Jurassic World, Claire Dearing est un manager on ne peut plus classique, obséquieuse avec son patron, cassante avec ses subalternes et se coltinant une gourde en guise d’assistante. Ah oui, et en tant que business-woman accomplie, la belle n’a ni vie privée, ni enfant. Quoiqu’en y réfléchissant bien… en nous évoquant dès leur première scène commune leur rencard foireux, les auteurs balisent tranquillement une intrigue amoureuse cousue de fil blanc (Ah, et ne gueulez pas au spoiler, bandes de faux-culs ! On est à Hollywood ici, tout le monde sait comment ça finit). Tout juste peut-on souligner la volonté d’atténuer ce poncif qui veut que deux personnes ne se connaissant ni d’Ève ni d’Adam finissent malgré tout ensemble à la fin, juste parce que « l’adversité, ça rapproche ». Pas de quoi crier à la révolution, mais tout de même notable. Pour ce qui est des enfants, production Amblin oblige, on a cru bon de lui en adjoindre une paire en la personne de ses neveux venus passer le week-end à Jurassic World. Pourquoi donc ? Nous l’ignorons, et aucune explication ne sera donnée à part une vague histoire de divorce des parents (Pour ma part je doute qu’un divorce, même d’un commun accord, puisse se régler en l’espace d’un week-end, mais bon…). Les enfants devaient être dans le parc, point. Et ce pour deux raisons principales. La première, c’est d’impliquer émotionnellement Claire et l’obliger à descendre de sa tour d’ivoire pour se rendre sur le terrain. La seconde, hé bien, c’est d’éveiller chez elle le désir de maternité et tout le toutim (Suite logique de la relation amorcée avec Owen). Parce qu’évidemment, une femme d’affaire qui réussit ne peut pas être heureuse si elle n’a pas d’enfant (ou son bonheur est-il juste de moins bonne qualité, ou pire encore n’est-ce qu’une illusion de bonheur. On pourrait épiloguer longtemps et ce n’est pas le sujet). Rien que du très classique (et je pèse ce mot).

Il n’y a d’ailleurs plus grand chose à attendre des enfants dans Jurassic Park depuis le second volet. Zach et Gray Mitchell (Nick Robinson et Ty Simpkins) ne dérogent pas à la règle. Surfant sur la jeunesse actuelle et ses codes, nous avons affaire avec Zach à un ado aux prises avec ses tourments hormonaux et passant son temps à dévisager les nanas quand il n’est pas poursuivi par l’Indominus. Quant à son petit frère Gray, il posséde un savoir encyclopédique sur les dinosaures (Tim Murphy, sort de ce corps !), à croire que la paléontologie est une discipline dans laquelle décrocher un doctorat est à la portée de n’importe quel gosse collectionnant les figurines de dinosaures. Évidemment, l’aîné est une vraie peau de vache avec son cadet au début… Je vous laisse deviner l’évolution de leur relation (marre d’enfoncer des portes ouvertes).

Mais j’entends déjà les esprits chagrins. « Bah, et Omar Sy ? Un acteur français dans un blockbuster d’Hollywood, ce n’est pas si souvent et il n’en parle pas ! Un comble !« .

Deux minutes, j’y viens. Mais que dire ? Tel le Bishop qu’il campait dans X-Men – Days of future past, il accomplit sa tâche sans départir, avec conviction et visiblement ravi d’être là, même si on a du mal à comprendre ce qu’il fait là. Son personnage, intéressant au demeurant, n’a pas eu droit au même traitement que les autres (en même temps, le background des personnages principaux ne les rends pas plus attachants. Néanmoins quelques lignes de dialogues supplémentaires auraient pu le sauver de la transparence). Plat et sans consistance du fait d’un manque d’intérêt flagrant des auteurs pour ce qu’il est (le side-kick de Pratt), Barry (un nom qui ne reflète absolument pas le fait qu’il soit français, ce qui ne laisse pourtant aucun doute) est une sorte de garniture ajoutée à la va-vite sur un plat sorti d’un micro-onde et abandonné au bord de l’assiette. Ce qui ne le rend pas inintéressant pour autant. Plusieurs détails laissent à penser que ce personnage a peut-être beaucoup plus à dire qu’on ne pourrait le croire au premier abord. Les rares scènes où on arrive un tant soit peu à le cerner (quand Owen convole avec Claire et cesse de le garder dans l’ombre), le potentiel insoupçonné de ce personnage s’agite un peu dans son sommeil, laissant entrevoir une personnalité familière du comportement des raptors (il est par exemple le premier à constater qu’ils communiquent avec l’Indominus), une sorte de Alan Grant aux connaissances certes moins encyclopédiques, mais parfois tout aussi pointues.

Évidemment, difficile d’en juger sur la foi de si peu d’informations. Le personnage disparaissant des écrans une bonne demi-heure pour ne réapparaître qu’à la fin (« Ouf, il s’en est sorti »).

Étrange film cependant où les seconds rôles semblent plus profonds que les premiers.

Indominus smash !

En réalisant le second meilleur démarrage de l’année derrière Avengers 2, Jurassic World affiche un succès insolent. Son budget mirifique a été remboursé en l’espace de deux jours d’exploitation, ce qui en fait certainement l’un, sinon Le Blockbuster de l’été. Et même s’il massacre allègrement l’œuvre originale (enfin, le livre surtout) qu’il repompe sans vergogne, on ne peut pas lui refuser cette couronne. Comparé à un Avengers 2 fleurant bon la tarte aux pommes de Grand Maman (Délicieuse, mais sans surprise, et elle vous la ressert à chaque fois que vous lui rendez visite), Jurassic World prend au moins l’initiative de faire relever la tête à une licence disparue en nous laissant un arrière-goût assez amer. Seul bémol, sa fin, trop ouverte pour ne pas appeler une suite. Reste à espérer qu’elle ne cédera pas aux sirènes de la facilité et de la surenchère. Car je doute que les fans pardonnent un Monde Perdu 2, avec pour seul intérêt de voir deux Indominus Rex pour le prix d’un. Mais si les fans commandaient, une suite de cet acabit n’aurait sans doute pas mis 14 ans à trouver le chemin des salles obscures.

Article rédigé par GBP

Le Retour des tomates tueuses (1988)

Comédie absurdo-horrifique de John De Bello

1h38

Voilà 10 ans que la célèbre guerre des tomates a eu lieu ! 10 ans que le gouvernement américain a interdit leur existence afin qu’un tel drame ne se reproduise plus. 10 ans que le héros de guerre Wilbur Finletter a ouvert sa pizzeria 100 % sans tomates. Mais c’était sans compter sur le terrible Dr. Gangrène et son assistant Igor qui préparent dans l’ombre leur revanche pour qu’enfin le monde connaisse l’avènement des Tomates.

Parodie ou vrai nanar ?

Oui, le résumé de ce film n’est pas vendeur. Une telle histoire ne pourrait aboutir qu’à un navet qu’on ne diffuserait même pas à son pire ennemi, par peur de contrevenir à la convention de Genève. Cependant, ce serait une grosse erreur de juger ce film à son titre grotesque ou à son scénario qui l’est tout autant. Vous n’avez sûrement pas vu le premier opus sorti 10 ans plus tôt, L’Attaque des tomates tueuses. Vous avez probablement raté ses suites aux titres évocateurs : Les Tomates tueuses contre-attaquent et Les Tomates tueuses mangent Paris. Mais ce serait franchement dommage de rater celui-ci qui, dans son genre, est un petit bijou.

Mais quel est son genre, me direz-vous sur un ton un peu sarcastique et agacé ? Dans un premier temps, je vous répondrais que votre scepticisme ne justifie pas de m’agresser verbalement et que ne nous sommes point chez votre grand-mère : « Non mais comment tu me parles ? Tu t’es cru chez mémé ! ». Puis, je reprendrais mon calme et dirais que le film de John De Bello est dans la droite ligne des Zucker-Abraham-Zucker tel que Y-a-t-il un pilote dans l’avion ?. Nous sommes dans une parodie complète et assumée du film de série Z. Le réalisateur et scénariste rend hommage à tout un genre de cinéma qui se soucie moins de la vraisemblance que du fait de respecter un budget souvent mince. On dit parfois que les contraintes financières aident les réalisateurs à se dépasser du point de vue de la créativité et de l’imagination. C’est une réalité, mais hélas ce n’est pas toujours pour le meilleur. Et c’est à ces « mauvais films » de science-fiction et d’horreur que rend hommage John De Bello.

Le film s’ouvre d’ailleurs sur une émission de télévision diffusée en nocturne qui propose à ses rares spectateurs insomniaques de leur présenter un nanar nommé : Le Retour des tomates tueuses. C’est une mise en abîme. Le film que nous allons voir est un film dans le film. Par ce biais, De Bello assume le second degré puisqu’il fait dire à ses personnages que ce que nous allons voir est mauvais. Une fois ce postulat posé, tout est possible et le pire est à craindre : une tomate poilue mutante qui parle, une tomate qui prend forme humaine, un serpent qui miaule, un expert en camouflage déguisé en tomate… Rien ne sera épargné au spectateur dans le gag absurde et délirant.

Une critique du monde du cinéma

Mais c’est dans ses gags, qui cachent une vraie critique, et un certain recul aussi que ce film atteint des sommets. Alors que l’homme de main du Dr Gangrène s’apprête à monter dans un camion pour poursuivre un autre personnage, il s’arrête en pleine action pour demander aux passants qui le regardent s’il y a déjà eu une course poursuite. Les passants lui répondent alors « Non, et ça fait déjà trente minutes que le film a débuté ». Igor monte alors vivement dans le camion, démarre et…fonce dans le mur juste devant lui qui l’interrompt dans sa course folle. Les passants soulignent alors :

« _ c’est la course poursuite la plus courte que j’ai vu !

_ Bah oui, mais ils n’ont pas de budget ».

Allons un petit peu plus loin dans le film, lorsqu’une scène est interrompue par le réalisateur lui-même car il n’a plus de budget pour tourner la suite. Après une longue discussion, un des acteurs ( Georges Clooney himself), déclare «  On est dans les années 90 ! Quand on veut boucler un film, on fait du placement de produit ! ». C’est tout un fonctionnement des mécanismes hollywoodiens qui est ici parodié. Celui des scénarios cousu de fil blanc où il y a forcément une course poursuite dans la première partie du film, afin que le public ne s’ennuie pas. Celui des films où le héros s’arrête lors d’un combat dantesque contre des Transformers pour siroter une bière avec le logo en gros plan.

Un divertissement réussi et mésestimé

Le retour des tomates tueuses est une comédie jouissive et franchement réussie. On y rit beaucoup, les dialogues fusent et visent juste, même quand ils se veulent stéréotypés. Georges Clooney a coutume de dire que ce film est mauvais et qu’il ne l’assume pas. Mais à force de dévaluer lui-même tous les films dans lesquels il a tourné, on peut finir par se demander s’il a un jour fait de bons choix au cours de sa carrière. Cette critique est volontairement évasive quant au développement de l’histoire et de ses personnages car c’est aussi ce qui fait le sel de ce genre d’histoire : comment l’absurde et la folie du scénario se ramifie jusque dans ceux qui l’habitent.

Comme souvent au cinéma, tout est une question de positionnement. Si on prend le film au premier degré, on tient là un navet digne de Ed Wood. Mais serait-il devenu aussi culte s’il était si mauvais que cela ? En revanche, si on le regarde tel qu’il est présenté dès les premières images, comme une parodie de mauvais film, il est plutôt réussi dans son genre et remplit très bien son office. Alors saisissez-vous du DVD, commandez une bonne pizza, invitez quelques potes et passez une bonne soirée. Et ne vous avisez plus d’avoir ce ton méprisant avec moi quand je vous parle de cinéma culte !

article rédigé par FV

Ex Machina ( 2015)

Science-Fiction, Un film de Alex Garlandhttps://notjustpumpkinbread.files.wordpress.com/2015/01/ex-machina-poster-v02.jpg

avec Domhnall Gleeson, Alicia Vikander

1h48

Caleb Smith, jeune programmeur au bas de l’échelle de la plus grande entreprise d’informatique au monde, remporte le premier prix de la loterie interne de sa société : Une semaine en compagnie de son mystérieux patron, Nathan, qui vit en ermite dans un complexe perdu au milieu de nulle part. Il le convie alors à participer à une fascinante expérience en la personne d’Ava. Une expérience qui pourrait bouleverser l’avenir de l’humanité… et le sien.

Les marionnettes et leur marionnettiste.

Les apparences sont trompeuses. Elles l’ont toujours été et elles le seront sans doute toujours. En apparence, Ex Machina pourrait être une énième itération sur le thème de l’Intelligence Artificielle, avec son lot de poncifs sur le robot qui se découvre une sensibilité auprès du jeune héros naïf. Ou pire, un simple prétexte pour apprécier l’avantageuse plastique de son héroïne synthétique. Mais il n’est rien de tout cela dans Ex Machina.

Certes les choix de mise en scène d’Alex Garland suffisent à plonger le spectateur dans des séquences d’un érotisme aussi sage que glaçant tandis que la splendide Alicia Vikander brouille admirablement les pistes.

En face d’Ava, les autres personnages peinent cependant à atteindre la même profondeur humaine que l’androïde. L’inquiétant Nathan tout d’abord, archétype facile du PDG prodige et arrogant pétri d’un alcoolisme tout aussi facile. Le naïf Caleb ensuite, que même son passé tragique ne parvient pas à sauver d’une platitude certaine.

Par chance, Ex Machina possède d’autres atouts que ses personnages stéréotypés, parmi lesquels son atmosphère froide et contenue ainsi que son scénario habile distillé avec brio. Certes, nous sommes relativement loin d’un thriller aussi bien ficelé qu’un rôti de veau, mais dans ce jeu de manipulation où tout le monde joue avec tout le monde, difficile de savoir qui est noir et qui est blanc.

4 Nuances de gris.

Dès les premières minutes, Alex Garland annonce la couleur. Ce sera le gris. Gris comme les murs du bunker dans lequel Caleb se retrouve prisonnier volontaire (On notera par ailleurs la séquence qui amène Caleb au bunker, et à la musique qui accompagne son entrée, terriblement proches d’un certain Jurassic Park. Possible clin d’œil à John Hammond, lui aussi malheureux créateur dépassé par sa création), gris comme le châssis en fibre de carbone d’Ava, gris encore comme les intentions de Nathan à leur égard, gris toujours comme la présence mutique et fantomatique de Kyoko, la domestique des lieux. Tout reste très flou jusque dans la dernière demi-heure, et pourtant, difficile de s’en plaindre car il n’est pas ici question de débattre de l’utilité de l’Intelligence Artificielle ou des projets de son créateur.

Car tout l’enjeu du film ne tourne qu’autour du fameux Test de Turing. À savoir, essayer de s’assurer qu’Ava est bien une intelligence consciente et non un programme feignant la conscience. Et de ce point de vue, difficile de ne pas prêter à Ava des aspects définitivement humains, plus encore à mesure que son créateur révèle ses côtés inhumains. Et au milieu de tout ça, Caleb se débat entre son attirance pour Ava et son inconsciente fidélité au genre humain. Au point de le faire douter de sa propre condition d’humain.

Imparfait, mais malin.

Turing, Asimov et Oppenheimer sont dans un bunker…

Ex Machina est une œuvre singulière. Son entrée en matière rapide et sans fioriture nous plonge directement dans le vif d’un sujet complexe qu’elle rend accessible. Certes, le réalisateur ne s’appesantit que peu sur l’aspect technique, ce qui aide grandement à garder en vue les thèmes principaux de cette fable cruelle, l’intelligence et la survie.

Le cas d’Ava est intéressant, car elle est une des rares intelligences artificielles de notre culture dont les intentions ne soient pas hostiles envers son créateur ou l’humanité en général (à l’instar d’un certain Ultron par exemple). Au contraire, elle s’avère être sûrement la plus humaine de toutes. Car comme le dit si justement l’affiche originale, il n’y a rien de plus humain que d’être prêt à tout pour assurer sa survie. Même les actes les plus bas se justifient alors.

Ex Machina est un jeu de manipulation subtil, qui surfe sur l’actualité scientifique des dernières années (les rachats compulsifs menés par Google sur les entreprises et start-up en rapport avec la robotique et l’IA), ainsi que sur les interrogations philosophiques intrinsèques à la création d’intelligences artificielles, de plus en plus pressantes à mesure que l’échéance se rapproche. En cela, ce film se démarque par une vision moins catastrophiste qu’à l’accoutumée, tout en instillant une petite paranoïa chez le spectateur. Pas au point de dévisager avec méfiance le moindre humain que l’on croise à la sortie de la salle, mais suffisamment pour s’interroger.

Peut-être croiserez-vous un jour une Ava au détour d’une rue ou en descendant du métro. Si j’étais vous, je ne m’en inquiéterai pas… à moins qu’une conversation finisse par s’engager.

article rédigé par GBP