Cigognes et compagnie

Cigognes et compagnie (2016), film d’animation américain 

Réalisé par Nicholas Stoller et Doug Sweetland

Sortie en salles le 12 octobre 2016

Depuis l’aube de l’humanité, les cigognes avaient la responsabilité de livrer leurs bébés aux humains. Mais cette époque est révolue. Travaillant à présent pour Cornerstore.com, un immense magasin en ligne, elles ne livrent plus que des marchandises de moindre importance. 18 ans après ce changement radical, Junior, le meilleur livreur de l’entreprise, et l’orpheline Tulip se retrouvent avec un nouveau bébé à livrer avant la fin du week-end et dans le plus grand secret.

Tombé du ciel

Noël commence à poindre à l’horizon. Les signes ne trompent pas. Les jouets reviennent hiverner dans les grands magasins et les films d’animation fleurissent dans nos cinémas. Cigognes et compagnie constitue l’avant-garde de cette saison 2016, coupant l’herbe sous le pied de Dreamworks et ses Trolls chevelus et Ma Vie de Courgette primé à Annecy (Tous deux seront chroniqués la semaine prochaine). Face à ces deux concurrents, la Warner avaient peut-être intérêt à s’accorder une semaine d’exploitation d’avance, d’autant que la plupart des films d’animation encore en salles arrivent en fin d’exploitation.

Pourtant, les cigognes de Nick Stoller (Nos Pires voisins 1 et 2) et Doug Sweetland (Presto, Nominé pour l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation en 2009) ont de quoi opposer une artillerie détonante. Sous ses thèmes dans l’air du temps un peu faciles (l’emprise grandissante des sites marchands entre autres), Cigognes et compagnie est avant tout un immense cartoon d’1h20. Y rechercher un sous-texte serait absurde. Mais là où un Ratchet and Clank tentait d’évoluer dans la même catégorie et essayait de toutes ses forces d’être drôle sans jamais y parvenir, Cigognes et compagnie enchaîne gags et digressions à un rythme soutenu, et rares sont ceux qui tombent à plat (Mention spéciale à la délirante meute de loups). Avec ce film, la Warner perpétue l’une de ses traditions, celle du cartoon à l’ancienne.

En définitive, Cigognes et compagnie est un divertissement à l’habillage kawaï qui ravira les enfants sans pour autant ennuyer les parents. À moins d’être totalement hermétique aux bébés et à leur côté mignon tout plein, on dépassera ses relatives faiblesses pour se rendre compte qu’il n’y a aucune raison de passer à côté de ce « petit » film réjouissant.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Vous trouviez l’affiche ignoble ? Attendez de voir le film !

Brice 3 

Un Film de James Huth

Avec Jean Dujardin, Clovis Cornillac, Bruno Salomone

Le début des années 2000 nous a offert une belle collection de personnages cinématographiques dont les aventures ont fédéré des millions de spectateurs. Si certains comme Alphonse Brown ont rejoint les limbes, d’autres comme la britannique Bridget Jones ou le « surfeur winner » Brice de Nice ont laissé de tendres souvenirs chez les spectateurs. Ils ont aussi laissé de belles traces dans les livres de comptes des producteurs et de l’équipe créative. C’est aussi probablement un peu ce qui explique leur retour sur nos écrans près de dix ans plus tard. Mais ici aussi, il y a deux catégories : ceux qui trouvent un nouveau souffle à traiter ce qu’est devenu leur personnage en dix ans et créent une comédie honnête et nostalgique ( Bridget Jones 3) ; et ceux qui tombent dans tous les pièges de la comédie ringarde et purement mercantile. Si James Huth et Jean Dujardin ont voulu voler à Pédale Dure le trophée de la pire comédie du cinéma français, c’est parfaitement réussi.

Nous retrouvons notre surfeur devenu vieillard. Il n’est alors plus aussi « jaune » qu’avant. Pour une raison que nous ignorons, il raconte des histoires à un groupe d’enfants dont nous ne savons le lien qu’il a avec eux, jouant les « Père Castor » du pauvre. Lassés par sa mythomanie, ceux-ci exigent de lui une histoire véridique. Brice narre alors son aventure la plus extraordinaire qui le mena jusqu’à affronter son double maléfique à Hawaï. Nous pourrions passer sur le fait que l’histoire ne brille pas par son originalité. Après tout, il devient difficile, voire impossible, de créer de nouvelles histoires. Et une comédie n’est pas jugée par sa capacité à nous raconter quelque chose de nouveau, mais sur sa capacité à agencer les événements de telle façon qu’ils nous surprennent et nous fassent rire. Disons le tout net, c’est un ratage total ! La faute à des gamineries éculées et un sérieux problème de rythme. Cet humour potache et jouant sur la débilité du personnage était à la mode il y a dix ans, mais le goût du public a changé. Le public de l’époque a grandi et les jeunes de maintenant ne rient plus de la même chose. Cela fonctionne encore moins quand certaines blagues s’étirent en longueur et qu’on a l’impression que Dujardin se regarde jouer. D’autre part, James Huth, qui n’est déjà pas un bon réalisateur en ceci qu’il ne sait pas offrir de bonnes images, confond encore une fois le rythme échevelé que doit avoir une bonne comédie avec le rythme épileptique qu’il semble affectionner. Il pense encore qu’une musique poussée à fond et un montage digne des plus mauvais films de Poiré font une bonne comédie. Les comédiens ont beau être très bon par ailleurs, on les sent se débattre pour interrompre un naufrage déjà bien entamé.

Mais tout ceci était prévisible dès la campagne promotionnelle d’un autre temps. Cela a commencé par l’astuce du titre du film : Brice 3 parce que le 2 je l’ai cassé ! ». Cette astuce aurait pu éventuellement tirer un sourire de notre part si elle ne faisait pas écho à un projet de titre qui existait pour la suite d’un autre succès populaire : Pédale Douce. Avant de porter le titre de Pédale Dure, le film était présenté sous le titre Pédale douce 3, elles étaient tellement folles qu’elles ont oublié le 2. Contrairement à Dujardin et Huth, ils n’ont pas gardé cette idée, et c’était heureux. Le film était déjà suffisamment raté comme cela, pas besoin de le plomber encore plus avec un titre pareil.

Autre idée marketing de « génie » encensée par les journalistes du net, autre plagiat. A quelques jours de la sortie, l’équipe met en ligne un faux fichier du film disponible sur Youtube. Si on peut bien y voir les premières minutes, celles-ci sont interrompues par Brice faisant l’idiot pendant plus d’une heure. C’est ingénieux ! Ce serait drôle et innovant si Jan Kounen n’avait pas fait la même chose sur les réseaux de Peer-to-peer pour la sortie de son Blueberry. Rien de nouveau donc.

Alors que Jean Dujardin a su nous montrer maintes fois toute la palette de son talent d’acteur au cour de ces dix dernières années, il a aussi su nous montrer les limites de son talent d’auteur comique. Que ce soit à la télévision avec Le Débarquement ou au cinéma avec Les Infidèles, ses textes tournent souvent à la blague potache entre potes qui ne passe pas la barrière de l’écran. Espérons juste que ce film sera oublié aussi vite qu’il semble avoir été écrit.

Un article de Florian Vallaud

INTOLERANCE ZERO

Zootopie (2016), film d’animation américain

Réalisé par Byron Howard, Rich Moore et Jared Bush

Sortie en salle le 17 février 2016

Dans le nouveau règne animal, proies et prédateurs ont rejeté l’antique Loi de la Jungle qui voulait que les premières soient le repas des seconds, et la ville de Zootopie est devenue le symbole de cette harmonie en apparence parfaite. Lorsque Judy Hopps, premier lapin fraîchement diplômé d’une école de police, y débarque, elle déchante rapidement. Mal considérée par sa hiérarchie, elle hérite de tâches subalternes bien loin de ses espérances. Mais dans la ville de l’harmonie, les disparitions se multiplient et Judy est finalement mise à contribution. Aidée de Nick Wilde, un renard rusé et volubile, elle découvrira les ramifications d’un complot à même de mettre à bas des siècles d’entente et de confiance.

La vie privée des animaux

Après Le Voyage d’Arlo, impressionnante démonstration technique d’une surprenante vacuité scénaristique, on pouvait légitimement attendre Disney et son Zootopie au tournant. Certes, depuis des semaines, sa bande-annonce augurait du meilleur. Ses paresseux moquant ouvertement l’administration américaine en général, et le DMV (Department of Motor Vehicules) en particulier, sont vite devenus cultes. Néanmoins, juger un film sur le produit marketing qu’est sa bande-annonce est un exercice hasardeux, pour ne pas dire ouvertement casse-gueule. Force est de constater qu’elles ne sont pas toutes à côté de la plaque. Pour dire les choses simplement (mais n’y voyez pas forcément une insulte à votre intelligence), Zootopie est au moins aussi drôle que sa bande-annonce le suggère. Les gags et vannes s’enchaînent à un rythme soutenu, faisant la part belle aux références (Le Parrain en tête de liste) et aux habitudes animales (Les loups incapables de résister à l’envie de hurler à la Lune), le reste venant de la relation inhabituelle qui se noue entre Judy et Nick, tant du point de vue naturel, l’une étant une lapine et l’autre un renard, que sociétal, avec l’antagonisme classique policier/voyou. L’ensemble se révèle à la fois équilibré et élégant, souvent inventif et toujours hilarant.

Alors Zootopie part-il donc pour n’être qu’une petite farce où on l’on vient rire des travers humains au travers des attributs d’une bande d’animaux anthropomorphes ? Il y a un peu de ça, forcément, mais pas que.

Petit précis de tolérance

Zootopie mise évidemment beaucoup sur son humour détonnant, mais ne néglige pas pour autant son scénario, lequel nous dépeint une société tellement proche de la nôtre qu’elle ne peut qu’en être le reflet. Apparemment idéale et harmonieuse dans ses mots, elle l’est en revanche beaucoup moins dans les faits. À Zootopie, chacun peut devenir ce qu’il veut… tant qu’il se conforme à sa condition. Les grands prédateurs tiennent les rênes, et les autres tirent la carriole. Vous êtes un lapin ? Allez planter vos carottes et laissez aux grosses brutes (tigres, ours, buffles, éléphants…) le soin de faire la police. Vous êtes un lion ? Veinard. À vous les postes à responsabilité, voire la mairie. Vous êtes un renard ? Laissez tomber. Personne ne peut faire confiance à un individu aussi sournois. Sous ses dehors de tolérance et d’harmonie, la cité engrange son lot de préjugés et de violence psychologique. Charge en revient aux personnages de dépasser leur propres préjugés et faire éclater au grand jour leurs différences, leurs qualités et leurs forces insoupçonnées.

Mais ne nous laissons pas abuser par l’apparente simplicité de ce cheminement. Simple sans être simpliste, ce buddy-movie à fourrure se révèle dopé aux rebondissements et distille un suspense assez filou pour intéresser les parents, tout en restant parfaitement accessible aux enfants.

La psychose expliquée à ma fille

La dernière partie de Zootopie se montre par ailleurs particulièrement intéressante. Alors que le complot se démêle doucement et que certains animaux sont déclarés représenter un risque pour la majorité, une certaine catégorie de la population se retrouve soudain stigmatisée, rejetée et finalement indigne de toute confiance. À cause de quelques individus, les idéaux de tolérance et d’acceptation de Zootopie commencent à s’effriter. Ça vous rappelle quelque chose ? Ça n’est sans doute pas par hasard, étant donné que nous vivons actuellement une période de psychose, le genre de période dont toute l’Histoire (humaine) est émaillée. La peur des uns se mue alors très vite en haine et en rejet de l’autre, sans qu’aucune des deux parties de n’en connaisse les raisons ni ne comprenne comment Zootopie a pu en arriver là.

Certes, le traitement reste assez superficiel, Zootopie n’oubliant jamais à qui il s’adresse, tout en étant amené avec suffisamment de subtilité et de maîtrise pour susciter l’interrogation chez petits et grands. Là où Vice-Versa pouvait être accusé d’être parfois abscons pour le plus jeune public dans ses analyses du processus cognitif et des bouleversements pré-adolescents, Zootopie frappe avec justesse sur le thème de l’emprise que peut avoir la peur sur les individus. La peur, instinct animal par excellence, nous pousse tous à l’irrationnel, et quoi de mieux que des animaux pour nous rappeler qu’au delà de notre conscience, nous appartenons aussi au genre animal ?

Avec Zootopie, Howard, Moore et Rich ont atteint un équilibre remarquable en terme de gestion du récit, d’humour et de réflexion. Drôle de bout en bout, malin comme un singe, exempt de temps morts et techniquement irréprochable, Zootopie est LE divertissement familial de ce mois de février. Il est en outre servi par un casting français, pas forcément très coté, mais professionellement impliqué. Mention spéciale à Teddy Riner (dont les prestations dans les publicités d’une célèbre marque de voitures française avaient quasiment tout pour flinguer dans l’œuf une potentielle carrière d’acteur), qui se révèle à l’aise et convaincant dans son second rôle. Présent en salle depuis le 17 février, n’hésitez pas à galoper jusqu’à votre cinéma préféré et à devenir la proie de Zootopie.

Le Garçon et la Bête (2016)

Le Garcon et la bête (2016)

un film de Mamoru Hosada

À 9 ans, l’univers de Ren s’effondre. Sa mère, divorcée, perd la vie dans un accident, et son père demeure introuvable. Confié aux soins d’une famille qu’il ne connaît pas et qui ne mesure pas le vide qu’il ressent, Ren fugue et se retrouve livré à lui-même dans Shibuya, le monde des humains. Au hasard de ses errances, il fait la rencontre de Kumatetsu, un ours puissant et impulsif qui lui propose de devenir son disciple et le mène jusqu’à Jutengaï, le monde des bêtes, à présent en effervescence. Le seigneur des lieux est appelé à désigner son successeur entre Kumatetsu et son rival de toujours Iôzen. Ren, renommé Kyuta par son maître, découvre alors pourquoi l’ours l’a choisi pour disciple. Par son attitude arrogante et colérique, il s’est attiré la vindicte de tous et aucune bête ne souhaite l’avoir pour maître.

L’Enfer, c’est les autres

Sous prétexte qu’ils opèrent sur le terrain de l’animation japonaise, d’aucuns osent la comparaison entre Mamoru Hosoda et Hayao Miyazaki, assurant un peu vite que la relève du vénérable maître de l’animation était assurée. Aussi absurde que de vouloir comparer Pixar à Dreamworks ou The Elder Scrolls et Grand Theft Auto. Dans la forme, ça y ressemble, mais leurs ADN sont profondément différents. Loin de l’univers onirico-spirituel dans lequel Miyazaki entraîne ses spectateurs, Hosoda lui préfère l’émotion du quotidien et surtout la famille, noyau dur d’une société difficile à pénétrer dès lors qu’on s’écarte quelque peu de la norme. De Makoto Kono, héroïne de La Traversée du temps, que ses voyages dans le temps finissent par isoler de sa progression vers l’âge adulte à Hana et ses deux enfants dans Les Enfants-loups, qui tente en vain de s’isoler d’une société incapable de les accepter, Hosoda nous dépeint des personnages complexes et pétris d’aspérités qui peinent à entrer dans les cases trop orthogonales de leur société. Il en est ainsi des deux protagonistes principaux dans Le Garçon et la bête.

La rivalité qui oppose Kumatetsu à Iôzen illustre parfaitement ces difficultés. Ours paresseux, égoïste et impulsif, Kumatetsu n’a pu s’assurer une place au sein du monde des bêtes que par sa force hors du commun qui a fait de lui un très grand guerrier. Mais s’il est pressenti pour succéder au seigneur, la population lui préfère son rival Iôzen, de force égale, mais révéré pour sa patience et sa grandeur d’âme. Là où lui se pose en pilier de la société en apparaissant avec famille parfaite et disciples nombreux, Kumatetsu n’est qu’un marginal solitaire. Son but est d’ailleurs autant d’accéder au rang de seigneur que de battre Iôzen, et par là même contraindre la société à l’accepter. Il doit pour ça accéder au rang de maître, et se voit lui-même contraint de prendre un disciple.

Le singe le voit, le singe le fait

Ce disciple, ce sera Ren, que Kumatetsu renommera Kyuta pour marquer sa rupture totale avec le monde des humains. De caractères sensiblement identiques maître et disciple alternent calme relatif et disputes mémorables, lesquelles apportent un humour bienvenu à la quête initiatique de Ren/Kyuta et Kumatetsu, certes classique mais parfaitement maîtrisée par un Mamoru Hosoda au sommet de son art depuis Les Enfants-loups. Entraînements, disputes, combats et progrès s’enchaînent sans temps mort, déroulant les avancées du maître et du disciple. Une formation qui aura vu Ren passer de l’enfance à l’adolescence, tout en s’accommodant de l’incapacité de Kumatetsu à lui enseigner ses techniques. Ayant grandi dans une solitude encore plus profonde que celle de son disciple, l’ours a appris tout ce qu’il sait de manière empirique, sans comprendre réellement ce qu’il faisait, contraignant Ren/Kyuta à la seule méthode d’apprentissage à sa disposition : l’imitation. Comme les enfants qui apprennent la vie en imitant leurs parents. Certes cette récupération du rôle paternel par Kumatetsu peut sembler un peu facile, de même que l’opposition de ce dernier au véritable père de Ren/Kyuta. Elle le serait si elle n’était intégrée à un ensemble de sous-intrigues donnant corps et cohérence à ce conte initiatique de presque deux heures.

Si on devait retenir la réelle faiblesse de Le Garçon et la bête, ce serait sans doute la facilité de cette intrigue globale. La marge de progression de ses personnages est balisée et rares sont les séquences capables de nous surprendre. L’ensemble reste cependant maîtrisé et équilibré, laissant élégamment la place à la patte graphique de Hosoda. Alternant et combinant animation traditionnelle, 3D et prises de vue réelles modifiées, Le Garçon et la bête se distingue du studio Ghibli et son style caractéristique, mais rivalise sans honte avec les décors photoréalistes du Voyage d’Arlo, dernier mètre-étalon en date du film d’animation. Le monde foisonnant et coloré des bêtes opposé au métallique et cassant quartier des humains en est un exemple. Loin d’accoucher d’un film sans âme, Hosoda parvient en une image à nous faire ressentir la douce chaleur de Jutengaï ou le pâle et glacial béton de Shibuya. Tout y est superbe et superbement animé.

En conclusion, Le Garçon et la bête n’est sans doute pas le plus inspirant des films de Mamoru Hosoda, ni même le mieux écrit, mais ces faiblesses ne masquent en rien ses forces. À la fois soigné et rythmé dans sa réalisation, drôle dans ses dialogues et ses situations, il mérite amplement sa place sur le podium des films d’animation (et des films, tout court) à voir cet hiver. Il est cependant regrettable que sa diffusion soit restreinte par un nombre limité de copies disponibles et une campagne marketing qui fait pâle figure face au rouleau-compresseur Disney-Pixar. Je ne peux que vous encourager à faire l’effort de trouver un cinéma ayant à la fois la chance et l’intelligence de le programmer. Vous ne regretterez pas le déplacement, quand bien même la météo vous encouragerait-elle à rester dans vos pénates.

article de GBP

Kids 2, le retour ?

Bang Gang : une histoire d’amour moderne (2016)

un film de Eva Husson

avec Finnegan Oldfield, Marilyn Lima

On est en été, l’été de la canicule. Une bande d’adolescents se retrouve dans une maison pour passer leurs longs moments d’ennui. Un jour, George, une jeune fille de 16 ans amoureuse d’Alex le propriétaire des lieux, invente un jeu pour attirer son attention : le « Bang Gang ». Le groupe va ainsi opérer son exploration sexuelle, la repoussant jusqu’aux limites et de là naîtra le scandale. C’est l’histoire de l’été de tous les changements.

Le résumé de ce film a été assez compliqué à établir étant donné que nous sommes face à un film qui traite d’un sujet mais prétend lui en accoler un autre. Le premier long métrage d’Eva Husson, 39 ans, traîne derrière lui l’ombre d’une communication qui n’est pas pour le servir. Son côté sulfureux peut assez rapidement paraître racoleur et putassier au regard de la bande annonce. C’est comme pour rassurer le public qu’on a cru bon d’ajouter le sous titre « une histoire d’amour moderne » : ce que nous allons vous montrer est peut être choquant mais rassurez-vous, tout cela finira par une histoire d’amour. Dans les quelques interview qu’elle a donné, Eva Husson dit avoir voulu que « le cinéma conquise à nouveau l’intime sur le pornographique », « traiter de l’extrême pour y faire affleurer des comportements plus courants ». Dans le même temps, elle précise qu’elle ne voulait pas juger et montrer que ce qui se passait dans le film n’était pas si grave, que ce n’était qu’une étape qui construit l’adulte de demain. Des erreurs de la veille peuvent naître les bonnes décisions du jour. La réalité du message véhiculé par le film est hélas tout autre, peut-être au détriment des volontés réelles de sa réalisatrice.

La première référence qui vienne en tête à la sortie du film, c’est Larry Clark. Ce réalisateur américain, qualifié de « pornographe » par certains, est connu pour ses films mettant en scène le rapport des adolescents à la sexualité. De son premier film Kids en 1995 à Ken Park qui connut le succès en 2002, ses œuvres ont toujours suscité la polémique. Son exposition photographique en 2011 au musée d’art moderne de Paris a été interdite aux moins de 18 ans tant elle gênait par son contenu. Mais c’est un fait, le cinéma de Larry Clark définit comme personne l’ennui abyssal de ces années de transition que beaucoup de jeunes fuient par des expériences de plus en plus extrêmes comme la drogue et la sexualité. Ce qu’ajoute Eva Husson dans son film, c’est le rapport à la pornographie qui a une place tellement prépondérante et quotidienne dans la jeunesse actuelle, qu’on la projette sur des murs lors des après midi entre potes comme on projette des vidéos Youtube de chats. C’est aussi banal que cela. Dès lors, les rapports entre les êtres sont banalisés et on « joue au sexe » comme on « jouerait aux jeux vidéos ». Ce qui est finalement une expérience de sexe à plusieurs est réduite au statut de jeu de société. Quand la réalisatrice dit qu’elle veut nous montrer des comportements plus courants, elle nous montre un personnage nommé Gabriel (la force des noms symboliques) qui préfère passer ses après-midi dans sa chambre à composer sa musique et qui s’occupe malgré tout de son père handicapé. Un « adolescent idéal » en somme, posé en opposition à ceux qui participent à ces après-midi de dépravation. Le message est assez clair et aurait pu s’arrêter là. Le public aurait fait son propre avis sur ce qu’il considère comme bien ou mal, tout en étant orienté par la caméra et le scénario de la réalisatrice. Après tout, on admet totalement que le cinéma n’est pas objectif et qu’il présente un avis sur une situation donnée. D’autant que les événements du film projettent un rapport au corps et la sexualité assez juste dans sa première partie.

Car en plus de banaliser le sexe, les adolescents du film montent un site internet uniquement destiné aux participants qui permet de publier ses vidéos et photos des soirées. Ainsi, et du propre avis d’un des personnages créateur du site, cela leur permettra de se voir en situation et d’être vu des autres. Nous sommes en plein dans le sujet du rapport au corps et sa plasticité durant l’adolescence. Ce site met le jeune en position de voyeur et d’exhibitionniste. Ce que sont finalement les réseaux sociaux actuels. Cette surexposition de notre vie qu’on présente au monde entier, par l’intermédiaire de Facebook ou de Twitter, est un des modes d’existence de l’adolescence. On ne se sent exister que si on se voit exister sur ces sites et donc exister par rapport aux autres. C’est aussi là-dessus que le film est intéressant, quand il en montre le mauvais côté, la dérive possible et dommageable à l’âge où on découvre malgré soi que le regard des autres peut être destructeur.

Jusqu’ici, Bang Gang nous offre une expérience artistique maîtrisée. La réalisation est superbe et les scènes érotiques sont esthétiquement belles et bien filmées, ce qui les distingue totalement de Larry Clark. Le rythme est lent mais permet de vivre au rythme de leur été qui ne semble jamais devoir finir et devient pesant. C’est dans sa dernière partie que le film déçoit par un aspect moralisateur qui appuie beaucoup trop le propos et devient prêchi-prêcha. Comme si Eva Husson voulait s’assurer qu’on comprenne bien que ce qu’elle a montré n’était pas la norme et qu’il ne fallait pas la considérer comme tel. Ceci alourdit terriblement le film et nous laisse un goût amer qui, si il ne détruit pas ce qu’on a pris plaisir à voir dans la première partie, le dévalue certainement. Le casting, qui alterne les bons comédiens et ceux dont les prestations sont plus discutables, n’aide pas à alléger cette partie et semble s’excuser de ce à quoi on vient d’assister. Comme si tout ceci était répréhensible.

C’est finalement le gros reproche qu’on peut faire au film Bang Gang : avec de bonnes intentions et des idées intéressantes, il semble se dégonfler dans la dernière partie comme si il fallait plaire au plus grand nombre. Mais ce n’est pas un film destiné à être populaire. Dès lors, la réalisatrice aurait du assumer jusqu’au bout son intention de départ, quitte à nous servir la même fin mais sans appuyer dessus avec des dialogues digne d’une rédemption. Cela reste malgré tout une très belle tentative d’amener un sujet que le cinéma français évite avec soin, préférant cantonner l’adolescence aux schémas datés de La Boum et laisser le reste aux américains.

article rédigé par FV

L’HERITAGE D’APOLLO CREED

CREED (2016)

Un film de Ryan Coogler

avec Michael B. Jordan, Sylvester Stallone

Adonis Johnson n’a jamais connu son père, le célèbre champion du monde poids lourds Apollo Creed, décédé avant sa naissance. Malgré tout, son ballottage de foyer en foyer pour cause de violentes bagarres révèle qu’il a sans conteste la boxe dans le sang. Désireux de marcher sur les traces de son géniteur, il se rend à Philadelphie dans l’espoir de suivre l’entraînement de l’ancien ami et rival de son père : Rocky Balboa.

Les trentenaires et quarantenaires le comprendront sûrement plus que quiconque, le cinéma des années 70 et 80 a forgé nombre de figures mythiques indétrônables dont les légendes perdurent encore aujourd’hui. Des histoires transmises de père en fils, de génération en génération. Des récits qui ont tellement envahi notre imaginaire que tous les réalisateurs actuels y font référence à un moment ou à un autre. Les Corleone, John Rambo, John McLane, Luke Skywalker, Indiana Jones, etc… Tant de genres différents pour un même constat : le cinéma serait différent sans eux, et la pop culture beaucoup moins riche. Rocky Balboa fait partie de ce panthéon. En l’espace de six films, le personnage créé en 1976 par Sylvester Stallone a conquis le cœur des spectateurs. Un boxeur à la résistance redoutable qui prend les coups de poings comme il prend les coups durs de la vie : sans jamais défaillir. Un personnage renfermé, mal à l’aise, qui ne semble jamais vraiment à sa place, et l’histoire d’amour timide qu’il entretient avec Adrian. Tous les éléments étaient réunis pour le nimber d’une aura suffisamment forte et lui assurer une place de choix dans l’histoire du cinéma. Mais ce n’est pas le seul personnage iconique de cette saga. Un autre y tient une place tout aussi grande malgré qu’il ne soit pas le personnage principal : Apollo Creed, transcendé par la performance de Carl Weathers. Il est si fort qu’il en arrive presque à éclipser les autres antagonistes du boxeur. C’est donc tout naturellement que le jeune réalisateur Ryan Coogler a préféré donner une suite à la saga se focalisant sur son fils, plutôt que céder à la facilité des sequels en proposant l’histoire du fils du héros. Si le distributeur français a pris la décision d’ajouter le sous titre, « l’héritage de Rocky Balboa », c’est davantage pour une raison marketing consistant à apposer une marque déjà connue du public.

Il est ici bien question d’héritage, mais davantage de celui d’Apollo Creed. Son fils ne porte pas son nom officiellement, étant le fruit d’une relation adultérine, mais il en porte le poids. Dès lors, le film tourne autour de la question de l’hérédité et du passé que véhicule un nom de famille. Si Adonis ne peut nier son attirance quasi génétique pour la boxe, il passe son temps à refuser d’être le fils d’un champion du monde : la peur de ne pas être à la hauteur et l’envie de réussir par lui-même. Il refuse d’être le fils de ce père qu’il n’a pas connu et dont l’aura le castre par delà la mort. C’est pour cela qu’il va chercher un père de substitution en la personne de Rocky, celui qui s’est construit tout seul et est devenu plus grand que le champion du monde. Il opère le même cheminement que Luke Skywalker quand il rencontre Obi-Wan. Les vieilles recettes pour créer un mythe sont utilisées et la réalisation va y concourir.

Ryan Coogler offre un film dont la beauté visuelle ne frappe pas au premier abord. Et, au même titre que le scénario, il cède aux sirènes des facilités scénaristiques évoquant les clichés dont on nous abreuve depuis des années. Puisque le personnage est un noir américain enclin à la bagarre, il a forcément fait le tour des foyers de redressement et tombe amoureux d’une rappeuse qui le rejette dans un premier temps. La finesse des scénarios de Stallone n’est plus. Ce qui était beau dans le film original, c’était cette résistance constante que semble opposer Adrian durant tout le film alors qu’on la sent tiraillée par l’envie de céder aux avances de Rocky. Cela relayait même la boxe au second plan, considérant le combat final de « l’étalon italien » comme un dépassement de lui-même. La vraie victoire est d’obtenir une déclaration d’amour d’Adrian et non le combat en lui même. Coogler préfère, quant à lui, mettre en avant la boxe et offre un dernier acte d’une beauté graphique et d’une violence salvatrice. Il s’offre même le luxe d’un clin d’œil à la séquence de course dans Philadelphie du film original en créant un plan visuellement magistral du nouveau héros. Balboa est prêt à passer le flambeau.

Mais ce n’est pas la seule raison de la présence de Stallone à l’affiche. Il y démontre encore une fois qu’il maîtrise de bout en bout ce personnage qui semble sortir naturellement de lui-même. Il fait la démonstration d’un jeu d’une finesse qu’on ne lui connaissait plus et atteint son paroxysme dans une scène de cimetière bouleversante. Bien évidemment, le héros n’est plus que l’ombre de lui-même. Mais n’aurions-nous pas trouvé ridicule de le voir aussi fringant qu’avant ? Comme dirait un autre personnage emblématique des années 80 : il est « trop vieux pour ces conneries ». Balboa est au crépuscule de sa vie. Sa santé défaille. Il est seul. Il en est au bilan. Il rappelle au spectateur de vieux souvenirs par quelques anecdotes qui parleront aux plus fidèles de la saga. Cela pourrait gêner certains qui s’empresseraient de dire « c’était mieux avant ». Mais ce qui a déjà été ressenti ne peut plus avoir le goût de la nouveauté : nous évoluons et l’époque aussi.

Malgré quelques facilités scénaristiques et une construction qui pourrait presque faire penser à un remake du film original, Creed est un bon film dépassant le cadre du simple divertissement testostéroné auquel on s’attendait. Il pose intelligemment les questions de l’héritage familial et de la construction de soi au regard de ce poids. De plus, il permet des retrouvailles touchantes avec un personnage qu’on aime tant revoir. Et à l’heure où nous perdons unes à unes les icônes de la pop culture, pourquoi refuser d’en retrouver pour des adieux en règle ?

CHERIE, J’AI RETRECI MARVEL !

Ant-Man, un film de Peyton Reed

Avec Paul Rudd, Evangeline Lilly, Michael Douglas

Sortie le 14 Juillet 2015

Scott Lang, cambrioleur malin mais malchanceux, sort de prison. Fauché mais souhaitant se réinsérer et gagner le droit de voir sa fille vivant avec son ex-femme, il tente en vain de trouver un travail. Mais il se heurte rapidement à la dure réalité, le monde extérieur n’est pas tendre avec les ex-taulards. C’est alors que son colocataire, et ex-compagnon d’activités criminelles, lui propose un coup en apparence sans risque : cambrioler la demeure vide d’un vieux riche abritant un coffre très prometteur. Mais plutôt que des billets et des bijoux, Scott Lang n’y trouvera qu’une étrange combinaison aux pouvoirs inattendus.

Tout est mini dans notre vie

Après un Avengers 2 qui aura déçu beaucoup de monde (nous aurons l’occasion d’y revenir lors de sa sortie en dvd), Marvel clôt sa phase deux en intégrant un nouveau personnage dans son univers cinématographique : Ant-Man. C’est d’ailleurs un choix assez étrange de leur part de clôturer une phase par l’introduction d’un nouveau héros plutôt que par un film chorale. Ceci pourrait en partie expliquer la sensation des spectateurs d’Avengers 2 de s’être retrouvé devant une transition et non une conclusion. D’autant que, même si Ant-Man fait référence à son prédécesseur par plusieurs allusions, il ne constitue pas une conclusion satisfaisante à cette phase deux. L’explication peut se trouver dans le parcours chaotique qu’a connu le développement du film.

Bien avant que Kevin Feige (président de Marvel) ne décide de créer cette saga cinématographique que nous connaissons, Edgar Wright avait dans l’esprit de réaliser un film Ant-man. Certaines sources affirment qu’encore avant ça, Stan Lee aurait également voulu en faire un dans les années 80 mais que la ressemblance avec Chéri j’ai rétréci les gosses avait enterré le projet. Toujours est-il que Wright, connu pour sa trilogie du Cornetto avec Simon Pegg, avait prévu de s’atteler à ce projet après avoir fini de tourner Scott Pilgrim. Mais le projet prend du temps et finit par s’inscrire dans l’univers Marvel, ce qui a obligé Wright à réécrire de nombreuses fois le scénario pour coller au reste de l’histoire contée par les autres films. En 2013, soit 7 ans après la proposition du projet, il est prévu que le film clôture la deuxième phase de l’anthologie cinématographique. Mais des différends artistiques entre la production et Wright provoquent le départ de ce dernier. Le projet est alors confié à d’autres scénaristes. En plus des nombreuses réécritures de Wright, il aura donc fallu trois autres personnes pour retoucher le scénario. Et cela se sent terriblement. C’est là que réside l’un des principaux problèmes du film.

En effet, Ant-Man pâtit d’un mauvais dosage du scénario. Pendant quasiment une heure de film, il se passe peu de choses à l’écran. S’il s’agissait de développer le caractère du personnage et nous le présenter comme quelqu’un de complexe et mû par des combats intérieurs profonds, cela aurait pu se justifier. Après tout, Batman begins était conçu sur ce modèle et nous n’entrions vraiment dans l’histoire qu’après une heure de film. Mais Scott Lang n’est pas Bruce Wayne. Scott Lang n’est que l’archétype du repenti déçu en quête d’argent pour s’occuper de sa fille perdue dans un divorce : ni plus, ni moins. Il y a certes d’autres personnages à présenter comme Hank Pym, le vieux scientifique à l’origine du costume qui fait rétrécir, et sa fille. Mais là encore nous sommes dans des cadres connus et assez classiques de relation père/fille compliquée. De plus, ce n’est pas la bande de cambrioleurs qui accompagne Lang qui va sortir des clichés. Et je ne parle pas du méchant de l’histoire aux motivations lambda et au charisme absent.

Mais qu’est ce qui justifie d’aller voir ce film me direz-vous ? C’est que la deuxième heure est sacrément bien rythmée et divertissante. Avec une gestion très habile de la rupture de rythme dans l’action pour créer le rire, Peyton Reed nous offre un combat final très fun souvent mieux géré que dans Les Gardiens de la galaxie. En règle générale, le film est assez drôle avec des gags parfois absurdes et des personnages délicieusement crétins sûrement hérités du scénario original de Wright. Passé la longue introduction, on ne s’ennuie pas tant les événements s’enchaînent et les bonnes idées déferlent à l’écran. Notons aussi que les acteurs sont convaincants avec en tête un Paul Rudd au mieux de sa forme. Celui dont le grand public retient surtout la prestation en guise de mari de Phoebe dans Friends, démontre une vraie capacité à alterner entre l’épique et le comique avec une facilité désarmante. Le fait qu’il ait lui-même co-écrit le scénario n’est peut être pas étranger à l’osmose qui existe entre lui et son personnage. Michael Douglas, quant à lui, n’offre pas une prestation ébouriffante mais son personnage n’en exige pas tellement plus.

Si nous devions résumer, Ant-man est plutôt un bon film d’été, divertissant et changeant des poulains habituels de l’écurie Marvel. Il apporte une fraîcheur bienvenue après l’univers assez sombre d’Avengers 2. Il y a fort à parier que si Wright avait réalisé le film et que Marvel lui avait donné une certaine liberté, nous aurions eu affaire à un exemple du genre, mais Peyton Reed ne s’est finalement pas mal débrouillé avec ce qu’on lui a laissé entre les mains. Il ne faut pas vous attendre à être transcendé par Ant-Man mais juste à passer un bon moment devant un film sympathique, et en fin de compte, ce n’est déjà pas si mal. 

SOUVENIRS DE MARNIE (2014)

Un film de Hiromasa Yonebayashi

2014

Sortie en DVD le 1er Juillet 2015

Anna, une jeune adolescente solitaire et déracinée, vit en ville en compagnie de ses parents adoptifs. Alors que son asthme s’aggrave, elle est envoyée en pension chez des parents de sa mère adoptive, les Oiwa, un couple simple et sympathique habitant un petit village réputé pour la pureté de son air.

Alors que ses premières rencontres avec les villageois ne sont pas de son goût, elle développe vite une fascination pour la vieille demeure des marais, une bâtisse qui lui semble étrangement familière pourtant inhabitée depuis des décennies.

Malgré tout, c’est là-bas qu’elle fera la rencontre la plus bouleversante de sa vie en la personne d’une mystérieuse jeune fille : Marnie, qui éveillera chez elle des souvenirs depuis longtemps enfouis.

Le chant du cygne

Souvenirs de Marnie est la dernière production du studio Ghibli, sans conteste le plus célèbre studio d’animation japonais. Fondé en 1985 par Hayao Miyazaki et Isao Takahata, qui furent d’ailleurs ses plus fameux réalisateurs, Ghibli enchante les amateurs de films d’animation depuis 30 ans avec des films somptueux tels que Princesse Mononoké ou Pompoko. En 2014, une interview de Toshio Suzuki laisse entendre que Ghibli pourrait arrêter la production de longs-métrages après Souvenirs de Marnie. Plus vraisemblablement, il pourrait plutôt s’agir d’une restructuration, même si rien ne laisse penser que le studio ait d’autres projets pour l’instant. Miyazaki et Takahata, justifiant chacun 74 et 79 ans, admettent ne plus être aussi efficaces dans leur travail. De plus, le décès brutal en 1998 de Yoshifumi Kondo, considéré comme le successeur le plus naturel de Miyazaki, a sans doute posé souci quant à la pérennité du studio et justifier une pause, sinon un arrêt, dans le développement.

Hiromasa Yonebayashi est l’un de ces jeunes espoirs de Ghibli. Déjà réalisateur du sympathique Arrietty, le petit monde des chapardeurs, il nous livre avec Souvenirs de Marnie une seconde adaptation d’une œuvre littéraire occidentale, en l’occurrence When Marnie was there de Joan G. Robinson, auteure et illustratrice britannique de livres pour enfants et adolescents (1910-1988). Difficile de dire si l’adaptation est réellement fidèle au livre (votre serviteur n’ayant jamais eu l’occasion d’y jeter un œil), mais impossible de regretter les 102 minutes d’animation qu’on nous propose de contempler.

De l’importance du lien social

Je n’irai pas par quatre chemins. À mes yeux, Souvenirs de Marnie, est une splendeur. D’un simple point de vue technique, le style Ghibli, tout en aquarelles douces, continue de faire mouche et chaque nouvelle production est une véritable leçon de dessin-animé. Décors et animations sont de toute beauté et l’homogénéité de l’ensemble indéniable. Yonebayashi ne révolutionne pas le style de la maison, mais ce n’est si sa mission, ni son intention. Car s’il n’est ni parfait, ni révolutionnaire, la patte de Ghibli est reconnaissable entre mille. Ce n’est pas dans ce domaine que cette œuvre cache son plus grand trésor.

Souvenirs de Marnie, c’est avant tout une histoire. Celle d’Anna, une adolescente introvertie et solitaire qui a perdu ses parents alors qu’elle était si jeune qu’elle n’a même aucun souvenir de leurs visages. Sans famille, elle est adoptée par un couple aimant mais qui ne comprend pas l’apathie de la jeune fille. Envoyée chez des parents qu’elle ne connaît pas, dans un environnement tout aussi inconnu, rien ne semble concourir à l’ouvrir sur le monde. Jusqu’à la découverte de l’étrange demeure des marais et de sa non moins étrange occupante, Marnie. C’est la rencontre de cette jeune fille bondissante de joie, mais aux lourds secrets, qui va soudain ouvrir la porte des souvenirs d’Anna. Au fil de leurs rencontres, Anna s’ouvrira peu à peu sur le monde et sur elle-même. Je ne déflorerai pas plus avant l’intrigue tout en finesse de cette amitié atypique, entre rêve éveillé et souvenirs inconscients. Préparez-vous simplement à un final que vous verrez sans doute venir si vous savez replacer les pièces du puzzle, mais qui ne perdra rien de son intensité dramatique.

Dans mes souvenirs…

Après une Arrietty sympathique mais sans relief qui n’a pas rencontré le succès tant critique que public, dire qu’on attendait Yonebayashi au tournant serait un euphémisme. On aurait pu craindre qu’il se heurte aux mêmes écueils en adaptant une autre œuvre occidentale. La proximité de leurs héros respectifs (tous deux malades, solitaires, et aux parents absents) n’étant pas pour le servir.

Pourtant, avec Souvenirs de Marnie, il nous livre une histoire pleine de nostalgie, magnifiquement racontée et mise en scène. Qu’il s’agisse de la quête d’identité d’Anna à la fois douloureuse et apaisante, des secrets déchirants que Marnie cache derrière son apparence enjouée, ou de leur relation tendre et inconditionnelle, tout est d’une justesse à même de tirer des larmes à un bloc de marbre.

Souvenirs de Marnie est un splendide hommage aux souvenirs, à leur force et à leur résilience, à la capacité qu’ils ont de forger notre identité. Je ne saurai trop vous conseiller cette fresque estivale pour petits et grands, rappelant à la fois Princesse Sarah et le récent Vice-Versa, qui saura vous rafraîchir en ces temps de canicule.

Nous avons ici affaire à un grand Ghibli, une preuve de plus du savoir-faire de ce studio et de la nécessité de le voir nous enchanter encore longtemps, et pas seulement dans nos souvenirs…

article rédigé par GBP

Dead Rising : Watchtower (2014)

Un film de Zach Lipovsky

Avec Jesse Metcalfe, Meghan Ory, Rob Riggle

Après deux épidémies successives ayant entraîné la mort de dizaines de milliers de personnes, le monde a basculé dans la psychose du zombie. Lorsque l’horrible infection choisit de s’abattre sur la ville d’East Mission, la changeant en un enfer envahi de zombies, tout est fait pour rassurer une population traumatisée. Par chance, une organisation gouvernementale distribue le seul antiviral connu aux nombreux réfugiés de la zone de quarantaine dans l’espoir d’enrayer la progression de la maladie. Mais quand le remède se révèle incapable de contenir le mal, seuls un journaliste ambitieux et une jeune dure-à-cuire pourront révéler les dessous d’une affaire remontant jusqu’aux plus hautes sphères.

Bascule médiatique

J’en entends d’ici (Et ne baissez pas la voix, ayez le courage de vos opinions !) : « Mouais, ça sent la bouillie de zombies pas fraîche, ton truc…« . Non mais dites-donc. Vous a-t-on habitués à chroniquer de sombres bouses sur ce site ? Au cours de ses deux semaines d’existence, jamais The Bright side of Art n’a pu être taxé de complaisance, encore moins de frapper un homme à terre. Si j’ai choisi de vous parler de Dead Rising : Watchtower, c’est qu’il a effectivement une épine dorsale apte à lui faire garder la tête droite. De guingois, certes, mais droite.

Commençons par le commencement. Dead Rising : Watchtower ne s’inscrit pas dans la lignée des productions zombies de ces dernières années. Pour la plupart sorties du néant, délabrées et se traînant sans but comme les zombies qu’elles décrivent, elles se contentent généralement de jeter à la face d’un spectateur pantois profusion de gore mal foutu et de nichons ceints de débardeurs trop petits (grosso modo). La vague Z a commencé à déferler en librairies voilà quelques années, avec des succès tels que Walking Dead au rang des comics et World War Z pour les romans (dont on a tiré un film d’une telle nullité que nous ne le chroniquerons jamais, par exemple), avant de déferler en général directement en DVD (à de rares exceptions près). La télévision (paradoxalement, l’objet qu’on a longtemps accusé de zombifier les masses) est parvenue courageusement à maintenir le genre Z sous perfusion, à plus forte raison depuis que les séries se sont emparées du phénomène, l’excellente Walking Dead et la bondissante Z Nation en fers de lance.

Mais si je vous parle de la télévision en tant que média, il convient aussi de parler de l’objet en lui-même. Car dans l’ombre des téléviseurs, un autre média a su faire vivre le zombie pendant toutes ces années dans l’indifférence (quasi) générale. En effet, le jeu-vidéo a su maintenir les morts-vivants en assez bonne santé, au travers de rouleaux compresseurs tels que Resident Evil ou Dead Island, de travaux plus modestes tel Deadlight ou le fameux Zombie Nazi Army dérivé de Sniper Elite. Et au milieu de tous les Dying Light et autres Lollipop Chainsaw (j’en néglige volontairement), une saga a su se faire un nom en mêlant le foutraque, le jeu bac-à-sable et les zombies : Dead Rising.

Fidélité, ton nom est…

Comme la plupart des productions zombie, Dead Rising ne court pas après le succès d’estime. La licence est habituée a accoucher de jeux assez moyens (graphismes en retraits, rigidité des contrôles), mais au potentiel de fun indéniable. Le scénario vous lâche dans un environnement ouvert saturé de zombies et de psychopathes. À vous de construire vos propres armes et d’enquêter pour débusquer les faits ayant entraîné la catastrophe. Après, vous êtes libre. Survivez ou mourez.

C’est peut-être ce qui a convaincu Legendary d’en revendre les droits à Crackle, plateforme de streaming et spécialiste de la production-web, tant le potentiel de l’objet semblait bancal et hasardeux. Parfois mieux vaut cependant un petit producteur fauché mais motivé qu’une grosse machine je-m’en-foutiste. Car l’affaire à peine conclue, Crackle s’était déjà attelée à réunir une équipe dédiée à l’adaptation de Dead Rising. Et le résultat est des plus probant.

Dead Rising : Watchtower n’est pas une énième production sur le thème zombie. De par son background tout d’abord, dont découle son scénario. Dead Rising s’est toujours appuyé sur des scénarios très basiques, mais riches en action en rebondissements. Ainsi en choisissant de poser son histoire entre les épisodes 2 et 3 de la saga, introduisant la génèse du projet Watchtower, en place dans Dead Rising 3, Tim Carter a parfaitement compris comment tirer partie de la saga en faisant le lien entre deux opus aux histoires distantes de plus de 10 ans. Au travers du journaliste-héros de la crise zombie Franck West (Rob Riggle), incarnation déjantée et imbue d’elle-même de l’avatar du premier opus, il parvient de surcroît à aborder une thématique tristement d’actualité, bien que sous un angle en passe de devenir obsolète, à savoir jusqu’où un état est capable d’aller pour s’assurer le contrôle de ses citoyens. Car tout l’enjeu est là. Entre la FEZA, institution civile chargée de gérer la crise avec des moyens dérisoires tout en luttant désespérément contre l’infection, et les instances militaires qui la manipulent et prétendent disposer de meilleures solutions en puçant les gens comme de vulgaires yorkshires, la terreur qui étreint ce monde est palpable. Et hélas familière.

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Toujours viser la tête

L’univers de Dead Rising : Watchtower tient la route, même s’il bringuebale un peu dans les virages. Pour un fan de la saga (ou plus prosaïquement quelqu’un ayant tenu la manette des deux premiers épisodes), nous avons affaire à un produit d’une fidélité sans faille, distillant des clins d’œil avec moins de lourdeur que certains (Vous avez dit Jurassic World ? Tiens, c’est curieux), qu’il s’agisse de petits détails directement issus du jeu cachés de ci, de là, de ses zombies bigarrés qui nous changent des sempiternels zombies « cadres moyens crasseux » ou d’un morceau de bravoure quasi-suicidaire de Chase (Jesse Metcalfe) qui affronte l’espace de quelques secondes une horde de zombies à l’aide d’armes improvisées jusqu’à être contraint à la fuite.

À contrario, Dead Rising : Watchtower pourrait refroidir plus d’un néophyte. Si vous n’êtes pas familier de la saga, il se pourrait que le film vous laisse une impression déconcertante. Les interventions hilarantes et répétées de Franck West pourraient en rebuter certains par son côté lourdingue (Son interprète est visiblement en roue libre). Malgré tout, un amateur de morts-vivants y trouvera son compte sans problème, laissant de côté les références pour ne prendre que l’action en plein vol.

Si l’on suit ce simple postulat, Dead Rising : Watchtower atteint sa cible pleine bille. En exploitant correctement la licence tout en la replaçant dans un contexte assurant sa continuité, sans sacrifier ni renier le média qui l’a vue naître, Zach Lipovsky nous livre l’une des meilleures adaptation de jeu-vidéo qu’on ait vu, aussi imparfaite que son modèle, mais pétrie de la même passion que les créateurs de son matériau originel. Une passion qui compense sans mal ses petites maladresses.

Toute première fois (2015)

Un film de Noémie Saglio et Maxime Govare

avec Pio Marmaï, Lannick Gautry, Franck Gastambide

Un matin, Jérémie, 34 ans, se réveille dans un appartement aux côtés d’une sublime suédoise. Ce pourrait être le début d’une belle histoire si Jérémie ne devait pas se marier dans quelques semaines avec… Antoine.

Le décor est planté et le postulat de comédie également. Il n’est pas rare dans le cinéma français que l’homosexualité soit au centre d’un film comique : de La Cage aux folles en 1980 à Poltergay en 2006. En revanche, vous noterez une similitude flagrante entre ces deux films. L’homosexuel qui fait rire est la folle, ou en tout cas un tant soit peu extravagant. S’il est cantonné aux second rôles, c’est souvent un ersatz de la bonne copine qui prodigue ses conseils sur les mecs à sa meilleure amie. Bref c’est souvent très limité et assez léger. Vous trouverez des films gays où le personnage est davantage un « monsieur tout le monde », mais il s’agira souvent de drames car entre le coming out, et l’obligation de vivre caché, la vie d’homosexuel c’est quand même un chemin de croix ! Et oui c’est cliché mais c’est malheureusement comme cela dans l’esprit de nombre de réalisateurs et de scénaristes, et donc du spectateur lambda. Il y a tout de même quelques exceptions mais qui traitent plus souvent de l’homosexualité féminine comme Pourquoi pas moi ?, Coquillages et crustacés ou le génial Gazon Maudit. Ou alors il s’agit de films édités directement en dvd, ou exploités dans une salle dans le 4ème arrondissement de Paris. Sinon il faut aller dans les autres pays pour se fournir en films tout publics parlant d’homosexuels.

Alors pour une fois que le personnage principal est un homosexuel des plus banals, dans un film produit par Gaumont, et dont les affiches étaient partout, vous pensez bien que beaucoup y ont vu une démonstration de l’évolution des mœurs. Surtout quelques mois après le débat houleux autour du « Mariage pour Tous ». Et ils ont très vite déchanté. Car ce n’est pas tant l’histoire d’un homme qui par erreur découvre pour la première fois la sexualité avec une femme. C’est l’histoire d’un homme qui découvre que l’amour n’a pas de sexe.

Jérémie est depuis dix ans avec son compagnon. Ils vivent ensemble et ont un avenir tout tracé. Les parents de Jérémie aiment cette relation en bons anarchistes qu’ils sont. Tant que le mode de vie de leur fils bouscule les concepts bourgeois que leur impose leur fille enceinte, ils sont contents. L’entreprise de sondage qu’il a monté avec son meilleur ami, Charles, fonctionne très bien. Sa vie est en mode automatique. Cette femme va bouleverser son petit monde et y injecter du danger, de la vie tout simplement.

Ce film tend à montrer que la vie n’est pas binaire. Les réalisateurs se sont amusés à inverser le scénario cliché de l’hétéro qui se découvre homo. On le voit très bien dans une scène au début du film où Jérémie cherche sur internet des témoignages d’expériences similaires. Sur un site, une phrase sors du lot : « La bisexualité n’existe pas, ce ne sont que des homosexuels qui ne s’assument pas ». Cette saillie est un grand classique des discussions entre garçons à propos d’autres qui se clament bi. Et cette inversion des clichés fonctionne jusqu’à une scène très drôle de coming in.

Cependant le propos du film n’est absolument pas de dire que tous les homosexuels le sont jusqu’à ce qu’ils aient trouvé la femme qui les rendra heureux. Jérémie était très heureux avant le début du film. Il aurait pu tout aussi bien rencontrer un autre homme que son copain. Il se trouve qu’ici c’est une femme qui le fait revivre et qui déclenche la comédie. C’est tout aussi crédible que le parcours du personnage de Louis Garrel dans Les Chanson d’amour ( un film de Christophe Honoré) qui pour se guérir d’un deuil va trouver du réconfort dans les bras d’un homme, bien qu’il aime les femmes.

Au delà de son sous-texte intéressant dont je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, Toute première fois est surtout une comédie très réussie. Les dialogues sont ciselés et les vannes cognent à chaque fois. Il doit aussi beaucoup à son casting très investi, Franck Gastambide et Camille Cottin en tête qui échange les saillies comme autant de coups de fleurets qui feraient mouche à chaque fois. C’est un film rafraîchissant qui parvient à divertir sans tomber dans la lourdeur. Il se paye même le luxe d’avoir un scénario aux rebondissements inattendus qui lui offre un peu d’originalité même si la forme est très classique. On peut par exemple déplorer l’usage de la voix off s’élevant quand il s’agit de décrire quelque chose autour du personnage de Jérémie que les scénaristes n’ont pas réussi à traiter autrement ( sa présentation au début du film, etc). Mais après tout, le genre de la comédie romantique est encore balbutiant en France et ne demande qu’à s’étoffer grâce à des propositions qui sortent de l’ordinaire comme celle-ci.

Disponible en dvd et blu-ray chez Gaumont depuis début Juin 2015