Comment tuer la Comédie

Comment tuer sa mère (2018)Résultat de recherche d'images pour "comment tuer sa mere"

Comédie – France

Réalisé par David Diane et Morgan Spillemaeker

Avec Vincent Desagnat, Chantal Ladesou,

Julien Arruti, Joséphine Fraï

Sortie en salle le 13 Juin 2018

En ce dimanche, la famille Mauret se réunit. Nico (Vincent Desagnat), l’aîné, est au bout du rouleau. L’entreprise héritée de son père périclite, il paye sa dépressive de sœur, Fanny (Joséphine Fraï), à ne rien faire, et doit en plus assumer le loyer de son benjamin, Ben (Julien Arruti), dessinateur peinant à percer dans le milieu. Il pourrait presque s’en accommoder, s’il n’avait pas en plus à entretenir leur mère (Chantal Ladesou), aussi odieuse que fantasque et dépensière… Enfin, peut-être plus pour longtemps…

Adapter au cinéma une pièce de théâtre, si bonne soit-elle, est une opération délicate. Les deux ont beau s’apprécier de la même manière, les ressorts théâtraux ne fonctionnent pas forcément au cinéma, et inversement. Difficile de trouver l’équilibre idéal entre le respect de l’œuvre originale et les codes du cinéma. C’est vrai qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Lorsque Universal s’est lancé à adapter des œuvres telles que Dracula ou Frankenstein, c’est bel et bien sur leurs adaptations théâtrales que les auteurs de l’époque se sont appuyés. Mais depuis, le cinéma a bien évolué, créant ses propres codes, et rendant les adaptations théâtrales plus « périlleuses ».

Malheureusement, David Diane et Morgan Spillemaeker n’ont pas fait de miracle en signantComment tuer sa mère, l’adaptation de la pièce Conseil de famille (d’Amanda Sthers et dudit Morgan Spillemaeker). La faute en revient principalement à un rythme erratique et une relative absence d’idées.

Pourtant, en alignant un casting d’habitués de la comédie, on aurait pu s’attendre à beaucoup mieux. La fratrie potentiellement assassine est plutôt bien campée par le trio Desagnat – Fraï – Arruti, convaincants en enfants globalement démolis par une Chantal Ladesou certes en grande forme, mais qui cabotine avec le personnage qu’elle s’est forgée au cours de sa carrière bien plus qu’elle n’incarne l’horrible, et hilarante, génitrice du clan Mauret. Quant à Fatsah Bouyahmed, on se demande ce qu’il est allé faire dans cette galère. Son personnage, à peine travaillé en écriture, n’est finalement prétexte qu’à deux gags. Au même titre que le poulet dans le four servant d’unité de temps et les plans vraiment pas esthétiques du toit de la maison servant d’unité de lieu, il n’existe vraisemblablement que pour nous signifier que nous ne sommes pas sur Mars et qu’il y a bien une vie en dehors des murs de la propriété familiale.

Mais on peut avoir un excellent casting sans parvenir à son but. Pire encore, le meilleur texte de théâtre peut se planter à l’écran, par la seule magie du cinéma. Et dans Comment tuer sa mère, le texte de Sthers et Spillemaeker (conservé pour bonne partie) marche moyennement. La majorité des bons mots tombent à plat et les gags exploitent de très grosses ficelles. Les temps de pauses et autres précipitations ont rapidement raison des répliques lancées parfois n’importe comment. Restent finalement les rebondissements successifs de la pièce, qui eux fonctionnent bien, mais qui ne surprendront évidemment pas les connaisseurs, ainsi qu’un final explosif totalement réjouissant.

Comment tuer sa mèrerejoint sans surprise la déjà longue liste d’adaptations théâtrales bancales et paresseuses. Sympathique sur le papier et servi par l’énergie de ses comédiens, on s’y ennuie hélas beaucoup trop pour le recommander.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Une franchise indestructible

Les Indestructibles 2 (2018)Résultat de recherche d'images pour "les indestructibles 2"

Un film écrit et réalisé par Brad Bird

Doublé en France par Déborah Perret,

Gérard Lanvin, Louane, Amanda Lear…

Distribué par The Walt Disney Studios

En salle le 4 Juillet 2018

Alors que les super héros ne sont toujours pas reconnus d’utilité publique par le gouvernement, Mr indestructible, Elastigirl et leur famille peinent à redevenir les Parr. Bob s’ennuie et rêve de sa gloire passée. C’est alors que Evelyn et Winston Deavor, deux investisseurs passionnés par les « supers » vont proposer à Elastigirl de participer à un programme visant à réhabiliter l’image des héros en filmant chacun de leurs faits et gestes. Elle va se retrouver confrontée à un terrible méchant surnommé « L’hypnotiseur ».

Il aura fallu 14 ans à Brad Bird pour offrir une suite à son premier gros succès public (après le remarqué Géant de Fer) : Les Indestructibles. Entre temps, il a mis son grain de sel dans Ratatouille, donné un corps à Mission Impossible : Protocole Fantôme et est parti À la poursuite de Demain. Bien que ce dernier fût un relatif échec au box-office, il n’en était pas moins une œuvre artistiquement aboutie. C’est d’ailleurs la particularité de ce réalisateur : c’est un artiste avant d’être un faiseur comme Hollywood en a tant. Dans chacun de ses projets, il apporte ses thèmes, ses angoisses et ses réflexions. Il y a une patte Brad Bird comme il y a une patte Spielberg. S’il décide donc d’offrir une suite après 14 ans, c’est qu’il estime avoir quelque chose de neuf à raconter.

Et c’est le cas. Bien que le film démarre seulement quelques secondes après la fin du précédent, le réalisateur nous offre définitivement une histoire en lien avec son époque. S’il retrouve avec génie son talent d’écriture qui conjugue humour, émotion et action non-stop, ce nouvel opus offre à Elastigirl les honneurs du rôle de protagoniste. Il développe le personnage avec intelligence et amour. Mr Indestructible devient un homme au foyer qui tourne en rond tandis que sa femme mène l’aventure. L’époque est aux grands rôles féminins et Bird l’a bien compris. Ce n’est pas qu’un effet de mode mais on sent le vrai plaisir à jouer avec ce personnage. Dès lors, Hélène Parr irradie l’histoire de sa présence et éclipse sans mal son puissant mari. Le spectateur a l’impression de redécouvrir la famille.

L’autre héros du film n’est pas inattendu mais déploie sa force tout au long de l’histoire : Jack-Jack. Il est courant dans l’animation que les bébés soient un ressort comique et attirent la sympathie. On pense immédiatement à Maggie Simpson. Jack-Jack est de ceux-là mais, encore une fois, Brad Bird va utiliser sa subtilité d’écriture pour redéfinir totalement le personnage lors de cinq minutes hilarantes mettant en conflit le jeune Parr et… un raton-laveur. On est à la frontière du cartoon, de l’action et quasi pas de dialogues. Et pourtant, le personnage nous y est présenté sous toutes ses facettes sans qu’il soit besoin de les rappeler plus tard.  Un exemple de scenario.

Au-delà de cela, le film se pare de ce qu’il faut de tension, d’action et d’humour pour dérouler ses deux heures sans accroc. On en vient à se dire qu’il finit trop vite. C’est aussi grâce aux thèmes universels qu’ils traverse : notre rapport aux écrans qui isolent, la dangerosité de personnes qui auraient tout pouvoir, etc. Il faut aussi saluer la sublime partition de Michael Giacchino. Cela faisait longtemps qu’un film de super-héros ne nous avait pas offert une bande originale qui procure de l’émotion plutôt qu’elle ne la force.

C’est sur ce point précis que nous pourrions terminer notre article. Les Indestructibles 2 rappelle à tous ce que peut être un film héroïque fait avec plus de cœur et moins d’automatismes. Il nous remet en mémoire ce que c’est que de rêver sur grand écran avec des héros attachants et qui nous donne envie qu’ils existent. Bref, il rappelle ce qu’étaient les premiers films Marvel et ce que l’industrialisation en a fait. Le cinéma de divertissement a besoin d’auteurs tels que Brad Bird pour nous offrir des rêves de qualité.

Un article de Florian Vallaud

Agression sensorielle

Sans un bruit (2018)Résultat de recherche d'images pour "sans un bruit"

Thriller, horreur – USA

Réalisé par John Krasinski

Avec Emily Blunt, John Krasinsky

Sortie en salle le 20 Juin 2018

Distribué par Paramount Pictures France

Dans un monde où l’humanité est proche de l’extinction et le silence un gage de survie, les membres d’une famille vivent dans la crainte perpétuelle de prédateurs aussi voraces qu’aveugles. Dans leur ferme à la fois isolée et cernée, ils essaient tant bien que mal d’assurer le quotidien malgré une menace souvent trop palpable.

Tout commençait pourtant bien. Dès ses premières minutes, Sans un bruitposait son ambiance avec une certaine efficacité. Une famille, pieds-nus, fourrageant dans un magasin à la recherche de médicaments, le tout dans le plus grand silence. Dans la salle, tout le monde retient son souffle. En refermant sa première séquence sur une tragédie, il amène son postulat de manière maline et choquante. On est alors scotché à son siège par cet environnement sonore maîtrisé et la fulgurance de ses créatures insectoïdes empruntant largement aux raptors de Spielberg leurs attitudes et leurs cris. Tous les ingrédients étaient là pour nous offrir un monstrueux thriller post-apocalyptique d’une originalité folle.

Car la proposition de Sans un bruit nous emporte dès ses premières secondes… avant de finalement se déliter progressivement, assez rapidement d’ailleurs. La faute à un basculement marqué vers le jump-scare en seconde partie, pour se conclure allègrement sur une tonalité très orientée action. De toute évidence, John Krasinsky ne maîtrise pas encore ni la suggestion, ni le hors-champ, des compétences pourtant indispensables pour mener à bien un tel projet. D’une manière générale, le film perd de sa subtilité à mesure que ses créatures se dévoilent. Et dès qu’on finit par nous en faire voir les crocs de baudroie, le charme, déjà bien émoussé, est définitivement rompu et la peur a déjà foutu le camp par la fenêtre depuis quelques temps. L’intéressante idée du début s’est très vite effacée.

Plus gênant, le film est littéralement parcouru de bonnes idées mal exploitées ou oubliées sur le bord de la route. La jeune Regan est sourde (Millicent Simmonds, elle-même sourde), et durant les premières minutes, quasiment tout le monde s’exprime par le langage des signes. Un détail ouvrant tout de même d’intéressantes perspectives… s’il n’avait pas été rapidement abandonné (les personnages finissent par chuchoter en permanence), pour ne finalement revenir qu’à quelques minutes de la fin, pour servir un sentimentalisme familial particulièrement facile. De même, ne vouloir partager avec le spectateur que ce que les personnages peuvent entendre tient pour ainsi dire de l’idée de génie ; particulièrement lors d’une scène impliquant Regan et une créature, où la surdité imposée au spectateur et la perspective de bruits involontaires qui pourraient la trahir fait retenir son souffle au spectateur. Là où le bât blesse, c’est que l’ambiance sonore est un tel tintamarre que l’atmosphère en est continuellement cassée pour devenir un hymne à jump-scare permanent. Sans un bruit bascule malheurseusement dans les travers dont il espérait visiblement s’affranchir.

Belle proposition sur le papier (la première version du scénario ne comportait paraît-il qu’une seule ligne de dialogue), Sans un bruit débute en nous promettant de suggérer la peur, et s’égare finalement en chemin. Pas désagréable pour autant, il nous réserve même quelques séquences de tension bien senties. Mais il reste très loin de tenir sa promesse de renouveau.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

The lost world rising

Jurassic World – Fallen KingdomRésultat de recherche d'images pour "jurassic world fallen kingdom affiche"

Aventure, Science-Fiction, Thriller – USA

Réalisé par Juan Antonio Bayona

Avec Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, Rafe Spall…

Sortie en salle le 6 Juin 2018

Trois ans se sont écoulés depuis la chute de Jurassic World. Claire Dearing (Bryce Dallas Howard), ancienne directrice du parc, se consacre à présent à la protection des résidents survivants d’Isla Nublar. Alors que le volcan de l’île menace d’entrer en éruption, une opération de sauvetage est commanditée par Benjamin Lockwood (James Cromwell), ancien associé de feu John Hammond, pour rapatrier sur le continent 11 espèces, parmi lesquelles Blue, la dernière des vélociraptors. Une mission qui ne peut être accomplie que par l’ancien dresseur de raptors Owen Grady (Chris Pratt). Mais cette opération ne cacherait-elle pas des desseins moins idéalistes qu’il n’y paraît ?

Quand Jurassic World a été annoncé, plus de 10 ans après un Jurassic Park III en demi-teinte, personne ne l’attendait plus, mais l’intérêt fut immédiat. Reboot autant que suite, il tirait un trait sur les 2 derniers épisodes de la saga initiée par Steven Spielberg, faisant déjà tiquer les fans avant même qu’on en sache plus à son sujet. À sa sortie en salles, l’enthousiasme est pourtant là et le succès aussi, en dépit d’un fan-service parfois à la limite du prosélytisme. Colin Trevorrow avait accouché d’un divertissement de très bonne qualité, tout en mettant sous couveuse les œufs d’une potentielle suite. Aujourd’hui, ces œufs ont éclos. Reste à savoir si le bébé est viable.

Inutile de ménager le suspense, la réponse est un oui, sans doute aussi grand que Roberta, la T-Rex vedette du parc. Et ne nous mentons pas, tous les doutes étaient permis et le pari loin d’être gagné d’avance. Le premier Jurassic Worlds ouffrait de certaines faiblesses (une surenchère un peu vaine, des références parfois lourdes, des personnages pas forcément très fouillés…), lançait des pistes floues et n’existait finalement qu’à la perspective d’une suite. Nous-mêmes, tandis que nous le chroniquions, nous craignions un bis du The Lost World de Spielberg, et jusqu’au visionnage, les similitudes semblaient tellement énormes (l’opération de sauvetage sur l’île, l’exfiltration clandestine des dinosaures, l’incursion d’un prédateur sur le continent) qu’on s’attendait à un nouveau film de fans, gonflé à la surenchère mésozoïque et saturé de références en tout sens. Jurassic World n’était pour ainsi dire qu’un Jurassic Park 2.0 : plus gros, plus impressionnant, plus désastreux. Attendu au tournant, Fallen Kingdom évite les croches-pieds avec élégance et même une certaine insolence, se permettant des pointes d’humour bienvenues. Il affiche en outre une bien plus grande ambition, tant sur le fond que sur la forme.

Contrairement à d’autres franchises (Star Wars. pour reprendre un exemple de franchise récemment rebooté), Jurassic World – Fallen Kingdom a déjà le bon goût de ne pas jeter à la poubelle les lignes lancées dans l’opus précédent. Et la pêche est plutôt fructueuse. Les nébuleux projets du trouble docteur Henry Wu (B.D. Wong) reviennent à la charge, et la prophétie de feu Vic Hoskins (Vincent d’Onofrio) est devenue réalité. Indominus Rex est mort, mais son héritage perdure et perdurera encore longtemps. Certes, on pourrait arguer qu’en empilant à la fois les dérives de la recherche génétique, la menace des armes biologiques, le manque d’éthique et le mépris humain pour les animaux, on prend le risque de passer à côté de son sujet. Et pourtant, Colin Trevorrow et Derek Connolly nous emportent et savent de toute évidence où ils vont. L’écriture est cohérente et le message a un sens.  On pourra tout juste lui reprocher quelques partis pris un peu radicaux (des méchants sans nuances, peu de surprises), ainsi que quelques incohérences et invraisemblances de ci, de là. On parle là de quelques secondes sur un film de plus de 2h00, loin de tirer l’œuvre vers le bas.

C’est d’autant plus pardonnable que le travail de mise en scène du réalisateur Juan A. Bayona est pour ainsi dire exceptionnel. Ayant débauché une partie de l’équipe ayant participé à ses autres réalisations (entre autres Oscar Faura à la photographie et Bernat Vilaplana au montage), l’espagnol sublime littéralement Fallen Kingdom par son sens de la mise en scène. Le débarquement de Grady, Dearing et leurs accompagnateurs sur l’île, à bord de leur petit coucou, nous donne le même frisson que l’arrivée de l’hélicoptère à Jurassic Park voilà 25 ans. L’Île des Brumes a rarement été aussi sublime. Ne cachant pas son amour pour les nuits d’orage, l’angoisse qu’ils suscitent et surtout leur éclairage particulier, Bayona joue habilement sur les clairs-obscurs, les ombres mouvantes et les reflets, reprenant l’esthétique sombre du film d’horreur classique sans pour autant céder à l’appel de l’horreur pure. On tremble peu, c’est vrai, mais la tension n’en demeure pas moins palpable. Quant aux plans et aux images, ils sont absolument splendides.

Sensé et sensible, Jurassic World – Fallen Kingdom se taille à coups de griffes et de crocs une place de choix au rang des rares blockbusters né avec un cerveau et un cœur. Haletant de bout en bout et distillant ses références avec plus de subtilité que son aîné, il pose habilement les fondations de sa conclusion. Et c’est avec une impatience bien moins ironique que nous attendons la suite.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Bad Feeling

Solo. A Star Wars Story.Résultat de recherche d'images pour "solo poster"

Aventure, Fantastique – USA

Réalisé par Ron Howard

Avec Alden Ehrenreich, Emilia Clarke,

Woody Harrelson, Donald Glover…

Sortie en salle le 23 Mai 2018

Distribué par Walt Disney Company

La jeunesse de Han Solo (Alden Ehrenreich), personnage emblématique de Star Wars, d’une époque où il s’appelait simplement Han jusqu’au fameux Raid de Kessel, qui fit de lui un pilote de légende.

Après le crépusculaire Rogue One, Disney et sa filiale Lucasfilm poursuivent leur réalisation de films dérivés de Star Wars. En attendant ceux sur Obi Wan, le maître Jedi en exil, ou Boba Fett, l’impitoyable chasseur de prime mandalorien, c’est Han Solo, qui ouvre le bal des films mettant en scène les personnages emblématiques de la saga. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le développement de ce film aura été au moins aussi chaotique que la vie de son héros. Originellement supporté par Phil Lord et Chris Miller, le projet était déjà sorti de ses rails quand ils furent renvoyés avec pertes et fracas, mais ce n’était là qu’un des nombreux soucis rencontrés. On passera également sur la communication calamiteuse de la maison-mère Disney, qui a elle-même renoncé à en attendre quoi que ce soit. Personne ne s’étonne donc du flop général auquel il fait finalement face maintenant qu’il est en salle. À force de tirer dessus à coups de turbolasers, même le meilleur des vaisseaux finit fatalement par tomber. Alors, en s’attaquant à Han Solo, n’a-t-on eu pas eu les yeux plus gros que le ventre ?

Il faut dire que la vie du contrebandier gentiment voyou est matière à histoires. Dans quelles circonstances a-t-il rencontré son compagnon de route velu Chewbacca ? Comment a-t-il mis la main sur le Faucon Millénium, la casserole la plus rapide de la galaxie ? Qu’est-ce que le Raid de Kessel, cette opération de contrebande qui l’a rendu célèbre ? Pourquoi est-il recherché par Jabba le hutt ? Plus tout ce qui reste encore à imaginer. Après tout, la piraterie et autres professions romanesques sont des réservoirs inépuisables d’aventures.

C’est peut-être là que se trouve la plus grosse faiblesse de Solo. À jouer les fourre-tout en intégrant sa première rencontre avec Chewbacca, sa relation chaotique avec Lando Calrissian, la grandeur et la déchéance de son premier amour, son Faucon Millénium, et le Raid de Kessel, Solo expédie ses sujets plus qu’il ne les traite, et ne réserve finalement que peu, voire pas de surprises. Les courses-poursuites en speeders sont un peu mollassonnes et le raid n’est finalement qu’un cambriolage qui dégénère en bataille rangée joyeusement foutraque. Restent le foisonnement pyrotechnique et la balade au travers du Maelstrom, où le Faucon Millénium est réellement mis en valeur. Les autres séquences restent anecdotiques et les bonnes idées sous-exploitées.

Revenons à présent sur un leak qui aura fait couler beaucoup d’encre, à savoir le coaching en acting délégué à Alden Ehrenreich, la rumeur prétendant que son jeu était trop horrible en l’état. Force est de constater qu’à l’écran, Ehrenreich fait le job et ses faiblesses jouent finalement le jeu d’un jeune Han Solo. Il saisit quelques mimiques avec un certain talent, et son manque d’assurance et de charisme colle plutôt bien à ce personnage finalement en pleine construction au moment de l’action. Certes, on était en droit d’attendre mieux, mais le personnage qu’il campe n’en demeure pas moins étrangement cohérent. Les autres s’en sortent mieux, même si, en tant que seconds rôles, ils éclipsent assez souvent le premier, Donald Glover particulièrement, mais là encore, c’est très cohérent tant le personnage de Lando Calrissian est finalement enclin à tirer la couverture à lui.

Surfant allègrement sur l’actualité, Solo mélange, de manière assez brouillonne, militantisme varié, entre la relation ambiguë entretenue par Lando et son droïde L3-37 et l’obsession de cette dernière pour l’émancipation des droïdes, emprise des grandes entreprises avides de s’approprier les ressources au détriment des individus et le rejet du totalitarisme, avec toujours l’Empire en arrière plan qui tire les ficelles et écrase les populations. Souci de taille, ces thèmes sont traités au mieux de manière superficielle, au pire de manière assez ridicule. Dommage, en élaguant un peu, l’ensemble avait le potentiel de rattraper l’optimisme larmoyant de Star Wars VIII. À trop vouloir faire coller les morceaux du nouvel univers étendu initié par le rachat de Lucasfilm, Disney s’empresse de bourrer ses projets de références. Certes, on ne peut pas lui retirer une certaine cohérence dans la licence, mais parfois en dépit de la cohérence même des projets, individuellement parlant. Les stratégies marketing servent rarement la création d’un scénario.

Accouché dans la douleur, Solo porte les stigmates de son développement chaotique. Mal fichu, pour reprendre une expression chère à la Princesse Leïa, ce film un peu foutoir l’est assurément, pourtant, on arrive facilement au bout de ses 2h d’action, en dépit de quelques longueurs. Sans déplaisir, mais sans panache non plus.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Le Retour du fils pro-dingue

Deadpool 2.Résultat de recherche d'images pour "deadpool 2"

Fantastique, Comédie – USA

Réalisé par David Leitch

Avec Ryan Reynolds, Josh Brolin, Julian Dennison…

Sortie en salle le 16 Mai 2018

Distribué par 20th Century Fox

Après avoir assouvi sa vengeance, Wade Wilson, alias Deadpool (Ryan Reynolds), file le parfait amour avec Vanessa (Morena Baccarin) tout en poursuivant sa sanglante œuvre de salut public en écharpant les malfrats du monde entier. Recruté de force par un Colossus (André Tricoteux) en peine de X-Men, Deadpool, qui laisse une fois de plus son impulsivité dicter son comportement, échoue dès sa première mission et finit dans la pire prison à mutants qu’on puisse trouver en compagnie de Russel, dit Firefist (Julian Dennison). L’histoire aurait pu en rester là, si Cable (Josh Brolin), le tueur de mutants débarqué du futur, n’avait pas titillé l’intérêt de l’invincible mercenaire.

De tous les personnages qui composent l’écurie Marvel, Deadpool occupe une place à part. Déjà parce qu’il a pleinement conscience d’être un personnage de fiction.  Et sans doute aussi parce que la plupart des super-héros sont plutôt faciles à cataloguer, même si chaque héros a sa part d’ombre et chaque méchant sa fêlure. Deadpool, lui, avec son costume écarlate rappelant le Père Noël et son caractère plus proche du Père Fouettard, incarne une sorte d’ambivalence, un personnage qui peut avoir les meilleures intentions du monde, mais qu’il manifestera systématiquement de la pire des manières. Il y a 2 ans, Deadpool était adapté au cinéma et venait remuer l’univers poli des X-Men avec son anti-héros en quête d’une vengeance outrancièrement violente et vulgaire. Peu importait la faiblesse générale du budget ou du scénario, la surprise était alors totale et le public en redemandait. Mais passée la surprise, attendu que Deadpool 2 était annoncé comme encore plus fou que son prédécesseur, est-ce finalement toujours aussi bon ?

« Le mieux est l’ennemi du bien » dit-on parfois d’un ton péremptoire, et il est vrai que parfois, la surenchère n’est pas la meilleure piste quand il s’agit d’orchestrer une suite. Néanmoins, pour des œuvres comme Deadpool, une autre piste aurait-elle vraiment fait sens ? Pas sûr. Après tout, la surenchère est dans l’ADN du personnage, c’est donc tout naturel qu’il nous revienne encore plus… tout, en fait. Et même si l’objectif est clairement de capitaliser sur le succès du premier, le résultat n’est franchement pas désagréable. Deadpool, égal à lui-même, est toujours aussi drôle, et ses vannes toujours aussi lourdes. Le duo formé avec Cable, en dépit de sa simplicité, fonctionne plutôt bien compte tenu du sérieux excessif de ce dernier. Les personnages secondaires trouvent leur place en apportant un peu de diversité et de nuances à Wade Wilson. On regrettera juste le recours un peu facile aux répétitions et les références employées à seule fin de punchlines. Mais on ne peut pas retirer à l’ensemble son ton totalement réjouissant.

Pour les autres aspects, Deadpool 2 s’en sort avec les honneurs. Les scènes d’actions remplissent parfaitement leur office, même si les ralentis ne sont pas toujours bien exploités, comme dans la première rencontre entre Cable et Deadpool, où ils cassent littéralement l’action. Néanmoins, dans l’ensemble, ces séquences sont fluides, lisibles et nerveuses. Prenant plus encore le contre-pied du film de super-héros, Deadpool 2 renonce à une grandiloquente scène finale comme celle du premier pour un final faisant la part belle au délire et au cabotinage de Ryan Reynolds, qui décidément s’éclate sous la cagoule de Deadpool. Moins impressionnant, mais mieux maîtrisé et hilarant au possible en dépit des enjeux, forcément très artificiels. Car Deadpool 2 ne brille pas plus que son prédécesseur par son scénario, même s’il s’en sort avec ses personnages, certes, pas très forts mais en adéquation avec le ton général, qu’il s’agisse de la nonchalante Domino (Zazie Beets) ou du jeune Firefist, véritable petit con de bout en bout. On ne s’étonnera pas que Deadpool finisse par s’attacher à lui. Encore une fois donc, l’intrigue est cousue de fil blanc, mais c’est un plaisir tellement coupable qu’on ne lui en tient pas vraiment rigueur, eut égard pour la sympathie communicative de l’immortel mercenaire. Après un premier opus en forme d’essai, la suite assume pleinement son essence de pastiche loufoque.

Quiconque a apprécié le premier épisode adhérera sans peine à sa suite, laquelle adresse joyeusement un doigt d’honneur aux hermétiques. Deadpool continue son innocente entreprise de dynamitage de la franchise X-Men, se moquant de tout et de tout le monde. Et finalement, c’est pour ça qu’on l’aime.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

 

Le complot venu du ghetto

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Animation, Fantastique –

France, Japon

Réalisé par Shôjirô Nishimi

et Guillaume « RUN » Renard

Avec les voix de Orelsan, Féodor Atkine, Alain Dorval

Sortie en salles le 23 Mai 2018

Dans la métropole sordide de Dark Meat City, Angelino, dit Lino, est un laissé pour compte comme il en existe des milliers. Dans l’appartement miteux qu’il partage avec son meilleur ami Vinz, il survit difficilement de petits boulots qu’il perd régulièrement. À la suite d’un accident de scooter arrivé alors qu’il flashait sur la jolie Luna, il commence à souffrir d’étranges hallucinations. Il n’a pas le temps d’en découvrir la source que d’étranges hommes en noirs commencent à le prendre en chasse pour l’éliminer.

Une fois n’est pas coutume, l’édition 2018 de Gérardmer aura accueilli deux adaptations de bande-dessinée. Avec l’excellent Chasseuse de géants, c’est Mutafukazqui a le droit à une adaptation en film. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que nous avons affaire à un petit bijou d’animation mené à un rythme effréné.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas l’œuvre et son auteur (et qui auraient en plus la flemme de faire quelques recherches), il convient peut-être de faire les présentations. Mutafukazest la première œuvre publiée par Guillaume Renard, alias RUN, lors de son entrée aux éditions Ankama. Nous sommes alors en 2006. En 2007, il crée au sein d’Ankama le Label 619, dont la vocation est d’avoir une liberté éditoriale totale et de donner sa chance à de jeunes talents. Parmi les contributions qu’on lui doit, on peut noter Doggybags, 13 tomes de bande-dessinée produite collectivement. Au menu des réjouissances : Horreur, culture pop et violence outrancière.

Mutafukaz, c’est avant tout la rencontre des grandes marottes de RUN, à savoir horreur tendance série B et culture urbaine, avec un scénario foutraque assimilant à la fois complotisme délirant, gangstas du ghetto et catcheurs mexicains. Pour assurer son adaptation, il s’est associé à Shôjirô Nishimi, qui officie dans l’animation depuis plus de 30 ans maintenant, et qui a travaillé sur des projets aussi ambitieux qu’Akira, les Animaniacsou les séries animées Batman etSuperman. Le résultat, c’est l’impression réjouissante d’assister à l’explosion d’une tonne de peinture et de TNT. Les efforts conjoints des deux auteurs aboutissent à une œuvre graphiquement bluffante, où l’influence de travaux tels que Steamboytransparaît tout en gardant une forte personnalité. Les décors sont finement travaillés et fourmillant de détails, les personnages vivants et expressifs, et l’animation fluide et vive fait honneur au style de RUN. Le style particulier ne plaira pas forcément à tous, mais le travail accompli est clairement impressionnant.

Du point de vue du scénario, le résultat est un peu moins net, il faut bien l’avouer, Dark Meat City étant le théâtre d’une histoire des plus bordélique. Première étape d’une invasion menée par les « machos », créatures à tentacules dissimulées parmi la population, traquant le jeune Angelino qui rêve d’une idylle avec Luna, et elles-mêmes traquées par des luchadores/super-héros associés à un vieux scientifique. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on ne voit pas ça tous les jours… et c’est tant mieux ! Cependant, les deux trames se croisent sans vraiment se rencontrer, et le déséquilibre entre les deux est assez évident. L’ensemble est centré sur Angelino et sa quête, et les luchadores s’occupent de l’élimination définitive de la menace en toile de fond. Un parti-pris au découpage un peu sauvage, mais dans l’ensemble étonnamment cohérent.

Un dernier mot pour aborder un détail parfois négligé dans les films d’animation, à savoir, le doublage. Dans le cas de Mutafukaz, le travail est exemplaire, qu’il vienne de tauliers rodés à l’exercice (Féodor Atkine et Alain Dorval par exemple) ou des nouveaux venus, Orelsan en tête, lequel prête sa voix et son « flow » à Angelino. Le ton sonne encore un peu artificiel, néanmoins pour un premier essai, on ne peut que saluer la performance.

Empruntant ses influences à des œuvres telles que GTA San Andreas, Léonou Invasion Los Angeles, Mutafukaz est une œuvre folle et éclatante, un véritable feu d’artifices qui parvient à vous scotcher et se permet même, en filigrane, la critique d’une Amérique en déliquescence, où le complot délirant n’est finalement que la manifestation d’un complet abandon auquel on essaie vainement de trouver des raisons. Un film aussi délicieux qu’audacieux à ne pas rater.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Une aventure animée

Tad et le secret du Roi Midas.Résultat de recherche d'images pour "tad et le secret du roi midas"

Aventure, animation – Espagne

Réalisé par Enrique Gato et David Alonso

Sortie en salles le 16 Mai 2018

 

 

Après son aventure en Amérique du Sud, Tad Jones, l’explorateur improvisé, a retrouvé sa vie d’ouvrier du bâtiment qu’il mène en parallèle de ses études d’archéologie. Sa petite amie Sara l’invite à Las Vegas pour assister à sa dernière découverte sensationnelle, le Parchemin de Midas. Hélas, l’immense pouvoir de Midas est convoité par Jack Rackham, milliardaire sans scrupules. Enlevée, c’est sur Tad que Sara fait reposer la tâche de retrouver le trésor de Midas.

En 2013, la sortie de Tad l’explorateurs’est révélée être une bonne surprise. Certes, on pourrait arguer qu’il était loin de pouvoir tenir tête à des ténors comme Pixar tant sur le fond que sur la forme, néanmoins, cette parodie d’aventure n’économisait pas sa peine en combinant un rythme enlevé avec des gags franchement drôles. Mais en dépit de ses qualités, il n’était finalement qu’un film d’animation parodiant les films d’aventures, Indiana Jones en tête.

5 ans plus tard (comme le temps passe), Tad Jones nous revient et il a mûri, en même temps que ses créateurs semble-t-il. Tad et le secret du Roi Midas a atteint la maturité. De petite parodie animée, il évolue vers une forme plus exigeante, celle d’un véritable film d’aventure entièrement tourné en animation 3D. Alors que le premier laissait un peu les parents de son public cible sur le bord de la route avec son scénario simpliste, ce second épisode assume sa complexité et sa part d’ombre, avec ses crises (la relation de Tad et Sara rendue instable), ses trahisons et même ses morts. Rien d’aussi traumatisant que l’assassinat de la maman de Bambi cependant (Il se peut même que la première passe totalement inaperçu aux yeux des plus jeunes).

Pour autant, Tad et le secret du Roi Midas ne perd pas son humour en route. Momie is back, encore plus survolté, Tad également, n’oubliant pas d’être aussi maladroit, et le duo formé par Jeff le chien et Miguel le perroquet fonctionne toujours à merveille, d’autant mieux que leurs coups d’éclats sont relégués au second plan au profit d’autres personnages (le chauffeur de taxi entiché de Momie et les mercenaires de Rackham par exemple). En courant un peu moins après le gag, le film est sans doute un peu moins rigolo que le premier, mais continue de maîtriser son rythme et de cultiver un humour délirant (mention spéciale à sa course-poursuite où maladresse chronique et hasard absolu viennent à bout de mercenaires chevronnés).

On aurait pu s’attendre à ce que le retour de Tad Jones soit moins convaincant que sa première itération, et de fait, nombre de suites se sont échouées sur l’écueil de la facilité. Néanmoins, l’accueil mitigé (critique et public) du premier épisode obligeait ses créateurs à faire leurs preuves. Et force est de constater que la réussite est à leur portée.

Plus mâture, plus subtil et pourtant toujours aussi drôle, il semble que Tad ait atteint son point d’équilibre en s’adressant à la fois aux enfants et à leurs parents. Un vrai divertissement familial. Alors, prêts pour l’aventure ?

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

 

Grosse baudruche

Rampage – Hors de contrôle (2018) Résultat de recherche d'images pour "rampage"

Catastrophe, SF, action – (USA)

Réalisé par Brad Peyton

Avec Dwayne Johnson, Naomie Harris,

Jeffrey Dean Morgan…

Sortie en salle le 2 Mai 2018

Davis Okoye (Dwayne Johnson) est primatologue au sein de la réserve de San Diego, où il a noué un lien particulier avec George, un gorille albinos avec qui il communique par le langage des signes. Une nuit, des conteneurs remplis d’agents mutagènes tombés d’une station spatiale s’écrasent aux quatre coins des États-Unis. Les animaux qui y sont exposés grossissent inexorablement et manifestent une agressivité exacerbée. Il s’agit maintenant d’arrêter ces spécimens avant qu’ils ne réduisent Chicago en poussière.

Les adaptations de jeux-vidéo se succèdent. Après la très populaire licence Tomb Raider, qui a accouché d’un très recommandable reboot, c’est au tour du très vénérable Rampagede trouver le chemin des écrans, pour un résultat qu’on qualifiera pudiquement de beaucoup moins convaincant. Les plus chagrins utiliseront même des adjectifs autrement plus désobligeants, et franchement, on ne pourrait pas le leur reprocher.

Pour le petit rappel (nous ne sommes pas en présence d’un jalon essentiel de l’histoire du jeu-vidéo, il faut bien l’avouer), Rampage est un titre comme quasiment seule l’arcade des années 80 pouvait en engendrer. Dans la peau d’un monstre géant de type Godzilla (plusieurs avatars sont disponibles), le joueur est largué dans une ville avec pour mission de la détruire tout en esquivant les obus de l’armée venue en renfort. Et le seul but de tout cela, en dehors du plaisir jouissif de tout casser, n’est finalement que de faire exploser les compteurs de score. Toute une époque.

Quand il s’agit d’un film de ce type, on pourrait débattre longtemps quant à savoir s’il s’agit d’un bon film ou d’une bonne adaptation, si l’un engendre forcément l’autre, et inversement. Dans le cas de Rampage – Hors de contrôle, le débat ne ferait pas long feu tant il échoue en beauté sur les deux tableaux. Si les principaux protagonistes jurassiques répondent présents au casting, l’anthropomorphisme, tel un rocher dévalant une colline, file à fond de train, incontrôlable, provoquant par la même des situations où rechercher la moindre cohérence, même dans la forme, est une vaine mission. George est finalement moins un gorille qu’un pote sourd-muet de Davis, et leur duo n’a rien d’inoubliable. Tout comme le reste du film aussi, cela dit. Il faut bien avouer que l’ensemble manque du dynamisme et de cette (relative) impression de puissance qu’offrait le jeu. Quant aux effets spéciaux, loin d’être les plus aboutis à ce jour, ils peinent à relever des scènes d’action déjà vues et revues. On s’ennuie beaucoup, il faut bien l’admettre.

On s’interrogera également sur l’apparente fascination qu’exercent sur le réalisateur les amygdales de Dwayne Johnson, plus vociférant que jamais, et incarnant pour une énième fois un rôle de militaire reconverti. Quant à espérer en faire un personnage d’une haute intensité dramatique, c’est encore raté, ses monologues n’étant guère plus touchants que ceux de Jim Carrey dans Ace Ventura. Il n’est cependant pas le plus ridicule du lot, cette palme revenant (d’une courte tête hélas) au duo Wyden (Malin Akerman et Jake Lacy), caricature d’une fratrie de « méchants très méchants », accumulant à eux deux tous les vices qui font les méchants (Froideur, domination, absence totale de scrupules, lâcheté, vénalité, et j’en passe) sans qu’on leur donne la moindre chance d’apporter un peu de nuance à cette ridicule concentration de mal absolu. On peine franchement à s’attacher à ces personnages (ainsi qu’aux autres), voire même à simplement suivre leurs objectifs.

Trop approximatif pour être réellement sérieux, justement trop sérieux pour que ses tentatives d’autodérision ne tombent pas à plat, et vraiment trop poussif pour être vraiment divertissant, Rampage – Hors de contrôle accumule les tares. Et s’il arrive que le rire prenne le spectateur par surprise, c’est hélas un rire de mauvaise qualité qui l’agite, moqueur et gêné.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Une infinité de défauts

Avengers : Infinity War(2018) Résultat de recherche d'images pour "avengers infinity war"

Un film de Joe et Anthony Russo

Avec Robert Downey Jr, Chris Evans,

Chris Hemsworth, etc

Sortie le 25 avril 2018

Distribué par Walt Disney Studios

 Il était attendu depuis longtemps, très longtemps. Depuis la scène post-générique du premier opus des Avengers, les amateurs du Marvel Cinematic Universe attendaient avec fébrilité l’arrivée de Thanos. Cet alien obsédé par l’idée de pouvoir est une des pierres angulaires de l’éditeur américain. Il est le méchant ultime, celui face auquel tout le monde plie. Le film devait être à la hauteur de ce pouvoir infini. D’autre part, c’est à grand renfort d’annonces chocs que Kevin Feige, grand chef d’orchestre du studio, faisait monter la pression chez les fans. Mais le résultat est-il à la hauteur ?

La réponse est bien plus complexe qu’un simple « oui ou non ». Les diverses réactions des spectateurs pendant le film en sont le témoin incontestable. Afin de ne gâcher le plaisir de personne, nous ne reviendrons pas dans cet article sur les grands événements qui jalonnent le film. Mais il faudra en parler très bientôt tant ils révèlent les symptômes de notre époque et de notre rapport aux histoires qu’on voit sur grand écran.

 Le premier constat évident est que l’action espérée est au rendez-vous. Les combats sont épiques et ils s’enchaînent avec une régularité métronomique. On s’amuse de voir interagir des personnages qui ne s’étaient jamais rencontrés auparavant tels que Rocket Racoon et Thor, ou encore Stephen Strange et Tony Stark. Depuis leur premier film pour Marvel, Captain America 2 : le soldat de l’hiver, les frères Russo démontrent une maestria dans la réalisation de scènes de combat. C’est nerveux, tendu et l’adrénaline du spectateur atteint des pics impressionnants.

Une des autres forces de cet opus est d’offrir une caractérisation contrastée de Thanos, loin du manichéisme habituel de ces films. Il n’est pas un simple méchant. C’est un être habité de contradictions et de névroses. Ses motivations dépassent la simpliste soif de pouvoir.

Avec de tels ingrédients, pourquoi boudons-nous notre plaisir ? C’est que le film rencontre les problèmes inhérents à son concept. Avec une telle constellation de personnages, les scénaristes sont contraints de laisser de côté toute profondeur. Captain America, Iron Man et leurs amis ne sont réduits qu’à leur plus simple expression. Ce ne sont plus des personnages à plusieurs dimensions mais des fonctions dont on semble avoir retiré toute humanité. Cela a pour effet d’offrir des scènes bancales aux runnings gags d’abord amusants puis agaçants. Pour compenser cette perte, les réalisateurs ont opté pour une solution de facilité : toutes les actions importantes et les émotions sont soulignées et soulignées encore afin de s’assurer que le spectateur comprenne ce qu’il doit ressentir. En plus d’être insultant pour l’intelligence du public, cela ne fait que rendre les choses plus longues et lourdes.

En soi, Avengers : infinity warest un bon divertissement qui offre des moments de bravoure enthousiasmants. Mais il aurait gagné à être beaucoup plus fin dans son exécution. On voit aussi se confirmer les signes d’épuisement du concept qui, à force de sortir un film tous les 6 mois, peine à se renouveler.

Un article de Florian Vallaud