Dracula et ses potes sont sur un bateau…

Hôtel Transylvanie 3.Résultat de recherche d'images pour "hotel transylvanie 3"

Animation, comédie – USA

Réalisé par Genndy Tartakovsky

Avec les voix de Adam Sandler, Andy Samberg,

Selena Gomez…

Sortie en salles le 25 Juillet 2018

Dans son hôtel réservé à sa monstrueuse clientèle, Dracula (Adam Sandler) se morfond. Veuf de puis plus d’un siècle, la solitude lui pèse. Pour lui changer les idées, sa fille Mavis (Selena Gomez) lui organise des vacances. Les voilà partis en croisière avec tous leurs amis sur le Legacy, l’immense paquebot sous les ordres de la mystérieuse commandante Éricka (Kathryn Hahn).

Après un premier épisode dépeignant un Dracula gérant d’hôtel catastrophé à l’idée de voir sa fille s’enticher d’un humain et quitter son giron, et un second où il tente par tous les moyens d’élever son petit-fils en bon vampire, Dracula et ses amis Franky la créature de Frankenstein, Murray la momie, Wayne le loup-garou et Griffin l’homme invisible sont de retour. Et cette fois, ils laissent derrière eux la Transylvanie et son hôtel éponyme pour un radical changement de décor. Pour le meilleur ?

Dès sa séquence d’ouverture, Hôtel Transylvanie 3 annonce la couleur. Personnages d’une absolue souplesse, mimiques tordantes et gags visuels abondent. La patte artistique si particulière de Genndy Tartakovsky est toujours là, et son talent pour mettre en scène et enchaîner les gags les plus cartoonesques à la vitesse de l’éclair toujours intact. On aurait pu s’attendre à ce que les idées se raréfient, d’autant qu’un paquebot de croisière n’est jamais qu’un hôtel posé sur l’eau, mais il n’en est rien. Au contraire. À la clique à Drac viennent s’ajouter profusion d’autres personnages et de situations plus cocasses les unes que les autres, comme Blobby le blob de gelée verte, spécialiste de l’humour visuel (il n’a en effet aucune ligne de dialogue proprement dite) qui, après avoir trusté une place au sein de la petite bande dans le deuxième opus, multiplie ici les apparitions, tantôt mignon tantôt dansant, et toujours hilarant. Les gags remportent sans mal l’adhésion des petits comme des grands, et la bonne humeur remplit la salle plus facilement que l’estomac de Franky.

Pour ce qui est de son développement, le film effectue un petit retour en arrière. Outre les références immanquables aux précédents films (le « bla-bla-bla » que tous imputent à Dracula, et qu’il s’obstine à nier, la pyrophobie explosive de Franky, ou les sorcières du premier épisode formant une sorte de haie d’honneur à la présentation du navire), c’est le veuvage de Drac et le fameux « zing » qui servent de trame de fond à cet épisode, et la relation ambiguë qui se met en place entre lui et la commandante Éricka, mais dont on ne dira pas plus, afin de ne pas gâcher une intrigue certes cousue de fil blanc, mais diablement efficace. Le film se permet le luxe d’une séquence un peu plus calme, un coup de frein peut-être un peu brusque, mais pour mieux nous proposer quelques moments émouvants au milieu de toute cette tornade tordante, avant d’embrayer sur un final musical absolument détonnant.

Si nombre de franchises finissent par s’essouffler avec le temps, Hôtel Transylvanie nous revient dans une forme insolente. Toujours aussi dingue et drôle de bout en bout, ce troisième épisode confirme que Dracula et ses potes ont encore de bons jours devant eux. Un grand éclat de rire à partager en famille ou entre amis.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Le Piège de cristal infernal

Skyscraper.Résultat de recherche d'images pour "skyscraper"

Action – USA

Réalisé par Rawson Marshall Thurber

Avec Dwayne Johnson, Neve Campbell, Chin Han…

Sortie en salles le 11 Juillet 2018

Distribué par Universal 

À Hong Kong, l’homme d’affaire Zhao Long Zhi inaugure son chef-d’œuvre, The Pearl, le plus grand et le plus moderne des bâtiments jamais construits. Mais avant de pouvoir l’ouvrir au public, il confie à Will Sawyer (Dwayne Johnson) le soin de mener un audit de sécurité. Il n’a cependant pas le temps de mener sa mission à bien qu’une bande de gangsters attaque l’immeuble. Bien malgré lui, Sawyer se retrouve impliqué quand il apprend que sa famille est coincée dans le gratte-ciel à présent en flammes.

Aussi sûr que les feuilles tombent des arbres en automne, les blockbusters fleurissent en été. Après l’imposant Jurassic World – Fallen Kingdom, et en attendant le prometteur Mission Impossible – Fallout, c’est Skyscraper qui vient occuper le terrain de la grosse production dopée aux effets spéciaux, pour un résultat qu’on pourra qualifier de plutôt convaincant. Pour cette seconde collaboration entre le réalisateur Rawson Marshall Thurber et l’acteur Dwayne Johnson (la première ayant eu lieu sur Agents presque secrets), le réalisateur (à qui on doit entre autres Dodgeball et Les Miller) délaisse la comédie pour un film d’action pur et dur.

Ou du moins, un film d’action pur, car s’il lorgne allègrement du côté de La Tour infernale et surtout de Die Hard (et de son utilisation toute personnelle du chatterton), il n’en atteint pas les intensités dramatiques. Nous sommes loin de souffrir des péripéties de Will Sawyer autant que de celles de John McLane. La faute en partie aux circonstances sans doute. Quand McLane se retrouve fortuitement emprisonné au sein du Nakatomi Plaza, Sawyer cherche ouvertement à entrer dans The Pearl. Ensuite parce que Skyscraper assume son identité de blockbuster estival. Ici, point de suspense superflu. Point de suspense, en fait. Les scènes les plus dramatiques trouvent un dénouement idéal, pour ne pas dire attendu. D’autant plus dommage pour un film exploitant plutôt intelligemment l’aspect technologique de son décor, tout en insérant taupes et faux-semblants tout au long de son déroulement. On est rarement surpris, mais l’ensemble laisse la part belle à Dwayne Johnson et ses habituels tours de force.

Qu’il s’agisse de se castagner en dévastant un appartement ou de sauter de la flèche d’une grue jusque sur la façade éventrée d’un gratte-ciel, l’immense Dwayne Johnson défend sa réputation de figure du cinéma d’action sans forcer son talent, même si on notera que son registre dramatique est encore (très) perfectible. En campant cet ancien membre des forces spéciales (encore…) ayant raccroché les armes, père de famille et mutilé (Will Sawyer ayant été amputé lors de sa dernière mission), on aurait pu s’attendre à un peu plus de nuances. S’il feint plutôt bien le manque d’assurance de ce personnage encore affaibli, sa démarche claudicante n’est pas aussi convaincante, d’autant que ça ne semble pas le gêner outre mesure quand il s’agit d’escalader ou de sauter. Un détail du scénario qui reste à l’état de détail, pour un potentiel message positif qui reste donc à l’état d’anecdote.

Pour autant, on ne peut retirer à Skyscraper son statut de film d’action très décent. De sa mise en scène dynamique et maîtrisée, à ses effets spéciaux vraiment impressionnants, tout concourt à offrir au spectateur un divertissement sans temps mort et visuellement taillé pour la 3D, d’où certainement cette appétence pour les plans verticaux (mais si on ne joue pas avec les plans plongés dans un film littéralement intitulé « gratte-ciel », quand peut-on le faire finalement ?)

S’il ne se hisse pas à la hauteur des modèles dont il s’inspire, sans pour autant chercher à s’en cacher une seule seconde, Skyscraper a tous les arguments pour permettre aux amateurs d’action débridée de passer un très bon moment à l’abri des chaleurs estivales. Débranchez votre cerveau et savourez.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

De la liberté, et de sa perte

Parvana, une enfance en Afghanistan.Résultat de recherche d'images pour "parvana"

Animation, drame – Canada, Luxembourg, Irlande

Réalisé par Nora Twomey

Avec la voix de Golshiftheh Farahni

Sortie en salle le 27 Juin 2018

Distribué par Le Pacte

En Afghanistan, Parvana et sa famille survivent difficilement à la brutalité du régime taliban. Son père, professeur, gagne péniblement sa vie en tant qu’écrivain public, tandis que sa mère, écrivaine, est maintenant cantonnée à la maison. Quand son père est envoyé en prison par le régime, Parvana perd soudainement le peu de liberté qu’elle avait et son univers s’écroule. Seule solution : se travestir en garçon pour subvenir aux besoins de la famille.

L’actualité récente a peut-être tendance à nous le faire oublier, mais il n’y a pas encore si longtemps, l’Afghanistan vivait sous le joug des extrémistes talibans. Nous n’allons pas nous appesantir sur des aspects de politique internationale et de religion. Ce n’est ni l’endroit, ni le moment. Et il faut bien admettre que ce sont des domaines que nous maîtrisons mal. Néanmoins, de l’avis de tous (espérons-le), l’idéologie talibane, au même titre que le nazisme des années 30-40 ou celle de l’état islamique, fait partie des idéaux les plus noirs et les plus abjects de l’Histoire humaine, et qu’ils méritent d’être combattus de toutes nos forces.

Les films s’étant emparés du sujet sont nombreux, mais il était pourtant un genre (façon de parler) qui n’avait pas eu l’honneur de l’engagement contre ce fléau : l’animation. Certains diront que ce n’est pas forcément là où on l’attendrait, que ce genre de sujet s’adapterait mal à un jeune public. C’est vrai que l’animation est encore très connotée, pourtant ce n’est jamais qu’une manière de s’exprimer et de faire des films. Et quand il s’agit de sujet aussi grave, n’est-ce finalement pas une bénédiction que des films comme Parvanadénoncent ces horreurs au travers d’un média culturellement adressé aux plus jeunes ? Car c’est ce qu’est finalement Parvana : un manifeste sous forme de témoignage.

Adaptation du livre éponyme (The Breadwinner en VO, un titre encore plus explicite donc…) de Deborah Ellis, premier volet d’une série comptant 4 tomes, Parvana fait partie de ces films dont la force se ressent dans certains détails de sa production avant même de l’avoir vu. De son doublage, intégralement assuré par des comédiens afghans ou iraniens francophones, vivant en exil dans notre pays. D’une de ses productrices, Angelina Jolie, investie depuis des années dans la scolarisation des petites filles afghanes. De l’auteur même des livres, Déborah Ellis, dont les droits sont intégralement reversés à une association qui soutient l’éducation des jeunes filles afghanes (Woman for Woman in Afghanistan).

Dans sa proposition initiale, Parvana respire donc déjà l’engagement, et Nora Twomey (qui a déjà cosigné le savoureux Brendan et le secret de Kells et qui réalise ici son premier long-métrage solo) nous livre un film de haute volée, où l’émotion nous étreint sans jamais se faire tire-larmes dans cette Kaboul magnifique et désespérée. Le peuple afghan nous est dépeint au travers du regard d’une enfant dans toute sa complexité et sa diversité, avec en filigrane l’ombre écrasante de talibans prêts à marteler toute trace de culture, et parfois, dans le chaos, une lueur d’espoir qui point. Film traitant d’une vie quotidienne broyée, Parvana est également entrecoupé d’un conte initiatique sorti de l’imagination de l’adaptatrice Anita Doron, dont la portée universelle et à la symbolique propre au personnage de Parvana s’intègrent parfaitement au film et à son rythme. Entre quotidien insupportable et évasion indispensable, l’œuvre sonne avec une justesse remarquable.

Parvana, une enfance en Afghanistan est un rendez-vous culturel à ne pas manquer. Militant, fin et beau dans tous les sens du terme, il a également le mérite d’être accessible aux plus jeunes, pour qui la guerre en Afghanistan et le régime taliban relèvent presque de l’histoire ancienne. Une belle leçon de courage et un intense moment de réflexion pour tous.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Comment tuer la Comédie

Comment tuer sa mère (2018)Résultat de recherche d'images pour "comment tuer sa mere"

Comédie – France

Réalisé par David Diane et Morgan Spillemaeker

Avec Vincent Desagnat, Chantal Ladesou,

Julien Arruti, Joséphine Fraï

Sortie en salle le 13 Juin 2018

En ce dimanche, la famille Mauret se réunit. Nico (Vincent Desagnat), l’aîné, est au bout du rouleau. L’entreprise héritée de son père périclite, il paye sa dépressive de sœur, Fanny (Joséphine Fraï), à ne rien faire, et doit en plus assumer le loyer de son benjamin, Ben (Julien Arruti), dessinateur peinant à percer dans le milieu. Il pourrait presque s’en accommoder, s’il n’avait pas en plus à entretenir leur mère (Chantal Ladesou), aussi odieuse que fantasque et dépensière… Enfin, peut-être plus pour longtemps…

Adapter au cinéma une pièce de théâtre, si bonne soit-elle, est une opération délicate. Les deux ont beau s’apprécier de la même manière, les ressorts théâtraux ne fonctionnent pas forcément au cinéma, et inversement. Difficile de trouver l’équilibre idéal entre le respect de l’œuvre originale et les codes du cinéma. C’est vrai qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Lorsque Universal s’est lancé à adapter des œuvres telles que Dracula ou Frankenstein, c’est bel et bien sur leurs adaptations théâtrales que les auteurs de l’époque se sont appuyés. Mais depuis, le cinéma a bien évolué, créant ses propres codes, et rendant les adaptations théâtrales plus « périlleuses ».

Malheureusement, David Diane et Morgan Spillemaeker n’ont pas fait de miracle en signantComment tuer sa mère, l’adaptation de la pièce Conseil de famille (d’Amanda Sthers et dudit Morgan Spillemaeker). La faute en revient principalement à un rythme erratique et une relative absence d’idées.

Pourtant, en alignant un casting d’habitués de la comédie, on aurait pu s’attendre à beaucoup mieux. La fratrie potentiellement assassine est plutôt bien campée par le trio Desagnat – Fraï – Arruti, convaincants en enfants globalement démolis par une Chantal Ladesou certes en grande forme, mais qui cabotine avec le personnage qu’elle s’est forgée au cours de sa carrière bien plus qu’elle n’incarne l’horrible, et hilarante, génitrice du clan Mauret. Quant à Fatsah Bouyahmed, on se demande ce qu’il est allé faire dans cette galère. Son personnage, à peine travaillé en écriture, n’est finalement prétexte qu’à deux gags. Au même titre que le poulet dans le four servant d’unité de temps et les plans vraiment pas esthétiques du toit de la maison servant d’unité de lieu, il n’existe vraisemblablement que pour nous signifier que nous ne sommes pas sur Mars et qu’il y a bien une vie en dehors des murs de la propriété familiale.

Mais on peut avoir un excellent casting sans parvenir à son but. Pire encore, le meilleur texte de théâtre peut se planter à l’écran, par la seule magie du cinéma. Et dans Comment tuer sa mère, le texte de Sthers et Spillemaeker (conservé pour bonne partie) marche moyennement. La majorité des bons mots tombent à plat et les gags exploitent de très grosses ficelles. Les temps de pauses et autres précipitations ont rapidement raison des répliques lancées parfois n’importe comment. Restent finalement les rebondissements successifs de la pièce, qui eux fonctionnent bien, mais qui ne surprendront évidemment pas les connaisseurs, ainsi qu’un final explosif totalement réjouissant.

Comment tuer sa mèrerejoint sans surprise la déjà longue liste d’adaptations théâtrales bancales et paresseuses. Sympathique sur le papier et servi par l’énergie de ses comédiens, on s’y ennuie hélas beaucoup trop pour le recommander.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Une franchise indestructible

Les Indestructibles 2 (2018)Résultat de recherche d'images pour "les indestructibles 2"

Un film écrit et réalisé par Brad Bird

Doublé en France par Déborah Perret,

Gérard Lanvin, Louane, Amanda Lear…

Distribué par The Walt Disney Studios

En salle le 4 Juillet 2018

Alors que les super héros ne sont toujours pas reconnus d’utilité publique par le gouvernement, Mr indestructible, Elastigirl et leur famille peinent à redevenir les Parr. Bob s’ennuie et rêve de sa gloire passée. C’est alors que Evelyn et Winston Deavor, deux investisseurs passionnés par les « supers » vont proposer à Elastigirl de participer à un programme visant à réhabiliter l’image des héros en filmant chacun de leurs faits et gestes. Elle va se retrouver confrontée à un terrible méchant surnommé « L’hypnotiseur ».

Il aura fallu 14 ans à Brad Bird pour offrir une suite à son premier gros succès public (après le remarqué Géant de Fer) : Les Indestructibles. Entre temps, il a mis son grain de sel dans Ratatouille, donné un corps à Mission Impossible : Protocole Fantôme et est parti À la poursuite de Demain. Bien que ce dernier fût un relatif échec au box-office, il n’en était pas moins une œuvre artistiquement aboutie. C’est d’ailleurs la particularité de ce réalisateur : c’est un artiste avant d’être un faiseur comme Hollywood en a tant. Dans chacun de ses projets, il apporte ses thèmes, ses angoisses et ses réflexions. Il y a une patte Brad Bird comme il y a une patte Spielberg. S’il décide donc d’offrir une suite après 14 ans, c’est qu’il estime avoir quelque chose de neuf à raconter.

Et c’est le cas. Bien que le film démarre seulement quelques secondes après la fin du précédent, le réalisateur nous offre définitivement une histoire en lien avec son époque. S’il retrouve avec génie son talent d’écriture qui conjugue humour, émotion et action non-stop, ce nouvel opus offre à Elastigirl les honneurs du rôle de protagoniste. Il développe le personnage avec intelligence et amour. Mr Indestructible devient un homme au foyer qui tourne en rond tandis que sa femme mène l’aventure. L’époque est aux grands rôles féminins et Bird l’a bien compris. Ce n’est pas qu’un effet de mode mais on sent le vrai plaisir à jouer avec ce personnage. Dès lors, Hélène Parr irradie l’histoire de sa présence et éclipse sans mal son puissant mari. Le spectateur a l’impression de redécouvrir la famille.

L’autre héros du film n’est pas inattendu mais déploie sa force tout au long de l’histoire : Jack-Jack. Il est courant dans l’animation que les bébés soient un ressort comique et attirent la sympathie. On pense immédiatement à Maggie Simpson. Jack-Jack est de ceux-là mais, encore une fois, Brad Bird va utiliser sa subtilité d’écriture pour redéfinir totalement le personnage lors de cinq minutes hilarantes mettant en conflit le jeune Parr et… un raton-laveur. On est à la frontière du cartoon, de l’action et quasi pas de dialogues. Et pourtant, le personnage nous y est présenté sous toutes ses facettes sans qu’il soit besoin de les rappeler plus tard.  Un exemple de scenario.

Au-delà de cela, le film se pare de ce qu’il faut de tension, d’action et d’humour pour dérouler ses deux heures sans accroc. On en vient à se dire qu’il finit trop vite. C’est aussi grâce aux thèmes universels qu’ils traverse : notre rapport aux écrans qui isolent, la dangerosité de personnes qui auraient tout pouvoir, etc. Il faut aussi saluer la sublime partition de Michael Giacchino. Cela faisait longtemps qu’un film de super-héros ne nous avait pas offert une bande originale qui procure de l’émotion plutôt qu’elle ne la force.

C’est sur ce point précis que nous pourrions terminer notre article. Les Indestructibles 2 rappelle à tous ce que peut être un film héroïque fait avec plus de cœur et moins d’automatismes. Il nous remet en mémoire ce que c’est que de rêver sur grand écran avec des héros attachants et qui nous donne envie qu’ils existent. Bref, il rappelle ce qu’étaient les premiers films Marvel et ce que l’industrialisation en a fait. Le cinéma de divertissement a besoin d’auteurs tels que Brad Bird pour nous offrir des rêves de qualité.

Un article de Florian Vallaud

Agression sensorielle

Sans un bruit (2018)Résultat de recherche d'images pour "sans un bruit"

Thriller, horreur – USA

Réalisé par John Krasinski

Avec Emily Blunt, John Krasinsky

Sortie en salle le 20 Juin 2018

Distribué par Paramount Pictures France

Dans un monde où l’humanité est proche de l’extinction et le silence un gage de survie, les membres d’une famille vivent dans la crainte perpétuelle de prédateurs aussi voraces qu’aveugles. Dans leur ferme à la fois isolée et cernée, ils essaient tant bien que mal d’assurer le quotidien malgré une menace souvent trop palpable.

Tout commençait pourtant bien. Dès ses premières minutes, Sans un bruitposait son ambiance avec une certaine efficacité. Une famille, pieds-nus, fourrageant dans un magasin à la recherche de médicaments, le tout dans le plus grand silence. Dans la salle, tout le monde retient son souffle. En refermant sa première séquence sur une tragédie, il amène son postulat de manière maline et choquante. On est alors scotché à son siège par cet environnement sonore maîtrisé et la fulgurance de ses créatures insectoïdes empruntant largement aux raptors de Spielberg leurs attitudes et leurs cris. Tous les ingrédients étaient là pour nous offrir un monstrueux thriller post-apocalyptique d’une originalité folle.

Car la proposition de Sans un bruit nous emporte dès ses premières secondes… avant de finalement se déliter progressivement, assez rapidement d’ailleurs. La faute à un basculement marqué vers le jump-scare en seconde partie, pour se conclure allègrement sur une tonalité très orientée action. De toute évidence, John Krasinsky ne maîtrise pas encore ni la suggestion, ni le hors-champ, des compétences pourtant indispensables pour mener à bien un tel projet. D’une manière générale, le film perd de sa subtilité à mesure que ses créatures se dévoilent. Et dès qu’on finit par nous en faire voir les crocs de baudroie, le charme, déjà bien émoussé, est définitivement rompu et la peur a déjà foutu le camp par la fenêtre depuis quelques temps. L’intéressante idée du début s’est très vite effacée.

Plus gênant, le film est littéralement parcouru de bonnes idées mal exploitées ou oubliées sur le bord de la route. La jeune Regan est sourde (Millicent Simmonds, elle-même sourde), et durant les premières minutes, quasiment tout le monde s’exprime par le langage des signes. Un détail ouvrant tout de même d’intéressantes perspectives… s’il n’avait pas été rapidement abandonné (les personnages finissent par chuchoter en permanence), pour ne finalement revenir qu’à quelques minutes de la fin, pour servir un sentimentalisme familial particulièrement facile. De même, ne vouloir partager avec le spectateur que ce que les personnages peuvent entendre tient pour ainsi dire de l’idée de génie ; particulièrement lors d’une scène impliquant Regan et une créature, où la surdité imposée au spectateur et la perspective de bruits involontaires qui pourraient la trahir fait retenir son souffle au spectateur. Là où le bât blesse, c’est que l’ambiance sonore est un tel tintamarre que l’atmosphère en est continuellement cassée pour devenir un hymne à jump-scare permanent. Sans un bruit bascule malheurseusement dans les travers dont il espérait visiblement s’affranchir.

Belle proposition sur le papier (la première version du scénario ne comportait paraît-il qu’une seule ligne de dialogue), Sans un bruit débute en nous promettant de suggérer la peur, et s’égare finalement en chemin. Pas désagréable pour autant, il nous réserve même quelques séquences de tension bien senties. Mais il reste très loin de tenir sa promesse de renouveau.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

The lost world rising

Jurassic World – Fallen KingdomRésultat de recherche d'images pour "jurassic world fallen kingdom affiche"

Aventure, Science-Fiction, Thriller – USA

Réalisé par Juan Antonio Bayona

Avec Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, Rafe Spall…

Sortie en salle le 6 Juin 2018

Trois ans se sont écoulés depuis la chute de Jurassic World. Claire Dearing (Bryce Dallas Howard), ancienne directrice du parc, se consacre à présent à la protection des résidents survivants d’Isla Nublar. Alors que le volcan de l’île menace d’entrer en éruption, une opération de sauvetage est commanditée par Benjamin Lockwood (James Cromwell), ancien associé de feu John Hammond, pour rapatrier sur le continent 11 espèces, parmi lesquelles Blue, la dernière des vélociraptors. Une mission qui ne peut être accomplie que par l’ancien dresseur de raptors Owen Grady (Chris Pratt). Mais cette opération ne cacherait-elle pas des desseins moins idéalistes qu’il n’y paraît ?

Quand Jurassic World a été annoncé, plus de 10 ans après un Jurassic Park III en demi-teinte, personne ne l’attendait plus, mais l’intérêt fut immédiat. Reboot autant que suite, il tirait un trait sur les 2 derniers épisodes de la saga initiée par Steven Spielberg, faisant déjà tiquer les fans avant même qu’on en sache plus à son sujet. À sa sortie en salles, l’enthousiasme est pourtant là et le succès aussi, en dépit d’un fan-service parfois à la limite du prosélytisme. Colin Trevorrow avait accouché d’un divertissement de très bonne qualité, tout en mettant sous couveuse les œufs d’une potentielle suite. Aujourd’hui, ces œufs ont éclos. Reste à savoir si le bébé est viable.

Inutile de ménager le suspense, la réponse est un oui, sans doute aussi grand que Roberta, la T-Rex vedette du parc. Et ne nous mentons pas, tous les doutes étaient permis et le pari loin d’être gagné d’avance. Le premier Jurassic Worlds ouffrait de certaines faiblesses (une surenchère un peu vaine, des références parfois lourdes, des personnages pas forcément très fouillés…), lançait des pistes floues et n’existait finalement qu’à la perspective d’une suite. Nous-mêmes, tandis que nous le chroniquions, nous craignions un bis du The Lost World de Spielberg, et jusqu’au visionnage, les similitudes semblaient tellement énormes (l’opération de sauvetage sur l’île, l’exfiltration clandestine des dinosaures, l’incursion d’un prédateur sur le continent) qu’on s’attendait à un nouveau film de fans, gonflé à la surenchère mésozoïque et saturé de références en tout sens. Jurassic World n’était pour ainsi dire qu’un Jurassic Park 2.0 : plus gros, plus impressionnant, plus désastreux. Attendu au tournant, Fallen Kingdom évite les croches-pieds avec élégance et même une certaine insolence, se permettant des pointes d’humour bienvenues. Il affiche en outre une bien plus grande ambition, tant sur le fond que sur la forme.

Contrairement à d’autres franchises (Star Wars. pour reprendre un exemple de franchise récemment rebooté), Jurassic World – Fallen Kingdom a déjà le bon goût de ne pas jeter à la poubelle les lignes lancées dans l’opus précédent. Et la pêche est plutôt fructueuse. Les nébuleux projets du trouble docteur Henry Wu (B.D. Wong) reviennent à la charge, et la prophétie de feu Vic Hoskins (Vincent d’Onofrio) est devenue réalité. Indominus Rex est mort, mais son héritage perdure et perdurera encore longtemps. Certes, on pourrait arguer qu’en empilant à la fois les dérives de la recherche génétique, la menace des armes biologiques, le manque d’éthique et le mépris humain pour les animaux, on prend le risque de passer à côté de son sujet. Et pourtant, Colin Trevorrow et Derek Connolly nous emportent et savent de toute évidence où ils vont. L’écriture est cohérente et le message a un sens.  On pourra tout juste lui reprocher quelques partis pris un peu radicaux (des méchants sans nuances, peu de surprises), ainsi que quelques incohérences et invraisemblances de ci, de là. On parle là de quelques secondes sur un film de plus de 2h00, loin de tirer l’œuvre vers le bas.

C’est d’autant plus pardonnable que le travail de mise en scène du réalisateur Juan A. Bayona est pour ainsi dire exceptionnel. Ayant débauché une partie de l’équipe ayant participé à ses autres réalisations (entre autres Oscar Faura à la photographie et Bernat Vilaplana au montage), l’espagnol sublime littéralement Fallen Kingdom par son sens de la mise en scène. Le débarquement de Grady, Dearing et leurs accompagnateurs sur l’île, à bord de leur petit coucou, nous donne le même frisson que l’arrivée de l’hélicoptère à Jurassic Park voilà 25 ans. L’Île des Brumes a rarement été aussi sublime. Ne cachant pas son amour pour les nuits d’orage, l’angoisse qu’ils suscitent et surtout leur éclairage particulier, Bayona joue habilement sur les clairs-obscurs, les ombres mouvantes et les reflets, reprenant l’esthétique sombre du film d’horreur classique sans pour autant céder à l’appel de l’horreur pure. On tremble peu, c’est vrai, mais la tension n’en demeure pas moins palpable. Quant aux plans et aux images, ils sont absolument splendides.

Sensé et sensible, Jurassic World – Fallen Kingdom se taille à coups de griffes et de crocs une place de choix au rang des rares blockbusters né avec un cerveau et un cœur. Haletant de bout en bout et distillant ses références avec plus de subtilité que son aîné, il pose habilement les fondations de sa conclusion. Et c’est avec une impatience bien moins ironique que nous attendons la suite.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux