Le Garçon et la Bête (2016)

Le Garcon et la bête (2016)

un film de Mamoru Hosada

À 9 ans, l’univers de Ren s’effondre. Sa mère, divorcée, perd la vie dans un accident, et son père demeure introuvable. Confié aux soins d’une famille qu’il ne connaît pas et qui ne mesure pas le vide qu’il ressent, Ren fugue et se retrouve livré à lui-même dans Shibuya, le monde des humains. Au hasard de ses errances, il fait la rencontre de Kumatetsu, un ours puissant et impulsif qui lui propose de devenir son disciple et le mène jusqu’à Jutengaï, le monde des bêtes, à présent en effervescence. Le seigneur des lieux est appelé à désigner son successeur entre Kumatetsu et son rival de toujours Iôzen. Ren, renommé Kyuta par son maître, découvre alors pourquoi l’ours l’a choisi pour disciple. Par son attitude arrogante et colérique, il s’est attiré la vindicte de tous et aucune bête ne souhaite l’avoir pour maître.

L’Enfer, c’est les autres

Sous prétexte qu’ils opèrent sur le terrain de l’animation japonaise, d’aucuns osent la comparaison entre Mamoru Hosoda et Hayao Miyazaki, assurant un peu vite que la relève du vénérable maître de l’animation était assurée. Aussi absurde que de vouloir comparer Pixar à Dreamworks ou The Elder Scrolls et Grand Theft Auto. Dans la forme, ça y ressemble, mais leurs ADN sont profondément différents. Loin de l’univers onirico-spirituel dans lequel Miyazaki entraîne ses spectateurs, Hosoda lui préfère l’émotion du quotidien et surtout la famille, noyau dur d’une société difficile à pénétrer dès lors qu’on s’écarte quelque peu de la norme. De Makoto Kono, héroïne de La Traversée du temps, que ses voyages dans le temps finissent par isoler de sa progression vers l’âge adulte à Hana et ses deux enfants dans Les Enfants-loups, qui tente en vain de s’isoler d’une société incapable de les accepter, Hosoda nous dépeint des personnages complexes et pétris d’aspérités qui peinent à entrer dans les cases trop orthogonales de leur société. Il en est ainsi des deux protagonistes principaux dans Le Garçon et la bête.

La rivalité qui oppose Kumatetsu à Iôzen illustre parfaitement ces difficultés. Ours paresseux, égoïste et impulsif, Kumatetsu n’a pu s’assurer une place au sein du monde des bêtes que par sa force hors du commun qui a fait de lui un très grand guerrier. Mais s’il est pressenti pour succéder au seigneur, la population lui préfère son rival Iôzen, de force égale, mais révéré pour sa patience et sa grandeur d’âme. Là où lui se pose en pilier de la société en apparaissant avec famille parfaite et disciples nombreux, Kumatetsu n’est qu’un marginal solitaire. Son but est d’ailleurs autant d’accéder au rang de seigneur que de battre Iôzen, et par là même contraindre la société à l’accepter. Il doit pour ça accéder au rang de maître, et se voit lui-même contraint de prendre un disciple.

Le singe le voit, le singe le fait

Ce disciple, ce sera Ren, que Kumatetsu renommera Kyuta pour marquer sa rupture totale avec le monde des humains. De caractères sensiblement identiques maître et disciple alternent calme relatif et disputes mémorables, lesquelles apportent un humour bienvenu à la quête initiatique de Ren/Kyuta et Kumatetsu, certes classique mais parfaitement maîtrisée par un Mamoru Hosoda au sommet de son art depuis Les Enfants-loups. Entraînements, disputes, combats et progrès s’enchaînent sans temps mort, déroulant les avancées du maître et du disciple. Une formation qui aura vu Ren passer de l’enfance à l’adolescence, tout en s’accommodant de l’incapacité de Kumatetsu à lui enseigner ses techniques. Ayant grandi dans une solitude encore plus profonde que celle de son disciple, l’ours a appris tout ce qu’il sait de manière empirique, sans comprendre réellement ce qu’il faisait, contraignant Ren/Kyuta à la seule méthode d’apprentissage à sa disposition : l’imitation. Comme les enfants qui apprennent la vie en imitant leurs parents. Certes cette récupération du rôle paternel par Kumatetsu peut sembler un peu facile, de même que l’opposition de ce dernier au véritable père de Ren/Kyuta. Elle le serait si elle n’était intégrée à un ensemble de sous-intrigues donnant corps et cohérence à ce conte initiatique de presque deux heures.

Si on devait retenir la réelle faiblesse de Le Garçon et la bête, ce serait sans doute la facilité de cette intrigue globale. La marge de progression de ses personnages est balisée et rares sont les séquences capables de nous surprendre. L’ensemble reste cependant maîtrisé et équilibré, laissant élégamment la place à la patte graphique de Hosoda. Alternant et combinant animation traditionnelle, 3D et prises de vue réelles modifiées, Le Garçon et la bête se distingue du studio Ghibli et son style caractéristique, mais rivalise sans honte avec les décors photoréalistes du Voyage d’Arlo, dernier mètre-étalon en date du film d’animation. Le monde foisonnant et coloré des bêtes opposé au métallique et cassant quartier des humains en est un exemple. Loin d’accoucher d’un film sans âme, Hosoda parvient en une image à nous faire ressentir la douce chaleur de Jutengaï ou le pâle et glacial béton de Shibuya. Tout y est superbe et superbement animé.

En conclusion, Le Garçon et la bête n’est sans doute pas le plus inspirant des films de Mamoru Hosoda, ni même le mieux écrit, mais ces faiblesses ne masquent en rien ses forces. À la fois soigné et rythmé dans sa réalisation, drôle dans ses dialogues et ses situations, il mérite amplement sa place sur le podium des films d’animation (et des films, tout court) à voir cet hiver. Il est cependant regrettable que sa diffusion soit restreinte par un nombre limité de copies disponibles et une campagne marketing qui fait pâle figure face au rouleau-compresseur Disney-Pixar. Je ne peux que vous encourager à faire l’effort de trouver un cinéma ayant à la fois la chance et l’intelligence de le programmer. Vous ne regretterez pas le déplacement, quand bien même la météo vous encouragerait-elle à rester dans vos pénates.

article de GBP

Kids 2, le retour ?

Bang Gang : une histoire d’amour moderne (2016)

un film de Eva Husson

avec Finnegan Oldfield, Marilyn Lima

On est en été, l’été de la canicule. Une bande d’adolescents se retrouve dans une maison pour passer leurs longs moments d’ennui. Un jour, George, une jeune fille de 16 ans amoureuse d’Alex le propriétaire des lieux, invente un jeu pour attirer son attention : le « Bang Gang ». Le groupe va ainsi opérer son exploration sexuelle, la repoussant jusqu’aux limites et de là naîtra le scandale. C’est l’histoire de l’été de tous les changements.

Le résumé de ce film a été assez compliqué à établir étant donné que nous sommes face à un film qui traite d’un sujet mais prétend lui en accoler un autre. Le premier long métrage d’Eva Husson, 39 ans, traîne derrière lui l’ombre d’une communication qui n’est pas pour le servir. Son côté sulfureux peut assez rapidement paraître racoleur et putassier au regard de la bande annonce. C’est comme pour rassurer le public qu’on a cru bon d’ajouter le sous titre « une histoire d’amour moderne » : ce que nous allons vous montrer est peut être choquant mais rassurez-vous, tout cela finira par une histoire d’amour. Dans les quelques interview qu’elle a donné, Eva Husson dit avoir voulu que « le cinéma conquise à nouveau l’intime sur le pornographique », « traiter de l’extrême pour y faire affleurer des comportements plus courants ». Dans le même temps, elle précise qu’elle ne voulait pas juger et montrer que ce qui se passait dans le film n’était pas si grave, que ce n’était qu’une étape qui construit l’adulte de demain. Des erreurs de la veille peuvent naître les bonnes décisions du jour. La réalité du message véhiculé par le film est hélas tout autre, peut-être au détriment des volontés réelles de sa réalisatrice.

La première référence qui vienne en tête à la sortie du film, c’est Larry Clark. Ce réalisateur américain, qualifié de « pornographe » par certains, est connu pour ses films mettant en scène le rapport des adolescents à la sexualité. De son premier film Kids en 1995 à Ken Park qui connut le succès en 2002, ses œuvres ont toujours suscité la polémique. Son exposition photographique en 2011 au musée d’art moderne de Paris a été interdite aux moins de 18 ans tant elle gênait par son contenu. Mais c’est un fait, le cinéma de Larry Clark définit comme personne l’ennui abyssal de ces années de transition que beaucoup de jeunes fuient par des expériences de plus en plus extrêmes comme la drogue et la sexualité. Ce qu’ajoute Eva Husson dans son film, c’est le rapport à la pornographie qui a une place tellement prépondérante et quotidienne dans la jeunesse actuelle, qu’on la projette sur des murs lors des après midi entre potes comme on projette des vidéos Youtube de chats. C’est aussi banal que cela. Dès lors, les rapports entre les êtres sont banalisés et on « joue au sexe » comme on « jouerait aux jeux vidéos ». Ce qui est finalement une expérience de sexe à plusieurs est réduite au statut de jeu de société. Quand la réalisatrice dit qu’elle veut nous montrer des comportements plus courants, elle nous montre un personnage nommé Gabriel (la force des noms symboliques) qui préfère passer ses après-midi dans sa chambre à composer sa musique et qui s’occupe malgré tout de son père handicapé. Un « adolescent idéal » en somme, posé en opposition à ceux qui participent à ces après-midi de dépravation. Le message est assez clair et aurait pu s’arrêter là. Le public aurait fait son propre avis sur ce qu’il considère comme bien ou mal, tout en étant orienté par la caméra et le scénario de la réalisatrice. Après tout, on admet totalement que le cinéma n’est pas objectif et qu’il présente un avis sur une situation donnée. D’autant que les événements du film projettent un rapport au corps et la sexualité assez juste dans sa première partie.

Car en plus de banaliser le sexe, les adolescents du film montent un site internet uniquement destiné aux participants qui permet de publier ses vidéos et photos des soirées. Ainsi, et du propre avis d’un des personnages créateur du site, cela leur permettra de se voir en situation et d’être vu des autres. Nous sommes en plein dans le sujet du rapport au corps et sa plasticité durant l’adolescence. Ce site met le jeune en position de voyeur et d’exhibitionniste. Ce que sont finalement les réseaux sociaux actuels. Cette surexposition de notre vie qu’on présente au monde entier, par l’intermédiaire de Facebook ou de Twitter, est un des modes d’existence de l’adolescence. On ne se sent exister que si on se voit exister sur ces sites et donc exister par rapport aux autres. C’est aussi là-dessus que le film est intéressant, quand il en montre le mauvais côté, la dérive possible et dommageable à l’âge où on découvre malgré soi que le regard des autres peut être destructeur.

Jusqu’ici, Bang Gang nous offre une expérience artistique maîtrisée. La réalisation est superbe et les scènes érotiques sont esthétiquement belles et bien filmées, ce qui les distingue totalement de Larry Clark. Le rythme est lent mais permet de vivre au rythme de leur été qui ne semble jamais devoir finir et devient pesant. C’est dans sa dernière partie que le film déçoit par un aspect moralisateur qui appuie beaucoup trop le propos et devient prêchi-prêcha. Comme si Eva Husson voulait s’assurer qu’on comprenne bien que ce qu’elle a montré n’était pas la norme et qu’il ne fallait pas la considérer comme tel. Ceci alourdit terriblement le film et nous laisse un goût amer qui, si il ne détruit pas ce qu’on a pris plaisir à voir dans la première partie, le dévalue certainement. Le casting, qui alterne les bons comédiens et ceux dont les prestations sont plus discutables, n’aide pas à alléger cette partie et semble s’excuser de ce à quoi on vient d’assister. Comme si tout ceci était répréhensible.

C’est finalement le gros reproche qu’on peut faire au film Bang Gang : avec de bonnes intentions et des idées intéressantes, il semble se dégonfler dans la dernière partie comme si il fallait plaire au plus grand nombre. Mais ce n’est pas un film destiné à être populaire. Dès lors, la réalisatrice aurait du assumer jusqu’au bout son intention de départ, quitte à nous servir la même fin mais sans appuyer dessus avec des dialogues digne d’une rédemption. Cela reste malgré tout une très belle tentative d’amener un sujet que le cinéma français évite avec soin, préférant cantonner l’adolescence aux schémas datés de La Boum et laisser le reste aux américains.

article rédigé par FV

L’HERITAGE D’APOLLO CREED

CREED (2016)

Un film de Ryan Coogler

avec Michael B. Jordan, Sylvester Stallone

Adonis Johnson n’a jamais connu son père, le célèbre champion du monde poids lourds Apollo Creed, décédé avant sa naissance. Malgré tout, son ballottage de foyer en foyer pour cause de violentes bagarres révèle qu’il a sans conteste la boxe dans le sang. Désireux de marcher sur les traces de son géniteur, il se rend à Philadelphie dans l’espoir de suivre l’entraînement de l’ancien ami et rival de son père : Rocky Balboa.

Les trentenaires et quarantenaires le comprendront sûrement plus que quiconque, le cinéma des années 70 et 80 a forgé nombre de figures mythiques indétrônables dont les légendes perdurent encore aujourd’hui. Des histoires transmises de père en fils, de génération en génération. Des récits qui ont tellement envahi notre imaginaire que tous les réalisateurs actuels y font référence à un moment ou à un autre. Les Corleone, John Rambo, John McLane, Luke Skywalker, Indiana Jones, etc… Tant de genres différents pour un même constat : le cinéma serait différent sans eux, et la pop culture beaucoup moins riche. Rocky Balboa fait partie de ce panthéon. En l’espace de six films, le personnage créé en 1976 par Sylvester Stallone a conquis le cœur des spectateurs. Un boxeur à la résistance redoutable qui prend les coups de poings comme il prend les coups durs de la vie : sans jamais défaillir. Un personnage renfermé, mal à l’aise, qui ne semble jamais vraiment à sa place, et l’histoire d’amour timide qu’il entretient avec Adrian. Tous les éléments étaient réunis pour le nimber d’une aura suffisamment forte et lui assurer une place de choix dans l’histoire du cinéma. Mais ce n’est pas le seul personnage iconique de cette saga. Un autre y tient une place tout aussi grande malgré qu’il ne soit pas le personnage principal : Apollo Creed, transcendé par la performance de Carl Weathers. Il est si fort qu’il en arrive presque à éclipser les autres antagonistes du boxeur. C’est donc tout naturellement que le jeune réalisateur Ryan Coogler a préféré donner une suite à la saga se focalisant sur son fils, plutôt que céder à la facilité des sequels en proposant l’histoire du fils du héros. Si le distributeur français a pris la décision d’ajouter le sous titre, « l’héritage de Rocky Balboa », c’est davantage pour une raison marketing consistant à apposer une marque déjà connue du public.

Il est ici bien question d’héritage, mais davantage de celui d’Apollo Creed. Son fils ne porte pas son nom officiellement, étant le fruit d’une relation adultérine, mais il en porte le poids. Dès lors, le film tourne autour de la question de l’hérédité et du passé que véhicule un nom de famille. Si Adonis ne peut nier son attirance quasi génétique pour la boxe, il passe son temps à refuser d’être le fils d’un champion du monde : la peur de ne pas être à la hauteur et l’envie de réussir par lui-même. Il refuse d’être le fils de ce père qu’il n’a pas connu et dont l’aura le castre par delà la mort. C’est pour cela qu’il va chercher un père de substitution en la personne de Rocky, celui qui s’est construit tout seul et est devenu plus grand que le champion du monde. Il opère le même cheminement que Luke Skywalker quand il rencontre Obi-Wan. Les vieilles recettes pour créer un mythe sont utilisées et la réalisation va y concourir.

Ryan Coogler offre un film dont la beauté visuelle ne frappe pas au premier abord. Et, au même titre que le scénario, il cède aux sirènes des facilités scénaristiques évoquant les clichés dont on nous abreuve depuis des années. Puisque le personnage est un noir américain enclin à la bagarre, il a forcément fait le tour des foyers de redressement et tombe amoureux d’une rappeuse qui le rejette dans un premier temps. La finesse des scénarios de Stallone n’est plus. Ce qui était beau dans le film original, c’était cette résistance constante que semble opposer Adrian durant tout le film alors qu’on la sent tiraillée par l’envie de céder aux avances de Rocky. Cela relayait même la boxe au second plan, considérant le combat final de « l’étalon italien » comme un dépassement de lui-même. La vraie victoire est d’obtenir une déclaration d’amour d’Adrian et non le combat en lui même. Coogler préfère, quant à lui, mettre en avant la boxe et offre un dernier acte d’une beauté graphique et d’une violence salvatrice. Il s’offre même le luxe d’un clin d’œil à la séquence de course dans Philadelphie du film original en créant un plan visuellement magistral du nouveau héros. Balboa est prêt à passer le flambeau.

Mais ce n’est pas la seule raison de la présence de Stallone à l’affiche. Il y démontre encore une fois qu’il maîtrise de bout en bout ce personnage qui semble sortir naturellement de lui-même. Il fait la démonstration d’un jeu d’une finesse qu’on ne lui connaissait plus et atteint son paroxysme dans une scène de cimetière bouleversante. Bien évidemment, le héros n’est plus que l’ombre de lui-même. Mais n’aurions-nous pas trouvé ridicule de le voir aussi fringant qu’avant ? Comme dirait un autre personnage emblématique des années 80 : il est « trop vieux pour ces conneries ». Balboa est au crépuscule de sa vie. Sa santé défaille. Il est seul. Il en est au bilan. Il rappelle au spectateur de vieux souvenirs par quelques anecdotes qui parleront aux plus fidèles de la saga. Cela pourrait gêner certains qui s’empresseraient de dire « c’était mieux avant ». Mais ce qui a déjà été ressenti ne peut plus avoir le goût de la nouveauté : nous évoluons et l’époque aussi.

Malgré quelques facilités scénaristiques et une construction qui pourrait presque faire penser à un remake du film original, Creed est un bon film dépassant le cadre du simple divertissement testostéroné auquel on s’attendait. Il pose intelligemment les questions de l’héritage familial et de la construction de soi au regard de ce poids. De plus, il permet des retrouvailles touchantes avec un personnage qu’on aime tant revoir. Et à l’heure où nous perdons unes à unes les icônes de la pop culture, pourquoi refuser d’en retrouver pour des adieux en règle ?

CHERIE, J’AI RETRECI MARVEL !

Ant-Man, un film de Peyton Reed

Avec Paul Rudd, Evangeline Lilly, Michael Douglas

Sortie le 14 Juillet 2015

Scott Lang, cambrioleur malin mais malchanceux, sort de prison. Fauché mais souhaitant se réinsérer et gagner le droit de voir sa fille vivant avec son ex-femme, il tente en vain de trouver un travail. Mais il se heurte rapidement à la dure réalité, le monde extérieur n’est pas tendre avec les ex-taulards. C’est alors que son colocataire, et ex-compagnon d’activités criminelles, lui propose un coup en apparence sans risque : cambrioler la demeure vide d’un vieux riche abritant un coffre très prometteur. Mais plutôt que des billets et des bijoux, Scott Lang n’y trouvera qu’une étrange combinaison aux pouvoirs inattendus.

Tout est mini dans notre vie

Après un Avengers 2 qui aura déçu beaucoup de monde (nous aurons l’occasion d’y revenir lors de sa sortie en dvd), Marvel clôt sa phase deux en intégrant un nouveau personnage dans son univers cinématographique : Ant-Man. C’est d’ailleurs un choix assez étrange de leur part de clôturer une phase par l’introduction d’un nouveau héros plutôt que par un film chorale. Ceci pourrait en partie expliquer la sensation des spectateurs d’Avengers 2 de s’être retrouvé devant une transition et non une conclusion. D’autant que, même si Ant-Man fait référence à son prédécesseur par plusieurs allusions, il ne constitue pas une conclusion satisfaisante à cette phase deux. L’explication peut se trouver dans le parcours chaotique qu’a connu le développement du film.

Bien avant que Kevin Feige (président de Marvel) ne décide de créer cette saga cinématographique que nous connaissons, Edgar Wright avait dans l’esprit de réaliser un film Ant-man. Certaines sources affirment qu’encore avant ça, Stan Lee aurait également voulu en faire un dans les années 80 mais que la ressemblance avec Chéri j’ai rétréci les gosses avait enterré le projet. Toujours est-il que Wright, connu pour sa trilogie du Cornetto avec Simon Pegg, avait prévu de s’atteler à ce projet après avoir fini de tourner Scott Pilgrim. Mais le projet prend du temps et finit par s’inscrire dans l’univers Marvel, ce qui a obligé Wright à réécrire de nombreuses fois le scénario pour coller au reste de l’histoire contée par les autres films. En 2013, soit 7 ans après la proposition du projet, il est prévu que le film clôture la deuxième phase de l’anthologie cinématographique. Mais des différends artistiques entre la production et Wright provoquent le départ de ce dernier. Le projet est alors confié à d’autres scénaristes. En plus des nombreuses réécritures de Wright, il aura donc fallu trois autres personnes pour retoucher le scénario. Et cela se sent terriblement. C’est là que réside l’un des principaux problèmes du film.

En effet, Ant-Man pâtit d’un mauvais dosage du scénario. Pendant quasiment une heure de film, il se passe peu de choses à l’écran. S’il s’agissait de développer le caractère du personnage et nous le présenter comme quelqu’un de complexe et mû par des combats intérieurs profonds, cela aurait pu se justifier. Après tout, Batman begins était conçu sur ce modèle et nous n’entrions vraiment dans l’histoire qu’après une heure de film. Mais Scott Lang n’est pas Bruce Wayne. Scott Lang n’est que l’archétype du repenti déçu en quête d’argent pour s’occuper de sa fille perdue dans un divorce : ni plus, ni moins. Il y a certes d’autres personnages à présenter comme Hank Pym, le vieux scientifique à l’origine du costume qui fait rétrécir, et sa fille. Mais là encore nous sommes dans des cadres connus et assez classiques de relation père/fille compliquée. De plus, ce n’est pas la bande de cambrioleurs qui accompagne Lang qui va sortir des clichés. Et je ne parle pas du méchant de l’histoire aux motivations lambda et au charisme absent.

Mais qu’est ce qui justifie d’aller voir ce film me direz-vous ? C’est que la deuxième heure est sacrément bien rythmée et divertissante. Avec une gestion très habile de la rupture de rythme dans l’action pour créer le rire, Peyton Reed nous offre un combat final très fun souvent mieux géré que dans Les Gardiens de la galaxie. En règle générale, le film est assez drôle avec des gags parfois absurdes et des personnages délicieusement crétins sûrement hérités du scénario original de Wright. Passé la longue introduction, on ne s’ennuie pas tant les événements s’enchaînent et les bonnes idées déferlent à l’écran. Notons aussi que les acteurs sont convaincants avec en tête un Paul Rudd au mieux de sa forme. Celui dont le grand public retient surtout la prestation en guise de mari de Phoebe dans Friends, démontre une vraie capacité à alterner entre l’épique et le comique avec une facilité désarmante. Le fait qu’il ait lui-même co-écrit le scénario n’est peut être pas étranger à l’osmose qui existe entre lui et son personnage. Michael Douglas, quant à lui, n’offre pas une prestation ébouriffante mais son personnage n’en exige pas tellement plus.

Si nous devions résumer, Ant-man est plutôt un bon film d’été, divertissant et changeant des poulains habituels de l’écurie Marvel. Il apporte une fraîcheur bienvenue après l’univers assez sombre d’Avengers 2. Il y a fort à parier que si Wright avait réalisé le film et que Marvel lui avait donné une certaine liberté, nous aurions eu affaire à un exemple du genre, mais Peyton Reed ne s’est finalement pas mal débrouillé avec ce qu’on lui a laissé entre les mains. Il ne faut pas vous attendre à être transcendé par Ant-Man mais juste à passer un bon moment devant un film sympathique, et en fin de compte, ce n’est déjà pas si mal. 

Vice Versa ( 2015)

Un Film de Pete Docter

doublé en français par Charlotte Le Bon, Gilles Lellouche,

Mélanie Laurent et Pierre Niney

Depuis 11 ans, Peur, Tristesse, Colère et Dégoût dirigent la vie de Riley sous le patronage de Joie. Logés dans le quartier cérébral de la tête de Riley, ceux-ci s’assurent depuis sa naissance que sa vie ne soit qu’une collection de bons moments. Peur la prévient des dangers, Dégoût s’assure qu’elle ne se pourrisse pas la vie avec de mauvaises choses, Colère se voit comme le doigt de la justice et Joie distille ses moments de bonheur pour alimenter en permanence les cinq îles qui constituent la personnalité de Riley. Seule Tristesse n’arrive pas à trouver sa place dans tout ce petite monde bien orchestré et ce n’est pas Joie qui va l’aider. Mais un jour, toute cette belle organisation s’effondre petit à petit et Joie et Tristesse se perdent dans la tête de Riley en essayant de rétablir la situation, laissant Peur, Colère et Dégoût seuls maîtres à bord.

Une aventure hors du commun

Je dois bien vous l’avouer, il m’a été très difficile de résumer ce film tant son histoire sort des sentiers battus. A l’heure où je commençais à penser que le cinéma ne pouvait plus nous offrir d’histoires originales, tout ayant déjà été raconté, le studio Pixar me fait encore regretter d’avoir pensé trop vite. A chaque fois qu’un nouveau poulain sort de leurs écuries, tout le monde crie à l’étalon et je me surprends à espérer que ce ne soit qu’un Shetland. Mais que voulez-vous, à part quelques erreurs de parcours ( Cars 2, Monstres Academy ou le trop surestimé à mon sens Wall-E), Pixar ne cesse de briller par son inventivité, son sens inné de la narration et sa capacité à nous toucher droit au cœur.

Pour ce nouveau coup de maître, Pete Docter (à qui nous devons les fabuleux Là-haut et Monstres et Cie) décide de passer par le symbolisme et l’incarnation pour nous parler de la fin de l’enfance. Plutôt que de nous servir à nouveau un scénario où la petite Riley vivrait devant nos yeux les expériences qui vont forger l’adolescente, puis l’adulte, qu’elle sera plus tard, Docter décide de nous le faire vivre de l’intérieur : de nous montrer les mécanismes psychologiques et émotionnels en actions dans ces changements radicaux que marque la fin de l’insouciance. Si nous n’évitons pas les écueils du déménagement et du changement de vie qui peuplent tous les films sur le sujet, l’originalité est de les poser comme des métaphores du changement intérieur de Riley : elle quitte l’enfant qu’elle était (le Minnesota) pour l’adolescente qu’elle devient (San Francisco). Mais ce changement ne se fait pas sans mal.

Je n’en dis volontairement pas plus pour ne pas vous gâcher la découverte d’un scénario qui recèle bien des surprises, mais sachez juste que le périple de Joie et Tristesse pour rentrer au Quartier Cérébral ne sera pas de tout repos. Elles traverseront de nombreux lieux qui constituent le fonctionnement interne du cerveau humain. Et c’est sûrement toute la force du film, réussir à rendre tangibles et accessibles des concepts psychologiques tels que la mémoire à long terme, les pensées abstraites, le subconscient, etc. De la même façon, en incarnant les émotions et en les traitant comme des vrais personnages, le propos du film n’en devient que plus clair et plus passionnant. Ce qui aurait pu être un cours de psycho un peu barbant devient un film d’animation passionnant.

Un film familial ?

Depuis le début de cette critique, je n’ai volontairement pas dit qu’il s’agissait d’un film familial car toute la question est là. Si la salle était pleine d’enfants lors de la projection, force est de constater qu’ils n’étaient pas très réactifs à ce qu’ils passaient sur l’écran. Ils étaient calmes mais comme circonspects devant ce qu’on leur proposait. Les adultes, quant à eux, étaient bien plus réceptifs et très souvent hilares. Il faut le préciser, l’humour est omniprésent et demeure un des moteurs principaux du film. Mais c’est un humour centré sur les répliques et des références à des éléments étrangers aux enfants. Ou s’il ne leur est pas étranger parce qu’ils sont en plein dedans (les amis imaginaires et autres fantaisies), ils n’ont pas le recul pour en rire. Les gags purement visuels, qui sont la plupart du temps l’apanage des films pour enfants, sont quasiment absents de ce film. Tout se passe d’un point de vue cérébral et analytique.

Par ailleurs, tout comme Toy Story 3 avant lui, Vice Versa traite de la fin de l’enfance avec une certaine nostalgie. Si les enfants sont bien le sujet du film, ils ne sont clairement pas la cible visée par Pixar. Dans Toy Story 3, les enfants pouvaient y trouver leur compte dans l’histoire et dans l’humour qui touchait toutes les générations. Ici, ils n’ont pas de repères puisqu’ils sont en plein dans la période que raconte le film. Ils n’ont pas le recul nécessaire pour en profiter. Tout ce qu’ils peuvent en tirer, ce sont des personnages aux couleurs plaisantes qui s’activent sur un écran, mais guère plus. Ce long métrage est destiné aux adultes et jeunes adultes pour opérer un retour tendre et amusé sur une période qu’ils ont vécu et dont ils peuvent maintenant comprendre les mécanismes.

Vice Versa mérite amplement l’appellation de « chef d’oeuvre » tant il réussit à tous les niveaux : animation, rire, émotion, interprétation et un sous-texte d’une rare profondeur dans un film d’animation. Il mériterait même une analyse plus poussée et peut-être y reviendrais-je dans quelques mois quand sortira le Blu-ray. Mais pour le moment, il était nécessaire de rester à la surface des choses afin de laisser le plaisir de la découverte.

JURASSIC WORLD (2015)

Un film de Colin Trevorrow 

Avec Chris Pratt, Omar Sy, Bryce Dallas Howard

20 ans après le retentissant échec du visionnaire John Hammond, Jurassic World est devenu le plus extraordinaire parc d’attractions de la planète. Construit sur les ruines de Jurassic Park, sa réussite est incontestable. Sous la supervision de Claire Dearing, ce parc à maturité craignant une baisse de fréquentation s’apprête à présenter le plus terrifiant spécimen que la Terre ait jamais porté, l’Indominus Rex, hybride monstrueux aux allures de prédateur parfait. Mais lorsque la créature finit par échapper à ses créateurs trop confiants, c’est un véritable massacre qui s’annonce.

De retour sur l’Île des Brumes

Disons-le tout net, le pitch de cette nouvelle (et tant attendue) itération de la saga Jurassic Park ne brille pas par son originalité. Mais ce n’est clairement pas son but, il ne faut pas se leurrer. Jurassic Park a définitivement perdu sa profondeur après Le Monde perdu, lorsque le duo Spielberg et Crichton a cessé d’officier sur la licence, l’écrivain ayant refusé d’écrire une suite à son diptyque Mésozoïco-contemporain. Qu’à cela ne tienne, les auteurs de ce scénario à quatre mains et la production de Universal ont décidé de faire table rase du passé et de repartir sur de nouvelles bases. Fi donc du Monde Perdu et de Jurassic Park III. Fi donc d’Alan Grant, Ian Malcolm et les autres (à part John Hammond abondamment cité). L’Histoire s’est arrêtée il y a plus de 20 ans, après la mort dans l’œuf de Jurassic Park et c’est tout.

Pourquoi pas ? À mes yeux, nous avons affaire à une hérésie comme le cinéma nous en a rarement concocté. Mais admettons.

Sur le papier comme à l’écran, on ne peut pas vraiment bouder ce retour sur une Isla Nublar plus resplendissante, sauvage et dangereuse que jamais, mais aussi bien moins inquiétante et poisseuse. L’intrigue y perd en complexité ce qu’elle gagne en action effrénée. Perte ou profit, à chacun d’en juger. Pour ma part, je trouve la nouvelle intrigue sous-jacente à la chute du parc plus nébuleuse que celle de Jurassic Park premier du nom. Là où le vol des embryons par Dennis Nedry était facile à comprendre même sans avoir lu le livre et trouvait un dénouement clair devant la caméra de Spielberg, les motivations dépeintes par celle de Colin Trevorrow ne semblent pas avoir d’autre but que de poser les jalons d’une suite potentielle, tout en laissant toutes les latitudes aux (prochains ?) auteurs de cette nouvelle saga pour l’imaginer. Et de l’imagination, il leur en faudra.

Fan-servisaurus Rex

Comme tout Jurassic Park qui se respecte, Jurassic World possède de nombreux défauts, scientifiques tout d’abord (nous les aborderons dans le dossier dédié à cette saga) et techniques, dans une moindre mesure fort heureusement. Cependant si on ne devait retenir qu’un seul défaut à ce Jurassic World, ce serait celui de faire preuve de fort peu d’imagination. Sous le prétexte (fallacieux par moment) de rendre hommage au Jurassic Park de Spielberg, le film de Colin Trevorrow multiplie les références, comme autant de côtelettes jetées directement entre les crocs de fans-raptors attendant cette manne depuis 14 ans (votre serviteur parmi les premiers sur la liste). Le tout pour un résultat en demi-teinte.

Certes, on s’amuse de cette profusion de détails, parfois obscurs (Mention spéciale aux deux Jeeps Wrangler n°18 et 29 exhumées par les gamins, qui se trouvent être celles qu’empruntèrent Alan Grant et ses compagnons lors de leur visite sur Isla Nublar), mais partant toujours d’un bon sentiment, et cela quand bien même s’agit-il de meubler un scénario ayant parfois du mal à montrer les crocs. Car si l’Indominus Rex reste la grande star de ce nouvel opus, son récital à de faux-airs de redite.

Jurassic Park nous a habitué à la surenchère, allant jusqu’à introduire l’un des rares prédateurs possiblement plus gros que le tyrannosaure, avec le succès mitigé qu’on lui connaît. Restait alors à inventer pour ce reboot un prédateur encore plus… hé bien, tout. Plus gros, plus féroce, plus vicieux et surtout plus malin. Et tant pis pour la cohérence. Tant mieux pour le spectacle diront les autres (et à dire vrai, je n’ai rien contre l’idée, l’Indominus Rex n’a rien d’un affront, à part peut-être pour la vraisemblance). Jurassic World creuse ainsi lui-même sa mise en abîme à coups de griffes. Tel ce parc qu’il décrit et ses attractions dont le visiteur se lasse, il nous montre des séquences (parfois à peine modifiées) que les trois autres opus nous ont déjà offert (Le T-Rex attiré par les fusées éclairantes, la course au milieu du troupeau d’herbivores, l’attaque des ptéranodons (et consorts), respectivement épisode 1, 2 et 3), au point d’en faire rire jaune certains spectateurs.

Si l’on s’arrêtait là, Jurassic World ne serait guère plus qu’un fan-service. Mais c’est sans compter sur l’Indominus Rex, qui est à Jurassic World ce que Space Mountain fut en son temps à Disneyland : un aimant à public dont la seule présence suffit à insuffler de la vie au sein de ce brouet souvent paresseux.

Un ADN pour les gouverner tous

Indominus Rex est un monstre à bien des égards. Au sens large du terme d’abord. La bête, immense, féroce et maline comme pas deux, est terrifiante. Sa première confrontation avec Chris Pratt est d’ailleurs sans conteste le point d’angoisse culminant du film, ce dernier ne s’en sortant (de justesse) qu’en se montrant plus intelligent que son adversaire. Car c’est là, la force de l’Indominus Rex. Pas sa taille, ni sa férocité, mais son intelligence. Et il est bien dommage qu’elle ne soit pas mieux mise en valeur, car peu de choses le différencient du banal T-Rex par la suite. L’étincelle finit par s’estomper au profit de capacités plus exotiques qui en font un super-dino un peu plus fade.

Car au sens propre, Indominus est un monstre en ceci qu’il n’entre dans aucune case. Il (ou plutôt elle, car c’est une fille) est celui (ou celle, donc) qu’on ne reconnaît pas, une sorte d’étranger indésirable. Un état qu’elle doit à son créateur, le Dr Henri Wu ( joué par BD Wong qui reprend ici le rôle qu’il tenait en 1993, et c’est un bon point), le généticien de génie débauché par John Hammond en son temps et véritable instigateur de la recréation des dinosaures. Ce personnage un peu oublié de la saga (au point qu’on ignorait s’il était parvenu à quitter Jurassic Park dans le premier opus) gagne ici ses lettres de noblesse et une profondeur qui lui faisait défaut, le propulsant certainement au rang de personnage le plus intéressant de cet opus. Le mérite en revient aux scénaristes qui ont fait l’effort d’introduire une intrigue sous-jacente à base d’armes biologiques et de luttes de pouvoirs intestines au sein d’InGen. Un background certes placide et embryonnaire, mais que n’aurait peut-être pas renié Michael Crichton.

Dommage cependant qu’ils brisent cet édifice déjà précaire sur les écueils de la génétique. Car de ce côté-là, je crains qu’il n’y ait encore du chemin à faire. Si oui, il est tout à fait possible d’introduire dans le génome d’un animal ou d’une plante les gènes d’une autre espèce (Le Maïs transgénique et autres OGM, ça vous parle ?), je reste dubitatif quant au fait qu’introduire un gène bien particulier puisse produire des effets que ce gène ne code pas. En l’occurrence, je doute qu’on puisse obtenir un animal ayant les capacités de camouflage d’une seiche en le dotant de gènes censés stabiliser sa croissance, même venant de cet animal (mais que quelqu’un me détrompe si je me fourvoie, toute critique constructive est acceptée).

Accumulant tous les avantages au sein de sa carcasse imposante, l’Indominus Rex part grand gagnant pour se tailler la part du lion à l’affiche de cette production, reléguant ainsi Homo Sapiens au rang de simple punching-ball.

Menu fretin

Mais même si les scores sont clairement en faveur du challenger aux grandes dents, une poignée d’irréductibles s’obstinent à lui disputer le droit d’apparaître à l’écran. Chris Pratt tout d’abord, quasi-caution de ce blockbuster à l’affût de toutes les astuces possibles pour se justifier (et on notera que ça marche), qui n’a aucun mal à donner un peu d’épaisseur à l’archétype du héros taciturne, charmeur et beau mec qu’est Owen Grady, et dont l’histoire se résume qu’à n’être un ancien militaire. Asséné sans relâche, ce background tout aussi bateau n’a l’air d’exister que pour justifier l’opposition permanente qu’il entretient avec Vic Hoskins (Vincent d’Onofrio), lui aussi ancien militaire, plus bas-du-front cependant et âme damnée d’InGen. Difficile également de justifier le fait qu’il joue les dresseurs (un bien grand mot) de raptors, lui qui semble à l’origine être spécialiste des enceintes de confinement. Néanmoins, les nuances apportées par les scénaristes et Pratt suffisent à en faire un personnage crédible, au même titre que son binôme féminin, Bryce Dallas Howard.

Superviseur de Jurassic World, Claire Dearing est un manager on ne peut plus classique, obséquieuse avec son patron, cassante avec ses subalternes et se coltinant une gourde en guise d’assistante. Ah oui, et en tant que business-woman accomplie, la belle n’a ni vie privée, ni enfant. Quoiqu’en y réfléchissant bien… en nous évoquant dès leur première scène commune leur rencard foireux, les auteurs balisent tranquillement une intrigue amoureuse cousue de fil blanc (Ah, et ne gueulez pas au spoiler, bandes de faux-culs ! On est à Hollywood ici, tout le monde sait comment ça finit). Tout juste peut-on souligner la volonté d’atténuer ce poncif qui veut que deux personnes ne se connaissant ni d’Ève ni d’Adam finissent malgré tout ensemble à la fin, juste parce que « l’adversité, ça rapproche ». Pas de quoi crier à la révolution, mais tout de même notable. Pour ce qui est des enfants, production Amblin oblige, on a cru bon de lui en adjoindre une paire en la personne de ses neveux venus passer le week-end à Jurassic World. Pourquoi donc ? Nous l’ignorons, et aucune explication ne sera donnée à part une vague histoire de divorce des parents (Pour ma part je doute qu’un divorce, même d’un commun accord, puisse se régler en l’espace d’un week-end, mais bon…). Les enfants devaient être dans le parc, point. Et ce pour deux raisons principales. La première, c’est d’impliquer émotionnellement Claire et l’obliger à descendre de sa tour d’ivoire pour se rendre sur le terrain. La seconde, hé bien, c’est d’éveiller chez elle le désir de maternité et tout le toutim (Suite logique de la relation amorcée avec Owen). Parce qu’évidemment, une femme d’affaire qui réussit ne peut pas être heureuse si elle n’a pas d’enfant (ou son bonheur est-il juste de moins bonne qualité, ou pire encore n’est-ce qu’une illusion de bonheur. On pourrait épiloguer longtemps et ce n’est pas le sujet). Rien que du très classique (et je pèse ce mot).

Il n’y a d’ailleurs plus grand chose à attendre des enfants dans Jurassic Park depuis le second volet. Zach et Gray Mitchell (Nick Robinson et Ty Simpkins) ne dérogent pas à la règle. Surfant sur la jeunesse actuelle et ses codes, nous avons affaire avec Zach à un ado aux prises avec ses tourments hormonaux et passant son temps à dévisager les nanas quand il n’est pas poursuivi par l’Indominus. Quant à son petit frère Gray, il posséde un savoir encyclopédique sur les dinosaures (Tim Murphy, sort de ce corps !), à croire que la paléontologie est une discipline dans laquelle décrocher un doctorat est à la portée de n’importe quel gosse collectionnant les figurines de dinosaures. Évidemment, l’aîné est une vraie peau de vache avec son cadet au début… Je vous laisse deviner l’évolution de leur relation (marre d’enfoncer des portes ouvertes).

Mais j’entends déjà les esprits chagrins. « Bah, et Omar Sy ? Un acteur français dans un blockbuster d’Hollywood, ce n’est pas si souvent et il n’en parle pas ! Un comble !« .

Deux minutes, j’y viens. Mais que dire ? Tel le Bishop qu’il campait dans X-Men – Days of future past, il accomplit sa tâche sans départir, avec conviction et visiblement ravi d’être là, même si on a du mal à comprendre ce qu’il fait là. Son personnage, intéressant au demeurant, n’a pas eu droit au même traitement que les autres (en même temps, le background des personnages principaux ne les rends pas plus attachants. Néanmoins quelques lignes de dialogues supplémentaires auraient pu le sauver de la transparence). Plat et sans consistance du fait d’un manque d’intérêt flagrant des auteurs pour ce qu’il est (le side-kick de Pratt), Barry (un nom qui ne reflète absolument pas le fait qu’il soit français, ce qui ne laisse pourtant aucun doute) est une sorte de garniture ajoutée à la va-vite sur un plat sorti d’un micro-onde et abandonné au bord de l’assiette. Ce qui ne le rend pas inintéressant pour autant. Plusieurs détails laissent à penser que ce personnage a peut-être beaucoup plus à dire qu’on ne pourrait le croire au premier abord. Les rares scènes où on arrive un tant soit peu à le cerner (quand Owen convole avec Claire et cesse de le garder dans l’ombre), le potentiel insoupçonné de ce personnage s’agite un peu dans son sommeil, laissant entrevoir une personnalité familière du comportement des raptors (il est par exemple le premier à constater qu’ils communiquent avec l’Indominus), une sorte de Alan Grant aux connaissances certes moins encyclopédiques, mais parfois tout aussi pointues.

Évidemment, difficile d’en juger sur la foi de si peu d’informations. Le personnage disparaissant des écrans une bonne demi-heure pour ne réapparaître qu’à la fin (« Ouf, il s’en est sorti »).

Étrange film cependant où les seconds rôles semblent plus profonds que les premiers.

Indominus smash !

En réalisant le second meilleur démarrage de l’année derrière Avengers 2, Jurassic World affiche un succès insolent. Son budget mirifique a été remboursé en l’espace de deux jours d’exploitation, ce qui en fait certainement l’un, sinon Le Blockbuster de l’été. Et même s’il massacre allègrement l’œuvre originale (enfin, le livre surtout) qu’il repompe sans vergogne, on ne peut pas lui refuser cette couronne. Comparé à un Avengers 2 fleurant bon la tarte aux pommes de Grand Maman (Délicieuse, mais sans surprise, et elle vous la ressert à chaque fois que vous lui rendez visite), Jurassic World prend au moins l’initiative de faire relever la tête à une licence disparue en nous laissant un arrière-goût assez amer. Seul bémol, sa fin, trop ouverte pour ne pas appeler une suite. Reste à espérer qu’elle ne cédera pas aux sirènes de la facilité et de la surenchère. Car je doute que les fans pardonnent un Monde Perdu 2, avec pour seul intérêt de voir deux Indominus Rex pour le prix d’un. Mais si les fans commandaient, une suite de cet acabit n’aurait sans doute pas mis 14 ans à trouver le chemin des salles obscures.

Article rédigé par GBP

Ex Machina ( 2015)

Science-Fiction, Un film de Alex Garlandhttps://notjustpumpkinbread.files.wordpress.com/2015/01/ex-machina-poster-v02.jpg

avec Domhnall Gleeson, Alicia Vikander

1h48

Caleb Smith, jeune programmeur au bas de l’échelle de la plus grande entreprise d’informatique au monde, remporte le premier prix de la loterie interne de sa société : Une semaine en compagnie de son mystérieux patron, Nathan, qui vit en ermite dans un complexe perdu au milieu de nulle part. Il le convie alors à participer à une fascinante expérience en la personne d’Ava. Une expérience qui pourrait bouleverser l’avenir de l’humanité… et le sien.

Les marionnettes et leur marionnettiste.

Les apparences sont trompeuses. Elles l’ont toujours été et elles le seront sans doute toujours. En apparence, Ex Machina pourrait être une énième itération sur le thème de l’Intelligence Artificielle, avec son lot de poncifs sur le robot qui se découvre une sensibilité auprès du jeune héros naïf. Ou pire, un simple prétexte pour apprécier l’avantageuse plastique de son héroïne synthétique. Mais il n’est rien de tout cela dans Ex Machina.

Certes les choix de mise en scène d’Alex Garland suffisent à plonger le spectateur dans des séquences d’un érotisme aussi sage que glaçant tandis que la splendide Alicia Vikander brouille admirablement les pistes.

En face d’Ava, les autres personnages peinent cependant à atteindre la même profondeur humaine que l’androïde. L’inquiétant Nathan tout d’abord, archétype facile du PDG prodige et arrogant pétri d’un alcoolisme tout aussi facile. Le naïf Caleb ensuite, que même son passé tragique ne parvient pas à sauver d’une platitude certaine.

Par chance, Ex Machina possède d’autres atouts que ses personnages stéréotypés, parmi lesquels son atmosphère froide et contenue ainsi que son scénario habile distillé avec brio. Certes, nous sommes relativement loin d’un thriller aussi bien ficelé qu’un rôti de veau, mais dans ce jeu de manipulation où tout le monde joue avec tout le monde, difficile de savoir qui est noir et qui est blanc.

4 Nuances de gris.

Dès les premières minutes, Alex Garland annonce la couleur. Ce sera le gris. Gris comme les murs du bunker dans lequel Caleb se retrouve prisonnier volontaire (On notera par ailleurs la séquence qui amène Caleb au bunker, et à la musique qui accompagne son entrée, terriblement proches d’un certain Jurassic Park. Possible clin d’œil à John Hammond, lui aussi malheureux créateur dépassé par sa création), gris comme le châssis en fibre de carbone d’Ava, gris encore comme les intentions de Nathan à leur égard, gris toujours comme la présence mutique et fantomatique de Kyoko, la domestique des lieux. Tout reste très flou jusque dans la dernière demi-heure, et pourtant, difficile de s’en plaindre car il n’est pas ici question de débattre de l’utilité de l’Intelligence Artificielle ou des projets de son créateur.

Car tout l’enjeu du film ne tourne qu’autour du fameux Test de Turing. À savoir, essayer de s’assurer qu’Ava est bien une intelligence consciente et non un programme feignant la conscience. Et de ce point de vue, difficile de ne pas prêter à Ava des aspects définitivement humains, plus encore à mesure que son créateur révèle ses côtés inhumains. Et au milieu de tout ça, Caleb se débat entre son attirance pour Ava et son inconsciente fidélité au genre humain. Au point de le faire douter de sa propre condition d’humain.

Imparfait, mais malin.

Turing, Asimov et Oppenheimer sont dans un bunker…

Ex Machina est une œuvre singulière. Son entrée en matière rapide et sans fioriture nous plonge directement dans le vif d’un sujet complexe qu’elle rend accessible. Certes, le réalisateur ne s’appesantit que peu sur l’aspect technique, ce qui aide grandement à garder en vue les thèmes principaux de cette fable cruelle, l’intelligence et la survie.

Le cas d’Ava est intéressant, car elle est une des rares intelligences artificielles de notre culture dont les intentions ne soient pas hostiles envers son créateur ou l’humanité en général (à l’instar d’un certain Ultron par exemple). Au contraire, elle s’avère être sûrement la plus humaine de toutes. Car comme le dit si justement l’affiche originale, il n’y a rien de plus humain que d’être prêt à tout pour assurer sa survie. Même les actes les plus bas se justifient alors.

Ex Machina est un jeu de manipulation subtil, qui surfe sur l’actualité scientifique des dernières années (les rachats compulsifs menés par Google sur les entreprises et start-up en rapport avec la robotique et l’IA), ainsi que sur les interrogations philosophiques intrinsèques à la création d’intelligences artificielles, de plus en plus pressantes à mesure que l’échéance se rapproche. En cela, ce film se démarque par une vision moins catastrophiste qu’à l’accoutumée, tout en instillant une petite paranoïa chez le spectateur. Pas au point de dévisager avec méfiance le moindre humain que l’on croise à la sortie de la salle, mais suffisamment pour s’interroger.

Peut-être croiserez-vous un jour une Ava au détour d’une rue ou en descendant du métro. Si j’étais vous, je ne m’en inquiéterai pas… à moins qu’une conversation finisse par s’engager.

article rédigé par GBP