Colossal : l’effet Mothra

Colossal. Comédie dramatique, SF – Canada, Espagne (2016)

Réalisé par Nacho Vigalondo

Sortie en e-cinéma le 27 juillet 2017

New-yorkaise dans l’âme, Gloria perd son travail et se fait larguer coup sur coup. Elle se retrouve obligée de retourner s’enterrer dans le patelin qui l’a vue naître. Elle tombe alors par hasard sur Oscar, un ami d’enfance, qui lui offre l’opportunité de rebondir en travaillant dans son bar. Un lendemain de cuite, elle découvre effarée qu’un monstre géant a ravagé Séoul la veille, et pire encore, qu’il existe une connexion entre elle et lui…

Il en va des films de monstres géants (« Kaiju movies ») comme des films mettant en scène des requins : quasiment toutes les idées y sont passées, du simple dinosaure, à la moins évidente fourmi, en passant par les bestioles les plus informes. La plupart sont tombées dans l’oubli, ne laissant finalement que deux vétérans : King Kong, qui grimpe au sommet du Chrysler Building depuis 1933, et Godzilla, ravageur de métropoles depuis 1954. Héros de suites et de remakes plus ou moins heureux, ils semblent avoir repris du poil de la bête et se vantent d’emplois du temps surchargés, entre le Godzilla de Gareth Edwards (2014), le Kong – Skull Island de Jordan Vogt-Roberts (2017), et la future rencontre entre les deux prévue pour 2020. Mais nous ne sommes plus dans les années 50, où l’on pouvait espérer que le doux rayonnement des radiations suffise à faire de simples fourmis des monstres à même de dévorer des villes entières. Le monstre géant est de plus en plus compliqué à exploiter… à moins de parvenir à l’utiliser autrement qu’en catastrophe s’abattant sur le monde. Nacho Vigalondo y est parvenu. Avec Colossal, celui qui avait tenté de réunir cinéma et monde digital avec Open Windows nous offre un surprenant mash-up de film indépendant et de blockbuster.

Colossal n’est pas exempt de défauts, loin de là, à commencer par l’accumulation presque pathologique des thèmes de prédilection inhérent à tout film voulant prétendre à la programmation du festival de Sundance. Gloria subit nombre de déboires : tour à tour larguée, mise au chômage, elle se débat en plus avec un problème d’alcool et un traumatisme d’enfance à régler. Ne lui manque certainement que l’inceste. N’en jetez plus. D’autant que cet étalage de tares ne sert que de justification facile. Sans job et sans petit-ami, elle n’a pas d’autre choix que de retourner à la case départ, quant à l’alcool, il n’est que prétexte à accentuer le côté largué du personnage, avec un certain succès drolatique dû au talent d’Anne Hathaway. La parenté « indé » de Colossal se cache plus dans son budget qu’on devine bien loin des rouleaux-compresseurs que dans ses thématiques traitées de manière finalement très classique.

Ne reste finalement que le cœur du film, les proportions titanesques prises par un traumatisme infantile et la relation malsaine nouée depuis lors entre Gloria et Oscar. De sauveur providentiel, Oscar se mut vite en tyran. Car contrairement à Gloria, Oscar n’a jamais quitté sa ville natale, y mène une vie sans relief bien loin de ses aspirations et ne peut qu’accueillir à bras ouverts un événement dont elle semble être l’épicentre. Alors que Gloria voit les apparitions du monstre comme une catastrophe, Oscar y voit surtout une manière de se venger de ses propres échecs et reprendre le contrôle sur une vie qui lui échappe. Vigalondo colle à son sujet et va au bout des choses, même si on pourrait lui reprocher de pécher par excès et par zèle, avec une conclusion aussi attendue qu’expéditive qui laisse finalement Gloria (et le spectateur) guère plus avancée.

Original, drôle et touchant à la fois, Colossal n’en reste pas moins une intéressante expérience cinématographique, de par son traitement d’abord (on aura jamais aussi bien défini l’expression « Faire des montagnes de peu de choses ») et par son mode de distribution ensuite (uniquement en VOD). Il est peut-être dommage qu’un film de ce genre s’interdise une sortie en salle, tant pour les exploitants que pour les amateurs, mais quand on prend en compte le coût que peut avoir une distribution cinéma, il est évident que la VOD représente une manne dont peu de créateurs peuvent se passer dès lors qu’ils souhaitent accomplir au mieux.

Un article de GBP

Tout est bon dans le cochon ?

Okja (2017)

Un film de Bong Joon-Ho

Avec Jake Gyllenhaal, Tilda Swinton, etc

Depuis le 28 Juin 2017 sur  Netflix

Depuis son arrivée en France, le géant américain du streaming Netflix dérange. En tout cas, il fait parler. Les polémiques s’enchaînent et ce nouveau système de consommation culturelle remet en question les schémas traditionnels. La dernière polémique date du festival de Cannes avec la présentation du nouveau film de Bong Joon-Ho intégralement produit par – et pour – Netflix. Immédiatement, les boucliers se lèvent. Pourquoi proposer en compétition un film qui ne sera pas présenté en salles mais uniquement disponible en streaming sur la plateforme ? N’est-ce pas antinomique avec ce qu’est l’expérience cinématographique ? Une nouvelle tentative de diffusion sur grand écran a été entreprise par le magazine SoFilm lors de son festival parisien, mais le Max Linder Panorama et le Forum des Images se sont désengagés au dernier moment. Un exploitant de salles indépendantes avait appelé au boycott et ils ont suivi. Seul le cinéma Mélies à Montreuil a maintenu sa séance du 28 Juin. Qu’est ce qui se cache derrière toute ces polémiques ? Quelles sont les questions que cela soulève ?

Ce n’est pas un problème qualitatif car, forcé de l’admettre, le film est bon. Ce n’est pas forcément le chef d’œuvre annoncé, mais Bong Joon-Ho maîtrise son œuvre de bout en bout. L’histoire d’amitié entre cette petite fille et ce cochon, génétiquement créé par une multinationale pour être plus gros et plus savoureux que les autres, est émouvante. Si nous pouvons lui reprocher de tirer sur la corde du sentimentalisme pour user les glandes lacrimales des spectateurs, il n’est pas le premier à le faire. De plus, cela ne remet pas en question ses qualités de réalisateur qui offre des images exceptionnelles et de très belles scènes d’action au rythme effréné. Le thème assez classique du capitalisme tout puissant qui broie les être au nom de la consommation est bien traité même s’il est associé à un discours pro-vegan qui frôle le prosélytisme. Cependant Okja est un beau film à ne pas manquer.

Mais il est rattrapé par des enjeux qui le dépassent. Netflix a des impératifs financiers dans cette affaire. Le film leur a coûté cher et ils doivent en faire un succès retentissant pour se renflouer. Il est vrai que le potentiel de spectateurs auraient été plus grand en salles mais des problèmes se posent à eux. Ils ont des abonnés qui payent aux alentours de 10 euros par mois pour du contenu exclusif. Vu la législation en France, si le film était sorti dans les cinémas, Netflix aurait dû attendre trois ans avant de pouvoir le mettre sur sa plateforme. Beaucoup trop long selon son PDG. De plus, ils auraient fait face à un ennemi bien plus redoutable pour leur économie : le téléchargement illégal. On le sait, de nombreuses personnes préfèrent avoir accès gratuitement à un film quitte à mettre de côté l’expérience cinématographique et la qualité. C’est non seulement dommageable à l’œuvre du réalisateur qui la conçoit pour être vue dans certaines conditions, mais c’est aussi un manque à gagner énorme pour les producteurs et les créateurs. La solution à toutes ces problématiques a donc été de mettre en ligne le film à destination du public qui fait vivre la plateforme.

D’un autre côté, la grogne des professionnels du cinéma et des exploitants indépendants est compréhensible. Leur perte est colossale. Un film avec un tel potentiel aurait été un moyen de faire vivre les salles. Les grosses entreprises comme UGC ou Gaumont/Pathé n’en ont rien à faire. On ne les entend pas sur ce sujet et c’est normal. Ils ont suffisamment d’autres films pour que leurs cinémas tournent à plein régime. Mais les salles d’art et d’essai sont à la peine face à ces multiplexes et auraient bien eu besoin d’une telle locomotive. D’autre part, ils sont défenseurs d’une idée du cinéma comme art et non comme un objet de consommation. Dès lors, le film d’un auteur tel que Bong Joon-Ho doit se voir en priorité dans les conditions de l’art cinématographique : sur un grand écran, dans une salle noire et d’un seul bloc.

La polémique autour de Okja ne concerne, à aucun moment, le film en lui-même. Il a d’ailleurs été applaudi après sa diffusion à Cannes. Le vrai souci est qu’il est l’épicentre d’un changement de l’industrie cinématographique telle qu’on la connaît. Il modifie les modes de consommation du cinéma et provoque un questionnement de fond sur ce que doit être la politique culturelle à mener dans ce domaine pour les prochaines années. Netflix n’a pas forcément raison dans sa démarche, mais le coup de pied dans la fourmilière est bien réel. Il faudra surveiller de près ce qui va se passer dans les prochains mois et voir s’il n’a été qu’un pavé dans la mare ou le début d’une vraie mutation qui serait dommageable à la vision du cinéma comme art.

Un article de Florian Vallaud

Saine Folie pastorale

Le Grand Méchant renard et autres contes,

Film d’animation France

Réalisé par Benjamin Renner et Patrick Imbert

Sortie en salles le 21 Juin 2017

À la ferme du Val Fleuri, c’est jour de fête. Au travers de 3 pièces, la basse-cour nous narre les aventures d’un renard devenu mère de substitution pour trois poussins et d’un improbable trio composé d’un canard râleur, d’un lapin irresponsable et d’un cochon qui tente de se faire voix de raison, dans leurs aventures pour ramener chez lui un bébé égaré ou remplacer le Père Noël.

Au cinéma, tout le monde est plus ou moins logé à la même enseigne quand il s’agit de photographie. Même avec des moyens modestes, il est possible, avec un peu d’imagination et de travail, d’obtenir des visuels dignes des plus grands. Le monde de l’animation a ceci de spécial qu’il se rapproche plus de celui du jeu-vidéo. Tout le monde n’a pas les moyens techniques d’un Moi, moche et méchant, mais ça n’empêche pas certains réalisateurs d’obtenir de très bons films, pleins de personnalité et de charme, pourvu qu’ils sachent tirer parti de ces contraintes. Benjamin Renner, qui adapte ici son propre travail, Patrick Imbert et leurs équipes nous régalent d’un sympathique divertissement qui fleure bon le week-end à la campagne.

Pour justifier son titre, le film prend pour cadre une scène de théâtre sur laquelle 3 « pièces » seront interprétées, et pour donner cohésion à l’ensemble gags et références viennent s’insérer à chaque « entracte ». L’impression d’assister à un spectacle d’amateurs mal organisés est amusante, d’autant que chaque personnage sort alors de son rôle, sans pour autant se départir de sa personnalité toujours bien secouée (mention spéciale à la cigogne). Quant aux pièces, si elles diffèrent toutes agréablement dans leur ton, toutes font preuve du même humour ravageur à base de gags parfois éculés mais toujours très bien amenés. Alors que le canard, le lapin et le cochon se chargent d’enchaîner sur les chapeaux de roues les situations cartoonesques, ils encadrent de leurs « pièces » le morceau de résistance, Le Grand méchant renard, tout aussi drôle, mais aussi plus posé (du fait de sa longueur) et prenant le temps de distiller ses situations et la relation qui naît et évolue entre ce renard, prédateur pathétique, et ces trois poussins, qui le mènent par le bout du nez. On découvre alors un film très équilibré, à la fois drôle et émouvant.

Le Grand méchant renard et autres contes nous offre une adaptation très fidèle de la BD de Benjamin Renner, tant dans le style crayonné reconnaissable que dans l’ambiance délirante qui s’en dégage. Ajouté à cela une galerie de personnalités toutes plus barrées les une que les autres, on obtient le premier film d’animation d’importance de cet été 2017.

un article de GBP

Les Gardiens de la Galaxie 2 : une famille dans l’espace

Les Gardiens de la Galaxie Vol.2 (2017)

Un Film de James Gunn

Avec Chris Pratt, Zoe Saldana…

Alors que l’engouement pour les films de super-héros semble être revenu à des dimensions raisonnables, le studio Marvel continue son petit bonhomme de chemin sur grand écran. La sortie de chaque volet de cette grande saga reste un rendez-vous attendu mais sensiblement moins événementiel qu’avant. C’était le risque en annualisant la production. Mais l’industrialisation de la franchise est-elle pour autant synonyme d’une qualité à la baisse ?

On a pu le craindre durant la phase 2 qui montrait des signes d’essoufflements, mais les atouts indéniables de Doctor Strange ont rassuré même les plus réticents. C’est donc avec de bonnes ondes que sort aujourd’hui en salle Les Gardiens de la Galaxie Vol.2. La première aventure de cette équipe improbable aux confins de l’espace avait créé la surprise par son ton pop et décalé. Star-Lord, Gamorra, Drax, Rocket Racoon et Groot sont immédiatement sortis du cercle fermé des fans de comics au grand jour. Si leur succès était dû en grande partie à la surprise de voir un film « transgressif » dans l’univers polissé de Marvel, rien ne garantissait de pouvoir réitérer l’exploit.

C’est un carton plein pour James Gunn qui semble avoir appris de ses quelques erreurs. L’écriture et la réalisation sont maîtrisées pour offrir un voyage digne des meilleurs roller-coasters. En axant l’intrigue sur la découverte du géniteur de Peter Quill, Gunn traite la thématique de la filiation et de l’héritage avec finesse. Le film dépasse alors son statut de blockbuster pour devenir un grand film de divertissement comme savaient nous en servir les années 80. Il se paie même le luxe d’offrir la séquence d’émotion la plus intense de l’univers Marvel comme bouquet final.

Si le casting reste inchangé et toujours de haut niveau, l’arrivée de « petits nouveaux » apporte un vent de fraîcheur nostalgique. Ainsi, le plaisir est total de revoir Kurt Russel et Sylvester Stallone sur nos écrans. Ils visitent avec délice des rôles qu’ils auraient pu tenir dans leur jeunesse.

A l’image du premier opus, le voyage est également musical. Le soin apporté au choix des morceaux nous berce tout au long de l’histoire et souligne, rythme ou allège les scènes d’action vertigineuses.

Les Gardiens de la galaxie Vol.2 se pose donc comme une continuation et une version améliorée de son prédécesseur. James Gunn maîtrise dorénavant pleinement ses personnages et l’univers pop dans lequel ils évoluent. Il nous offre un film mieux rythmé, plus intense et plus épique. L’intrigue ne souffre d’aucun temps morts et la réalisation subjugue souvent par la beauté de ses plans. Une belle réussite.

Hello Dory !

Le Monde de Dory (2016)

Un  film de Andrew Stanton et Angus MacLane

En BluRay et Dvd le 29 Octobre 2016.

Qui aurait pu oublier Dory ? Dans Le Monde de Némo, elle était cet adjuvant déconnant que rencontrait Marin, un poisson-clown à la recherche de son fils Némo. Avec ses troubles de la mémoire immédiate, elle avait gagné le cœur des spectateurs par le rire. De fait, beaucoup de spectateurs citent encore ses répliques quand on leur parle du film. Il semblait donc évident que Disney et Pixar mettent une suite en chantier.

Tous les doutes étaient permis quant à la pertinence et la qualité d’un tel projet. Pixar n’est plus la valeur sûre qu’il était à ses débuts. Pour un chef-d’œuvre comme Vice Versa, ils sont aussi capables du franchement mauvais Voyage d’Arlo. D’autre part, leurs tentatives de suites n’ont jamais dépassé le statut de films amusants ( Monstres Academy, Cars 2). Toy Story 3 reste l’exception qui confirme la règle. Pixar a d’ailleurs annoncé il y a quelques mois que, hormis les suites déjà en chantier, ils ne feraient plus que des films originaux. C’est donc avec une certaine appréhension que nous avons abordé ce film et que nous revenons dessus à l’occasion de sa sortie en DVD et BluRay.

Si certains pinaillent sur le fait que ce soit une « suite » ou un « spin off », le débat ne changerait pas grand chose dans ce cas. C’est les deux à la fois tant ce film complète le premier, le prolonge, lui répond voire même le précède. Dory passe du second plan au premier et devient l’héroïne de sa propre histoire. Ceci permet aux scénaristes de la faire passer de simple ressort comique à un personnage aux nuances plus prononcées. Si nous pensions connaître Dory, ils nous montrent que nous savions rien d’elle ou de son histoire personnelle. Et ceci pour la simple raison qu’elle ne le savait plus elle-même. La proximité avec la famille soudée que forme Marin et Némo réactive les souvenirs de la sienne. En ce sens, le film s’inscrit clairement dans la continuité puisqu’il ne pourrait exister sans le premier. Sans les événements qui ont amené Dory à côtoyer ces poissons-clowns, il n’y aurait pas de réminiscence possible. Les scénaristes ajoutent donc une dimension touchante à cette découverte de soi et à la quête de ses origines.

Le Monde de Dory propose un scénario en miroir de celui du Monde de Némo. Ici, il n’est pas question d’un père à la recherche de son enfant pour le libérer de la captivité, mais d’une fille qui cherche à retrouver la captivité pour retrouver ses parents. Là où Marin était peu enclin à l’aventure, Dory est aventureuse et inconsciente des dangers qui peuvent l’attendre. Ainsi, l’analyse et l’immobilisme de Marin dans le scénario du premier sont remplacés par les actions désordonnées de Dory. On nous propose donc un scénario à son image ; qui va à cent à l’heure.

L’ambiance globale en est intrinsèquement modifiée. À la beauté des fonds marins s’ajoutent des situations et des personnages délirants. On y rit énormément et c’est une vraie qualité pour un film estival.

Le Monde de Dory propose une aventure où le rire et l’émotion se mêlent de façon homogène. S’il est moins profond dans les thèmes qu’il aborde que son prédécesseur, cela reste un film touchant où l’on ne s’ennuie pas. Un bon divertissement familial.

Un article de Florian Vallaud

SOUVENIRS DE MARNIE (2014)

Un film de Hiromasa Yonebayashi

2014

Sortie en DVD le 1er Juillet 2015

Anna, une jeune adolescente solitaire et déracinée, vit en ville en compagnie de ses parents adoptifs. Alors que son asthme s’aggrave, elle est envoyée en pension chez des parents de sa mère adoptive, les Oiwa, un couple simple et sympathique habitant un petit village réputé pour la pureté de son air.

Alors que ses premières rencontres avec les villageois ne sont pas de son goût, elle développe vite une fascination pour la vieille demeure des marais, une bâtisse qui lui semble étrangement familière pourtant inhabitée depuis des décennies.

Malgré tout, c’est là-bas qu’elle fera la rencontre la plus bouleversante de sa vie en la personne d’une mystérieuse jeune fille : Marnie, qui éveillera chez elle des souvenirs depuis longtemps enfouis.

Le chant du cygne

Souvenirs de Marnie est la dernière production du studio Ghibli, sans conteste le plus célèbre studio d’animation japonais. Fondé en 1985 par Hayao Miyazaki et Isao Takahata, qui furent d’ailleurs ses plus fameux réalisateurs, Ghibli enchante les amateurs de films d’animation depuis 30 ans avec des films somptueux tels que Princesse Mononoké ou Pompoko. En 2014, une interview de Toshio Suzuki laisse entendre que Ghibli pourrait arrêter la production de longs-métrages après Souvenirs de Marnie. Plus vraisemblablement, il pourrait plutôt s’agir d’une restructuration, même si rien ne laisse penser que le studio ait d’autres projets pour l’instant. Miyazaki et Takahata, justifiant chacun 74 et 79 ans, admettent ne plus être aussi efficaces dans leur travail. De plus, le décès brutal en 1998 de Yoshifumi Kondo, considéré comme le successeur le plus naturel de Miyazaki, a sans doute posé souci quant à la pérennité du studio et justifier une pause, sinon un arrêt, dans le développement.

Hiromasa Yonebayashi est l’un de ces jeunes espoirs de Ghibli. Déjà réalisateur du sympathique Arrietty, le petit monde des chapardeurs, il nous livre avec Souvenirs de Marnie une seconde adaptation d’une œuvre littéraire occidentale, en l’occurrence When Marnie was there de Joan G. Robinson, auteure et illustratrice britannique de livres pour enfants et adolescents (1910-1988). Difficile de dire si l’adaptation est réellement fidèle au livre (votre serviteur n’ayant jamais eu l’occasion d’y jeter un œil), mais impossible de regretter les 102 minutes d’animation qu’on nous propose de contempler.

De l’importance du lien social

Je n’irai pas par quatre chemins. À mes yeux, Souvenirs de Marnie, est une splendeur. D’un simple point de vue technique, le style Ghibli, tout en aquarelles douces, continue de faire mouche et chaque nouvelle production est une véritable leçon de dessin-animé. Décors et animations sont de toute beauté et l’homogénéité de l’ensemble indéniable. Yonebayashi ne révolutionne pas le style de la maison, mais ce n’est si sa mission, ni son intention. Car s’il n’est ni parfait, ni révolutionnaire, la patte de Ghibli est reconnaissable entre mille. Ce n’est pas dans ce domaine que cette œuvre cache son plus grand trésor.

Souvenirs de Marnie, c’est avant tout une histoire. Celle d’Anna, une adolescente introvertie et solitaire qui a perdu ses parents alors qu’elle était si jeune qu’elle n’a même aucun souvenir de leurs visages. Sans famille, elle est adoptée par un couple aimant mais qui ne comprend pas l’apathie de la jeune fille. Envoyée chez des parents qu’elle ne connaît pas, dans un environnement tout aussi inconnu, rien ne semble concourir à l’ouvrir sur le monde. Jusqu’à la découverte de l’étrange demeure des marais et de sa non moins étrange occupante, Marnie. C’est la rencontre de cette jeune fille bondissante de joie, mais aux lourds secrets, qui va soudain ouvrir la porte des souvenirs d’Anna. Au fil de leurs rencontres, Anna s’ouvrira peu à peu sur le monde et sur elle-même. Je ne déflorerai pas plus avant l’intrigue tout en finesse de cette amitié atypique, entre rêve éveillé et souvenirs inconscients. Préparez-vous simplement à un final que vous verrez sans doute venir si vous savez replacer les pièces du puzzle, mais qui ne perdra rien de son intensité dramatique.

Dans mes souvenirs…

Après une Arrietty sympathique mais sans relief qui n’a pas rencontré le succès tant critique que public, dire qu’on attendait Yonebayashi au tournant serait un euphémisme. On aurait pu craindre qu’il se heurte aux mêmes écueils en adaptant une autre œuvre occidentale. La proximité de leurs héros respectifs (tous deux malades, solitaires, et aux parents absents) n’étant pas pour le servir.

Pourtant, avec Souvenirs de Marnie, il nous livre une histoire pleine de nostalgie, magnifiquement racontée et mise en scène. Qu’il s’agisse de la quête d’identité d’Anna à la fois douloureuse et apaisante, des secrets déchirants que Marnie cache derrière son apparence enjouée, ou de leur relation tendre et inconditionnelle, tout est d’une justesse à même de tirer des larmes à un bloc de marbre.

Souvenirs de Marnie est un splendide hommage aux souvenirs, à leur force et à leur résilience, à la capacité qu’ils ont de forger notre identité. Je ne saurai trop vous conseiller cette fresque estivale pour petits et grands, rappelant à la fois Princesse Sarah et le récent Vice-Versa, qui saura vous rafraîchir en ces temps de canicule.

Nous avons ici affaire à un grand Ghibli, une preuve de plus du savoir-faire de ce studio et de la nécessité de le voir nous enchanter encore longtemps, et pas seulement dans nos souvenirs…

article rédigé par GBP

Dead Rising : Watchtower (2014)

Un film de Zach Lipovsky

Avec Jesse Metcalfe, Meghan Ory, Rob Riggle

Après deux épidémies successives ayant entraîné la mort de dizaines de milliers de personnes, le monde a basculé dans la psychose du zombie. Lorsque l’horrible infection choisit de s’abattre sur la ville d’East Mission, la changeant en un enfer envahi de zombies, tout est fait pour rassurer une population traumatisée. Par chance, une organisation gouvernementale distribue le seul antiviral connu aux nombreux réfugiés de la zone de quarantaine dans l’espoir d’enrayer la progression de la maladie. Mais quand le remède se révèle incapable de contenir le mal, seuls un journaliste ambitieux et une jeune dure-à-cuire pourront révéler les dessous d’une affaire remontant jusqu’aux plus hautes sphères.

Bascule médiatique

J’en entends d’ici (Et ne baissez pas la voix, ayez le courage de vos opinions !) : « Mouais, ça sent la bouillie de zombies pas fraîche, ton truc…« . Non mais dites-donc. Vous a-t-on habitués à chroniquer de sombres bouses sur ce site ? Au cours de ses deux semaines d’existence, jamais The Bright side of Art n’a pu être taxé de complaisance, encore moins de frapper un homme à terre. Si j’ai choisi de vous parler de Dead Rising : Watchtower, c’est qu’il a effectivement une épine dorsale apte à lui faire garder la tête droite. De guingois, certes, mais droite.

Commençons par le commencement. Dead Rising : Watchtower ne s’inscrit pas dans la lignée des productions zombies de ces dernières années. Pour la plupart sorties du néant, délabrées et se traînant sans but comme les zombies qu’elles décrivent, elles se contentent généralement de jeter à la face d’un spectateur pantois profusion de gore mal foutu et de nichons ceints de débardeurs trop petits (grosso modo). La vague Z a commencé à déferler en librairies voilà quelques années, avec des succès tels que Walking Dead au rang des comics et World War Z pour les romans (dont on a tiré un film d’une telle nullité que nous ne le chroniquerons jamais, par exemple), avant de déferler en général directement en DVD (à de rares exceptions près). La télévision (paradoxalement, l’objet qu’on a longtemps accusé de zombifier les masses) est parvenue courageusement à maintenir le genre Z sous perfusion, à plus forte raison depuis que les séries se sont emparées du phénomène, l’excellente Walking Dead et la bondissante Z Nation en fers de lance.

Mais si je vous parle de la télévision en tant que média, il convient aussi de parler de l’objet en lui-même. Car dans l’ombre des téléviseurs, un autre média a su faire vivre le zombie pendant toutes ces années dans l’indifférence (quasi) générale. En effet, le jeu-vidéo a su maintenir les morts-vivants en assez bonne santé, au travers de rouleaux compresseurs tels que Resident Evil ou Dead Island, de travaux plus modestes tel Deadlight ou le fameux Zombie Nazi Army dérivé de Sniper Elite. Et au milieu de tous les Dying Light et autres Lollipop Chainsaw (j’en néglige volontairement), une saga a su se faire un nom en mêlant le foutraque, le jeu bac-à-sable et les zombies : Dead Rising.

Fidélité, ton nom est…

Comme la plupart des productions zombie, Dead Rising ne court pas après le succès d’estime. La licence est habituée a accoucher de jeux assez moyens (graphismes en retraits, rigidité des contrôles), mais au potentiel de fun indéniable. Le scénario vous lâche dans un environnement ouvert saturé de zombies et de psychopathes. À vous de construire vos propres armes et d’enquêter pour débusquer les faits ayant entraîné la catastrophe. Après, vous êtes libre. Survivez ou mourez.

C’est peut-être ce qui a convaincu Legendary d’en revendre les droits à Crackle, plateforme de streaming et spécialiste de la production-web, tant le potentiel de l’objet semblait bancal et hasardeux. Parfois mieux vaut cependant un petit producteur fauché mais motivé qu’une grosse machine je-m’en-foutiste. Car l’affaire à peine conclue, Crackle s’était déjà attelée à réunir une équipe dédiée à l’adaptation de Dead Rising. Et le résultat est des plus probant.

Dead Rising : Watchtower n’est pas une énième production sur le thème zombie. De par son background tout d’abord, dont découle son scénario. Dead Rising s’est toujours appuyé sur des scénarios très basiques, mais riches en action en rebondissements. Ainsi en choisissant de poser son histoire entre les épisodes 2 et 3 de la saga, introduisant la génèse du projet Watchtower, en place dans Dead Rising 3, Tim Carter a parfaitement compris comment tirer partie de la saga en faisant le lien entre deux opus aux histoires distantes de plus de 10 ans. Au travers du journaliste-héros de la crise zombie Franck West (Rob Riggle), incarnation déjantée et imbue d’elle-même de l’avatar du premier opus, il parvient de surcroît à aborder une thématique tristement d’actualité, bien que sous un angle en passe de devenir obsolète, à savoir jusqu’où un état est capable d’aller pour s’assurer le contrôle de ses citoyens. Car tout l’enjeu est là. Entre la FEZA, institution civile chargée de gérer la crise avec des moyens dérisoires tout en luttant désespérément contre l’infection, et les instances militaires qui la manipulent et prétendent disposer de meilleures solutions en puçant les gens comme de vulgaires yorkshires, la terreur qui étreint ce monde est palpable. Et hélas familière.

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Toujours viser la tête

L’univers de Dead Rising : Watchtower tient la route, même s’il bringuebale un peu dans les virages. Pour un fan de la saga (ou plus prosaïquement quelqu’un ayant tenu la manette des deux premiers épisodes), nous avons affaire à un produit d’une fidélité sans faille, distillant des clins d’œil avec moins de lourdeur que certains (Vous avez dit Jurassic World ? Tiens, c’est curieux), qu’il s’agisse de petits détails directement issus du jeu cachés de ci, de là, de ses zombies bigarrés qui nous changent des sempiternels zombies « cadres moyens crasseux » ou d’un morceau de bravoure quasi-suicidaire de Chase (Jesse Metcalfe) qui affronte l’espace de quelques secondes une horde de zombies à l’aide d’armes improvisées jusqu’à être contraint à la fuite.

À contrario, Dead Rising : Watchtower pourrait refroidir plus d’un néophyte. Si vous n’êtes pas familier de la saga, il se pourrait que le film vous laisse une impression déconcertante. Les interventions hilarantes et répétées de Franck West pourraient en rebuter certains par son côté lourdingue (Son interprète est visiblement en roue libre). Malgré tout, un amateur de morts-vivants y trouvera son compte sans problème, laissant de côté les références pour ne prendre que l’action en plein vol.

Si l’on suit ce simple postulat, Dead Rising : Watchtower atteint sa cible pleine bille. En exploitant correctement la licence tout en la replaçant dans un contexte assurant sa continuité, sans sacrifier ni renier le média qui l’a vue naître, Zach Lipovsky nous livre l’une des meilleures adaptation de jeu-vidéo qu’on ait vu, aussi imparfaite que son modèle, mais pétrie de la même passion que les créateurs de son matériau originel. Une passion qui compense sans mal ses petites maladresses.

Toute première fois (2015)

Un film de Noémie Saglio et Maxime Govare

avec Pio Marmaï, Lannick Gautry, Franck Gastambide

Un matin, Jérémie, 34 ans, se réveille dans un appartement aux côtés d’une sublime suédoise. Ce pourrait être le début d’une belle histoire si Jérémie ne devait pas se marier dans quelques semaines avec… Antoine.

Le décor est planté et le postulat de comédie également. Il n’est pas rare dans le cinéma français que l’homosexualité soit au centre d’un film comique : de La Cage aux folles en 1980 à Poltergay en 2006. En revanche, vous noterez une similitude flagrante entre ces deux films. L’homosexuel qui fait rire est la folle, ou en tout cas un tant soit peu extravagant. S’il est cantonné aux second rôles, c’est souvent un ersatz de la bonne copine qui prodigue ses conseils sur les mecs à sa meilleure amie. Bref c’est souvent très limité et assez léger. Vous trouverez des films gays où le personnage est davantage un « monsieur tout le monde », mais il s’agira souvent de drames car entre le coming out, et l’obligation de vivre caché, la vie d’homosexuel c’est quand même un chemin de croix ! Et oui c’est cliché mais c’est malheureusement comme cela dans l’esprit de nombre de réalisateurs et de scénaristes, et donc du spectateur lambda. Il y a tout de même quelques exceptions mais qui traitent plus souvent de l’homosexualité féminine comme Pourquoi pas moi ?, Coquillages et crustacés ou le génial Gazon Maudit. Ou alors il s’agit de films édités directement en dvd, ou exploités dans une salle dans le 4ème arrondissement de Paris. Sinon il faut aller dans les autres pays pour se fournir en films tout publics parlant d’homosexuels.

Alors pour une fois que le personnage principal est un homosexuel des plus banals, dans un film produit par Gaumont, et dont les affiches étaient partout, vous pensez bien que beaucoup y ont vu une démonstration de l’évolution des mœurs. Surtout quelques mois après le débat houleux autour du « Mariage pour Tous ». Et ils ont très vite déchanté. Car ce n’est pas tant l’histoire d’un homme qui par erreur découvre pour la première fois la sexualité avec une femme. C’est l’histoire d’un homme qui découvre que l’amour n’a pas de sexe.

Jérémie est depuis dix ans avec son compagnon. Ils vivent ensemble et ont un avenir tout tracé. Les parents de Jérémie aiment cette relation en bons anarchistes qu’ils sont. Tant que le mode de vie de leur fils bouscule les concepts bourgeois que leur impose leur fille enceinte, ils sont contents. L’entreprise de sondage qu’il a monté avec son meilleur ami, Charles, fonctionne très bien. Sa vie est en mode automatique. Cette femme va bouleverser son petit monde et y injecter du danger, de la vie tout simplement.

Ce film tend à montrer que la vie n’est pas binaire. Les réalisateurs se sont amusés à inverser le scénario cliché de l’hétéro qui se découvre homo. On le voit très bien dans une scène au début du film où Jérémie cherche sur internet des témoignages d’expériences similaires. Sur un site, une phrase sors du lot : « La bisexualité n’existe pas, ce ne sont que des homosexuels qui ne s’assument pas ». Cette saillie est un grand classique des discussions entre garçons à propos d’autres qui se clament bi. Et cette inversion des clichés fonctionne jusqu’à une scène très drôle de coming in.

Cependant le propos du film n’est absolument pas de dire que tous les homosexuels le sont jusqu’à ce qu’ils aient trouvé la femme qui les rendra heureux. Jérémie était très heureux avant le début du film. Il aurait pu tout aussi bien rencontrer un autre homme que son copain. Il se trouve qu’ici c’est une femme qui le fait revivre et qui déclenche la comédie. C’est tout aussi crédible que le parcours du personnage de Louis Garrel dans Les Chanson d’amour ( un film de Christophe Honoré) qui pour se guérir d’un deuil va trouver du réconfort dans les bras d’un homme, bien qu’il aime les femmes.

Au delà de son sous-texte intéressant dont je vous laisse découvrir les tenants et les aboutissants, Toute première fois est surtout une comédie très réussie. Les dialogues sont ciselés et les vannes cognent à chaque fois. Il doit aussi beaucoup à son casting très investi, Franck Gastambide et Camille Cottin en tête qui échange les saillies comme autant de coups de fleurets qui feraient mouche à chaque fois. C’est un film rafraîchissant qui parvient à divertir sans tomber dans la lourdeur. Il se paye même le luxe d’avoir un scénario aux rebondissements inattendus qui lui offre un peu d’originalité même si la forme est très classique. On peut par exemple déplorer l’usage de la voix off s’élevant quand il s’agit de décrire quelque chose autour du personnage de Jérémie que les scénaristes n’ont pas réussi à traiter autrement ( sa présentation au début du film, etc). Mais après tout, le genre de la comédie romantique est encore balbutiant en France et ne demande qu’à s’étoffer grâce à des propositions qui sortent de l’ordinaire comme celle-ci.

Disponible en dvd et blu-ray chez Gaumont depuis début Juin 2015