Césars 2019

Alors que l’Académie des Oscars dévoilait hier sa liste de nominations, c’est aujourd’hui au tour des Césars. Si les nommés n’ont rien de surprenants, on notera tout de même avec plaisir la présence de comédies telles que Le Grand BainGuy ou En Liberté !. Mais notre cœur penche sans débat pour Jusqu’à la gardede Xavier Legrand, une claque comme on aimerait en avoir plus souvent dans le cinéma français. Nous restons cependant incertains sur la catégorie dans laquelle il l’emportera : « Meilleur Film » ou « Meilleur premier film ». Il est probable que Les Chatouillesdomine la seconde catégorie tant le film a été bien reçu par le public et les critiques. Vous pouvez retrouver nos pronostics en gras dans l’article. Nous allons également revenir sur certains films d’ici à la cérémonie qui se tiendra le 22 Février 2019. 

Meilleur film

La Douleur, d’Emmanuel Finkiel 
En liberté !, de Pierre Salvadori 
Les Frères Sisters, de Jacques Audiard 
Le Grand Bain, de Gilles Lellouche 
Guy, d’Alex Lutz 
Jusqu’à la garde, de Xavier Legrand 
Pupille, de Jeanne Herry

Meilleure actrice

Elodie Bouchez dans Pupille 
Cécile de France dans Mademoiselle de Joncquières 
Léa Drucker dans Jusqu’à la garde 
Virginie Efira dans Un amour impossible 
Adèle Haenel dans En liberté ! 
Sandrine Kiberlain dans Pupille 
Mélanie Thierry dans La Douleur

Meilleur acteur

Edouard Baer dans Mademoiselle de Joncquières 
Romain Duris dans Nos batailles 
Vincent Lacoste dans Amanda 
Gilles Lellouche dans Pupille 
Alex Lutz dans Guy 
Pio Marmaï dans En liberté ! 
Denis Ménochet dans Jusqu’à la garde

Meilleur acteur dans un second rôle

Jean-Hughes Anglade dans Le Grand Bain 
Damien Bonnard dans En liberté ! 
Clovis Cornillac dans Les Chatouilles 
Philippe Katerine dans Le Grand Bain 
Denis Podalydès dans Plaire, aimer et courir vite

Meilleure actrice dans un second rôle

Isabelle Adjani dans Le Monde à nous 
Leila Bekhti dans Le Grand Bain 
Virginie Efira dans Le Grand Bain 
Audrey Tautou dans En liberté ! 
Karin Viard dans Les Chatouilles

Meilleur réalisateur

Emmanuel Finkiel, La Douleur 
Pierre Salvadori, En liberté ! 
Jacques Audiard, Les Frères Sisters 
Gilles Lellouche, Le Grand Bain 
Alex Lutz, Guy 
Xavier Legrand, Jusqu’à la garde 
Jeanne Herry, Pupille

Meilleure espoir féminin

Ophélie Bau dans Mektoub My Love 
Galatéa Bellugi dans L’Apparition 
Jehnny Beth dans Un amour impossible 
Lily Rose-Depp dans L’Homme fidèle 
Kenza Fortas dans Shéhérazade

Meilleur espoir masculin

Antony Bajon dans La Prière 
Thomas Gloria dans Jusqu’à la garde 
William Lebghil dans Première Année 
Karim Leklou dans Le Monde est à toi 
Dylan Robert dans Shéhérazade

Meilleur premier film

L’Amour flou, de Romane Bohringer et Philippe Rebbot 
Les Chatouilles, d’Andréa Bescond et Éric Métayer 
Jusqu’à la garde, de Xavier Legrand 
Sauvage, de Camille Vidal-Naquet 
Shéhérazade, de Jean-Bernard Marlin

Meilleur documentaire

America, de Claus Drexel 
De chaque instant, de Nicolas Philibert 
Le Grand Bal, de Laetitia Carton 
Ni juge ni soumise, de Jean Libon et Yves Hinant 
Le Procès contre Mandela et les autres, de Nicolas Champeaux et Gilles Porte

Meilleur film étranger

3 Billboards, les panneaux de la vengeance, de Martin MacDonagh 
Capharnaüm, de Nadine Labaki 
Cold War, de Paweł Pawlikowski 
Girl, de Lukas Dont 
Hannah, d’Andrea Pallaoro 
Nos batailles, de Guillaume Senez 
Une affaire de famille, d’Hirokazu Kore-eda

Meilleur court-métrage

Bragino, de Clément Gogitore 
Les Indes galantes, de Clément Gogitore 
Kapitalistis, de Pablo Muñoz Gomez 
Laissez-moi danser, de Valérie Leroy 
Les Petites Mains, de Rémi Allier

Meilleur court-métrage d’animation

Au cœur des ombres, de Mónica Santos et Alice Guimarães 
La mort, père et fils, de Winshluss et Denis Walgenwitz 
Raymonde ou l’Evasion verticale, de Sarah Van Den Boom. 
Vilaine fille, de Ayçe Kartal

Meilleur film d’animation

Astérix : Le Secret de la potion magique, d’Alexandre Astier et Louis Clichy 
Dilili à Paris, de Michel Ocelot 
Pachamama, de Juan Antin

Meilleure photographie

Alexis Kavyrchine, La Douleur 
Benoît Debie, Les Frères Sisters 
Laurent Tangy, Le Grand Bain 
Nathalie Durand, Jusqu’à la garde 
Laurent Desmet, Mademoiselle de Joncquières

Meilleure adaptation

Andréa Bescond et Eric Métayer, Les Chatouilles 
Emmanuel Finkiel, La Douleur 
Jacques Audiard, Thomas Bidegain, Les Frères Sisters 
Emmanuel Mouret, Mademoiselle de Joncquières 
Catherine Corsini et Laurette Polmanss, Un amour impossible

Meilleur son

Antoine-Basile Mercier, David Vranken, Aline Gavroy pour La Douleur 
Brigitte Taillandier, Valérie De Loof, Cyril Holtz pour Les Frères Sisters 
Cédric Deloche, Gwennolé Le Borgne, Marc Doisne pour Le Grand Bain 
Yves-Marie Omnès, Antoine Baudouin, Stéphane Thiébaut pour Guy 
Julien Sicart, Julien Roig, Vincent Verdoux pour Jusqu’à la garde

Meilleure musique originale

Anton Sanko, Amanda 
Camille Bazbaz, En liberté ! 
Alexandre Desplat, Les Frères Sisters 
Vincent Blanchard, Romain Greffe, Guy 
Pascal Sangla, Pupille 
Grégoire Hetzel, Un amour impossible

Meilleur scénario original

Pierre Salvadori, Benoît Graffin, Benjamin Charbit pour En liberté ! 
Gilles Lellouche, Ahmed Hamidi, Julien Lambroschini pour Le Grand Bain 
Alex Lutz, Anaïs Deban, Thibault Segouin pour Guy 
Xavier Legrand pour Jusqu’à la garde 
Jeanne Herry, pour Pupille

Meilleurs costumes

Anaïs Romand et Sergio Ballo, La Douleur 
Pierre- Yves Guerraud, L’Empereur de Paris 
Miléna Canonero, Les Frères Sister 
Pierre-Jean Larroque, Mademoiselle de Joncquières 
Anaïs Romand, Un peuple et son roi

Meilleurs décors

Pascal Le Guellec, La Douleur 
Emile Ghigo, L’Empereur de Paris 
Michel Barthélémy, Les Frères Sisters 
David Faivre, Mademoiselle de Joncquière 
Anaïs Roman, Un peuple et son roi

Meilleur montage

Valérie Deseine, Les Chatouilles 
Isabelle Devinck, En liberté ! 
Juliette Welfling, Les Frères Sisters 
Simon Jacquet, Le Grand Bain 
Yorgos Lamprinos, Jusqu’à la garde

Oscars 2019 : Nominations

Chaque année, nous attendons cette liste avec impatience. Après avoir dévoré un nombre impressionnant de films en salles, chacun veut savoir si son préféré sera dans la course pour les Oscars. La nouvelle vient d’arriver et, comme à chaque fois, on fait nos paris.

Si, malheureusement le duel est joué d’avance et se fera entre les surcotésBohemian Rapsodyet A Star is Born(tous deux taillés sur mesure pour la catégorie), nous aimerions davantage saluer le travail de Lánthimos dont le film pourra être vu en France le 6 février 2019. Il serait aussi intéressant de mettre en avant le passage de Peter Farrelly à un cinéma loin de ses habitudes avec Green Book.Couronner Roma d’Alfonso Cuaron pourrait être pertinent mais ce serait donner un Oscar à Netflix, ce qui changerait considérablement la façon dont l’industrie cinématographique considère la plateforme. Le géant du streaming aurait alors une reconnaissance phénoménale et un boulevard pour écraser la concurrence. Enfin, nous ne sommes pas à l’abri d’une surprise en ce qui concerne le meilleur film d’animation. Pixar pourrait bien ne pas l’emporter avec Les Indestructibles 2, pourtant très bon, au profit du succès inattendu de la fin d’année 2018 : Spiderman : into the Spider-verse. Personne ne l’attendait vraiment mais son humour et ses audaces de réalisation l’ont vraiment distingué. 

On attend avec impatience le 24 février 2019 pour les résultats. D’ici là, on se sera penché sur les Césars dont les nominations seront dévoilées demain, Mercredi.

MEILLEUR FILM

« Black Panther »

« BlacKkKlansman »

« Bohemian Rhapsody »

« The Favourite »

« Green Book »

« Roma »

« A Star Is Born »

« Vice »

ACTRICE DANS UN SECOND RÔLE

Amy Adams, « Vice »

Marina de Tavira, « Roma »

Regina King, « If Beale Street Could Talk »

Emma Stone, « The Favourite »

Rachel Weisz, « The Favourite »

ACTEUR DANS UN SECOND RÔLE

Mahershala Ali, « Green Book »

Adam Driver, « BlackKKlansman »

Sam Elliott, « A Star Is Born »

Richard E. Grant, « Can You Ever Forgive Me »

Sam Rockwell, « Vice »

MEILLEUR FILM ETRANGER

« Capernaum »

« Cold War »

« Never Look Away »

« Roma »

« Shoplifters »

CHANSON ORIGINALE

« All The Stars » – « Black Panther »

« I’ll Fight » – « RBG »

« Shallow » – « A Star Is Born

« The Place Where Lost Things Go » – « Mary Poppins Returns »

« When A Cowboy Trades His Spurs For Wings » – « The Ballad of Buster Scruggs »

FILM D’ANIMATION

« Incredibles 2 »

« Isle of Dogs »

« Mirai »

« Ralph Breaks the Internet »

« Spider-Man: Into the Spider-Verse »

SCENARIO ADAPTE

« The Ballad of Buster Scruggs »

« BlacKkKlansman »

« Can You Ever Forgive Me? »

« If Beale Street Could Talk »

« A Star Is Born »

SCENARIO ORIGINAL

« First Reformed »

« Green Book »

« Roma »

« The Favourite »

« Vice »

MEILLEUR ACTEUR

Christian Bale, « Vice »

Bradley Cooper, « A Star Is Born »

Willem Dafoe, « At Eternity’s Gate »

Rami Malek, « Bohemian Rhapsody »

Viggo Mortensen, « Green Book »

MEILLEURE ACTRICE

Yalitza Aparicio, « Roma »

Glenn Close, « The Wife »

Lady Gaga, « A Star Is Born »

Olivia Colman, « The Favourite »

Melissa McCarthy, « Can You Ever Forgive Me? »

REALISATEUR

Spike Lee, « BlacKkKlansman »

Pawel Pawlikowski, « Cold War »

Yorgos Lanthimos, « The Favourite »

Alfonso Cuarón, « Roma »

Adam McKay, « Vice »

MEILLEURE BANDE ORIGINALE

« Black Panther »

« BlacKkKlansman »

« If Beale Street Could Talk »

« Isle of Dogs » »Mary Poppins Returns »

Carlotta montre tout

Pour bien commencer l’année cinématographique 2019, le distributeur Carlotta a décidé de dévoiler son line-up pour les 6 prochains mois et c’est avec un plaisir non-dissimulé que nous nous sommes penchés dessus. Il faut dire que Carlotta fait partie de ces distributeurs dont les choix éditoriaux, à défaut de toucher le plus grand nombre, sont toujours enthousiasmants. Si peu de gens trouveront de l’intérêt à l’ensemble de son catalogue, il est indéniable que tout le monde pourra y trouver son bonheur, pourvu que le monde en question apprécie le 7ème Art.

Au fil du temps, Carlotta s’est en effet constitué un éventail très large, de l’œuvre de Michael Cimino (Voyage au bout de l’enfer) à celle d’Harold Lloyd (Monte là-dessus), éditant une collection consacrée à l’exceptionnelle filmographie d’Akira Kurosawa (Barberousse) tout en créant son label Midnight Collection, s’intéressant à des curiosités d’horreur et d’action venues tout droit de l’ère des vidéoclubs (La trilogie Basket Case ou À armes égales, chroniqué par nos soins). Entre ces quatre points cardinaux, Carlotta a rendu hommage à des réalisateurs tels que Ron Howard (Cocoon, aussi chroniqué par nos soins), King Hu (A Touch of zen) ou Luis Buñuel (Belle de jour). Bref, ce distributeur touche un peu à tout, pour la plus grande joie des cinéphiles de tous bords.

Et ce qu’on peut dire, c’est que le premier semestre 2019 de Carlotta va se révéler plutôt chargé, entre sorties (ou ressorties) cinéma, édition Blu-Ray et DVD variées, et même 3 livres d’entretiens consacrés au cinéma.

Comme à son habitude, Carlotta sera fidèle au cinéma asiatique avec la sortie en salles dès Février des Funérailles des roses(Toshio Matsumoto – 1969), œuvre issue de la nouvelle vague japonaise se déroulant dans le milieu homosexuel tokyoïte. Il sera suivi au cours du mois de Juin de Silence (Masahiro Shinoda – 1971). Entre les deux, en Mars, honneur sera rendu à Tsui Hark et à son Time and tidequi aura droit à une reluisante édition Blu-ray. Néanmoins, la sensation venue de l’Est de ce premier semestre sera sans doute la diffusion en salles de L’Héritage des 500.000, première et seule réalisation de Toshiro Mifune. Une œuvre totalement inédite sur laquelle Akira Kurosawa aura apporté conseils et compétences en montage. Le résultat : Un grand film d’aventure comme les 60’s ont su nous en livrer. À ne pas manquer.

Le cinéma américain ne sera cependant pas en reste avec la ressortie en salles de La Maison de la mort(James Whale – 1932), l’un des premiers films d’horreur des studios Universal, avant leur grande période « Universal Monsters », où Dracula, le loups-garou et consorts ne fassent leur renommée dans ce domaine. L’occasion de découvrir ou redécouvrir Boris Karloff avant que son costume de momie ne le propulse au rang de légende du cinéma. Entre Mars et Juin, ce ne seront pas moins de 5 films américains qui feront leur entrée sur le marché du DVD – Blu-ray : The Intruder (Roger Corman – 1962), une critique du racisme patent de l’Amérique post-ségrégation, Network (Sidney Lumet – 1976), un drame étonnamment moderne sur la dérive des médias, Shampoo(Hal Ashby – 1975), China Gate (Samuel Fuller – 1957) et Le Cavalier électrique (Sydney Pollack – 1979), où l’on suivra Robert Redford en champion de rodéo has-been, flanqué de Jane Fonda en journaliste opiniâtre, souhaitant rendre sa liberté à un cheval de rodéo. Notons également que le distributeur prévoit de diffuser au cinéma Flirter avec les embrouilles(David O. Russell – 1996), mais qu’en raison de la difficulté à trouver des salles libres peu avant l’été le contraint à s’en tenir au conditionnel, et à devoir choisir entre lui et Souvenirs d’en France(André Téchiné – 1975). Affaire à suivre donc.

Et si ce n’est lui, ce sera à Irréversible(Gaspard Noé – 2002) qu’il reviendra de représenter le cinéma français et Carlotta dans les salles. Nous noterons aussi la sortie d’un coffret consacré à l’œuvre de Jacques Rivette au travers de 3 films restaurés.

En toute décontraction, Carlotta a su toucher au cœur les cinéphiles venus participer à leur soirée de line-up. Difficile pour l’amateur de cinéma, esthète ou dilettante, de ne pas trouver dans cette sélection au moins un film qui éveillera son intérêt. Autant dire que la saison s’annonce florissante pour Carlotta.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Un film pratiquement parfait en tout point

Le Retour de Mary Poppins (2018)Résultat de recherche d'images pour "le retour de mary poppins"

Mary Poppins returns

Un film de Rob Marshall

Avec Emily Blunt, Lin-Manuel Miranda, etc

Sortie le 19 Décembre 2018

Distribué par Walt Disney France

Dans le Londres de la Grande Dépression, Jane et Michael Banks ont bien grandis depuis leur rencontre avec Mary Poppins. Jane a pris le relais de sa mère et lutte pour les droits des ouvriers. Michael, quant à lui, vit toujours au 17 Allée des Cerisiers avec ses trois enfants dont la mère est décédée. Il est devenu artiste peintre mais travaille en parallèle dans la banque de son père pour entretenir son foyer. Mais l’argent vient quand même à manquer. Michael a contracté un gros prêt qu’il doit rembourser d’ici la fin de la semaine au risque de perdre sa maison. C’est alors que Mary Poppins décide de pointer le bout de son parapluie.

Il est beaucoup reproché à Disney, ces dernières années, de ne plus offrir des films live originaux. De fait, le studio a lancé une grande campagne de réinterprétation de ses grands succès animés en films « de chair et d’os » pour des résultats très variable. Et ce n’est pas près de s’arrêter. On voit Aladdin, Dumb oet Le Roi Lion approcher dangereusement de nos côtes tandis que Lilo et Stitch apparaît à l’horizon. Quand ils prennent le risque d’offrir une histoire originale, le long métrage ne trouve pas son public : A la poursuite de demain, Un Raccourci dans le temps ou le récent Casse-Noisette et les quatre royaumes.

Mais comment faire lorsqu’on veut reprendre un immense succès du studio qui est déjà un film live ? On ne va pas en faire un film d’animation. Le problème est d’autant plus épineux quand il date de 1964 et que les créateurs d’origine sont quasi tous morts. Il reste la possibilité de faire un reboot. C’est une solution de facilité pour actualiser les films et conquérir un nouveau public. Sinon, on peut faire un sequel qui, bien souvent, est juste une occasion de bourrer le film de clins d’œil. Dans les deux cas, c’est s’exposer à la vindicte des fans du premier film. Ce qu’on pourrait maintenant appeler « un effet Star Wars episode VII ». C’est peu dire qu’on attendait Le Retour de Mary Poppins avec une mitrailleuse.

On ne va pas faire durer le suspense plus longtemps : le film est une réussite malgré des facilités scénaristiques évidentes. Le scénariste, David Magee, reprend la structure du film original de façon quasi identique. L’enchaînement des événements est le même : on retrouve une séquence animée au même endroit, une autre avec les allumeurs de réverbère qui fait écho à celle des ramoneurs, etc. On en vient parfois à penser que certaines pages de scénario ont été réutilisées. Pourtant, l’ensemble est frais et regorge de variations intéressantes. C’est finalement une méthode efficace pour satisfaire le public amateur du film de Robert Stevenson.

Magee a modernisé l’écriture en ajoutant des éléments qui n’étaient pas présent dans le film original : un antagoniste fort et les enfants de Michael qui sont les vrais moteurs de l’intrigue. Mary Poppins est également beaucoup plus active. Elle intervient physiquement pour régler les problèmes alors qu’elle ne faisait que les influencer dans le premier. Ce n’est pas un problème, ni une trahison. C’est une évolution naturelle des choses.

L’autre aspect qui était en droit de nous inquiéter aurait pu faire plonger le film dans l’oubli immédiat : Disney a confié la réalisation au tâcheron Rob Marshall. Pour le studio, il avait déjà assassiné Pirates des Caraïbes IV : La Fontaine de jouvenceet Into the woods. Il nous avait aussi infligé Nine. On en venait à se demander si Chicagon’était pas un fruit du hasard. Dans Le Retour de Mary Poppins, le studio semble l’avoir muselé et cela rend l’ensemble agréable à regarder. La mise en scène n’a rien d’originale ou marquante mais elle est fonctionnelle. La beauté des décors et l’énergie des numéros musicaux prennent le relais et font du film un bonheur de chaque instant. On aurait cependant aimé que la caméra accompagne la folie de ce qu’elle filme. Mais ce n’est que pinaillage.

La partition de Marc Shaiman (compositeur, entre autres, de Hairspray) est enthousiasmante et reste en tête facilement. Il a le bon goût de s’inscrire dans le même registre musical que la musique des Frères Sherman en 1964. C’est gai, pétillant et donne envie d’applaudir à la fin de certains numéros.

Le dernier défi était le casting. Emily Blunt reprend le rôle avec finesse et respect pour le travail de Julie Andrews. Elle y apporte une raideur et une malice rafraîchissante. Elle arrive à convaincre dès sa première apparition à l’écran. Elle trouve dans Lin-Manuel Miranda un sidekickmasculin parfait. Son chant et son jeu sont pleins de reliefs. On espère le revoir bien vite sur les écrans.

Le Retour de Mary Poppins est le film idéal pour les fêtes de fin d’année. Il ne trahit jamais son matériau d’origine et lui offre une suite de grande qualité. Il s’offre le luxe de fourmiller de clins d’œil et de caméos réjouissants et émouvants. En revanche, ne vous attendez pas à trouver Julie Andrews. Elle a refusé l’invitation pour éviter qu’on se focalise sur son cameo plutôt que sur Emily Blunt dont la tâche était déjà compliquée.

Un article de Florian Vallaud

Un film noir haut en couleurs

Carnage chez les Puppets.Résultat de recherche d'images pour "carnage chez les puppets"

Comédie – USA

Réalisé par Brian Henson

Avec Melissa McCarthy, Elizabeth Banks,

Maya Rudolph…

Sortie en salles le 19 Septembre 2018

Distribué par Metropolitan Films Export

À Los Angeles, nombre de communautés cohabitent en plus ou moins bonne entente, mais aucune de ces communautés n’est moins respectée que celle des Puppets, des marionnettes douées de vie qui vivent au ban de la société. Dans ce melting-pot, Phil Philips fait figure d’exception. Seul puppet à être un jour entré dans la police, il traîne un lourd passé. Reconverti en détective privé, il se retrouve à reprendre du service quand un mystérieux assassin semble déterminé à éliminer les membres du Happytime Gang, une ancienne émission de télé remise au goût du jour.

Bien étrange cas que celui de Carnage chez les Puppets. À l’heure des effets spéciaux tapageurs, un film mettant en scène des marionnettes animées à l’ancienne paraît anachronique. Pire encore, sa bande-annonce accumulant les séquences trashs à l’humour lourdingue pouvait rebuter au premier abord, sans doute au point d’hypothéquer au moins en partie son potentiel. L’objet (à ce moment, on ne s’attendait pas vraiment à un « film » digne de ce nom) semblait lorgner vers un émule de Sausage Party ou des derniers opus de la saga Scary Movie, à savoir un produit sans queue ni tête, dont le scénario, bordélique et mal foutu, ne serait que prétexte à une accumulation de gags aussi trashs que nuls. Autant dire que c’est plutôt par curiosité (et avec un peu de mauvais esprit, avouons-le…) que l’on passe la porte de la salle de cinéma.

Dès les premières images, avec sa vue aérienne d’une Los Angeles baignée de soleil, ses voitures d’un autre âge et son détective bourru (et rembourré) accro aux clopes, Carnage chez les Puppets nous transporte vers une Amérique que les moins de 20 ans ne connaissent pas. Ambiance et mise en scène sont clairement héritées de la fin du siècle dernier, et si l’ensemble est très propre, il manque singulièrement de modernité et de fantaisie. Le scénario, un grand classique du polar américain, ne nous aidera pas à regagner notre époque, mais il n’en est pas moins suffisamment convaincant pour qu’on daigne le suivre sans déplaisir. D’autant qu’il nous transporte dans les lieux emblématiques du genre : Repaires de gangsters, squats de drogués et autres sex-shop poisseux. Autant d’endroits mal-famés prétextes à divers gags mettant en scène les puppets et leurs mœurs parfois étranges, ces créatures de tissus étant au moins aussi dingues que les toons de Qui veut la peau de Roger Rabbit, quoique terriblement plus borderlines.

Carnage chez les Puppets, s’il ne surprend pas par sa construction, nous amuse avec son humour trash bien présent (mais finalement moins que ne le laissait entendre sa bande-annonce), ses situations déconnantes et ses vannes cradingues qu’on ne s’attend certainement pas à entendre dans les bouches de feutre de gentilles marionnettes. Pourvu qu’on soit bon public du genre, la grande majorité des vannes fait mouche, et une légion de petites idées contribuent à offrir une épaisseur à cet univers délirant (puppets accros au sucre comme les humains peuvent l’être à la cocaïne, leur peur incommensurable d’être déchiquetés par les chiens, etc…). Et au milieu des poupées foldingues, Melissa McCarthy, fidèle à elle-même, cabotine avec le personnage brut et grossier auquel elle nous a habitués, lequel, il faut bien l’admettre, colle très bien à cet univers décalé.

Rejeton bâtard de Scary Movie et de Qui veut la peau de Roger Rabbit, Carnage chez les Puppets est loin d’être la catastrophe annoncée. Certes, on peut lui reprocher son style vieillot et son scénario cliché, néanmoins, les amateurs d’humour régressif ne devraient pas le bouder. Moins donneur de leçons (stupides) que ne l’a été Sausage Party, son but est simplement de nous mener d’un point A à un point B en émaillant notre voyage de franches parties de rigolade, et on n’en demande pas plus.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

 

Mortelle partie de pêche

En Eaux troubles.Résultat de recherche d'images pour "en eaux troubles"

Action, Thriller – USA

Réalisé par Jon Turtletaub

Avec Jason Statham, Bingbing Li,

Rainn Wilson, Winston Chao…

Sortie en salle le 22 Août 2018

Distribué par Warner Bros France

Au sein de la station de recherche sous-marine Mana One, c’est l’effervescence. On y organise une expédition hors du commun à la découverte d’un écosystème inconnu, caché au plus profond de l’océan Pacifique. Mais à peine découvert, il s’avère que cet environnement se révèle bien plus hostile que prévu. Alors que l’équipage parvient in extremis à se sauver de ces profondeurs menaçantes, quelque chose l’a suivi jusqu’à la surface, le plus redoutable prédateur marin que la Terre ait porté : Le mégalodon.

Dire qu’En Eaux troubles revient de loin serait un euphémisme. Ce projet date tout de même du siècle dernier. En 1997, l’auteur Steve Alten accouche de Meg : A Novel of Deep Terror. Comme Jurassic Park quelques années plus tôt, les droits sont très vite achetés, par Disney en l’occurrence, mais le projet est rangé dans un tiroir. La cause ? La sortie deux ans plus tard du Peur Bleue de Warner. Pour le bien, certainement, car ce dernier aura engendré un beau score au box-office, en dépit d’un scénario peu inspiré et de scènes d’un ridicule presque sharknadoesque. Dès lors, l’adaptation du roman, d’abord oubliée, passe de main en main avant de finir sur le bureau de Jon Turtletaub et finalement sur nos écrans, 20 ans plus tard, à une époque où le film de requins est après tout florissant.

Évidemment, loin d’être un genre en soi, le spectre des films mettant en scène toutes sortes de squales est on ne peut plus large, partant des angoissantes Dents de la Merde Spielberg, en passant par l’étouffant 47 meters down, pour rejoindre des projets plus originaux tels que L’Attaque du requin à 2 têtes, Sharktopuset d’autres variations du genre, et finir avec la déconnante pentalogie Sharknado. Bref, le genre est aussi large qu’une mâchoire de grand blanc, et étrangement situerEn Eaux troubles sur cet éventail peut se révéler compliqué. Ne serait-ce que son titre. En VF, il nous promet de la terreur et du suspense, alors qu’avec The Meg en VO, on comprend bien plus facilement qu’on a affaire à du lourd, de l’action bien grasse. De fait, en dépit des possibles intentions de ses producteurs, En Eaux troubles fait un bien piètre film d’horreur. Pas l’ombre d’un moment de surprise, ni même un tout petit jump-scare pour marquer le coup. À moins que vous ne soyez une baleine (on ne juge pas), lesquelles prennent quand même très cher en terme de déchiquetage, même les scènes les plus sanglantes n’ont pas le potentiel de nous faire frissonner. Mais une question se pose finalement : Peut-on vraiment faire de l’horreur (sérieuse et viscérale s’entend) avec un requin de 25 mètres ?

Après tout, toute l’horreur et la terreur qu’inspirent le requin viennent de sa nature de prédateur particulier, pour ne pas dire opportuniste. Son aileron n’est jamais plus terrifiant que quand il disparaît sous les eaux, et une fois immergé, sa discrétion est proverbiale. De plus, la bête a un sens pratique des plus cruels, mordant sa proie pour en emporter un morceau pour aller manger plus loin, avant d’éventuellement revenir se servir. Une glaçante manière de chasser, admettons-le, bien loin des capacités du mégalodon, dont la mâchoire se révélait tellement large qu’il pouvait avaler un humain avec autant de facilité que Monstro déglutit Pinocchio. Nul besoin de déchiqueter la carcasse du baigneur avant de se régaler. Quant à parvenir à se cacher, n’en parlons pas. S’il tente vaguement de nous surprendre en exploitant le hors-champ, on a bien du mal à croire qu’un poisson de 25 mètres de long puisse vous tourner autour à moins de 10 mètres sans qu’un de ses ailerons n’entre dans votre champ de vision. Autant dire que le potentiel horrifiant du mégalodon n’atteint pas celui du bon vieux requin blanc. L’horreur est un genre qui se joue de la taille.

En revanche, dans les eaux tumultueuses de l’action, En Eaux troubles se défend avec une fougue que ne renierait pas un espadon hameçonné au bout d’une ligne, avec ses séquences de sauvetages sur le fil et d’attaques de requins sous stéroïdes. Certes, l’ensemble ne nous réserve pour ainsi dire aucune surprise, et l’humour décomplexé habituellement dévolu aux productions de ce genre est plutôt pataud, et parfois même très mal amené, néanmoins, les effets spéciaux donnant vie à la bête se révèlent plutôt décents compte tenu du budget et pas mal de séquences marqueront un peu leur spectateur (L’attaque de la station sous-marine, Jason Statham jouant les appâts accroché à un câble tracté par un bateau lancé à pleine vitesse), tandis que d’autres, bien qu’impressionnantes c’est vrai, se révèlent globalement inutiles (et se concentrent principalement vers la fin). Clairement, l’ennui a fait ses valises et est allé se prélasser sous d’autres cieux.

Portant les marques de sa lente gestation, En Eaux troubles ne fera pas frissonner les amateurs d’horreur. Il n’émerveillera pas non plus les esthètes des personnages fins et bien écrits. En revanche, les amateurs de traque démesurée, biberonnés aux invraisemblables productions 90’s et leurs effets spéciaux (préhistoriques vus de 2018), trouveront un film haletant et sans temps morts. On aurait peut-être apprécié plus de profondeur, mais c’est déjà pas mal.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Destination Pékin : Pas de quoi casser trois pattes à un canard

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Animation, Comédie – Chine, USA

Réalisé par Christopher Jenkins

Avec les voix Jim Gaffigan, Zendaya, Lim Lance

Sortie en salles le 15 Août 2018

Peng (Jim Gaffigan en VO / Éric Antoine en VF) est un jars gouailleur et farceur. À force d’arrogance et d’imprudence, il se casse l’aile à quelques heures du début de la migration. Laissé en arrière, il fait la rencontre de Chi (Zendaya) et Chao (Lim Lance), deux canetons que ses extravagances ont séparé de leur groupe. Tous les trois sont cloués au sol, alors qu’à cela ne tienne, ils entreprennent d’effectuer leur voyage à pieds.

Si vous nous suivez depuis plus d’un mois, il est possible que vous ayez parcouru notre article sur L’Envol de Ploé. Si c’est le cas, nous vous annoncions la sortie de Destination Pékin, qui se place au rang des films exploitant les migrations aviaires comme archétype du voyage initiatique (et si ce n’est pas le cas, sachez que nous vous en tenons pas rigueur, mais que nous sommes quand même très déçus). Une annonce certes un peu hâtive et gratuite car nous n’avions pas eu l’occasion de le voir. Un détail qui vient donc d’être corrigé. Alors que peuvent bien valoir les aventures de Peng et de ses canetons facétieux maintenant qu’elles s’avancent devant les poids-lourds Les Indestructibles 2et Hôtel Transylvanie 3 ?

Autant le dire tout de suite, pas grand-chose. En dépit de quelques idées, Destination Pékin se crashe en beauté. Et en beauté, c’est bien le mot car son habillage est on ne peut plus plaisant et convaincant. Les décors sont chatoyants et les personnages parsemés de détails, le travail des animateurs mérite bien quelques éloges. Mais c’est à peu près tout ce qu’on peut lui reconnaître. Le problème étant que l’emballage est loin de suffire à rattraper les immanquables faiblesses de ce film définitivement boiteux.

Dommage en effet que les scénaristes, dont certains ne sont pourtant pas novices en animation (pour avoir officié sur Shrek, la saga Clochette ou encore En route), n’aient pas été plus inspirés. Ce voyage à travers les paysages emblématiques de la Chine (ses rizières, ses montagnes, etc) laisse tout de même un arrière-goût de réchauffé, et ce, même s’il essaie de faire preuve d’un peu de fantaisie narrative à quelques minutes de la fin. Pourtant, quelques-unes de ses idées auraient pu en faire un film un peu plus audacieux, comme son méchant clairement sous-exploité, qui se débat entre ses deux personnalités, oscillant entre pragmatisme menaçant et psychopathie inquiétante, ou la profusion de jeux-de-mots d’autant plus navrants que les doubleurs ne semblent absolument pas assumer leur facilité (et on les comprend, hélas). Ne restent finalement que des gags éculés, ayant le plus souvent pour thématique les pets (Rigolo et ton sur ton quand on fait Shrek, beaucoup moins pour une histoire d’oie en migration), et beaucoup de blabla, un ensemble qui meuble quand même assez difficilement cette heure et demi. Dans la salle, les plus petits peuvent être parfois réceptifs (les éclats de rires n’en sont pas moins rares).

En le relâchant à moins d’un mois de la rentrée des classes, les producteurs de Destination Pékin avouent presque d’eux-mêmes que leur film n’a pas les armes pour résister aux autres, et ils ont sans doute raison. Pensé comme une carte postale d’une Chine sublime (ce qu’elle est certainement) avant d’être pensé comme un film (ce qu’il a beaucoup plus de mal à justifier), Destination Pékin  se révèle décevant, la faute à un scénario indigent et à un flagrant manque d’audace.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux