Entretien avec un humain

L’Odyssée d’HakimRésultat de recherche d'images pour "l'odyssée d'hakim tome 2"

Bande-Dessinée

Par Fabien Toulmé

Édité par Delcourt

Sortie le 29 Août 2018

 

Au travers d’une série d’entretiens, Fabien Toulmé a mis en image le récit d’Hakim, un jeune réfugié syrien, de sa vie en Syrie avant les premières manifestations jusqu’à la véritable odyssée qui l’a mené de la banlieue de Damas jusque dans le sud de la France, où l’auteur l’a rencontré.

À la fin de l’année 2010, le monde arabe commence à frémir, et finit par entrer en ébullition au cours des deux années suivantes. Un enchaînement de manifestations qu’on appellera le Printemps Arabe secoue nombre de régimes autoritaires, autocratiques et autres oligarchies. Une contestation qui finira par atteindre un pays plutôt méconnu dans nos contrées, la Syrie. La suite, nous la connaissons. Du moins, nous la connaissons vue au travers du prisme des médias. Des manifestations, qui dégénèrent finalement en guerre civile, où divers acteurs étrangers prennent part, qui pousse des millions de personnes à fuir leur pays la mort dans l’âme. Et si le conflit a cessé de faire les gros titres, le drame des réfugiés se poursuit, inexorablement.

Et l’une des facettes de ce drame, c’est sans doute le nombre. Alors que médias et gouvernements se battent à coup de chiffres, au point d’en arriver à éditer des palmarès du nombre de réfugiés ayant tenté de passer les frontières européennes ou du nombre d’entre eux qu’on accepte d’accueillir sur son sol, on en oublie souvent que le nombre est avant tout une accumulation d’unités. Des individus, avec chacun leur passif, leurs espoirs et hélas leurs souffrances. L’Odyssée d’Hakim commence par la rencontre de deux individus, Fabien Toulmé, auteur de bande-dessinée français, et Hakim Kabdi, horticulteur syrien poussé à l’exil. Au cours de nombreux entretiens, l’auteur a plongé au cœur de l’intimité du réfugié et recueilli son récit, pour le mettre en image et nous livrer le témoignage des moments, bons comme mauvais, qui ont émaillés son voyage.

Le résultat, c’est un récit qui se veut au plus près de la réalité, sans misérabilisme ni sensationnalisme. Après un préambule expliquant sa démarche, Fabien Toulmé enchaîne les chapitres, chacun résumant un entretien passé en compagnie d’Hakim et sa famille. Dans ce premier tome d’une série de trois, le quotidien d’Hakim nous dépeint une Syrie qui se délite et un peuple poussé à bout. Fragment de ce peuple, Hakim nous livre l’accumulation d’exactions et la dégradation des conditions de vie de sa famille, tout ce qui l’a poussé à l’exil, mais aussi les petits soucis du quotidien d’un réfugié, ainsi que ses petites victoires. Le récit extraordinaire d’un homme ordinaire, en somme.

L’Odyssée d’Hakim est un projet de longue haleine (il est en gestation depuis 2015), mais ce n’est peut-être pas un mal. En arrivant sur le tard, il nous permet de garder à l’esprit que l’un des pires conflits de cette décennie est encore loin d’être terminé. Un récit prenant qu’on lâche difficilement, et c’est avec une impatience coupable que nous attendons la suite.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Un film noir haut en couleurs

Carnage chez les Puppets.Résultat de recherche d'images pour "carnage chez les puppets"

Comédie – USA

Réalisé par Brian Henson

Avec Melissa McCarthy, Elizabeth Banks,

Maya Rudolph…

Sortie en salles le 19 Septembre 2018

Distribué par Metropolitan Films Export

À Los Angeles, nombre de communautés cohabitent en plus ou moins bonne entente, mais aucune de ces communautés n’est moins respectée que celle des Puppets, des marionnettes douées de vie qui vivent au ban de la société. Dans ce melting-pot, Phil Philips fait figure d’exception. Seul puppet à être un jour entré dans la police, il traîne un lourd passé. Reconverti en détective privé, il se retrouve à reprendre du service quand un mystérieux assassin semble déterminé à éliminer les membres du Happytime Gang, une ancienne émission de télé remise au goût du jour.

Bien étrange cas que celui de Carnage chez les Puppets. À l’heure des effets spéciaux tapageurs, un film mettant en scène des marionnettes animées à l’ancienne paraît anachronique. Pire encore, sa bande-annonce accumulant les séquences trashs à l’humour lourdingue pouvait rebuter au premier abord, sans doute au point d’hypothéquer au moins en partie son potentiel. L’objet (à ce moment, on ne s’attendait pas vraiment à un « film » digne de ce nom) semblait lorgner vers un émule de Sausage Party ou des derniers opus de la saga Scary Movie, à savoir un produit sans queue ni tête, dont le scénario, bordélique et mal foutu, ne serait que prétexte à une accumulation de gags aussi trashs que nuls. Autant dire que c’est plutôt par curiosité (et avec un peu de mauvais esprit, avouons-le…) que l’on passe la porte de la salle de cinéma.

Dès les premières images, avec sa vue aérienne d’une Los Angeles baignée de soleil, ses voitures d’un autre âge et son détective bourru (et rembourré) accro aux clopes, Carnage chez les Puppets nous transporte vers une Amérique que les moins de 20 ans ne connaissent pas. Ambiance et mise en scène sont clairement héritées de la fin du siècle dernier, et si l’ensemble est très propre, il manque singulièrement de modernité et de fantaisie. Le scénario, un grand classique du polar américain, ne nous aidera pas à regagner notre époque, mais il n’en est pas moins suffisamment convaincant pour qu’on daigne le suivre sans déplaisir. D’autant qu’il nous transporte dans les lieux emblématiques du genre : Repaires de gangsters, squats de drogués et autres sex-shop poisseux. Autant d’endroits mal-famés prétextes à divers gags mettant en scène les puppets et leurs mœurs parfois étranges, ces créatures de tissus étant au moins aussi dingues que les toons de Qui veut la peau de Roger Rabbit, quoique terriblement plus borderlines.

Carnage chez les Puppets, s’il ne surprend pas par sa construction, nous amuse avec son humour trash bien présent (mais finalement moins que ne le laissait entendre sa bande-annonce), ses situations déconnantes et ses vannes cradingues qu’on ne s’attend certainement pas à entendre dans les bouches de feutre de gentilles marionnettes. Pourvu qu’on soit bon public du genre, la grande majorité des vannes fait mouche, et une légion de petites idées contribuent à offrir une épaisseur à cet univers délirant (puppets accros au sucre comme les humains peuvent l’être à la cocaïne, leur peur incommensurable d’être déchiquetés par les chiens, etc…). Et au milieu des poupées foldingues, Melissa McCarthy, fidèle à elle-même, cabotine avec le personnage brut et grossier auquel elle nous a habitués, lequel, il faut bien l’admettre, colle très bien à cet univers décalé.

Rejeton bâtard de Scary Movie et de Qui veut la peau de Roger Rabbit, Carnage chez les Puppets est loin d’être la catastrophe annoncée. Certes, on peut lui reprocher son style vieillot et son scénario cliché, néanmoins, les amateurs d’humour régressif ne devraient pas le bouder. Moins donneur de leçons (stupides) que ne l’a été Sausage Party, son but est simplement de nous mener d’un point A à un point B en émaillant notre voyage de franches parties de rigolade, et on n’en demande pas plus.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

 

Changez de voie

Changer de vieCdfqcdEA

Une pièce de Thierry Rocher

Avec Laure Dehorter, Thaïs Herbreteau

Et Thierry Rocher

Mise en scène de Thaïs Herbreteau

Le 25 Septembre à 19h

Dans le cadre du festival 7.8.9.

Au Théâtre de Nesle (75)

De Thierry Rocher, nous connaissions les sketchs d’expert en tout (et surtout en n’importe quoi) qu’il produit toutes les deux semaines dans La Revue de Presse sur Paris Première. Nous savions qu’il était également dramaturge mais nous n’avions jamais eu l’occasion de voir une de ses pièces. Séduits par son humour qui tombe souvent « volontairement » à plat, nous nous sommes précipités pour assister à la représentation de Changer de vie. Et c’est, hélas, une déception à la hauteur des attentes.

Albéric dirige l’agence « Changer de vie » qui aide ses clients dans leur reconversion professionnelle. Un jour, sa secrétaire Virginie lui présente sa cousine, Loana Bismuth, dont les envies de reconversions sont pour le moins atypiques.

On ne doit évidemment pas chercher dans une telle comédie une profondeur thématique énorme. Le but déclaré est de faire rire et c’est tout. Seulement, Changer de vie n’y parvient que de façon sporadique. Les saillies sont nombreuses mais souvent redondantes ou mal amenées. Disons-le clairement, le texte est faible. Thierry Rocher est capable de bien mieux alors que cette pièce nous donne l’impression d’un gâteau mal cuit : ç’aurait pu être bon, mais c’est mou. On ne peut pas se raccrocher à l’histoire car celle-ci ne démarre que 20 minutes avant la fin pour être réglée en une scène à la facilité déconcertante. La première partie apparaît alors comme du remplissage, où les clientes s’enchaînent pour servir le jeu plus qu’approximatif de Thaïs Herbreteau.

Puisqu’on parle d’elle, évoquons son travail de mise en scène qui ressemble beaucoup à un emploi fictif. L’ensemble manque de rythme, les musiques entre les actes sont interminables et l’éclairage basique est le même durant toute la pièce. On ne notera même pas de direction des comédiens homogène. Quant aux moments drôles empreints de lourdeurs, il aurait fallu quelque chose de plus aérien pour alléger l’ensemble et le rendre vraiment amusant. Elle va dans le sens inverse.

Changer de vie est un ensemble de déceptions tant la pièce pourrait être un divertissement léger et sans prétention qui se consommerait avec plaisir. À la place, on nous sert un produit indigeste avec quelques moments savoureux. La pièce mériterait d’être retravaillée pour atteindre sa vraie qualité intrinsèque. Si vous la trouvez sur votre chemin, changez de voie.

Un article de Florian Vallaud

 

 

Rentrée Littéraire 2018 : Arthur et Paul, la déchirure de René Guitton

Arthur et Paul, la déchirureRésultat de recherche d'images pour "arthur et paul la déchirure"

Un Roman de René Guitton

Paru le 16 Août 2018

Aux éditions Robert Laffont

 

 

Sur la couverture, un verre d’absinthe qu’entourent le visage juvénile et mondialement connu d’Arthur Rimbaud et celui de son, non moins célèbre, amant Paul Verlaine. En quelques éléments, les personnages sont présentés. On comprend sans même lire la quatrième de couverture qui sont ces Arthur et Paul qui seront au cœur de ce quatorzième ouvrage de René Guitton. L’essayiste et romancier nous propose un livre à la frontière de la fiction et de la biographie des deux illustres poètes. Le résultat est à la hauteur des attentes, à la fois didactique, poétique et infiniment littéraire.

Paul a tiré sur Arthur. Cet événement connu de tous est le point de départ de cette histoire et de la déchirure qui va scinder à jamais le destin des amants. Verlaine vit ses années de prison tandis que Rimbaud fait la rencontre d’un pasteur à Londres.

En vrai passionné de son sujet, René Guitton décide de nous dresser le portrait de ces deux esprits brillants qui le fascinent depuis l’enfance. Pour se faire, il alterne les points de vue au gré des chapitres, passant tour à tour des pensées de Verlaine à celles du pasteur qui tente de percer le mystère Arthur Rimbaud.

Bien qu’il nous narre une période restreinte de leurs existences, l’auteur dégage l’ensemble de leur être avec une vraie maestria. On referme le livre en ayant la sensation de mieux connaître ces personnages. Il n’entre pas dans les détails mais, tel un impressionniste des mots, brosse quelques traits qui donnent l’impression de voir l’ensemble. C’est ce que cherche le lecteur quand il saisit un livre parlant de personnages réels et la réussite est indiscutable. René Guitton donne même à relire des extraits de leurs poèmes respectifs qui procurent l’envie de se replonger immédiatement dans leur travail.

Mais il ne fait pas qu’un beau travail didactique. C’est aussi un beau travail d’écrivain. Chaque mot est pesé et certaines formules rivalisent de poésie avec leurs sujets. Il y est question d’amour, d’homophobie mais surtout de génie créatif. Les chapitres assez courts vont à l’essentiel et rythment la lecture.

Arthur et Paul, la déchirure est un roman passionnant pour qui aime partir à la rencontre de figures iconiques de la littérature. Il dresse également le portrait d’une époque troublée par la Commune de Paris où certains auteurs français ne trouvent plus leur place dans un état de guerre. C’est fin, pertinent et attachant. Ce n’est pas peut être pas un chef d’œuvre, mais il ne faut pas passer à côté.

Un article de Florian Vallaud

Mortelle partie de pêche

En Eaux troubles.Résultat de recherche d'images pour "en eaux troubles"

Action, Thriller – USA

Réalisé par Jon Turtletaub

Avec Jason Statham, Bingbing Li,

Rainn Wilson, Winston Chao…

Sortie en salle le 22 Août 2018

Distribué par Warner Bros France

Au sein de la station de recherche sous-marine Mana One, c’est l’effervescence. On y organise une expédition hors du commun à la découverte d’un écosystème inconnu, caché au plus profond de l’océan Pacifique. Mais à peine découvert, il s’avère que cet environnement se révèle bien plus hostile que prévu. Alors que l’équipage parvient in extremis à se sauver de ces profondeurs menaçantes, quelque chose l’a suivi jusqu’à la surface, le plus redoutable prédateur marin que la Terre ait porté : Le mégalodon.

Dire qu’En Eaux troubles revient de loin serait un euphémisme. Ce projet date tout de même du siècle dernier. En 1997, l’auteur Steve Alten accouche de Meg : A Novel of Deep Terror. Comme Jurassic Park quelques années plus tôt, les droits sont très vite achetés, par Disney en l’occurrence, mais le projet est rangé dans un tiroir. La cause ? La sortie deux ans plus tard du Peur Bleue de Warner. Pour le bien, certainement, car ce dernier aura engendré un beau score au box-office, en dépit d’un scénario peu inspiré et de scènes d’un ridicule presque sharknadoesque. Dès lors, l’adaptation du roman, d’abord oubliée, passe de main en main avant de finir sur le bureau de Jon Turtletaub et finalement sur nos écrans, 20 ans plus tard, à une époque où le film de requins est après tout florissant.

Évidemment, loin d’être un genre en soi, le spectre des films mettant en scène toutes sortes de squales est on ne peut plus large, partant des angoissantes Dents de la Merde Spielberg, en passant par l’étouffant 47 meters down, pour rejoindre des projets plus originaux tels que L’Attaque du requin à 2 têtes, Sharktopuset d’autres variations du genre, et finir avec la déconnante pentalogie Sharknado. Bref, le genre est aussi large qu’une mâchoire de grand blanc, et étrangement situerEn Eaux troubles sur cet éventail peut se révéler compliqué. Ne serait-ce que son titre. En VF, il nous promet de la terreur et du suspense, alors qu’avec The Meg en VO, on comprend bien plus facilement qu’on a affaire à du lourd, de l’action bien grasse. De fait, en dépit des possibles intentions de ses producteurs, En Eaux troubles fait un bien piètre film d’horreur. Pas l’ombre d’un moment de surprise, ni même un tout petit jump-scare pour marquer le coup. À moins que vous ne soyez une baleine (on ne juge pas), lesquelles prennent quand même très cher en terme de déchiquetage, même les scènes les plus sanglantes n’ont pas le potentiel de nous faire frissonner. Mais une question se pose finalement : Peut-on vraiment faire de l’horreur (sérieuse et viscérale s’entend) avec un requin de 25 mètres ?

Après tout, toute l’horreur et la terreur qu’inspirent le requin viennent de sa nature de prédateur particulier, pour ne pas dire opportuniste. Son aileron n’est jamais plus terrifiant que quand il disparaît sous les eaux, et une fois immergé, sa discrétion est proverbiale. De plus, la bête a un sens pratique des plus cruels, mordant sa proie pour en emporter un morceau pour aller manger plus loin, avant d’éventuellement revenir se servir. Une glaçante manière de chasser, admettons-le, bien loin des capacités du mégalodon, dont la mâchoire se révélait tellement large qu’il pouvait avaler un humain avec autant de facilité que Monstro déglutit Pinocchio. Nul besoin de déchiqueter la carcasse du baigneur avant de se régaler. Quant à parvenir à se cacher, n’en parlons pas. S’il tente vaguement de nous surprendre en exploitant le hors-champ, on a bien du mal à croire qu’un poisson de 25 mètres de long puisse vous tourner autour à moins de 10 mètres sans qu’un de ses ailerons n’entre dans votre champ de vision. Autant dire que le potentiel horrifiant du mégalodon n’atteint pas celui du bon vieux requin blanc. L’horreur est un genre qui se joue de la taille.

En revanche, dans les eaux tumultueuses de l’action, En Eaux troubles se défend avec une fougue que ne renierait pas un espadon hameçonné au bout d’une ligne, avec ses séquences de sauvetages sur le fil et d’attaques de requins sous stéroïdes. Certes, l’ensemble ne nous réserve pour ainsi dire aucune surprise, et l’humour décomplexé habituellement dévolu aux productions de ce genre est plutôt pataud, et parfois même très mal amené, néanmoins, les effets spéciaux donnant vie à la bête se révèlent plutôt décents compte tenu du budget et pas mal de séquences marqueront un peu leur spectateur (L’attaque de la station sous-marine, Jason Statham jouant les appâts accroché à un câble tracté par un bateau lancé à pleine vitesse), tandis que d’autres, bien qu’impressionnantes c’est vrai, se révèlent globalement inutiles (et se concentrent principalement vers la fin). Clairement, l’ennui a fait ses valises et est allé se prélasser sous d’autres cieux.

Portant les marques de sa lente gestation, En Eaux troubles ne fera pas frissonner les amateurs d’horreur. Il n’émerveillera pas non plus les esthètes des personnages fins et bien écrits. En revanche, les amateurs de traque démesurée, biberonnés aux invraisemblables productions 90’s et leurs effets spéciaux (préhistoriques vus de 2018), trouveront un film haletant et sans temps morts. On aurait peut-être apprécié plus de profondeur, mais c’est déjà pas mal.

Un article de Guillaume Boulanger-Pourceaux

Le jeu vidéo meilleur que le cinéma ?

Marvel Spider-Man (2018)Résultat de recherche d'images pour "spider man ps4"

Un jeu de Insomiac Games

Sorti le 7 Septembre 2018

Disponible sur Playstation 4

Dire que ce nouveau jeu autour de l’univers Marvel était attendu est un euphémisme. Jusqu’à maintenant, aucun ne nous avait fait vibrer ces vingt dernières années et on avait l’impression d’être revenu à la douce époque où les licences étaient massacrées par Infogrames. Seul Rocksteady Studios était parvenu à nous faire croire à de bons jeux super-héroïques avec sa trilogie Batman Arkham. Mais les bandes annonces et quelques vidéos de gameplay ont instillé le doute dans l’esprit du joueur qui s’est mis à attendre fébrilement ce nouvel opus de Spiderman. Il y en avait eu quelques-uns de valables sur Megadrive et Playstation : mais rien de marquant. Les deux derniers en date, Amazing Spider-Man, étaient sympathiques, sans plus. Il y avait donc quelque chose à faire !

Insomniac Games est un développeur bien connu des joueurs des années 2000. Ils sont à l’origine de Spyro le dragon et la saga Ratchet et Clank. Mais depuis, ils n’avaient pas marqué les esprits. Et pourtant, ils nous offrent une des meilleures adaptations de l’homme-araignée.

Alors que Peter Parker vient de mettre le Caïd sous les verrous, de nouveaux hommes au masque de démons tentent de prendre le pouvoir à New-York. Il est temps d’identifier cette menace et d’y mettre un terme.

Si le scénario ne brille pas par son originalité (et le mystère sera bien vite résolu par les amateurs des comics), il est bien mené et son écriture est dense. Un soin tout particulier semble avoir été apporté au respect de ce qui fait le sel des aventures du héros : l’action, l’humour et les galères quotidiennes de Peter Parker. Ces éléments sont mêlés à chaque instant pour nourrir à la fois les cinématiques mais aussi les phases de jeux. Ainsi, il n’est pas rare qu’en plein combat surchargé en intensité, on reçoive un coup de téléphone du logeur qui réclame son loyer. Les dialogues sont drôles, vifs et servis par le talent de Donald Reignoux pour la version française. Il s’amuse et nous aussi. On s’étonne d’ailleurs à trouver cette histoire plus divertissante que le tiède opus cinématographique de l’an dernier.

Pour ce qui est du gameplay, Insomniac fait un travail honorable quoique très inspiré de celui de Rocksteady sur Batman. Les séquences de combats sont rythmées de la même façon, entre furtivité et coups de poings dans les gencives. Vous cumulez ainsi des points d’expériences qui vous permettront d’acheter des capacités. Hormis l’histoire principale, New-York regorge de missions secondaires qui vous permettent de faire évoluer votre équipement ou d’acheter des tenues différentes. Leurs capacités diffèrent ( résistance aux balles, infiltration, etc) et chacune s’avère utile à différentes étapes. L’évolution entre les bâtiments au moyen de la toile est fluide et étrangement libératrice. On prend plaisir à se balancer pendant des heures. Rien de nouveau sous le soleil, et pourtant cela fait du bien.

Pour ce qui est de la durée de vie, 3 DLC sont déjà prévus d’ici la fin de l’année. Il s’agira en réalité d’une nouvelle campagne baptisée « City that never sleeps » découpée en trois épisodes qui sortiront chaque mois à partir de fin Octobre.

Spider-Man est une belle surprise et la réussite qu’on n’attendait plus. S’il ne révolutionne rien du point de vue scénaristique ou mécanique de jeux, c’est enthousiasmant d’avoir enfin un jeu qui rend honneur à son matériau de départ. Ce qui pourrait être répétitif, comme la collection de sac à dos dans la ville, s’avère noyé dans suffisamment de plaisir pour occuper pendant des heures. Insomniac Games nous offre le premier succès de la salve de jeux de la rentrée. Indispensable.

Un article de Florian Vallaud 

 

Le Public au 7e ciel…euh étage !

En Apesanteur (2017)Affiche vierge 2018 v2.jpg

Une pièce de Leah Marciano

et Thibaut Marchand

Mise en scène par Leah Marciano

Avec Floriane Chappe ou Aurélie Camus,

Arnaud Laurent ou Hadrian Lévêque

et Thibaut Marchand

A partir du 23 Septembre 2018

Les Dimanche à 17h45

Au Théâtre du Marais (75)

C’est bien connu, Paris est la ville de la culture. Avec un nombre conséquent de théâtres, il est impossible de ne pas trouver de quoi se sustanter lors d’une fringale de spectacle vivant. Le plus dur reste de s’y retrouver parmi une offre variée et de faire un choix. Il y a celui de la facilité en piochant dans les « grands » spectacles de la saison (publics ou privés), ceux dont parlent tous les médias. On est rassuré par les têtes d’affiches, les considérant comme des gages de qualité. Ce n’est pas toujours vrai. Mais il existe aussi un réseau très vivant de petites salles qui proposent des pièces de qualité avec des comédiens tout aussi bons que les grands. Ainsi, c’est au Théâtre du Marais que vous pourrez retrouver une pièce dont nous sommes tombés sous le charme dès sa première la saison dernière : En Apesanteur de Leah Marciano et Thibaut Marchand. 

Benjamin (Arnaud Laurent) et Zoé (Floriane Chappe) ont tout pour ne pas être ensemble. Il est avocat avec un certain succès, elle a eu une année pourrie. Il est un handicapé des sentiments, elle est une excessive romantique. Il va passer la soirée du jour de l’an seul après une grosse affaire, elle va tenter de bien débuter la nouvelle année chez une amie dans le même immeuble. Suite à un coup de tonnerre, ou de foudre, ils vont se retrouver bloqué dans l’ascenceur qui devait les mener vers leurs destins qui semblaient tracés. Comble de tout, ils vont recevoir «l’aide » d’un technicien d’ascenceur pas très pressé (la voix du génial Patrick Poivey) et d’un voisin en pyjama (Thibaut Marchand) qui est plus un poids qu’autre chose.

De ce postulat classique de boulevard basé sur les oppositions et la rencontre de personnages qui n’auraient jamais dû se croiser, Leah Marciano et Thibaut Marchand tirent leur épingle du jeu par une folie croissante et un propos intéressant. L’espace exigu de l’ascenceur leur permet de convoquer un univers qui devient le reflet de nos vies. On quitte rapidement le domaine du réel pour entrer dans une vision cynique et très drôle du couple. Les auteurs développent une histoire dont les ressorts comiques surprennent au fur et mesure de la pièce jusqu’à un climax de folie référencielle.

La drôlerie du texte est soutenue par des comédiens à l’énergie communicative. Floriane Chappe et Arnaud Laurent forment un duo à l’écoute l’un de l’autre. Leurs énergies différentes se complètent très bien et nous font croire à ce « couple » improbable. Floriane Chappe fait la démonstration d’un naturel déconcertant qui emporte l’adhésion quasi immédiate du public et montre une dextérité autant dans les répliques que dans les gags visuels. La pièce reprend un vrai coup d’accélérateur avec l’entrée en scène de Thibaut Marchand qui campe un personnage assez proche de ceux qu’interprète régulièrement Sébastien Castro. Face à l’hystérie que peuvent adopter les deux autres, il offre un contrepoint très efficace. Ces différents rythmes de comédie qui sont assez difficiles à rendre homogènes sont parfaitement gérés par la mise en scène de Leah Marciano. Elle varie les dynamiques, les placements sur le plateau et rend le tout vivant pour ne pas rentrer dans la monotonie. C’est d’autant plus compliqué que l’économie de moyens se ressent sur le décor et qu’il faut faire preuve d’adresse pour le faire oublier au spectateur.

C’est donc une belle surprise et un bon moment que nous offre cette équipe  ( également derrière le succès avignonnais de cette année, Un Macchabée dans la baignoire) . Nous avons hâte de voir les autres comédiens en alternance dont nous avons pu admirer le talent cet été. Il ne fait aucun doutes qu’il faudra compter sur cette douce comédie pour ce début de saison. A ne pas manquer !

Un article de Florian Vallaud

ToiZéMoi dans Parents Modèles

ToiZéMoi dans Parents ModèlesVisuel Parents Modèles Caumartin

De Alain Chapuis

Avec Alain Chapuis et Marie Blanche

Mise en scène et en images de Philippe Riot

Du Mardi au Samedi à 20h45

Et le Samedi à 17h

Jusqu’au 19 Janvier 2019

A la Comédie Caumartin (75) 

Les visages d’Alain Chapuis et Marie Blanche, vous les connaissez : il a été l’hilarant tavernier de Kaamelott essayant de comprendre (avec beaucoup de mal) les jeux de Perceval, elle est la directrice de la comédie La Maîtresse en maillot de bain depuis 2015. Après deux spectacles couronnés de succès, Camille et Simon fêtent leur divorce et Paradis d’Enfer, le duo ToiZéMoi revient avec un troisième spectacle rodé cet été durant le festival d’Avignon. Alors que leurs spectacles précédents étaient axés sur ce qui fait le couple, les considérations liées au temps qui passe les font maintenant aborder les problématiques de la famille.

Camille et Simon emménagent avec leurs trois enfants dans un appartement qui ne leur était pas destiné. Ils vont voir défiler toute une galerie de personnages et vont tenter de garder cette affaire immobilière en or.

Malgré des qualités indéniables (dont celle de divertir), ce spectacle nous a posé plusieurs problèmes qu’on ne peut négliger. Si le texte d’Alain Chapuis est souvent drôle et recèle de vannes bien senties, on a du mal à trouver ce qu’il a bien voulu nous raconter. S’il s’agit de cette « erreur immobilière », elle n’est évoquée qu’au détour de deux scènes et est bien facilement réglée. S’il s’agit des problématiques de la parentalité, elles ne sont qu’effleurées. Certaines pistes lancées par l’auteur sont intéressantes et pourraient être continuées, mais il les abandonne comme si ce n’était évoqué que pour un gag. Les personnages des enfants auraient pu avoir une vraie existence, davantage de chair, mais ce n’est pas le cas. On assiste alors à une suite de saynètes de la vie ponctuées de personnages savoureux (la mère de Camille et le père de Simon) ou anecdotiques (Le couple de gardiens).

D’autre part, la mise en scène de Philippe Riot se repose sur une idée qui tombe un peu à l’eau, ce qu’ils appellent « la réalité augmentée ». Cette technologie, qui est une réalité dans notre monde actuel, consiste à intégrer des éléments virtuels dans le réel. L’exemple le plus populaire reste le jeu Pokemon Go où les adorables petits monstres se cachent dans notre environnement quotidien et peuvent être vus par l’interface de notre téléphone. Ici, elle est utilisée pour créer un espace supplémentaire au plateau : la cuisine. Les comédiens passent du salon à la cuisine par cet écran. Au-delà du gadget, son potentiel n’est jamais vraiment exploité. Tout d’abord, Alain Chapuis et Marie Blanche n’ont pas la réelle possibilité d’interagir avec les enfants qui sont dans l’écran puisque les personnages dans la cuisine semblent tout à coup privés de parole. Or, ce qui les sépare est sensé n’être qu’une vitre. À moins d’un triple vitrage, ce qui est assez rare en décoration intérieure, ils devraient pouvoir communiquer. Mais ce n’est pas le cas. On perd alors en dynamisme et le spectateur à l’impression qu’ils jouent devant un écran.

C’est d’autant plus embêtant qu’on sent le potentiel de l’ensemble et que les comédiens sont, en revanche, parfaits. Les rires du public viennent spontanément de leur jeu plein de reliefs. Mais leur énergie est comme alourdie de ce que nous venons d’évoquer. Ce qui aurait pu être une très bonne comédie devient alors un spectacle sympathique, dont on ressort avec le sourire, mais pas impérissable. Décevant !

Un article de Florian Vallaud

 

De la cruauté du monde

Asphalt JungleRésultat de recherche d'images pour "asphalt jungle rictus"

De Sylvain Levey

Du 29 Août au 13 Octobre 2018

Du Mercredi au Samedi à 19h

 

Fuck America

D’Edgar Hilsenrath

Du 23 Août au 14 Octobre 2018

Du jeudi au Samedi à 21h

Et le Dimanche à 17h

 

Par le Théâtre du Rictus

Mis en scène par Laurent Maindon

A La Manufacture des Abbesses (75)

Voilà que pour gagner du temps, Culturotopia se met à chroniquer deux spectacles en un article. À ce rythme-là, on devrait finir le mois avec une phrase par pièce. Mais non, mauvaises langues que vous êtes ! Si nous avons décidé d’utiliser ce procédé peu commun pour nous, c’est qu’il a un sens. Tout d’abord, les deux spectacles dont nous allons parler sont issus de la même compagnie et concourent à un même propos. Cela peut paraître étonnant puisqu’il s’agit de deux auteurs différents et de deux sujets qui ne sont pas fait, à priori, pour se rencontrer.

Dans Asphalt Jungle, deux hommes en costumes invitent un troisième à frapper un quatrième. Il n’y a aucune raison apparente si ce n’est celle d’imposer son pouvoir. Fuck America, quant à elle, raconte l’arrivée aux Etats-Unis de Jacob Bronsky, survivant de l’holocauste, qui tente de se faire une place dans cette Amérique de l’après-guerre. Le lien n’est pas évident et pourtant, le spectateur sort de ces deux représentations avec l’intime conviction qu’il y en a un. Hormis la distribution qui est quasiment la même, les esthétiques sont très différentes et Laurent Maidon opte pour un lien plus insidieux.

Si les deux pièces misent sur un plateau nu en guise d’espace de jeu, Asphalt Jungle se démarque par ses éclairages au néon qui apportent immédiatement une lumière crue sur ce qui se trame devant nos yeux. Le metteur en scène met en lumière une violence frontale. Les coups portés par les comédiens sont suffisamment réalistes pour que le spectateur soit saisi dès la première minute du jeu malsain auquel il assiste. Dès lors, il va être témoin d’une heure oppressante où les rapports de domination vont changer de main jusqu’à un final glaçant. Yann Josso et Christophe Gravouil portent, avec force et cynisme, le masque des puissants qui se jouent des faibles.

Le texte de Sylvain Levey est pétri d’un humour noir dont on ne sait plus si on doit s’en amuser ou être terrifié. Il fait écho à des choses quotidiennes qu’on pressent mais qu’on ne peut formaliser. Il le fait par l’art. On y entrevoit le reflet des gouvernements qui mettent à terre leur peuple en leur demandant de les en remercier. Ou peut-être ne sont-ce que des revendications de gaulois réfractaires. On peut aussi y voir un portrait terriblement réaliste des phénomènes de harcèlement envers ceux que les grands de la pièce considèrent comme « des sous-hommes ». Mettez ce que vous voulez derrière.

Fuck America possède aussi plusieurs niveaux de lecture contemporains. Si on retrouve le thème classique de l’artiste qui a du mal à concilier son art et la « vie réelle », C’est surtout son discours sur les migrants qu’on entendra plus particulièrement. Ici, ce sont les juifs que les États-Unis ne veulent accueillir en 1939 pour des questions de quotas. Et quand, enfin, ils sont parvenus à entrer, les migrants sont tellement marginalisés qu’ils sont poussés au crime pour survivre. On n’insistera pas tant les résonances actuelles nous semblent évidentes. C’est malin, poétique et surtout très efficace. Encore une fois, les comédiens du Théâtre du Rictus sont parfaits et déploient une galerie de personnage qu’ils endossent sans soucis.

Asphalt Jungle et Fuck America constituent un diptyque dont le point de jonction est la violence du monde actuel qu’elle soit physique, mentale ou idéologique. Le monde broie les êtres et les privent d’identité. Dans la première pièce, ils ne sont que des corps dans lesquels on peut frapper. Dans la seconde, Bronsky a des trous de mémoire des moments les plus importants de sa vie. On ressort bousculés et révoltés de ces pièces dont le dépouillement est au service du propos. Une compagnie à suivre.

Un article de Florian Vallaud

Rentrée Littéraire : La Purge de Arthur Nesnidal

La Purge (2018)Résultat de recherche d'images pour "la purge arthur nesnidal"

Un Roman de Arthur Nesnidal

Paru le 16 Août 2018

Aux éditions Julliard

 

Les plus fidèles d’entre vous l’auront remarqué, nous ne détruisons des œuvres qu’en de très rares occasions. Les raisons en sont multiples : nous préférons partager avec vous des coups de cœur que des coups de gueule, et nous avons le respect du travail des artistes qui font le geste d’offrir quelque chose à leur public. À la rigueur, il nous arrive de partager nos déceptions ou nos réserves sur certaines œuvres tout en soulignant ce qui les rend intéressantes ou non. Nous préférons l’analyse au sentiment personnel, les pistes de réflexions aux coups de sang. Mais quand c’en est trop, il faut le dire. Quand le public est pris pour un con, notre rôle est de monter au créneau. Alors préparez-vous, voici l’article épidermique du moment !

Jamais roman n’a aussi bien porté son nom. La blague est facile mais tout à fait indiquée dans ce cas. Arthur Nesnidal offre avec La Purgela démonstration d’une écriture qui se regarde le nombril à chaque instant. Le propos de départ est intéressant puisqu’il prétend démontrer le quotidien compliqué des classes préparatoires pour hypokhâgne avec une plume acerbe et féroce.

Mais sa prose d’une complexité inutile force le lecteur à parfois relire plusieurs fois un passage pour en comprendre le sens. Nous ne lui demandons pas d’être Marc Levy ou Guillaume Musso, dont les styles simplistes pourraient être ceux d’enfants de 10 ans, mais il y a des limites à l’esthétisme littéraire : celui de la compréhension. Les phrases sont belles mais ne servent en aucun cas le propos.

D’autant qu’une fois décryptées, on en vient à se demander si cette complexité ne sert pas plutôt à camoufler une certaine vacuité du propos. L’auteur enchaîne les platitudes et les lieux communs. Tout ce qu’il nous dépeint est connu de tous et ne se limite pas aux classes préparatoires. La cantine n’est pas bonne, les professeurs écrasent leurs élèves, le rythme de travail est intense, etc. On retrouverait les mêmes choses dans le livre d’un élève de médecine.

La Purge d’Arthur Nesnidal est la masturbation littéraire d’un auteur qui semble davantage penser à démontrer ses talents de poète qu’à soutenir son propos. Il en ressort alors un livre désagréable, qui tombe des mains régulièrement et devient une épreuve de force malgré ses 200 pages. C’est prétentieux et camoufle un propos vide. Une belle déception.

Un article de Florian Vallaud