Un spectacle qui a du nez

Cyrano 1897 Résultat de recherche d'images pour "cyrano 1897"

Une adaptation de François Lis

Mise en scène par Stéphanie Wurtz

Par la Cie Ornithorynque

avec Julia Régule, Martin Verschaeve

et François Lis

Depuis la panthéonisation d’Alexis Michalik aux derniers Molière, la mode semble être à Edmond Rostand. De toutes parts on entend parler de son chef d’œuvre Cyrano de Bergerac et la célèbre tirade du nez est redevenue un incontournable des citations théâtrales. Mais avant la version de Michalik, la compagnie Ornithorynque offrait déjà une tribune à Rostand au festival d’Avignon 2012. C’est une version remaniée qu’ils ont présenté pour la première fois le samedi 14 Octobre 2017 à la Comédie des Boulevards. On y était, et on en est ressorti enthousiasmé.

La veille de la première de la pièce sur laquelle Rostand ( Martin Verschaeve) pose tout ses espoirs, sa femme (Julia Régule) et lui reçoivent quelques amis pour leur présenter le spectacle. Avec l’aide de Coquelin ( François Lis) qui incarnera Cyrano, ils traversent les actes.

Le procédé est d’une simplicité rigoureusement efficace. Il propose au spectateur de découvrir la pièce de façon ludique car nous n’assistons ni plus ni moins qu’à Cyrano de Bergerac réduit pour 3 comédiens. Les rôles sont multiples, se partagent voire s’échangent. Des éléments de costumes et des gimmick de jeu donnent corps au personnage si bien qu’on le reconnaît peu importe le comédien qui l’incarne. C’est techniquement très compliqué d’avoir une telle continuité et une cohérence de jeu entre trois personnes si dissemblables. Pourtant, aucun ne démérite.

Julia Régule est aussi à l’aise dans son rôle de Rosemonde que de Roxane ou de Christian. Quand elle incarne celui-ci, on en vient à oublier que c’est une femme pour laisser place à un jeune amoureux. Martin Verschaeve incarne un Edmond Rostand plus vrai que nature et possède une présence scénique impressionnante. Il captive le regard et rappelle physiquement sous certains profils la stature de Michel Vuillermoz. Quand à François Lis, il déploie un répertoire de jeu qui va du burlesque quand il incarne un gascon à une sublime tristesse dans le rôle de Cyrano. Le monologue final reste un crève-cœur total.

La grande force du spectacle est d’ailleurs de constamment mettre en lumière le texte. La scénographie est réduite à son strict minimum et seul un jeu de lumière marque la différence entre l’histoire de Cyrano et celle d’Edmond Rostand. On se concentre sur la beauté des vers et l’histoire déchirante du héros au long nez.

Cyrano 1897 est cohérent à chaque instant entre son fond et sa forme. Le spectacle ne prétend pas réinventer les façons de raconter Cyrano mais juste faire entendre ce qui rend cette pièce formidable. Porté par 3 acteurs qui maîtrisent leur art, c’est une heure et quart délicieuse et qu’on espère revoir bien vite sur les scènes parisiennes. En attendant, on guette la nouvelle création de la compagnie prévue pour Janvier au Théâtre Essaïon qui évoquera Jack l’éventreur. On en frémit d’avance !

Un article de Florian Vallaud

Meh…

Le Monde secret des Emojis.

Film d’animation – USA

Réalisé par Tony Leondis

Sortie en salles le 18 Octobre 2017

Au sein du smartphone, l’application Textopolis abrite tous les emojis. Leur seul objectif dans l’existence est de travailler dans le Cube, l’interface dont leur utilisateur se sert pour les choisir. L’honneur suprême : Devenir un « favori ». Gene est un jeune « bof » désireux de trouver sa place, mais contrairement aux autres emojis, il est capable d’exprimer quantité d’autres expressions. Considéré comme une anomalie, il est pris en chasse par Smiler, la toute-puissante cheffe des emojis, qui souhaite l’éliminer avant qu’Alex, leur utilisateur, ne flashe son téléphone pour régler les nombreux bugs provoqués par Gene…

« À question idiote, réponse idiote » dit le proverbe, un adage que les producteurs du Monde secret des Emojis ont apparemment suivi à la lettre. À la question « Comment parvenir à exploiter l’objet le plus populaire des 10 dernières années, à savoir le smartphone ? », quelqu’un aura sans doute répondu « Et si on faisait un film aussi dénué d’ambition que d’intérêt ? ».

Partant d’un scénario rassemblant un héros en quête d’identité, son compagnon de route gentiment crétin et un personnage féminin rebelle au cœur tendre, on aurait pu obtenir un film certes très générique, mais aussi tout à fait acceptable. Cependant, c’est sans compter son humour paresseux et son histoire percluse d’incohérences. L’avancée est laborieuse et l’ennui guette au détour de ce clone raté des Mondes de Ralph, lequel avait au moins le bon goût de nous faire rire par ses références. Le Monde secret des Emojis se contente de nous dérouler par le menu le nom d’applis populaires, prétextes à des gags d’une platitude effarante et d’idées tellement peu originales qu’elles semblent sortir tout droit de l’imagination d’un expert-comptable déprimé.

Le plus navrant dans cette histoire, c’est justement la profusion de trames (Gene qui recherche l’acceptation, son compagnon Tope-la qui souhaite retrouver sa place de favori, les parents « bof » dont le couple est menacé par la fuite de leur fils, etc…) que le scénario nous assène, comme un aveu d’impuissance face à une trame principale sans intérêt et un message qu’il n’arrivera pas vraiment à justifier (à savoir qu’il vaut mieux avoir de vrais amis que de se faire accepter par des « fans »), comme s’il était impossible de concilier popularité et amitié. Un postulat justement mis à mal par un final prévisible.

Quant aux dilemmes adolescents et aux situations gênantes (mais pas très drôles) provoquées par les bugs qui parsèment le chemin de Gene, qui servent de colonne vertébrale à l’ensemble et ancrent le scénario dans notre réalité, ils sont au mieux anecdotiques, même si plutôt en phase avec les modes de communication actuels. Cette production touche à l’exploit, partir d’un sujet très moderne et le mixer avec un scénario qu’auraient rejeté la plupart des producteurs d’animation dans les années 90.

Déjà indigent, ennuyeux et mal foutu, Le Monde secret des Emojis s’obstine à jouer les guides touristiques sur des sujets que le spectateur maîtrisera parfois bien mieux que ses scénaristes. Se rêvant écho subtil de notre époque à la technologie omniprésente, il reste bloqué au niveau d’un prosélytisme lourdingue pour l’utilisation la plus superficielle possible du smartphone. Et le pire, c’est que ce n’est même pas amusant…

Un article de GBP

Bigflo et Oli – La vraie vie

La Vraie Vie (2017)

Un album de Bigflo et Oli

Sortie le 23 Juin 2017

Chez Polydor et Universal

Aujourd’hui, et une fois n’est pas coutume, nous allons vous parler d’un album de Rap… Oh mon Dieu, du Rap, mais qu’est-ce qui se passe ?

Alors, oui, à la base c’est pas le style de musique que nous écoutons. Cependant, la Culture est diversifiée et éclectique. Elle touche et réunit le Monde et c’est sa force. Avec Culturotopia, nous voulons parler de la Culture avec un C majuscule. La Culture dans son entièreté car celle-ci ne devrait pas être sectorisée ou segmentée. C’est pour cette raison que nous avons décidé de vous parler des étoiles montantes du Rap Français : BigFlo et Oli.

Florian et Olivier sont deux jeunes frères venant de Toulouse. Leur 1er album, « La Cour des Grands » sortis en 2015, a été récompensé d’un Disque de Platine (soit plus de 100.000 exemplaires vendus). Ils sont actuellement les plus jeunes rappeurs a avoir obtenu cette récompense. Et cette fulgurance n’est pas prête de s’arrêter là car, sorti il y a seulement 4 mois, « La Vraie Vie » a déjà dépassé ce seuil et se dirige actuellement vers le Double Disque de Platine.

Ce qui est flagrant lorsque nous les écoutons, en plus de leur débit de Rap qui est impressionnant, ce sont les textes. Chaque morceau est méticuleusement écrit. Chaque mot est mûrement réfléchi. Chaque situation est décrite au détail près afin de pouvoir nous transporter dans leur univers. Et contrairement à ce qu’ils disent dans leur titre « Personne », nous écoutons les textes et nous vous invitons à faire de même.

« La Vraie Vie », titre de l’album mais également du morceau d’ouverture, porte bien son nom. Ils nous expliquent ce qu’ils ont fait avant de réussir. Ce qu’ils font maintenant. L’accueil du public mais également celui de la profession qui ne les prenait pas au sérieux et qui les a rejeté, comme Orelsan qui a refusé un Featuring sur leur album. Ils nous parlent de leur vraie vie, de ce qui les entoure. Ils dédient leur création à leur famille, leur fans, ceux qui se sentent seuls, « ceux qui galèrent avec leurs crédits ».

Ils racontent leur vie, mais aussi leurs défauts, et par la même occasion, les nôtres. Dans « Salope », il est question du jugement des autres. Du jugement que l’on émet sans connaître. Des mots que l’on lancent sans se soucier de leurs retombés et de leurs conséquences.

Avec « Dommages », on rentre dans le domaine des regrets. Ce que l’on pourrait faire, mais que finalement nous remettons à plus tard… pour finalement ne jamais le réaliser. Ces choses que l’on abandonne par lâcheté, timidité ou procrastination. Mais au final, il est trop tard.

Avec quinze pistes pour une durée d’album de 1h20 BigFlo et Oli se donnent à fond et prouvent qu’ils veulent du travail bien fait, du travail de fond. Et c’est une réussite.

Ils nous raconte la vraie vie. La leur. La nôtre.

Ils ont du talent. Indiscutablement.

Les mots ont un sens. Les images sont réelles. Leur Rap est beau. Leur écriture est brute.

Ils sont là et comptent bien rester. Et c’est tout le mal qu’on leur souhaite.

Un article de Quentin Gabet

L’annale Land

South Park : L’annale du destin (2017)

Un jeu Ubisoft

Sortie le 17 Octobre 2017

Sur PS4, XboxOne et PC

Alors que la bataille pour « Le bâton de vérité » fait encore rage entre les enfants de South Park, un super-héros nommé « Le Coon » fait son apparition. Malgré ses allures de petit gros un peu vulgaire, il parvient à « assembler » son ancienne équipe pour mener une enquête des plus intrigantes : un chat a disparu. Ne serait-ce pas l’arbre qui cache une plus grande menace ? Les forces maléfiques du professeur Chaos sont-elle impliquées ? Le Nouveau, que vous interprétez, aura-t-il une belle « origin story » ? Est-ce toujours interdit de péter sur les couilles de quelqu’un ?

Vous l’aurez compris, le nouveau jeu South Park est une suite directe du précédent opus sorti il y a trois ans : Le Baton de Vérité. Il avait créé la surprise en 2014 en offrant une aventure inédite et fidèle écrite par Trey Parker et Matt Stone, les deux cerveaux géniaux et dérangés derrière la série. Malgré quelques coupes de scènes jugées choquantes sur la version console, les joueurs y avaient trouvé leur compte entre hilarité et un gameplay plaisant parodiant les univers des Jeux De Rôles. Lorsqu’une suite a été annoncée, on était en droit de se demander si Ubisoft parviendrait à renouveler l’exploit en proposant un jeu dans la continuité mais qui passe au niveau supérieur. Le succès était d’autant moins assuré que le développement a été particulièrement chaotique. La date de sortie fut repoussée à deux reprises et, alors que les doubleurs français officiels avaient été annoncés, le studio a été contraint de faire appel à de nouveaux doubleurs. C’est pourtant un succès à tous les niveaux.

L’intrigue du jeu parodie allègrement la déferlante de super-héros au cinéma. Les stratégies marketing de l’industrie Marvel sont passées au rouleau-compresseur par l’humour de Parker et Stone. Mais l’esprit de la série ne s’arrête pas là et se développe au gré des nombreuses missions secondaires qui nous sont proposées : les affaires de curés pédophiles, les nouvelles dénominations pour préciser les genres sexuels, etc. C’est la société dans sa globalité que les auteurs démontent. Ils sont sales gosses et on adore cela. Le tout est emballé par une histoire qui parvient à être palpitante et les missions secondaires sont suffisamment variées pour offrir quelques 25 heures de jeu.

Le gameplay est assez semblable à celui de l’opus précédent. Les affrontements restent au tour par tour et le découpage des zones de combat en cases offre une dimension stratégique. Si ils sont relativement simples, ils sont pour autant plaisants à exécuter. Au gré des coups qu’ils reçoivent, les personnages remplissent une jauge qui, une fois complète, permet de déclencher un coup ultime se moquant de ceux du jeu Injustice. Son plus gros défaut reste cependant la VF catastrophique. Certains doubleurs imitent leurs illustres prédécesseurs de la série, tandis que d’autres proposent une voix totalement incohérente avec le personnage. Mais heureusement, le jeu permet de changer le doublage et on préférera l’original plus percutant bien que souvent atténué dans les sous-titres.

South Park : L’Annale du destin est une belle réussite. C’est un jeu ludique, hilarant et qui fait parfois réfléchir à des sujets d’actualité. On ne peut qu’espérer un troisième opus tout aussi accompli.

Un article de Florian Vallaud

De la bipolarité à l’humanité

Encore Vivant (2017)

Un livre de Pierre Souchon

Paru le 16 Août 2017

aux éditions du Rouergue

Être bipolaire, c’est une maladie. Une maladie d’autant plus grave qu’elle n’est pas visible pour les autres. Elle est même à peine compréhensible par l’entourage de ceux qui la vivent au quotidien. C’est une vicieuse compagne qui isole les personnes sur qui elle a mis le grappin. Elle ne se guérit pas, elle se contrôle. Par des solutions médicamenteuses, le plus souvent, qui parviennent au mieux à la calmer. Mais elle revient. Le malade passe d’états d’euphorie à des états d’intense dépression. Chacun ne la vit pas de la même manière, elle est protéiforme. Capter l’essence de la bipolarité pour la faire comprendre au plus grand nombre est alors un challenge alloué aux écrivains. Seule la littérature semble pouvoir trouver les images pour évoquer ce mal. Pierre Souchon, journaliste au monde et malade depuis l’âge de seize ans, fait paraître son premier roman autobiographique sur son internement en Hôpital Psychiatrique suite à un épisode maniaco-dépressif intense.

Ne nous y trompons pas, l’auteur n’est jamais là où nous l’attendons. Pour ceux qui pensent trouver une version moderne de Vol au dessus d’un nid de coucou, passez votre chemin ! Les conditions de vie actuelle dans les hôpitaux psychiatriques sont évoquées mais ne constituent pas le cœur du roman. Si vous avez peur de tomber sur une histoire qui abuse du pathos afin de faire pleurer dans les chaumières, ce n’est pas cela non plus. L’humour est présent à chaque page et la maladie n’est pas dramatisée.

Ce que raconte Pierre Souchon de sa maladie est de l’ordre du sensitif. Il nous fait vivre ses crises comme si ce qu’il voyait ou ressentait était la réalité. Il trouve des images poétiques pour raconter le gouffre sans fond dans lequel semble tomber le malade à chaque crise. Il ne nous raconte pas la bipolarité, il nous la fait ressentir. Son portrait est juste et clair.

Comme une sorte de pied de nez au nom de son affection, le livre traite deux pôles : la maladie et la lutte des classes. L’un semble fonctionner avec l’autre de façon très logique. De fait, Pierre Souchon est interné pour avoir été retrouvé sur la statue de Jaurès. Le symbole est fort. À travers sa recherche intérieure pour aller mieux, il va nous dépeindre l’opposition entre le monde privilégié auquel il a accédé et le monde paysan d’où il vient. Cette double identité traverse le livre comme elle traverse sa vie et ses crises maniaco-dépressives. On passe du passé au présent sans rupture et avec un vrai plaisir de lecteur tant son écriture est à la fois simple et très travaillée.

Encore Vivant est un livre sublime, très juste et qui dépeint son auteur comme quelqu’un qui se bat tous les jours pour mettre son instinct de vie au premier plan. On en ressort ragaillardi et avec l’envie d’être positif. Il est à conseiller à tous pour que les malades soient enfin compris et entourés, qu’ils n’aient plus l’impression qu’on leur reproche de toujours aller mal.

UN ARTICLE DE FLORIAN VALLAUD

Rentrée littéraire épisode 5 : sea, no sex (?) and sun

Sexe et Mensonges : la vie sexuelle au Maroc (2017)

Un essai de Leïla Slimani

Paru le 6 Septembre 2017

Aux éditions Les Arènes

Après avoir obtenu le prix Goncourt l’année dernière pour son roman Chanson douce, Leïla Slimani revient à ses anciennes amours journalistiques. Son dernier livre a pour ambition de tracer un portrait réaliste du rapport à la sexualité au Maroc. Au mois d’Août dernier, le pays était en émoi suite à la publication d’une vidéo montrant un viol collectif sur une jeune femme dans un bus de Casablanca. On se souvient également du tollé qu’avait provoqué la sortie du film Much loved de Nabil Ayouch sur le sujet de la prostitution féminine clandestine marocaine. Le livre de Slimani tombe donc à point nommé pour faire un bilan de la situation.

À travers plusieurs témoignages de femmes, c’est une société hypocrite qui nous est dépeinte. Elle adopte le visage de la religion pour mieux fermer les yeux sur ce qui se passe réellement au sein de ses frontières. Le sexe hors mariage est illégal et toute marque de tendresse en public est considérée comme un attentat à la pudeur. Il peut se passer ce qu’on veut tant que c’est à l’intérieur de la sphère privée. De fait, les pratiques « alternatives » sont légions pour contourner les interdits. Seul compte que l’hymen soit intact au moment du mariage. Les témoins évoquent différentes méthodes qui semblent toutes plus dingues les unes que les autres. L’hypocrisie va jusqu’à ce qu’un homme puisse coucher avec une femme avant le mariage mais refuser de l’épouser puisqu’elle arrivera « impure » à la cérémonie. Ne parlons même pas du violeur qui peut se tirer d’affaire sans soucis pour peu qu’il épouse juste après sa victime.

Les informations que délivrent cet ouvrage ne sont pas nouvelles mais prennent de l’épaisseur par la voie des témoignages. L’auteur a très bien saisi l’importance de l’incarnation de ces faits que le lecteur français voit par le prisme des pages des journaux. Le texte n’est pourtant pas dénué de défauts. Les témoignages sont intéressants mais parfois trop semblables entre eux. On peut en ressentir une certaine lassitude de la répétition. D’autre part, il arrive que Leïla Slimani ne laisse pas assez durer les histoires de ces femmes pour passer immédiatement à son décryptage qui n’est pas toujours nécessaire, ou pour carrément évoquer son histoire personnelle. C’est intéressant, mais ça aurait pu avoir une autre place dans le livre. On regrette également l’absence de témoignages masculins. Ce n’est certes pas facile d’obtenir que des hommes marocains se confient à une femme, mais cela aurait pu apporter une variété des points de vues qui aurait étendu le propos.

Sexe et mensonges : la vie sexuelle au Maroc est, malgré tout, un document important pour saisir à quel point ce qui est naturel en France est un tabou dans d’autres pays. La sexualité a même un enjeu politique et religieux très fort. Un livre intéressant mais qui aurait pu aller plus loin.

UN ARTICLE DE FLORIAN VALLAUD

Petites chansons entre frères

Coexister (2017)

Un film de Fabrice Eboué

Avec Audrey Lamy, Guillaume de Tonquédec,

Ramzy Bédia et Jonathan Cohen

Distribué par Europa Corp.

Sortie le 11 Octobre 2017

Après le succès de ses deux co-réalisations avec Thomas N’Gigol, Case Départ et Le Crocodile du Botswanga, Fabrice Éboué revient seul derrière la caméra pour nous offrir un film hilarant et irrévérencieux. Il prend à bras le corps le repli religieux et communautariste pour nous offrir une solution positive mais, on le regrette, utopiste.

Nicolas (Fabrice Éboué) va mal. Il est sur le point de perdre sa femme (Amelle Chahbi) et le label musical pour lequel il travaille est en chute libre. La présidente de l’entreprise va le sommer de redresser la barre en six mois ou il sera licencié. C’est alors qu’il trouve l’idée de génie. En cette période de recrudescence du communautarisme, il va prôner le « vivre ensemble » par la création d’un groupe réunissant un curé, un rabbin et un (faux) imam.

On s’en aperçoit à longueur de temps, rire de tout devient de plus en plus compliqué. Entre ceux qui confondent humour et discours politique, et les ayatollahs du politiquement correct : il faut maintenant peser chaque blague avant de la faire. Heureusement, il nous reste des auteurs comme Fabrice Éboué qui tirent à boulets rouges sur tout le monde, sans discernement de couleur, d’origine ou de religion. C’est exactement ce qu’il fait dans ce film. En mettant dos à dos les trois grandes religions monothéistes, il les traite à égalité et avec la même férocité comique qu’on lui connaît. Tous les préjugés qu’on connaît répondent présents et sont assénés à coups de vannes assassines qui terrassent de rire le spectateur. Le rythme de la comédie est classique mais maîtrisé à la perfection. Le temps file à une vitesse folle.

Le casting est formidable et chacun tire son épingle du jeu. Guillaume de Tonquédec excelle dans le rôle du prêtre qui découvre petit à petit la vie extérieure. Jonathan Cohen campe un rabbin dépressif suite à une erreur de taille lors d’une circoncision. Mais celui dont on prend plaisir à redécouvrir les talents d’acteur, c’est Ramzy Bédia. Il joue un homme qui réunit tous les vices humains (alcool, tabac, sexe) mais doit se faire passer pour un imam. Il compose un personnage pour lequel le costume de religieux est trop grand et qui doit faire avec. Il est le témoin et le juge des errances de ses camarades. A cet égard, beaucoup de vannes fracassantes lui sont attribuées et c’est avec finesse qu’il les envoie.

Mais si le réalisateur s’amuse des religions sans se moquer de leurs croyances, c’est qu’il fait un constat bien plus profond. La comédie est le prétexte à une réflexion sur ce que sont les hommes au delà de leur foi. Chaque personnage possède une faille qui le démet de son statut d’homme de Dieu pour voir transparaître l’humain. C’est sur cette faiblesse inhérente à tous que Fabrice Éboué crée le lien entre eux. Ils ont beau être de confessions différentes, ils sont semblables et peuvent se réunir derrière le point commun de chacune de leur croyance : l’amour. C’est parce que l’époque est à la scission qu’il faut se réunir autour du « vivre ensemble » et « coexister ». Cela peut paraître utopiste mais c’est un message positif que seul les arts peuvent nous offrir sans qu’on les accuse d’être naïfs.

UN ARTICLE DE FLORIAN VALLAUD

Trois filles qui en ont

Les CoquettesRésultat de recherche d'images pour "les coquettes"

Un spectacle de Lola Cès,

Marie Facundo et Juliette Faucon

Du Mercredi au Samedi à 19h30

Au Grand Point-Virgule (75)

Si vous marchez un petit peu dans Paris ou dans les couloirs du métro, vous ne pouvez pas être passés à côté de ces trois jolis minois. Une affiche pétante sur laquelle s’affichent leurs trois visages mutins. Ce sont « les Coquettes ». Depuis 2015, elles ressuscitent sur scène le concept du trio féminin des années 40. Les britanniques ont les Puppini Sisters, nous avons notre version. En plus déjantées et en moins politiquement correctes. Car un spectacle des Coquettes, c’est une aventure imprévisible.

Lola Cès, Marie Facundo et Juliette Faucon sont des habituées des scènes parisiennes et ont participé à de grands succès : Le Soldat Rose, Love Circus, Salut les Copains, Sister Act, etc. Elles se connaissent bien et c’est ensemble qu’elles ont conçu ce spectacle. Mais quel est-il ? Un récital déluré où seront chantés des sujets aussi vastes que les Louboutins, la petite fessée du Dimanche soir ou les médisances entre copines. Le tout accompagné d’un pianiste aussi dingue que ses chanteuses qui fera tout pour avoir son heure de gloire. Dans le genre, on pense immédiatement au cultissime Ultima Récital de Marianne James. On est là pour rire et le contrat est pleinement rempli. Tous les effets comiques passent et le public est hilare du début à la fin. Ce n’est pas à mettre entre toutes les oreilles, mais dès qu’on admet qu’il est possible de rire de tout, le spectacle nous emporte sans problème pendant une heure et demi.

Mais il faut aussi saluer les qualités sans failles des interprètes. Le trio (quatuor avec le pianiste) fonctionne à merveille et cela se sent. Les chanteuses-comédiennes sont impliquées à 200%. À telle enseigne que, pour l’avoir vu deux fois, elles se permettent toujours quelques nouveautés destinées à surprendre le public mais également les autres partenaires de scène. Le spectacle vivant n’a jamais aussi bien porté son nom. Il faut aussi préciser que si le rire est le but principal, la musique n’est pas laissée de côté, au contraire. Chaque morceau est ciselé à la perfection. Les voix et leurs harmonies sont sublimes.

On ne peut que sortir charmé de ce spectacle et le public ne s’y trompe pas puisqu’elles démarrent leur troisième saison au Grand Point-Virgule à Paris après avoir fait l’Olympia au mois de Juin. Elle seront aussi en tournée cette saison. Décidément, le succès semble devoir continuer pour ce spectacle frais, très drôle et qui fait du bien.

Un article de Florian Vallaud

Rentrée littéraire épisode 4 : Un pied dans Nothomb

Frappe-toi le coeur (2017)

Un roman de Amélie Nothomb

Paru le 23 Août 2017

Chez Albin Michel

Chez les journalistes, il y a ce qu’on appelle les « marronniers » : des infos qu’on ressort chaque année à la même période pour combler de l’espace. La rentrée des classes, les installations des décorations de Noël, etc. Pour les critiques littéraire, il y a certains auteurs. Invariablement, on retrouve un nouvel ouvrage signé de leur main sur les étals des libraires. Ils sont bien mis en avant, arborant une photo de l’auteur dont les clients connaissent le visage. On ne vend pas un livre, on écoule son auteur. Amélie Nothomb en fait partie. N’allons pas jusqu’à la mettre sur le même plan que Marc Levy et Guillaume Musso ! Elle a écrit de très bons livres. Mais la notoriété faisant, l’image a primé sur la qualité. On parlait davantage d’elle dans les médias pour dire qu’elle portait des chapeaux incroyables ou mangeait des fruits pourris que pour parler de son œuvre. De fait, elle est foisonnante : un roman par an depuis 1992. On peut comprendre qu’à ce rythme, elle n’ait pas le temps de ne faire que des chefs d’œuvre. Son dernier roman paru chez Albin Michel ne fait pas exception. Frappe-toi le cœur est non seulement faible mais fait preuve d’essoufflement de la part de l’auteur. Ne serait-il pas tant de prendre un peu de vacances ?

Marie est de celles qui aiment séduire les garçons. Elle veut que les hommes la désirent et que les femmes l’envient. Mais elle tombe enceinte d’un magnifique bébé : Diane. En elle va naître la jalousie pour sa fille dont elle ne va pas s’occuper. Diane grandit et se trouve une mère de substitution dans une prof d’université. Mais ne rejoue-t-elle pas le schéma familial ?

Vous ne rêvez pas, Amélie Nothomb nous sert ce coup-ci le Baby blues et le désamour d’une mère pour sa fille. Ce pourrait être un point de départ assez classique mais qui fournirait une base pour aller plus loin. L’auteur en a visiblement décidé autrement puisque le roman ne décolle jamais et reste irrémédiablement ancré à son postulat. Une fois qu’on a compris les mécanismes de fonctionnement de ces deux personnages, l’histoire s’embourbe dans un développement redondant de la même idée : la relation mère-fille et la jalousie . L’ennui prend le dessus et on espère, en vain, être surpris. L’écriture, d’habitude si vive et rafraîchissante, devient ici d’une banalité affligeante.

Nous ne pouvons pas épiloguer davantage sur ce roman tant il est vide de sens et d’intérêt. Il a, au moins, l’avantage d’être court. Frappe-toi le cœur sent le travail bâclé et ne procure que peu de plaisir au lecteur. Il s’agit de notre première grosse déception de cette rentrée littéraire 2017.

Un article de Florian Vallaud

A corps et à Bacri

Le Sens de la fête (2017)

Un film de Olivier Nakache et Eric Toledano

Avec Jean-Pierre Bacri, Vincent Macaigne, etc

genre : comédie

Nationalité : France

Distribué par Gaumont

Depuis le succès incommensurable de Intouchables en 2011, Olivier Nakache et Eric Toledano semblent devenus les nouveaux chouchous de la comédie française. Chacun de leurs films est annoncé, par le distributeur et les exploitants, comme un événement. Le rouleau-compresseur promotionnel est mis en branle à grand renfort d’avant-premières, ou de pré-ventes de séances présentées par les réalisateurs le jour de la sortie. Tout est ourdi pour assurer un succès . Malgré ses nombreuses qualités, Samba n’avait pas réussi à égaler les entrées de Intouchables. Le public, sûrement trop enthousiaste, s’attendait à retrouver les mêmes recettes que le film avec Omar Sy et François Cluzet. C’est toujours une chose délicate que de passer après un tel plébiscite. Le soufflé étant enfin retombé, c’est avec un plaisir intact que nous voyons les deux réalisateurs revenir aux sources de ce qui faisait leur cinéma.

Max (Jean-Pierre Bacri) est un organisateur de mariages blasé. L’incompétence de son équipe et les requêtes absurdes de ses clients le font douter de son avenir. Il a envie d’arrêter. Nous le suivons au cours de ce qui pourrait être son dernier mariage. Mais rien ne va se dérouler comme prévu entre une assistante nerveuse, un chanteur ringard, un photographe démotivé et un serveur inexpérimenté.

Le résumé sonne comme une comédie de boulevard, et ce n’est pas un hasard. Le film utilise ce principe très utilisé au théâtre : le personnage principal va vivre une nuit d’enfer où les catastrophes vont s’accumuler et, ainsi, redéfinir sa vie. Comme toute bonne comédie, le film est un bon drame dont on a détourné les codes pour provoquer le rire. Les personnages y sont soit largués soit dépressifs. Leurs réactions décalées face à l’adversité nous font rire. Toledano et Nakache ne développent pas de personnages mais nous présentent des types de personnages, des caricatures. Ce n’est pas faute de savoir en créer mais, à l’instar de Nos Jours heureux, ils semblent vouloir nous faire suivre une situation et une ambiance. Ce ne sont pas les personnages qui sont importants : ils sont tous plus énervants les uns que les autres. Mais c’est la rencontre de ces êtres et ses répercussions que le film met en lumière. Il capte aussi une époque où le paraître remplace trop souvent les choses simples et finalement plus pures.

La réalisation est soignée et offre parfois de beaux moments de poésie qui côtoient merveilleusement le burlesque. La technique ne parasite pas le jeu d’acteur, elle le complète. On touche là la vraie force du film : ses comédiens. Tous mettent leur talent au service de dialogues finement ciselés. Jean-Pierre Bacri est au mieux de sa forme même si il est, encore une fois, dans son rôle d’homme blasé, cynique et navré par ses contemporains. Il est entouré des géniaux Vincent Macaigne, Gilles Lellouche, Jean-Paul Rouve, Eye Haïdara, Benjamin Lavernhe (de la Comédie-Française) et Alban Ivanov. Tous parviennent à rendre attachant des personnages agaçants au premier abord. Leur finesse de jeu leur permet de faire passer tous les effets comiques. Saluons également la présence de la fabuleuse Hélène Vincent dans le rôle de la mère du marié. Les comédies ont besoin de sa folie légère.

Le Sens de la fête est une comédie très drôle aux dialogues savoureux. Elle nous rappelle que Nakache et Toledano savent très bien tirer l’essence même de certains événements (la colonie de vacances ou une organisation de mariage) pour nous la restituer. Durant deux heures, ils captent notre époque et la poussent à son paroxysme pour nous en montrer les limites. C’est de la comédie populaire et intelligente à côté de laquelle il serait dommage de passer.

Un article de Florian Vallaud