Asphalt JungleRésultat de recherche d'images pour "asphalt jungle rictus"

De Sylvain Levey

Du 29 Août au 13 Octobre 2018

Du Mercredi au Samedi à 19h

 

Fuck America

D’Edgar Hilsenrath

Du 23 Août au 14 Octobre 2018

Du jeudi au Samedi à 21h

Et le Dimanche à 17h

 

Par le Théâtre du Rictus

Mis en scène par Laurent Maindon

A La Manufacture des Abbesses (75)

Voilà que pour gagner du temps, Culturotopia se met à chroniquer deux spectacles en un article. À ce rythme-là, on devrait finir le mois avec une phrase par pièce. Mais non, mauvaises langues que vous êtes ! Si nous avons décidé d’utiliser ce procédé peu commun pour nous, c’est qu’il a un sens. Tout d’abord, les deux spectacles dont nous allons parler sont issus de la même compagnie et concourent à un même propos. Cela peut paraître étonnant puisqu’il s’agit de deux auteurs différents et de deux sujets qui ne sont pas fait, à priori, pour se rencontrer.

Dans Asphalt Jungle, deux hommes en costumes invitent un troisième à frapper un quatrième. Il n’y a aucune raison apparente si ce n’est celle d’imposer son pouvoir. Fuck America, quant à elle, raconte l’arrivée aux Etats-Unis de Jacob Bronsky, survivant de l’holocauste, qui tente de se faire une place dans cette Amérique de l’après-guerre. Le lien n’est pas évident et pourtant, le spectateur sort de ces deux représentations avec l’intime conviction qu’il y en a un. Hormis la distribution qui est quasiment la même, les esthétiques sont très différentes et Laurent Maidon opte pour un lien plus insidieux.

Si les deux pièces misent sur un plateau nu en guise d’espace de jeu, Asphalt Jungle se démarque par ses éclairages au néon qui apportent immédiatement une lumière crue sur ce qui se trame devant nos yeux. Le metteur en scène met en lumière une violence frontale. Les coups portés par les comédiens sont suffisamment réalistes pour que le spectateur soit saisi dès la première minute du jeu malsain auquel il assiste. Dès lors, il va être témoin d’une heure oppressante où les rapports de domination vont changer de main jusqu’à un final glaçant. Yann Josso et Christophe Gravouil portent, avec force et cynisme, le masque des puissants qui se jouent des faibles.

Le texte de Sylvain Levey est pétri d’un humour noir dont on ne sait plus si on doit s’en amuser ou être terrifié. Il fait écho à des choses quotidiennes qu’on pressent mais qu’on ne peut formaliser. Il le fait par l’art. On y entrevoit le reflet des gouvernements qui mettent à terre leur peuple en leur demandant de les en remercier. Ou peut-être ne sont-ce que des revendications de gaulois réfractaires. On peut aussi y voir un portrait terriblement réaliste des phénomènes de harcèlement envers ceux que les grands de la pièce considèrent comme « des sous-hommes ». Mettez ce que vous voulez derrière.

Fuck America possède aussi plusieurs niveaux de lecture contemporains. Si on retrouve le thème classique de l’artiste qui a du mal à concilier son art et la « vie réelle », C’est surtout son discours sur les migrants qu’on entendra plus particulièrement. Ici, ce sont les juifs que les États-Unis ne veulent accueillir en 1939 pour des questions de quotas. Et quand, enfin, ils sont parvenus à entrer, les migrants sont tellement marginalisés qu’ils sont poussés au crime pour survivre. On n’insistera pas tant les résonances actuelles nous semblent évidentes. C’est malin, poétique et surtout très efficace. Encore une fois, les comédiens du Théâtre du Rictus sont parfaits et déploient une galerie de personnage qu’ils endossent sans soucis.

Asphalt Jungle et Fuck America constituent un diptyque dont le point de jonction est la violence du monde actuel qu’elle soit physique, mentale ou idéologique. Le monde broie les êtres et les privent d’identité. Dans la première pièce, ils ne sont que des corps dans lesquels on peut frapper. Dans la seconde, Bronsky a des trous de mémoire des moments les plus importants de sa vie. On ressort bousculés et révoltés de ces pièces dont le dépouillement est au service du propos. Une compagnie à suivre.

Un article de Florian Vallaud

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