Les Feuilles de blettes

Une pièce de Mazen HaïdarRésultat de recherche d'images pour "les feuilles de blettes theatre des italiens"

Mise en scène de Vincent Marbeau

Assisté de Florent Nemmouchi

Scénographie : Lucie Cathala

Avec Sonia Morgavi et Vincent Marbeau

Du 6 au 29 Juillet 2018 (relâche le mercredi)

A 16H00

Au Théâtre des Italiens (Avignon)

Sur scène, le décor d’un appartement fait de cartons. Il ne reste plus qu’une table au milieu et trois chaises, sûrement pour manger. On sent une urgence, une instabilité. Ce lieu fut habité mais ne le sera bientôt plus. Puis arrivent les personnages : une mère et son fils. On est à Beyrouth. Ils sont les derniers à devoir quitter leur immeuble pour un ailleurs incertain. Le spectateur va vivre avec eux leurs derniers instants dans cette maison qui n’est déjà plus vraiment la leur. Ils vont revivre leurs souvenirs imprécis et souvent contradictoires. La mère est dans le déni, le fils dans la résignation. Mais tous les deux ont l’espoir d’un jour meilleur.

Mazen Haïdar est né à Beyrouth où il fit des études en architecture et s’intéressa à la question de la mémoire en architecture. Quoi de plus normal quand on a grandi dans un pays dévasté par la guerre ? En 2016, il publie son premier roman qui traite de cette corrélation entre héritage familial et héritage architectural. Ces informations peuvent paraître anodines, mais elles éclairent en fait le petit bijou d’une heure qu’il a composé. Cette mère et son fils sont propriétaire d’un édifice qui s’effondre : leur vie. Ils tâchent de rassembler les morceaux mais ils ne veulent pas la construire pareil. Ils ne sont surtout pas d’accord sur le troisième pilier : un père absent.

A l’instar de son compatriote Wajdi Mouawad, le texte de Mazen Haïdar visite avec poésie la question de l’héritage familial et de la mémoire. Par un subtil mélange entre légèreté et drame, il tisse une pièce qui est toujours sur le fil. C’est un cadeau qui aurait pu être empoisonné pour le metteur en scène Vincent Marbeau. Mais, après tout, il a déjà travaillé sur Jean-Luc Lagarce, il sait ce qu’est la voltige. Et il offre un bien joli écrin à ce texte. La mise en scène est dosée avec justesse et porte ces mots et ces personnages dans leurs emportements comme dans leurs moments de partage. Il a aussi saisi l’importance du silence, bien plus éloquent que n’importe quel mot. Enfin, le père absent pèse de son poids sur scène par une chaise toujours vide. On comprend l’essentiel alors que les personnages en disent le moins possible. C’est la force d’une bonne mise en scène : suggestive mais jamais explicative.

Enfin, le texte est porté par un duo dont l’alchimie est évidente. Le rapport mère-fils en est d’autant plus fort et crédible. Sonia Morgavi campe une matriarche dont le déni est la force pour éviter de sombrer et d’emporter son fils avec elle. Elle est à la fois tendre, drôle et parfois agaçante quand on se met à la place du fils. Vincent Marbeau, quant à lui, dévoile petit à petit les couches de son personnage. D’abord terre à terre, il montre ses contradictions et ses doutes avec finesse. Il se met au service du texte.

Les Feuilles de blettes emporte sans mal le spectateur tout au long d’une heure qu’on ne voit pas passer. Les personnages sont d’emblée attachants et le texte traite de thèmes qui nous traversent tous : notre rapport au souvenir et à la difficulté de le rendre cohérent, notre rapport aux lieux que nous avons habités et enfin cette ombre qu’est notre héritage familial. Un des beaux moments à s’offrir durant ce festival.

 

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